‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 25 sur 26 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

DÉFENSE DE SORTIR DE LA. VILLE. — EXÉCUTION DE LA REINE ÉLISABETH WANDSCHERER PAR LE ROI LUI- MÈME. — SORTIE DES CINQ CENTS INVALIDES. — EMBARRAS DES ASSIÉGEANTS.

Depuis la fuite de üraes, ordre fut donné de ne plus laisser sortir personne de la ville, sous peine de mort, sans permission expresse du Roi.

Plusieurs hommes et plusieurs femmes ayant tenté de quitter la ville, furent pris et décapités» entre autres le coureur de la reine.

Mais l’exécution la plus tragique, qui eut lieu le 12 février, fut celle d’Elisabeth Wandscherer, la reine la plus belle de Jean, après Divara.

Lisbeth s’était mariée très jeune à un nommé Reiner, qui l’amena à Munster. Après la mort de ce premier mari, elle épousa un moine défroqué et divorça, disant hautement que l’homme qui devait la dompter n’était pas encore né.

Le Roi ayant entendu parler d’elle la fit venir chez lui. Soit qu’il fût ébloui de sa beauté, soit que son amour-propre fût flatté de la soumission de Lisbeth, qui l’appela son maître et seigneur, il l’épousa.

Mais Lisbeth n’était nullement domptée. Non seulement elle disait au roi de dures vérités, non seu-

lement elle engagea ses compagnes à quitter ce cabotin couronné, comme elle l’appelait, pour sauver leur vie, mais elle entreprit elle-même une tentative d’évasion. Jean, furieux, la fit lier devant lui, la traîna lui-même au marché, suivie de toutes les autres reines. Puis en prononçant le3 paroles : « Elle a toujours été une p. . . . », il tira son glaive et lui trancha la tête de sa propre main. Les concubines entonnèrent, dit Kerstenbrok, un Gloria excelsis et dansèrent une polonaise autour du cadavre d’Elisabeth.

Tout cela n’était pas de nature à favoriser une grande sortie. Soit que Jean ne fût plus sûr de ses soldats, soit que les Anabaptistes, affaiblis par les privations de nourriture ne se sentissent plus assez de force pour un effort suprême, la sortie fut toujours remise, La famine était telle que les habitants de la ville avaient l’air de squelettes ambulants.

A en croire Kerstenbrok, des mères, comme jadis à Jérusalem, rôtirent leurs propres enfants pour les manger. Ce fait n’est pas prouvé. Mais depuis quèlques semaines il n’y avait plus de vivres que pour les hommes armés, et ces vivres rationnés diminuaient de jour en jour.

Les assiégeants, à leur tour, n’étaient pas couchés sur des roses.

Les coalisés de Coblence commencèrent à parler d'un refus de subsides. Ils ne comptaient avoir fait à l’évêque qu’un prêt et le pressèrent d’en finir pour leur rendre capital et intérêts.

Les villes anséaliques allaient tenter une intervention auprès la Diète de l’Empire, en faveur d’une transaction, afin de faire disparaître ce spectacle

faisant honte à l’humanité, véritable opprobre du genre humain.

Le roi Jean permit à cinq cents hommes et femmes invalides, n’ayant plus de vivres, de quitter la ville. Ce fut vers le mois de mars.

Ils se tinrent dans un espace de terrain entre les remparts de la ville et la circonvallation des assiégeants,’ nommé le Royaume. Les assiégeants, sourds à leurs gémissements, leur refusèrent la permission de franchir cet espace. Ces malheureux y restèrent exposés pendant huit jours et huit nuits, en avalant des racines et quelques insectes. Inutile d’ajouter qu’ils y mouraient par douzaines. Le congrès averti par les généraux que les cadavres non inhumés étaient plus dangereux pour l’armée que ces affamés vivants, permit aux deux cents survivants d’entrer au camp, où un grand nombre d’entre eux moururent après avoir avalé quelque nourriture. Croirait-on que plusieurs de ces infortunés échappés à tant de dangers, furent encore condamnés pour crime d’anabaptisme !

Schiller a bien raison-; « L’horreur des horreurs, c’est l’homme dans son délire. »

HENSEL DE LANGSTRATEN. — SURPRISE DE LA VILLE PAR UNE NUIT D’ORAGE. — LUTTE A OUTRANCE. — MORT DE TYLBEK ET DE ROTTMANN. — PRISE DE LA VILLE.

Nous marchons vers le dénouement.

Hensel de Langstraten, appelé le petit Hensel, était un jeune homme d’un esprit hardi et du bois dont en fait les condottieri.

Il avait servi sous le général de Hamm, qui en plusieurs circonstances avait suivi avec succès le conseil de ce petit soudard et qui l’avait recommandé à l’évêque. L'évêque, jugeant les hommes d’après leur taille, le trouva trop petit et ne tint aucun compte de la recommandation d’un vétéran invalide. Ce que voyant, Hensel déserta, entra dans la ville, offrit ses services à Knipperdolling et devint sergent-major dans l’armée anabaptiste. Soit que Hensel fût vexé d’avoir été oublié par le Roi, soit qu’il crût la cause de la ville perdue, il se concerta avec sept de ses soldats pour s’échapper de la ville, en leur disant, que mourir pour mourir, il valait encore mieux être fusillé que mourir de faim.

Ils partirent donc nuitamment au nombre de huit. Six d’entr’eux furent pris et passés par les armes, mais Hensel et un compagnon nommé Sobb, se cachant dans les silos par une nuit orageuse, réussirent à tromper la vigilance des soldats de l’évêque et atteignirent l’endroit où demeurait l’ancien protecteur de Ileusel, qui le reçut à bras ouverts. Hensel lui exposa les misères de la ville et ajouta : « Les soldats du Roi Jean sont si maigres, si affaiblis et si mécontents que je me fais fort de prendre la ville avec trois cents hommes résolus. » De Hamm écrivit à lé’vêque en citant le paroles de Hensel et cette fois-ci l’évêque, plus confiant, fit venir le soudard à Willinghegen, en lui promettant sa grâce et de l’avancement.

Hensel exposa son plan devant un conseil de guerre auquel assistèrent tous les généraux. Après l’avoir écouté, le commandant Wilkin Steding lui dit : « Je te donnerai les trois cents hommes que tu demandes, mais c’est moi qui les commanderai. Tu marcheras devant moi et à la moindre hésitation je te brûlerai la cervelle. » Rendez-vous fut pris pour la nuit du 2i juin 1535. Pas un soldat ne fut instruit de l'entreprise ; quelques échelles d’escalade seulement furent préparées en silence. Le 22 juin l’évêque somma la ville de se rendre. Le Roi" Jean ne paraissait presque plus en public. Soupçonné de 'méditer sa fuite il fut surveillé de près. Rottmann, qui depuis longtemps avait disparu de la scène, reparut subitement. Lui et Tylbek reçurent les députés. Rottmann leur dit qu’à moins que Dieu en personne ne vienne pour demander la reddition de la ville, elle ne se rendra pas. Qu’on était décidé à porter tous les biens mobiliers au

marché, de les brûler ainsi que la ville et de se frayer un passage, l’épée à la main, à travers l’armée de l’évêque.

Ce sont presque toujours les éléments qui décident du sort des batailles, du moins en grande partie. La nuit du 24, un violent orage éclata sur la ville. L’air était ébranlé de coups de tonnerre et de lugubres clapotements d’une grêle, suivie de pluies torrentielles.

Les sentinelles avancées de la ville avaient quitté leur poste, et s’étaient retirées sous les baraques pour y chercher un abri contre l’ouragan. Une attaque par un temps pareil n’était pas probable. Là, brisées de fatigues et affaiblies par la faim, elles s’endormirent. Le mot de passe était : Terre. Dans ce moment Hensel, suivi par Steding et trois cents hommes, arriva au pont. Connaissant à fond tous les coins et recoins de toutes les fortifications de la ville, Hensel escalada le bastion non défendu, tua un factionnaire à moitié endormi et menaça de mort un autre factionnaire, s’il ne lui livrait le mot de passe. Le mot fut livré. Hensel ouvrit la porte et les trois cents, massacrant tous les factionnaires accourus, passèrent et conduits par Hensel, arrivèrent par de petites ruelles, sains et saufs à la place du Dôme, où ils se rangèrent en bataille, attendan de pied ferme les soldats anabaptistes qui, avertis enfin par les tambours, s’assemblèrent et marchèrent d’un pas décidé, Krechting,Tylbek etRottmann à leur tête, contre l’ennemi. Les Anabaptistes, furieux d’avoir été surpris et décidés à mourir plutôt que de se rendre, se ruèrent comme des forcenés sur ces intrus téméraires, en tuèrent une centaine et poussèrent les autres dans un cul de sac appelé petite

chapelle de Sainte-Marguerite. Steding et quelques officiers se crurent perdus. Mais Hensel qui connaissait une poterne conduisant à travers une maison dans une autre rue, l’enfonça et par cette ruse les ennemis que les Anabaptistes croyaient avoir devant eux et perdus, tombèrent subitement sur leurs derrières et la lutte recommença terrible, avec acharnement et sans quartier. La porte de la ville, par laquelle Hensel et les trois cents avaient pénétré, venait d’être refermée. Les femmes guerrières, croyant la victoire assurée, envoyèrent à travers l’obscurité des flèches enflammées sur les soldats de l’évêque qui s’étaient approchés des remparts pour les escalader. » Arrivez donc, leur crièrent ces femmes, les vôtres sont rôtis à point. Nous avons faim !

Les soldats, se rappelant les malheurs du dernier assaut, se retirèrent.

Pendant ce temps Steding et Hensel ayant repris le dessus, poursuivirent les Anabaptistes affaiblis qui s’étaient solidément barricadés. La victoire n’était pas décidée. Les Anabaptistes étaient exténués, les Catholiques étaient plus que décimés. Une trêve fut proposée par Steding et acceptée par les défenseurs de la ville. Cette trêve était une ruse de guerre. « Nul doute, dit Kerstenbrok, que si les Anabaptistes avaient continué la lutte comme ils l’avaient commencée, pas un des soldats de l’évêque ne serait resté en vie. » Où donc est la cause de cette défaillance? Selon moi elle est uniquement dans la mort des chefs. En effet, Tylbek et Rottmann venaient de tomber héroïquement . Krechting, à son tour, venait d’être blessé ! La proposition d’une trêve qui, certes eût été refusée par Rottnninn

et Tylbek, fut acceptée par le roi Jean qui demanda aux Catholiques de se rendre, en leur garantissant la vie sauve.

Steding traîna les pourparlers en longueur, en demandant de quitter la ville avec tous les honneurs de la guerre. Pendant ce temps et le jour commençant à poindre, il envoya un enseigne avec un drapeau plié sur les remparts qui, en déployant son drapeau, cria : « victoire ! victoire 1 La ville est à nous! » Puis retournant auprès des siens, l’enseigne leur annonça, sur l’avis de Steding, que toute l’armée était aux murs à l’assaut. Dans ce moment les Ahabaptistes, se voyant trahis, recommencèrent la lutte et se battirent jusqu’à huit heures du matin, mais sur ces entrefaites les soldats de l’évêque avaient escaladé les murs peu défendus et joignirent leurs amis maltraités au marché, en répétant les mots de l’enseigne : « victoire ! La ville est à nous ! »

La ville, en effet, était prise !

Alors se présenta un spectacle qui n’a son égal dans l’histoire, que dans la prise de Magdebourg, par Tilly.

SAC DE LA VILLE. — MASSACRES. — EXÉCUTIONS. — EN- TREVUE entre l’évêque et jean. — les derniers

MOMENTS DU ROI, DE KNIPPERDOLLINQ ET DE KRECHTING. — SORT 'de LA VILLE DE MUNSTER. — L’ÉVÊQUE PERD SON CHATEAU ET SON ÉVÊCHÉ DE MINDEN. MORT DE l’É- VÊQUE.

A l’exception d’une trentaine de combattants, auxquels, pour les engager à se rendre, Steding garantit la vie, à condition d’être escortés dans le camp — où d’ailleurs plusieurs d’entre eux furent condamnés à mort et exécutés — tous les pâles, (c’est ainsi qu’on appela les assiégés, à cause de leur extrême pâleur) furent massacrés sans pitié. Mais comme après un massacre de plusieurs heures, les soldats se ruèrent sur le butin, songeant plutôt à piller qu’à tuer, plusieurs Anabaptistes purent se cacher et se sauver par la fuite.

La ville entière fut mise à sac. Toutes les maisons furent vidées jusqu’aux quatre murs. Le butin à peine réuni au marché, excepté celui fait et gardé en fraude, les pillards se mutinèrent et se massacrèrent entre eux. Un nouveau regain de pillage, les

calma un peu. Toutes les femmes jusqu’aux jeunes filles (le dix ans, furent violées et massacrées pendant les premières trois journées.

Le Roi s’était réfugié derrière la porte d’Egide, dans l’espoir de se sauver par la fuite. Il fut livré par un garçon. Knipperdolling s’était caché dans une maison tout près de la porte neuve. Son hôtesse, pour sauver sa vie, le trahit et le livra.

Kerkering et Krechting, ce dernier blessé et gisant dans la rue, furent également faits prisonniers.

Divara, la reine, la femme et la belle-mère de Knipperdolling sont les seules prisonnières citées par Kerstenbrok. Elles furent décapitées, le 7 juillet et moururent courageusement. Toutes les autres reines furent massacrées, après avoir subi le dernier outrage dans le sac de la ville.

Il y avait tant de cadavres non enterrés dans la ville que la peste» s’y déclara et que l’évêque s’y étant rendu pour recevoir sa part de butin, n’osa pas y rester plus de vingt-quatre heures. Cent mille florins trouvés dans le trésor du Roi et la moitié de tout le butin formaient la part de l’évêque.

Le Roi, Knipperdolling et Krechting (Kerkering venait d’être écartelé) furent réservés, chacun dans une cage de fer, et promenés dans toutes les villes de l’évêché infectées d’anabaptisme. Puis, ils furent séparés pour obtenir d’eux des aveux et des rétractations.

L’évêque fit venir le Roi à son château pour l’interroger lui-même. — Pourquoi as-tu rendu le peuple de Munster si malheureux? lui demanda-t-il. François de Waldek, répondit Jean, si les choses étaient allées par mon avis tous seraient morts de faim, plutôt que de te laisser entrer dans la ville.

— Et pourquoi t’es-tu fait Roi ? Qui t’en a donné le pouvoir ?

— Qui t’a fait évêque, toi?

— Le chapitre du dôme et le pape, répondit l’évêque.

— Et moi, répliqua Jean, c’est Dieu lui-même qui m’a sacré Roi.

L’évêque l’envoya au duc de Glève comme objet de curiosité.

Le Roi, dans ses tristes pérégrinations, sut garder son sangfroid, sa gaieté même et répondit souvent avec une pointe de raillerie à ses malencontreux ' interrogateurs.

A Dulmen, un conseiller lui demanda pourquoi il avait épousé dix-huit femmes ?

— Je n’ai pas pris dix-huit femmes, répondit-il, j’ai pris dix-huit vierges et j’en ai fait des femmes.

Le Roi avoua ses torts par rapport à la polygamie.

Il renia aussi les points anabaptistes par rapport à l’autorité, l’expérience lui ayant prouvé, que nulle société n’était possible sans le glaive de la justice.

Mais il persista dans ses opinions sur tous les autres articles des Anabaptistes, y compris le baptême des enfants. •

Knipperdolling refusa le prêtre. Il fut appliqué à la torture, mais on ne put lui arracher le moindre aveu.

« Je ne méconnais pas de péché, disait-il, je n’ai jamais agi que dans l’idée de glorifier Dieu et de faire du bien à mes semblables. Ma femme seule aurait des reproches à me faire. »

Sur la demande pourquoi il avait renié les princi-

pes catholiques et évangéliques, il répondit : que l’on n’honorait pas Dieu en priant et en chantant, mais en faisant du bien à son prochain.

Krechting ne daigna faire aucune réponse. Il pria le prêtre de le laisser mourir en paix avec sa conscience.*

Après six mois de tortures et de captivité, les trois prisonniers furent transportés à Munster pour y être exécutés le 22 janvier 1536, en présence de l’évêque de Munster, de l’archevêque de Cologne et du prince de Clève.Le mauvais état de santé de la ville s’était opposé à ce que cette exécution eût lieu plus tôt, en présence de ces nobles vainqueurs.

Ici je me borne à citer textuellement Kerstenbrok qui a assisté à cette triple exécution.

« L’échafaud était dressé au marché, à la place » où naguère était le trône du Roi Jean. Arrivés » sur l’échafaud, ils se jetèrent tous trois à terre* » en criant : « Dieu notre père, accorde-nous la » force d’endurer ces souffrances et sois-nous pro- » pice. » Après avoir entendu la lecture du juge- » ment, les valets du bourreau jetèrent un carcan » autour du cou du Roi et l’attachèrent au poteau. » Saisissant alors des tenailles de fer rougies à » blanc ; ils lui arrachèrent, pendant une heure, des » morceaux de chair de toutes les parties du corps.

» A chaque coup de tenailles une petite flamme » pétillait et la chair crépitante répandait une odeur » nauséabonde, à tel point que j’étais forcé de me » boucher le nez. Pareille chose fut faite à Knip- » perdolling et à Krechting, mais ils ne supportè- » rent pas ces martyres avec autant de sangfroid » que le Roi. »

» Knipperdolling, voyant les souffrances du Roi,

» se pendit au carcan, dans l’intention de s’étran- » gler. Ce voyant, les valets le saisirent, lui firent » passer une corde à travers les dents, et le tinrent » si serré contre le poteau qu’il ne put plus faire un » mouvement. Après les avoir martyrisés de la sorte » pendant une mortelle heure, (c’est le seul mot de » compassion de notre chroniqueur), on leur arra- » cha à la fin la langue avec d’autres tenailles brû- » lantes. Puis on leur perça le cœur d’un poignard » chauffé à blanc. Leurs cadavres furent mis dans » des cages de fer, les têtes attachées au haut de la » cage, et pendus à la tour Saint-Lambert, le Roi au » milieu de Knipperdolling et de Krechting (i).

» La chair et les os ont disparu, sous l’influence » des intempéries.

» Les cages y sont restées. Les tenailles de fer ont » été scellées à une colonne de l’hôtel de ville, afin » de servir d’épouvantail à tous ceux qui seraient » tentés de les imiter. »

La ville perdit toutes ses libertés. L’évêque fit raser les fortifications et éleva une citadelle où se tenait son lieutenant, maître absolu de la ville. La religion catholique fut restaurée avec tous les privilèges du clergé et avec tous les couvents. La religion évangélique fut bannie de la ville, malgré la coopération de quelques princes réformés contre les Anabaptistes. La moitié des revenus de la ville furent déclarés propriété de l’évêque, en dehors des impôts.

Quelques années plus tard, le duc de Brunswick, envahissant l’évêché, pilla et mit à sac le somptueux

(1) On n’osa mémo pas mettre en liberté leurs cadavres, de peur qu’ils ne fussent enlevés.

château d’iburg et força l’évêque, non-seulement à lui céder l’évêché de Minden, mais à lui payer une grosse rançon pour l’évêché de Munster.

La ville de Munster, profitant des embarras et de la pénurie de l’évêque, racheta ses libertés municipales et ses anciens droits pour quelques milliers de florins. La citadelle fut rasée et l’ancien Conseil municipal, sauf quelques privilèges des Guildes, rétabli.

L’évêque abandonné par les princes de l’Empire, tomba malade de chagrin, d’aucuns disent de remords. Pendant des années, il s’enferma dans sa maison, son château ayant été mis en ruines, sans recevoir personne, en traînant une vie d’infirme. Complètement oublié, même de ses amis, il mourut le 15 juillet 1553.

Quelques années plus tard, les Catholiques et les Protestants se mirent à s’entr’égorger par milliers pendant trente ans . .

Et cela n’est pas fini. Car ni les uns ni les autres n’ont jamais fait leur devoir, et quiconque ici bas ne fait pas son devoir, perd inévitablement ses droits 1

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