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LES ANABAPTISTES EN SUÈDE

Melchior Rink, un disciple de Munzer, et qui l’avait accompagné dans ses pérégrinations en Suisse, Melchior Hoffmann et Knipperdolling, deux hommes qui jouent un rôle de premier ordre dans l’histoire des Anabaptistes, se réfugièrent en Suède, en partie pour échapper aux persécutions qui, depuis le soulèvement des paysans, étaient dirigées contre tout prédicateur populaire, en partie pour y faire de la propagande. Depuis 1523, la Réforme était introduite en Suède par Gustave Wasa. Olof et Lovez Pétri, deux jeunes étudiants suédois, au lieu d’aller à Rome, s’arrêtèrent à Wittenberg et firent leurs études sous Luther et Mélanchton. Retournés dans leur pays en 1519. ils travaillèrent d’abord en secret en faveur de la Réforme, et en 1523, à la diète de Stregnas, ils se déclarèrent publiquement contre le pape. Lorenz Andréas, un de leurs disciples, vieillard de soixante-

dix ans, et conseiller intime de Gustave, conseilla au roi de briser pour toujours le pouvoir des prélats et de leur chef étranger. Le roi, introduisant la Réforme, nomma les deux frères Pétri, l’un recteur de l’université d’Upsal, l’autre, secrétaire général et prédicateur en chef de la ville de Stockholm.

A peine la Réforme de Luther était-elle proclamée à Stockholm, que Rink, Hoffman et Knipperdolling y arrivèrent, pendant l’absence du roi, prêchant et propageant les principes de Munzer. Les deux frères Pétri, soit qu’ils n’eussent pas saisi la partie anti-monarchique des principes anabaptistes, soit qu’ils eussent eux -mêmes un secret penchant vers ces principes, ne leur opposèrent aucune résistance. Olof, d’ailleurs, cité lui -même devant le tribunal ecclésiastique d’Upsal, présidé par les évêques de Linkoeping et d’Upsal, venait de quitter Stockholm. Melchior Rink, profitant de son absence de la capitale, pénétra dans l’église Saint-Jean et y prêcha plusieurs fois. Son compagnon Knipperdolling ameuta le peuple dans la rue et leur prêcha l’Évangile des Anabaptistes. Il y eut des attroupements et des émeutes. Olof, revenu d’Upsal , fit de vifs reproches à ses coreligionnaires, mais là se borna son intervention. En peu de temps, les doctrines des Anabaptistes, tom bées sur un sol bien préparé, se répandirent avec une rapidité étonnante. De toutes parts des ouvriers de tous les corps d’état se mirent à prêcher, soit dans la rue, soit dans les ateliers, contre l’oppression, non seulement du clergé, mais de toute la noblesse catholique et évangélique. Des rassemblements tumultueux et armés, enflammés par des convertis prêcheurs des Anabaptistes, pénétrèrent

dans les églises, détruisirent autels et images et annoncèrent le vrai règne du Christianisme régénéré et populaire. La parole d’Olof fut dédaignée. Il écrivit au roi qui arriva subitement à Stockholm. Le roi commença par un ordre d’expulsion contre les missionnaires étrangers. Puis, après avoir donné une verte semonce aux frères Pétri, en leur prouvant que la doctrine des Anabaptistes compromettait bien plus la Réforme naissante de Luther que le pouvoir séculaire du pape, il fit arrêter les meneurs, mais se contenta de les bannir de ses États. Hoffmann se rendit en Livonie et de là à Strasbourg, où nous le retrouverons. Rink retourna en Suisse, ne s’y trouva pas en sûreté, fut traqué pendant des années, et finalement mis à mort en Souabe. Nous retrouverons Knipperdolling dans sa ville natale, à Munster.

Ce mouvement, en apparence stérile en Suède, prouve suffisamment la facilité que dans ce temps, les Anabaptistes ont trouvée dans tous les pays pour propager leurs doctrines, puisque même à Stockholm, ville où ils prêchaient dans une langue étrangère, ils virent, au bout de trois mois, se grouper autour d’eux de nombreux adhérents, de fervents disciples au point de susciter des soulèvements populaires et de rendre nécessaire l’intervention directe du plus sage et du plus libéral roi de leur siècle. Gustave Wasa, en effet, le créateur du système constitutionnel, après avoir fait une guerre constante à la hiérarchie papale et épiscopale, le premier entre les Rois, a appelé tous les Etats de son peuple à la coopération des lois et du gouvernement. Qui sait? Il se peut très-bien que la facilité avec laquelle pendant son absence les Anabaptistes

ont ameuté le peuple contre son gouvernement absolu, lui ait servi de leçon ! En tous cas, les idées anabaptistes ont exercé une grande influence sur les idées et les résolutions constitutionnelles de ce Roi!

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