‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 9 sur 26 · MELCHIOR HOFFMAN ET MATHIESEN · texte numérisé non relu

MELCHIOR HOFFMAN ET MATHIESEN

Nous avons vu Hoffman débuter à StockhoFm avec Knipperdolling, et expulsé avec lui par un mandat de Gustave Yasa. Il se dirigea d’abord vers la Livonie, où la doctrine de Luther avait conquis de nombreux adhérents ; il prêcha quelque temps à Doerpt et à Riga, où il y avait des communes luthériennes, mais bientôt il quitta ces villes pour se rendre à Wittenberg. Dans ce temps, Hoffman était encore tout pacifique ; dans une lettre adressée aux habitants de la Livonie, il leur recommande de ne pas se soulever contre l’autorité, disant que le vrai chrétien ne doit jamais employer la force.

De Wittenberg, Hoffman se rendit à Strasbourg, où tout en gagnant sa vie avec son état de fourreur, il fit de la propagande. Il quitta cette ville en 1326, pour retourner de nouveau en Livonie.

Une circonstance frappante dans l’histoire des Anabaptistes, ce sont les voyages fréquents des apôtres d’un pays à l’autre, n’importe à quelle distance ; on dirait, en suivant leurs pérégrinations.

qu’il n’y a rien île plus facile ni de plus naturel que de voyager à pied de Strasbourg à Stockholm, de Stockholm à Amsterdam, de là en Suisse, et de la Suisse en Silésie. Presque tous les chefs anabaptistes ont fait à plusieurs reprises le tour des pays allemands, souvent forcément, ayant été chassés d'une ville à l’autre, mais parfois aussi poussés par l’esprit de propagande et le besoin naturel de voyager, signe caractéristique du peuple allemand. Du reste, l’hospitalité était encore chose commune à cette époque, et quand il était devenu dangereux d'héberger les Anabaptistes, les chefs, presque tous artisans, passaient les nuits dans les auberges de leur corporation comme de simples ouvriers en tournée.

A Strasbourg, grâce au contact journalier avec Schwenkfeld, les opinions pacifiques de Hoffman avaient subi un brusque changement. Aussi, de retour en Livonie, il prêcha le contraire de ce qu’il avait écrit un an auparavant. « Le glaive, s’écriat-il, ne disparaîtra que lorsque tous les hommes seront chrétiens ; jusqu’à ce temps il faut le tirer pour la défense de la vérité. »

Impliqué dans une émeute, Holfmau quitta de nouveau Doerpt et se rendit à Magdebourg, où il soutint une discussion publique contre Amsdorf, à propos du dernier jugement et du cliiliasme. Delà il alla à Kiel, où il gagna les bonnes grâces du roi de Danemark ; il fut même nommé prédicateur offticiel du pays de Ilolstein. Cette faveur, toutefois, ne dura pas longtemps, car dès 1529 il lut chassé de Kiel avec sa femme et son enfant, sa maison fut livrée au pillage et ses biens furent confisqués. Pour la seconde fois il se rendit à Strasbourg, où il vé-

cul quelque temps dans l'obscurité. Là le mandat contre les Anabaptistés venait d’ètre renouvelé.

Voici ce mandat :

« Nous, Jacob Sturm, maître et conseil de Stras- » bourg, faisons savoir ce qui suit : Attendu que » dans ces temps, dans un but d’empêchement et de » détournement des commandements de Dieu, bon » nombre de sectes et- de doctrines fallacieuses se » sont élevées, entre autres des individus nommés » Anabaptistes, qui, sous le masque d’une vie chré- » tienne plus pieuse, contrairement aux paroles » divines et évangéliques, non-seulement ne recon- » naissent pas l’autorité instituée par Dieu, pour » protéger les bons et pour punir les méchants, » mais encore s’arrogent le pouvoir de défendre des » choses et des articles institués pour la paix, l’a- » mour et l’union des hommes, persévérant ainsi » dans leur obstination à diviser et à détruire l’état » de choses chrétien.

« Attendu qu’il est de notre devoir divin de nous » opposer de toute notre force à ces agissements et » à ces empiètements coupables ;

» Ordonnons aux bourgeois, habitants, étrangers, » parents, ecclésiastiques et laïcs dans la ville » ainsi que dans ses bans :

» De s’abstenir de tout contact de ces Ana- » baptistes, de ne les loger ni de les héberger, de » ne leur donner ni à boire ni à manger, mais, au « contraire de se détourner d’eux et au besoin de » les dénoncer et de les livrer à l’autorité ;

» Avertissons que nous ne laisserons pas impu- » nis tous ceux qui, contrairement à ce mandat,

» établiront la moindre relation avec ces hommes » d’erreur, de division et de malheurs.

» Donné samedi, le 26 juin 1527. »

Hoffman, dans la crainte d’être dénoncé, quitta Strasbourg pour aller à Emden, dans le Hanovre, remplacer Melchior Rink, vieillard doux et respectable, qui s’étant rendu en Hesse, fut pris et condamné à une prison perpétuelle.

A Emden, il rebaptisa secrètement dans la sacristie et envoya des missionnaires rebaptiseurs à Aurich, à Olderoum, à Uphusen, à Berum, à Pilsum, jusqu’au mois de janvier 1530, où un mandat du comte Enno II l’expulsa, lui et tous les Anabaptistes.

Avant de quitter Emden, Hoffman, sacrant Jan Trypmacker , le nomma chef de la commune, et partit de nouveau pour Strasbourg, son quartiergénéral.

Trypmacker envoya des missionnaires dans les Pays-Bas. Il y avait un grand nombre d’initiés à Amsterdam. En 1531, Gharles-Quint fit appréhender au corps une vingtaine de prédicateurs qui tous furent décapités à la Haye. Leurs têtes furent envoyées et exposées à Amsterdam même. Déjà en 1527, Jan Yalen, élève de Hoffman, fut saisi et rôti au petit feu. On prétend que Hoffman fut un des spectateurs de ce lugubre drame- Il est sûr qu’il a fait de fréquents voyages de Strasbourg à Amsterdam. C’est dans cette dernière ville qu’un vieillard lui a prédit qu’il allait être mis en prison, mais qu’après une détention de six mois, sa prophétie se propagerait sur toute l’Allemagne.

Le voilà pour la cinquième fois à Strasbourg, et cette fois il prêcha publiquement la résurrection

d'une Nouvelle Jérusalem. Ou l’arrêta. Grande fut sa joie de voir accomplir la prédiction de son prophète hollandais. Il ôta ses souliers, jeta son chapeau eu l’air, et, levant les yeux et les mains vers le ciel, il jura qu’il ne mangerait que du pain sec et qu’il ne boirait que de l’eau jusqu’à l’accomplissement de la prédiction entière.

Après l’emprisonnement de IIofTmau, Trypmaker, son élève, fut attaqué à son tour à Emdeu. Il fut forcé de fuir et se rendit clandestinement à Amsterdam, où il fit de nombreux prosélytes. Mais il fut pris, transporté à la Haye et décapité.

La mission germanico-hollandaise traquée de tous côtés, subit une interruption de quelques mois, lorsque au mois de septembre 1 î>33, Jean Mathys, connu sous le nom de Mathiesen, ouvrier boulanger né à Harlem, remplaça Trypmaker dans l’apostolat.

Ayant appris la mort de Trypmaker, Hoffman qui paraît avoir joui d’une certaine liberté dans sa pri son de Strasbourg, envoya une missive à ses adhérents, les engageant à interrompre tout rebaptême pendant deux ans et à se borner à des enseignements purement spirituels. Il cita comme exemple le temple de Zorobabel et d’Esra, dont la construction avait été interrompue pendant deux ans par l’influence de leurs ennemis.

A Strasbourg même, malgré le mandat du magistrat, Lenard Josten parcourait les rues en proclamant Hoffman le nouvel Enoch qui relèvera le nouveau temple dans la Nouvelle Jérusalem. Le magistrat de Strasbourg, au lieu de sévir contre lui, le fit enfermer comme fou.

La ville de Strasbourg, même au moyen âge, a

toujours été la ville la plus libérale et la plus humaine de toutes les cités du Rhin. Elle n’a pas fait mourir un seul anabaptiste, au risque d’être dénoncée àl’Empereur, comme complice de leurs doctrines. Il est vrai qu’elle jouissait d’une entière indépendance communale et municipale.

Deux prophétesses, Ursula et Barbara, dont l’une d’une grande beauté, parcouraient également les rues de Strasbourg, en racontant leurs visions. L’une avait vu un cygne blanc sur le Rhin, chantant des promesses d’avenir au nom du prophète Elie, n’étant autre que Hoffman. L’autre avait vu une réunion de frères et de sœurs, se rangeant autour d’un jeune homme, vêtu d’une robe blanche et tenant de sa main droite une coupe pleine d’une boisson fortifiante qu’il offrait à tous les assistants. Mais la boisson était trop forte pour eux, sauf pour le jeune Peterman, l’élève favori de Hoffman.

Ubbo Philips qui raconte cette aventure et qui alors était un jeune anabaptiste, dit à ce sujet: « Nous étions tous jeunes, simples d’esprit et inexpérimentés. Nous avions voué une haine vigoureuse aux papistes et nous considérions les Luthériens et les Zwingliens comme de faux prophètes, ennemis du peuple. »

Le magistrat, invité à sévir contre ces manifestations, répondit que tout cela passerait ; de temps en temps il fit enfermer ces prétendus prophètes comme fous.

Il fit plus. Ne reculant pas de sonder les plaies d’où surgirent ces maladies spirituelles, il invita plusieurs villes à se réunir en synode. La ville de Nurenberg, se trouvant de l’avis de Strasbourg, un synode fut convoqué pour le 11 juin 1533, dansle but

d’arriver à un entendement sur une profession de foi de l’Église réformée.

Schwenkfeld et Hoffman furent admis à cette conférence.

A en croire Butzer, le rapporteur du synode, Hoffman nia, non-seulement la divinité de Jésus- Christ, mais tout pardon. Si la relation de Butzer est exacte, Hoffman était l’anabaptiste le plus avancé.

Hoffman après le synode, retourna en prison, où il mourut.

On ne sait pas Si Mathiesen a conversé avec Hoffman même, ou s’il n’était que le disciple de Trypmaker. Quoi qu’il en soit, grande fut la stupéfaction parmi les Anabaptistes de Strasbourg, quand ils apprirent que Mathiesen venait d’annoncer à tous les adhérents hollandais et allemands, qu’il était lui-même le nouvel Enoch et le second, témoin.

Comment ! Hoffman n'avait il pas ordonné de suspendre tout rebaplême pour deux ans? Barbara n’avait-elle pas proclamé Peterman le second Enoch? Comment ce mot d’ordre avait-il voyagé si vite de Strasbourg à Harlem?

Quoi qu’il en soit, Mathiesen, méconnaissant la parole de Hoffman, recommença la propagande active sans attendre les deux années demandées. Il était jeune, plein d’ardeur, un des anabaptistes les plus oseurs et les plus pratiques. Les évènements de Munster auxquels nous sommes arrivés et qui lui étaient connus, ont probablement beaucoup contribué à cette prompte résolution. D’après Méhovius, Mathiesen a rédigé une profession de foi, contenant la communauté des biens et le droit de prendre plusieurs femmes. Mais à en juger par la vie de Ma-

thiesen, ce dernier point paraît faux. Il n’a jamais eu pour femme que la belle Divara, qui plus tard devint reine de Munster. Mathiesen ne parle dans sa missive que de l’avènement proche du règne du Christ où tout sera en commun et où nul méchant ne pourra vivre. Il convoqua un synode secret, envoya des apôtres dans toutes les parties du monde. Voici les noms de ces premiers missionnaires de guerre sociale : Jacob van Kempen, Dirk Euper, Bartholomé Bœkbinder, Léonard Bouwens, David van Horn, Neklas van Alkmer, Cornélius van Biel, Meiner van Delft, Rudolphe, Martin et deux autres dont les noms sont inconnus.

Bartholomé Boekbinder et Dirk Euper arrivèrent à Munster le 24 novembre 1533, où ils trouvèrent le sol admirablement préparé pour la nouvelle doctrine, parRottmann.

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