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MŒURS DES HUTTITES. — MORT DE GABRIEL

Rien de plus simple que l’organisation hiérarchique des Iluttites. Distribués en familles, chacune a son chef, ou père de famille, lesquels chefs réunis, élisent un père général qui a le pouvoir absolu pour un an. Si quelqu'un d’entre eux se comporte mal, il est renvoyé avec un petit pécule pour les frais de voyage, mais sans avoir droit à la restitution de la propriété qu’il a apportée à la commune. De là le pont-neuf suivant, que le peuple de ce temps a fait sur eux :

Si quelqu’un fait une faute,

Ils le mettent dehors sans cérémonie,

N’importe qu’il ait apporté Plusieurs centaines de florins.

Il est alors régénéré,

Sa fortune est flambée,

C’est un homme tout neuf et tout nu.

Dès qu’un frère a envie de se marier, il se présente chez le père de famille pour lui indiquer les causes de sa résolution et l’objet de sa flamme. Le candidat au mariage se soumet tout d’abord à un

examen physique cl moral. Il faut qu’il exhibe des cerliGcats de travail et de bonne conduite et ses étals de service. Ces préliminaires faits, il s’éloigne pour attendre la réponse du conseil. Celui-ci, dans une réunion convoquée à ce sujet, examine les rapports des chefs sur les différents candidats et candidates , délibère sur les convenances et la compatibilité des caractères, et décide en dernier ressort par voie de majorité. La beauté physique n’entre pour rien dans ces décisions. On fixe alors un jour de mariage général pour tous ceux dont les vœux ont été exaucés. Les jeunes filles désignées sont d’abord introduites dans le grand salon, et placées l’une à côté de l’autre à droite, puis on amène les fiancés qui sont rangés à gauche, chacun en face de celle qui lui a été destinée par le jury. Cette décision est irrévocable. La demoiselle placée en face du jeune homme devient forcément sa femme, qu’elle soit belle ou laide, sage ou sotte, à moins que le jeune mari ne désire renoncer pour toujours aux doux liens de l’hymen, cas qui ne s’est jamais présenté, car le mariage étant obligatoire, d’avance les Frères et les Sœurs se soumettent au jugement du jury. Le curieux, c’est que ces mariages sont pour le moins aussi heureux, sinon plus heureux, que ceux arrangés par les parents ou par des courtiers matrimoniaux. Il n’est pas vrai que les frères Huttites tirent les femmes au sort, comme plusieurs historiens le prétendent : tout mariage est discuté et décidé par la majorité après mûre délibération. Ils ne célèbrent aucune fête de noce. Chaque homme emmène sa femme, et par cette prise de main le mariage est consommé. Ces mariages en bloc ont lieu deux fois par an.

- Chaque année il y a grande assemblée pour élire de nouveaux chefs et pour désigner les apôtres qui doivent partir pour la propagande. Ces apôtres ne se distinguent ni par le costume, ni par aucun titre. Ce sont d’ordinaire des hommes d’élite.

L’agriculture et l’industrie étaient et sont encore les occupations ordinaires des Huttites. Leur vie est tout-à-fait patriarcale et contemplative. Le père général ne jouit d'aucune distinction ; il mange à la table commune, et couche dans le dortoir de ses subordonnés. Le matin, entre quatre et cinq heures, il y a réveil général. Le père de la maison élève ses mains pour la prière. On déjeune, puis on part pour le travail. Les repas durent un quart d’heure. Pas une parole ne se fait entendre. Le repas est précédé et suivi d’une prière. Les hommes et les femmes se mettent debout autour de la table, les hommes à droite, les femmes à gauche, et pendant qu’ils restent debout daus un profond recueillement, les enfants récitent la prière. De temps à autre quelqu’un, durant le repas, lit un chapitre de la Bible. Même silence durant le travail, dans tous les ateliers, même ceux des femmes. Les enfants sont de bonne heure habitués au silence. Le soir, après le travail, on soupe en commun. C’est alors seulement que la discussion et la causerie sont permises. Les maisons des frères ont une chétive apparence, mais dans l’intérieur règne une propreté exemplaire.

Deux fois dans l’année il y a des jours de grand pardon où ils s’approchent de la table sainte, après quoi les inspirés quittent la commune pour faire la propagande. Leur costume ordinaire est en toile ou en drap de laine. Le dimanche ils sont tous habillés

de noir. Ils n’ont jamais ni festin ni orgie, sans détester pour cela le vin et les bons morceaux. Quand ils trinquent, ils disent : « Bois, frère, le vin réjouit le cœur de l’homme. » Les fautes contre les mœurs et la décence sont sévèrement blâmées, mais non punies, excepté l’adultère, qui encourt l’excommunication, maximum delà peine. Plusieurs historiens parlent des intrigues d’amour qui ont scandalisé ces saintes réunions. C’est possible , probable môme. Mais les Huttites, dans ces occasions, se contentent d’excommunier les plus turbulents. Une personne excommuniée ne peut jamais plus se réhabiliter. On lui donne toutefois l’obole de voyage.

11 est permis à chacun d’avoir des extases et de prêcher.

Les malades sont soignés par les infirmiers et visités journellement par les pères. Rien de plus simple que les enterrements. On les enterre, dit Mehovius, leur ennemi, comme des chiens, dans un coin du jardin, sine cruce, sine hice et sine omni Deo.

Us n’accueillent personne qui ne gagne sa vie par son travail, et n’admettent ni le capital ni le talent. Leur association est basée exclusivement sur le travail, ce qui fait qu’ils ne comptent dans leur sein ni artistes ni savants. Ils sont très-hospitaliers pour les étrangers.

Après la mort de Hutter, la société fut présidée quelque temps par Gabriel. Expulsé par le gouverneur, il se rendit en Bohême, puis en Pologne, où il mourut en prison.

Un nouvel édit de l’empereur les chassa en dernier lieu de la Moravie. Ils furent expulsés en bloc et leurs biens confisqués. On les voyait mourir par

centaines dans les grandes bruyères. D’autres se cachèrent dans les forêts et se défendirent à outrance contre les traqueurs.

Il faut croire que malgré ces persécutions, plusieurs familles huttites ont trouvé quelque part un refuge sûr contre les édits du cruel Ferdinand. Car pendant la Guerre de trente ans, peut-être grâce à cette guerre même entre Catholiques et Protestants, on retrouve en Moravie les Frères Morales qui sont les descendants directs de Hutter et de Gabriel. Ils se sont conservés jusqu’à nos jours, mais leur nombre est extrêmement restreint et ils n’ont plus ni histoire ni historien. Ils n’en sont peut-être pas plus malheureux pour cela!

Profession de foi anabaptiste, après la réaction

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