‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 6 sur 26 · ESSAIS PACIFIQUES. — LES HUTTITES OU LES FRÈRES DE HUTTER · texte numérisé non relu

ESSAIS PACIFIQUES. — LES HUTTITES OU LES FRÈRES DE HUTTER

En vouant les Anabaptistes à la mort, on n’avait pas ôté les causes principales dont ils n’étaient que les effets.

Ces causes se trouvaient dans la servitude et dans les misères du peuple. D’une manière ou d’une autre, ces causes devaient produire leurs effets.

Grâce aux privilèges tyranniques et exorbitants des nobles, du clergé et des villes, grâce surtout à la réaction, provoquée parla Guerre des Paysans, la misère la plus hideuse dévorait tous les pays allemands. Le travail même, cet apanage sacré du peuple, était confisqué au profit du noble laïque et ecclésiastique. Le travail des nombreux couvents faisait une concurrence insoutenable au travail de l’ouvrier laïque. C’est précisément la vie conventuelle qui encouragea les pauvres travailleurs du XVI m0 siècle à mettre leurs bien3 et leurs travaux en commun.

Partout la dénonciation, la confiscation et la

mort. Il suffisait d’ètre pauvre et d’avoir quelque intelligence, pour être considéré comme un affilié de l’anabaptisme.

Ce voyant, quelques chefs anabaptistes, essayant de dépouiller la doctrine anabaptiste de sa portée politique, afin de ne pas éveiller les soupçons de l’autorité catholique et évangélique, fondèrent quelques établissements en Silésie, qui n’étaient plus que des associations pacifiques de travailleurs, affluant de toutes les contrées de l’Allemagne, pour mettre leurs travaux en commun, et pour trouver, comme la colombe de Noé, un pouce de terre solide pour s’y reposer.

Déjà, Nicolas Storch avait fait de nombreux prosélytes en Silésie. A côté de lui Schwenkfeld, savant distingué, répandait dans ses ouvrages des principes anabaptistes. Tous deux furent forcés de fuir; mais Storch, avant de partir, sacra un de ses élèves dans la personne de Jacob Hutler et l’institua chef des anabaptistes silésiens. Ilutter, natif du Tyrol, était un homme énergique et sage, d’une hardiesse et d'une flexibilité rares, agissant par insinuation et persuasion plutôt que par violence. Chassé également de la Silésie, il s’en alla avec un grand nombre de familles anabaptistes s’établir en Moravie, où bientôt, grâce aux alluvions de l’Autriche, de la Pologne et de l’Allemagne, ils formèrent de nombreuses communes, possédant des terres et des cabanes, travaillant à la sueur de leur front et vivant pacifiquement dans une parfaite communauté. On les appelait les nullités à cause de leur chef Ilutter ; de nos jours on les désigne encore sous le nom de Herrnliutter ou les Frères de Hutter.

On s’étonné que le nombre des Iluttites ait augmenté si rapidement malgré toutes les persécutions, au point de former en peu de temps une population de cent mille âmes. Rien cependant n’est plus naturel ; il est môme étonnant que le nombre de ces malheureux ne fût pas plus grand. Ecoutons plutôt Hutter lui-même.

Voici une de ses circulaires que des émissaires propagèrent dans tous les pays de l’Allemagne et de la Pologne :

« Que voulez-vous faire, disait-il, en s’adressant aux campagnards, que voulez-vous faire quand vous serez vieux, malades, dans un temps de disette et de malheur? A qui servent donc votre travail incessant, vos sueurs de sang? Pour qui vivezvous? Pauvres diables en été, pauvres hères en hiver! Ne vaudrait-il pas mieux employer vos bras, vos jambes, vos ustensiles dans l’intérêt de la sainte association, qui vous donnera des habits quand vous aurez froid, du pain quand vous aurez faim, des soins quand vous serez malades, qui élèvera vos enfants et leur assurera un avenir? Gomment! vous travaillez jour et nuit en esclaves pour que vos enfants et vos arrière-petits enfants restent esclaves comme vous ! Et nulle part une issue pour sortir de cet enfer, et vous n’êtes pas même sûrs du lendemain ! Mais la bête dans l’écurie, l’animal dans la forêt sont mille fois plus heureux que vous; mais vous n’êtes pas dignes du nom d’hommes! Youlez-vous être heureux, travailler pour vous et vos frères qui partageront avec vous peine et joie, venez à nous, partez pour la Moravie!»

« Il y avait du vrai dans ces plaintes, » dit l’his-

torien Hast. Hélas! tout y est vrai, depuis le commencement jusqu’à la fin, et malheureusement trois siècles de révolutions et de guerres, qui ont passé dessus n’en ont pas effacé une seule vérité!

Il paraît que le gouverneur de la Moravie était un homme éclairé et humain, compatissant avec ces malheureux expatriés et appréciant sans colère ni préjugé le but des Hultites, car le roi Ferdinand, frère de Charles-Quint, ayant lancé contre eux un mandat d’expulsion, le gouverneur lui écrivit une lettre en leur faveur, l’engageant à tolérer des hommes pacifiques dont tout le crime consistait dans la recherche des moyens pour échapper à la misère et aux malheurs d’une vie d’esclaves.

Pour le moment, le roi écouta les conseils humains de son gouverneur, mais les nouveaux convertis devenant de plus en plus nombreux, le roi, cédant de nouveau aux suggestions des fanatiques, publia contre eux un second édit d’exil et ordonna au gouverneur de donner suite à cet édit sans désemparer. En vain celui-ci s’efforça de tenter la voie de la clémence, ordre lui fut transmis d’expulser les Iluttites par tous les moyens de coercition et de ne leur laisser que vingt-quatre heures de répit. Le gouverneur, forcé d’exécuter l’ordonnance du roi, leur permit cependant d’emporter leur argent et leurs meubles. Il y eut alors un cri d’indignation générale parmi les Huttites. Au lieu d’obéir, ils répondirent qu’ils avaient acheté et payé des terres, qu’ils avaient bâti des maisons, défriché des landes; qu’il aurait fallu s’opposer tout d’abord à leur établissement, mais qu’une fois établis, on se rendrait coupable envers eux du crime de vol et de rapine. « Que le roi y songe bien, ajoutèrent-ils. Il

est une puissance plus forte qui vengera les pauvres, les veuves et les orphelins. Qu'il nous frappe d’impôts et de tribut, nous sommes prêts à nous soumettre, mais que du moins il nous laisse dans notre patrie adoptive. » Vaines prières! Vains efforts! Les Huttites n’avaient point d’armes. Un de leurs principes fondamentaux, précisément pour échapper à tout soupçon de révolutionnaires, était de ne jamais porter une arme quelconque. Ordre fut donné d'envahir leurs villages. Les soldats du roi prirent possession de leurs terres et les chassèrent devant eux jusqu’aux frontières de la Hongrie.

Là, Jacob Hutler campa avec cent mille personnes de tout sexe sur une bruyère, sans abri ni nourriture. Loin de se décourager : « Grâces soient rendues à Dieu, s'écria-l-il, qui a daigné nous éprouver par la douleur, la lutte et la misère : ce sont les signes divins des élus. C’est ainsi que Dieu a mis à l’épreuve le peuple d’Israël dans le désert; c’est ainsi que Jésus a éprouvé ses apôtres. Plus nous souffrirons dans cette vallée de malheur, plus nous serons récompensés dans le ciel ! »

On le voit, Hutter, comme tous les Anabaptistes, tout en prêchant la communauté pour les biens de la terre, invoque avant tout les récompenses du ciel. Les Anabaptistes, en effet, étaient plutôt spiritualistes que matérialistes. Ils ne cherchaient à assurer à l’homme le nécessaire de la vie que dans le but de pouvoir aspirer avec plus de liberté aux félicités du ciel.

Hutter faisait son possible pour soutenir le courage de ses frères, mais au fond il savait qu’on ne nourrissait pas cent mille hommes avec des dis-

cours et que les bruyères de la Hongrie ne produiraient pas de la manne comme le désert de l’Egypte. Il rédigea donc la protestation suivante qu’il envoya au gouverneur de la Moravie :

« Nous, frères et adorateurs de Dieu, témoins fidèles de sa vérité, disciples de Jésus-Christ, expulsés des villes pour la confession de son nom par des hommes qui haïssent la vérité; venus en Moravie, où nous avons vécu paisiblement par la grâce et la protection du Dieu puissant, gloire à lui !

» Nous te faisons savoir que les messagers chargés de l’exécution de ton mandat sont venus chez nous. Voici notre réponse :

« Nous avons renoncé au monde, à ses envies, à ses méchancetés, à ses mensonges et à sa vie contraire à Dieu et à la nature. Nous croyons en Dieu et en son fils Jésus-Christ, qui nous protégera de tout danger, auquel nous nous sommes voués avec tout ce que nous possédons. Nous obéissons à ses commandements, évitant les défauts et les vices, haïssant la méchanceté et l’injustice. C’est pourquoi le monde nous méprise et se moque de nous, c’est pourquoi l’on nous poursuit, l’on nous bannit et l’on nous ôte notre avoir. De tout temps cela a été le sort des prophètes, ce fut aussi le sort de notre seigneur Jésus-Christ!

» Le roi Ferdinand, prince des ténèbres, tyran odieux, ennemi de la vérité divine, persécuteur de la justice, a fait tuer bon nombre de nos frères innocents avec une cruauté barbare et sans miséricorde. Il nous a arraché nos biens, nous a volé nos terres et nos maisons, nous a poussés dans l’exil et nous a odieusement maltraités.

» Etablis en Moravie, grâce à son gouvernement,

nous y avons vécu paisiblement, à la sueur de nos travaux et de nos peines. Malgré cela on nous a ôté nos possessions qui sans nous resteront stériles et incultes. Nous voilà campés dans une bruyère déserte sous un ciel nu et froid. Nous supportons tout avec résignation. Cependant la douleur nous saisit de voir maltraités si cruellement des fils de Dieu. Les bons, il est vrai, sont destinés à souffrir, mais malheur à vous, trois fois malheur, qui nous avez chassés dans le désert comme des chiens et des bêtes sauvages! Le jour du Seigneur approchera, et sa main tombera lourdement sur vous ! De vos mains il demandera compte du sang innocent qui crie vengeance !

» Ecoutez.

» Nous ne connaissons pas de lieu où nous pourrions vivre avec sûreté, et nous ne pouvons pas rester plus longtemps là où nous sommes, mourants de faim et d’angoisses. Nous sommes dans des pays royaux. De quelque côté que nous nous tournons, nous ne voyons que des ennemis. Nous avons avec nous un grand nombre de veuves et d’orphelins vagissants dans les berceaux, et dont les maris et les pères ont été cruellement massacrés par Ferdinand le tyran, contempteur du droit divin. Nous ne pouvons pas les emmener avec nous. C’est Dieu qui nous les a confiés, nous sommes responsables de leur vie. Plutôt mourir que d’abandonner les femmes et les enfants. Or, nous avons encore des maisons et des biens que nous avons achetés avec notre argent et que vous nous avez ôtés. Nous en avons besoin pour nos veuves et nos orphelins. Nous, enfants du malheur, nous sommes couchés sur la terre humide, expulsés de toute société hu-

raaine, comme si nous étions l’écume de l'humanité. Rendez-nous donc notre bien, réintégrez-nous dans nos possessions, nous vivrons paisiblement comme nous l’avons toujours fait, nous ne molesterons personne, pas même nos ennemis, pas même le roi Ferdinand. Notre vie est connue, connues sont nos mœurs. Plutôt que de tromper quelqu'un d’un liard, nous préférerions perdre tout notre avoir.

» Personne non plus n’a à craindre de nous des voies de fait, puisque, contraires en cela aux enfants du monde, nous ne portons ni lances, ni épées, ni haches. Nous n’avons point d’armes. Ceux qui disent, que nous nous assemblons par milliers pour nous préparer à la guerre, mentent et nous calomnient auprès des magistrats. Le nombre de nos adhérents n’est, hélas! que trop petit. Il serait à désirer que tous les hommes fussent un avec nous et d’une seule et unique foi. Vraiment, nous verrions bientôt tous les maux disparaître de la terre. Nous vous promettrions de quitter la Moravie, que nous ne pourrions pas tenir notre promesse, avant que Dieu nous eût assigné un autre refuge. Nous sommes dans la main de Dieu, peut-être veut-il que nous restions ici, que nous subissions ici l’épreuve de notre constance et de notre résignation. Si nous connaissions le lieu que Dieu nous voudrait indiquer, nous nous y rendrions de gaieté de cœur. Accordez-nous donc un court espace de temps, peut-être trouverons-nous avec l’aide de Dieu de quoi accomplir ses desseins sans vous ; mais malheur, malédiction, damnation sur vous, si vous nous forcez à transgresser ses lois, si vous continuez de martyriser les enfants de Dieu, si vous répandez encore le sang chrétien des fils de Jésus !

» Nous vous prions de quitter le chemin de l'injustice. Nous vous prions en outre de ne pas nous en vouloir pour vous avoir dit tout cela. Nous disons ce que Dieu nous inspire, et tout ce que nous faisons, venant d’un cœur pur, pieux, sincère, est le produit de l'amour chrétien avec lequel nous aimons Dieu et tous les hommes, ses enfants. »

LES GABRIELISTES.

Hutter avait formé un élève nommé Gabriel, jeune homme actif et entreprenant qui, par ses nombreux voyages, amenait à la commune beaucoup de familles aisées ; mais bientôt il y eut un nouvel essaim et deux communes, l'ancienne, s’appelant les Hutlites ; la nouvelle, les Gabriel istes. Cette séparation fut suivie de rixes qui auraient dégénéré en guerre, si l’autorité, par ses nouvelles persécutions, ne les eût forcés de se réunir pour tenir tête à l’ennemi commun. Il fut défendu aux chefs de s’absenter de leurs communes. C’était annihiler leur influence, Hutter, sous prétexte de revoir son pays natal, fit un voyage en Tyrol. Il fut saisi à Bruxen, livré par le duc de Bavière au roi Ferdinand et condamné par celui-ci à être brûlé vif dans une place publique, hors des portes de Vienne. Il fut impossible de lui arracher la moindre rétractation (1).

(1) a Itaque vivus extra urbis portam crematus fuit, ubi misellam animam, tôt tantisque erroribus conspurcatam, in maximis angoribus et angustiis positam ad orcum exhalavit. d (Mehovius.) Inutile de dire que Mehovius est l'ennemi des Anabaptistes.

L’exécution de Hulter fondit comme un coup de foudre sur les communes désunies. De commun accorjl elle se réunirent et rédigèrent la profession de foi suivante :

Premièrement.

« Dieu, dès la création du monde, a élu un peuple sacré, distinct des méchants, plein du saint-esprit, afin qu’il règne et qu’il extirpe de la terre le mal et l’injustice. Ce peuple c’est la communauté des saints, la réunion des enfants de Dieu. »

Deuxièmement.

« Quiconque confesse appartenir à cette sainte association est obligé, comme un véritable disciple du Christ, de vivre en communauté de biens. Une société qui accorde de la propriété privée à ses membres n’est point une société chrétienne. »

Troisièmement.

« Puisque des débauchés, des ivrognes et des joueurs vont à l’Eglise et que le Christ, au contraire, n’exige qu’un cœur pur de tous ceux qui visitent son temple, nous fuyons et nous évitons les églises, afin que nous ne nous souillions pas au contact des impurs. ( C’est en vertu de cet article, qu’ils condamnaient toute image, même dans leurs maisons et dans leurs livres. Tout culte extérieur leur paraissait une profanation.)

Quatrièmement.

« Tous ceux qui ne sont pas régénérés (rebaptisés) sont des païens et des infidèles. Les mariages conclus avec eux sont nuis et non avenus. »

Cinquièmement.

« Le baptême n’est autre chose que le pacte d’une bonne conscience avec Dieu et le dépouillement du vieil homme. Le baptême des enfants n’est qu'une comédie. »

Sixièmement.

« La messe est une invention du diable. Il est ridicule de croire au purgatoire, il est puéril d’invoquer les saints. Ou ne peut forcer personne de croire. C’est un don du ciel. La prière ne va au ciel que quand inspirée, elle en vient. »

Septièmement.

« La peine de mort est abolie. L’excommunication seule est nécessaire. »

Huitièmement.

« Jésus-Christ n’est pas contenu réellement dans le sacrement. C’est un symbole, une communion d’amour entre frères et chrétiens et un souvenir fécond de la mort de notre Seigneur. (Ils s’approchaient deux fois par an de la table du Seigneur, comme signe d’amour fraternel et de consolation.)

Neuvièmement.

« Il est défendu aux chrétiens de plaider. Plus d’avocats! Le président de la justice jugera selon la majorité des juges.

Cependant ils vont de van t la justice ordinaire avec un non-frère. Entre eux l’accusé est d’abord exhorté à reconnaître son tort. S’il ne comparaît pas, ou qu’il persiste dans son tort, il est dénoncé à l’église dont le chef écoute les deux parties et prononce en dernier ressort. S’ils sont battus ou offensés par un

non anabaptiste, ils s’éloignent en disant : Béni soit Jésus-Christ, et quand on leur reproche leur lâcheté, ils répondent que ni Jésus ni les apôtres ne se sont jamais vengés.

Dixièmement.

« Il est défendu de porter des armes. Quiconque use du glaive périra par le glaive. »

Onzièmement.

« Il est défendu de jurer. Que ta réponse soit: Oui ou non. »

Douzièmement.

« Un voleur, un assassin qui a répandu du sang humain ne peut jamais être digne de la félicité éternelle, qu’il se repente ou non, qu'il fasse pénitence ou non »

Article secret. — « Toute autorité absolue, tout pouvoir absolu est incompatible avec la foi chrétienne. Toutefois les infidèles peuvent être gouvernés parles princes du pays »

Certes, il y a de nobles aspirations dans cette profession de foi, mais le vice inhérent à l’anabaptisme prédomine. Au lieu de progresser vers l’épanouissement de la nature et de la liberté, ils reculent jusqu’à l’anéantissement de l’art, en comprimant les passions les plus nobles et surtout eu ôtant à l’homme toute spontanéité individuelle.

Les Frères Moraves se sont conservés, grâce à leur force d’inertie, à leur résignation pacifique ; mais malgré la pureté de leurs intentions, malgré leur vertu et leur continence, le nombre desllulliles est toujours allé en diminuant, et à l’heure qu’il est, le peu de frères survivants sont en parfait désaccord.

C’est que tout communisme, chrétien ou icarien, égalitaire ou évangélique, est contraire à la nature, dont l'harmonie repose sur le contraste des inégalités ; c’est que l’homme, si esprit qu’il soit, ne vit, ne respire, ne pense et n’agit que grâce à ses passions légitimées par le devoir et la raison. Ces passions peuventtoutes être dirigées vers l’idéal, toutes peuvent être subordonnées à l’esprit, mais tout véritable bonheur disparaît dès qu’on s’avise de les comprimer, de les sacrifier, c’est-à-dire de les éteindre. C’est comme si l’on voulait diriger une flamme et lui assigner un but en l’éteignant, de peur qu’elle n’éclate en incendie. Il faut, au contraire, la faire rayonner en tous sens, la purifier, l’agrandir, tout en la subordonnant, tout en s’en servaut comme chaleur et lumière à la fois.

Les Anabaptistes ont créé la religion du pauvre. Ils ont aboli les distinctions odieuses entre le maître et l’esclave; mais au lieu d’élever l’esclave jusqu’au maître, ils ont abaissé le maîlre jusqu’à l’esclave. Ils ne pouvaient donc pas réussir. Ils n’en ont pas moins révélé des principes d’avenir dont les siècles futurs ont profité. Quelques-uns de leurs principes même sont encore à l’état d’idéal.

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