CHAPITRE IV
ChsngemeDt dans l'attitude de In Bolivie vit-à-Tie le Chili tprèe la concliiaion du traité secret. — Le coagrèa bolivien ajonnie la discussion du traité conclu en iS72. — Le gouTemement du Chili eDlame de nouTcllea négociations et arrête te traité définitif de 1874. — Concessions que le Cbîli faisait dans ce pacte.
Le traité secret d'alliance conclu k Lima contre le Chili, le 6 février 1873, n'avait pas tardé à produire ses effets en Bolivie. On crut dans ce pays que cette alliance mettait la république chilienne au bord d'un abîme devant lequel il ne lui restait d'autre issue possible que celle de renoncer à ses prétentions, pour ne pas se précipiter dans la ruine. En Bolivie, on prenait au sérieux la puissance navale et militaire du Pérou : on croyait que les prétentions de cette république, au rang de première puissance du Pacifique, étaient parfaitement fondées, et qu'elle n'avait qu'à élever un peu la voix pour que le Chili, sans armée et sans escadre, courbât la tète et se soumit aux conditions qu'on jugerait & propos de lui imposer. La légation péruvienne en Bolivie entretenait celte confiance et paraissait encourager ouvertement l'humeur intraitable de son alliée secrète. A la fin de 1872, ainsi qu'elle l'exposa d'après les instructions expresses de son gouvernement, elle doiina un banquet, dans la ville de la Paz, au représentant du Chili et aux membres du gouvernement bolivien, pour célébrer le dénouement pacifique de toutes les questions pendantes, au moyen du pacte complémentaire de décembre. Quelques mois plus tard, cette même légation s'exprimait, cette fois, dans des documents publics, en termes si blessants pour le Chili, que le gouvernement péruvien, qui avait le plus grand intérêt à maintenir secrète l'alliance contractée, en vint à réprimander
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son agent pour cet excès de zèle. Cela pouvait compromettre en
effet le succès de toute cette intrigue 1
De son côté, le gouvernement bolivien passait par les mêmes alternatives dans son opinion à l'égard du Chili. Avant de conclure l'alliance péruvienne, ou plutôt avant que la nouvelle en arrivât à la Paz, la chancellerie de ce pays se montrait pleinement satisfaite d'avoir trouvé une solution amicale à toutes les difficultés. Répondant à la note dans laquelle le gouvernement du Chili lui communiquait l'approbation défijiitive du pacte de décembre, le jninistre des affaires étrangères de Bolivie, docteur don Melchior Terrazas, s'exprimait en ces termes : " La Bolivie voit avec la plus vive satisfaction que l'excellé ntissime gouvernement du Chili, s'inspirant de la noble pensée de consolider la paix, la bonne intelligence el l'union fraternelle qui lie si heureusement cette République avec sa voisine et amie la Nation bolivienne, loin de tenir compte d'intérêts transitoires, a donné sa pleine adhésion aux stipulations consignées dans ledit protocole. On ne pouvait attendre moins de la hauteur d'idées et de sentiments qui distingue le sage gouvernement du Chili... En outre, il est fort satisfaisant que l'excellentissime gouvernement du Chili regarde la conventiiin consignée dans le protocole indiqué comme de stricte obligation, et qu'il s'empresse de l'exécuter; de son côté, la Bolivie se trouve dans la même disposition favorable de lui donner une complète exécution, ii
Ces protestations amicales furent écrites le 6 février 1873. Le ministre qui les signait devait ignorer que, ce même jour et peut-être à la même heure, un fonctionnaire bolivien de son ressort, le représentant de la Bolivie au Pérou, signait un traité d'alliance offensive et défensive contre le Chili. Quand ce traité fut connu du gouvernement de la Paz, quand il crut que le Chili allait se voir dans la nécessité de marcher en avant dans la voie des concessions, le ton du cabinet bolivien changea complètement. A la date du 27 mars 1873, un peu plus d'un mois et demi après sa première communication, le même docteur, don Melchior Terrazas disait au gouvernement du Chili, en termes secs et péremptoires, non pas que ta Bolivie était disposée à exécuter au plus tôt le protocole de décembre, mais qu'on allait le soumettre à l'approbation des
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représentants de la nation, conformément aux principes du système représentatif que suit la Bolivie', Le ministre ajoutait que la représentation nationale était convoquée pour le mois suivant, et que c'était k elle de résoudre celte affaire, il ressortait clairement de celte note que le protocole en question ne serait pas adopté.
En effet, ce fut ce qui arriva. Le congrès bolivien convint d'ajourner l'instruction (Je cette affaire jusqu'en 1874, En attendant, il approuvait, le 2 juillet 1873, en session secrète, le traité d'alliance conclu avec le Pérou. Sûr, dès lors, de son pouvoir, le gouvernement sanctionnait ensuite d'autres lois pour grever de nouveaux impAts les industries chiliennes établies sur le territoire d'exploitation commun, acte qu'il ne pouvait exécuter sans que le Chili en eût connaissance et l'approuvât.
Le gouvernement chilien ne savait comment s'expliquer ce changement dans l'attitude de la Bolivie. Il l'attribuait aux manœuvres et à l'agitation des partis politiques d'un pays qui a toujours vécu dans le trouble. 11 ne lui vint pas un seul instant à l'idée que le Pérou, qui se montrait chaque jour plus courtois, plus aimable dans ses relations avec le Chili, fût le véritable et unique auteur de ces difficultés, préparées si artificieusemenl à Lima par le traité secret. Il est certain que si le Chili avait eu connaissance dès cette époque de la trame our-
1. Eq lisant dans la noie du miaistro Terrazas celte marque de respect passager pour le système représenlolil adopté en Bolivie, nous nous rappelons inTolontAirement les paroles d'un savant dialingoé, H. Charles Wiener, qui, eavojéparle gouvernement françaie comme chef d'une mission scientifique, a visité en loua sens cette répnbliqoe et celle du Pérou. » Ed Bolivie, dît H. Cb. Wiener, le parlement n'existe pour ainsi dire qa'à l'état de paragraphe oublié dans la charte nationale. Deux cents prétoriens, connus sous le nom de ■ el primer batallon ■ font et défont les présidents de la répabliqna, dont treize sur quatorze depuis la fondation de la république, sont morts on exilés ou assassinés. ■ J'extrais ces paroles, en les abrégeant légèrement, d'une série d'importants arUctes publiés par H. Wiener eur la guerre dn Pacifique dans le in* tiicle, journal de Paris, du 3 au 19 juin 1S79. Le même auteur vient de publier récemment, an ISSD, le résultat de ses eiploralious daus un ouvrage monumental sous le titre de : Pérou et Bolivie, Récit de voyage, luivi d'études archéologiques et ethnographiques, et de notes sur Ficriture et les langues des populations indiennes, ouvrage contenant pliis de ),1(>0 gravurei, 2T carte* et tS plans. Paris, Hacbette, 1880, grand in-S° de -19S pages.
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die contre lui, la rupture qui a écloté en 1879 aurait eu lieu alors; mais comme il l'ignorait complèlement, il crut qu'il pourrait vaincre les héâilations de la Bolivie, et, vers le milieu de l'année 1873, il envoya une nouvelle légation à la Paz.
Cette fois, le gouvernement chilien était disposé à faire de nouvelles concessions, pour assurer d'une manière définitive le sort des industries chiliennes établies dans le désert d'Ato «ama. 11 ne cherchait dans ces négociations ni l 'agrandi. ^scment de son territoire ni l'augmentation do ses entrées 11;cales au moyen des impAts et du partage des contributions que devaient payer ces industries. Il voulait que le régime de violence et d'instabilité qui avait trop souvent dominé en Bolivie ne se fît pas sentir par des exactions et des impôts exorbitants «ontre les personnes et les biens des Chiliens établis dans celte région.
Ce furent ces principes qui servirent de base au traité conclu le 6 août 1874. Le Chili abandonnait fi la Bolivie lapait qui lui revenait des impôts touchés dans ce territoire depuis 1866. Il allait plus loin encore : il renonçait pour toujours à tous les droits, qui, à partir de ce moment, devaient s'y percevoir, et dont la moitié lui revenait en vertu des traités Antérieurs. En retour de ces concessions, il n'exigeait qu'une seule garantie, qui fut établie dans l'article 4 du traité sous la forme suivante : « Les droits d'exportation à tirer sur les mijierais exploités entre les parallèles 23 et 2o n'e.ïcéderont pas le tarif actuel, et les personnes, les industries ou les capitaux ■chiliens ne seront sujets ù aucune contribution de n'importe ■quelle espèce, autre que celles existant à ce jour, et cela pour l'esftace de vingt-cinq ans. •
Le gouvernement espérait qu'au bout de ces vingt-cinq ans le développement de l'industrie, la marche progressive du mouvement commercial et, enfin, une civilisation plus avancée feraient comprendre à la Bolivie que les intéi-éts de l'État sont les mêmes que ceux des particuliers, et que, loin d'être une ^source de revenus pour le trésor, le» mesures vexatoires, les impôts excessifs et arbitraires paralysent et annihilent l'iii- ■ilustrie, ainsi que le Pérou en faisait l'expérience par la détention du salpêtre. Pour éviter de nouvelles complications diplomatiques auxquelles pouvaient donner prétcxle l'intcr-