‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 10 sur 43 · LE3 CAUSES DES LA QUBRBE · texte numérisé non relu

LE3 CAUSES DES LA QUBRBE

pouvaient continuer à les exploiter pour leur propre compte, k la condition de payer à l'État un droit d'exportation ; et comme le gouvernement s'était réservé la faculté de fixer le taux de ces droits, il est clair qu'il pourrait, quand il le voudrait, les obliger indirectement à renoncer à leurs propriétés. Le gouvernement tenait à fitre le seul producteur, pour vendre sans concurrence aucune.

Mais comment parviendrait-il à payer les terrains à salpêtre, ainsi que les usines qu'il allait acheter? Le trésor du Pérou était vide; on avait arrêté les travaux publics, et même, à la grande surprise et au grand mécontentement de ses trop nombreux créanciers européens, on avait suspendu le service de la dette extérieure. La loi de mai 1875 avait prévu cette diflîculté et, par son article 4, elle autorisait le gouvernement à contracter un emprunt de sept millions de livres sterling. Quatre millions étaient destinés à l'acliat des salpétrières avec tout leur outillage, et les trois millions restants devaient servir à l'achèvement des chemins de fer entrepris par le gouvernement et à pourvoir aux autres besoins généraux de l'État.

Mais un gouvernement qui, déjà depuis des années, avait suspendu le payement de sa dette, pouvait-il réaliser un emprunt de sept millions de livres sterling? Était-Il possible de trouver quelqu'un qui prêtât au Pérou des millions, pour terminer les chemins de fer, lorsque les déclarations du président de la République et du Congrès national avaient révélé que ces travaux n'étaient pour ainsi dire qu'un prétexte pour favoriser le plus affreux gaspillage, et qu'on était allé jusqu'à mettre en accusation les fonctionnaires qui avaient pris part à ces manœuvres? Il est donc inulile de dire que le Pérou ne trouva alors aucun prêteur.

En attendant, les industriels maudissaient une législation qui mettait leur fortune à la merci d'un gouvernement incapable de comprendre ses propres intérêts. Déjà ruinés pour la plupart, ils ne songeaient qu'à se débarrasser de leurs jhvjpriétés. Alaiin, bon nombre d'entre eux se virent dans la nécessité de vendre au gouvernement du Pérou, à des conditions ruineuses, le fruit de leurs labeurs et de leur industrie. Ils livrèrent feurs établissements, leurs usines et leurs dépôts.

en échange d'une simple reconnaissance, par laquelle l'État s'engageait à leur en payer la valeur dans un délai déterminé. Ce terme est depuis longtemps échu, et aucun de ces malheureux vendeurs n'a pu encore toucher les sommes qui lui sont dues.

Cette suite de fautes et de vexations retomba principalement sur les capitalistes chiliens qui avaient engagé leur fortune dans la province de Tarapacâ. Cette perte de valeurs considérables avait été la première cause de la crUe commerciale qui affecta le Chili A cette époque. Cependant le gouvernement de cette République ne se départit pas un seul instant de son calme et de sa modération. Reconnaissant au Pérou le droit absolu de régler à son gré ses questions financières, il ne fît aucune réclamation, en raison des préjudices énormes qu'il causait à ses nationaux.

On a dit au Chili, soit dans la presse, soit peut-être aussi dans quelque document ofQciel, que ces lois étaient calculées pour ruiner les intérêts chiliens engagés dans ces négociations. Nous ne partageons pas entièrement cette opinion. Il est vrai que la conduite du Pénni, dans cette afiaire, autorise à croire qu^ considérait comme des malfaiteurs les étrangers qui apportaient au pays l'appoint de leur travail et de leurs capitaux, dans l'intention d'y chercher fortune au moyen 'une industrie et d'un travail honnêtes. Il semblait croire qu'il est permis de dépouiller, par la ruse ou par la violence, ces hôtes qui viennent cependant enrichir le peuple dont ils reçoivent l'hospitalité, en même temps qu'ils s'enrichissent eux-mêmes. Quant à nous, nous croyons que, dans toute cette conduite du Pérou en ce qui touche la question du salpêtre, il entre tout autant d'ignorance de ses propres intérêts que de haine contre les Chiliens.

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