LES CAUSES DB LA OUËRRE
antre langue moderne. Qu'il suffise de dire que, tandis que le Mexique et le Pérou avaient des imprimeriea depuis le XVI" siècle, et les autres colonies à partir du xyiii», le Chili resta privé de cet élémeut de propagation des lumiëfes jusqu'en 1812, c'est-à-dire denx ans après le co m men cément de la révolution qui lui donna l'indépendance.
Cependant, le Chili vainquit ces difâcuités qui paraissaient ÎQSurmontables ; il établit un gouvernement régulier avant toutes les autres républiques, ses s^urs. Son indépendance ne ■ fut assurée qu'après une lutte opiniâtre et acharnée, mai» avec moins de commotions et de bouleversements intérieurs que dans aucune des autres nations de même origine. A peine délivré des ennemis exlérieurs, le nouvel État organisa, en 18S0, une escadre el une armée qui allèrent affranchir le Pérou,
Depuis lors, le Chili donna toute son attention à organiser le régime intérieur du pays, t régler ses finances, à remplir ponctuellement tous ses engagements, à encourager et à développer l'instruction publique, à ouvrir des routes et à réformer sa législation ; en un mot, il ne négligea rien de tout ce qui prépare la grandeur et la prospérité des nations.
Ces efforts ont été couronnés d'un plein succès. Depuis 1830, ce pays a offert un exemple unique dans l'Amérique espagnole, et très rare dans les autres parties du monde, celui de la succession légale et réglée de tous ses gouvernements. Depuis 1830, tous les chefs du pouvoir exécutif y sont arrivés en vertu de ia loi, sans que jamais aucun ait été imposé par une révolution '.
Dana cette période de cinquante ans, il y a eu à peine deux commotions qui aient troublé la paix publique dans quelques provinces pendant trois ou quatre mois; mais sans
1. Lai durée de la présidence est de cinq ans, et le resouTellement du président a lieu le 1S leptembre. Jusijti'en 1871, la conBtitnlioD per- Dietttit la réélection, et les quatre premierB présidents forent réélue. Ainsi donc le Chili a eu depuis cette époque les chefs du pouvoir exécutif snivanta : — Le général don Joachim Priéto, de 1S31 à iUi ; le général don Manuel Bulnes, de 18*1 à 1831 ; don Manuel Monlt, de 18SI k 1861 ; doD José Joachim Pérez, de 18S1 à 1871 ; don Frédéric ErrAzuris, de 1871 à 1876, el don Annibal Pinto, préaident actuel, qui a commencé à gouverner le IS septembre 1876. Les deux premiera seulement étaient des militaires.
interrompre en aucune façon l'ordre légal du pays. PendaDt l«s vingt dernières années surtout, après la dernière de ces commoUons, le régime des garanties et des libertés assurées par la constitution n'a été suspendu dans aucune partie du territoire pas même un seul jour. Au Chili, l'état de siège, la dissolution du congrès, la fermeture des imprimeries, les coups d'autorité sont passés pour toujours.
Voilà, dira-t-on, un exemple bien rare dîins l'Amérique espagnole, et même dans bien d'autres pays. Le cas en effet est assez rare, et par cela même, il a attiré l'attention des esprits observateurs qui ont cherché à se l'expliquer.
Un agent diplomatique de la Grande-Bretagne, qui a habité ce pays pendant quelques années, qui l'a étudié sérieusement et l'a fait connaître à son gouvernement dans un rapport officiel très détaillé, M. Horace Rumbold, après avoir exposé avec ordre et méthode cet état de choses en explique les causes dans les termes suivants ' :
« Les pages qui précèdent auront été écrites en vain si elles ne donnent pas au lecteur Vidée d'une naUon sobre, pratique, laborieuse, bien ordonnée et gouvernée sagement, contrastant grandement avec les autres états de même origine et possédant des institutions semblables à la sienne qui s'étendent sur le continent sud américain. Le Chili doit les bienfaits dont il jouit aux traditions implantées dans son administration par les fondateurs de la République ; k la part prépondérante que la classe élevée et aisée a prise aux affaires publiques ; à l'heureuse extinction du militarisme ; à la culture soignée des instincts consei'vateurs innés en lui ; à l'absence presque complète de ces sources accidentelles de richesse que la Providence a prodiguées si abondamment à quelques-unes des nations voisines; à la nécessité par con^iéquent, d'avoir
1. Le nitportdeM.RDmbold, présenté ta goaveniËmeDtde S. M. B., en décembre 1B7S, a élA traduit et publié en français bous ce titre : > Le Cbili, rapport de M. Uoroce Rambold, ministre de la Grande-Bretagne à Santiago, sur leg progrès et la condition Rinërate de la république, tradait du livra bleu, préseaté aut deux Cbambres par ordre de S. M. i (Paris, 1877, in-S"). C^ livre est, k tons les poiots de vue, un des meilleurs que l'on paisse consalter pour connaître la situation politique, financière et indneti^Ue du Cbili. (Vojrei les pages {4 et suivantes d'où noue tirons l'extrait reproduit plus haut)
Les causes de la ouerbb 9
recours à un grand labeur rapidement récompensé par un sol généreux ; à l'endurance patiente et à l'aptitude au travail de sa population courageuse, et, au-dessus de tout cela peut-élre, à la négligence de ses anciens maîtres, qui l'obligea lorsqu'il en eut secoué le joug à créer tout par lui-même, el fit appel à des efforts esceptionnels de la part de la nation.
n Tout ceci peut être résumé en deux mots : travail et sens pratique, {Irabajo et cordura.)
« Il faut toutefois se rappeler qu'il est redevable de beau* coupa un climat aussi parfait qu'il soit possible de trouver sur n'importe quel point du globe, à un ciel pur sous lequel tout prospère ; aux montagnes grandioses qui n'ont pas seulement contribué à sa richesse par une provision abondante des métaux les plus communs comme les plus utUes, mais encore l'ont protégé et isolé, dans la période critique de son enfance, d'un contact trop immédiat avec les nations turbulentes qui l'entourent.
« Et de fait, ainsi qu'il l'a été démontré dans la première partie de ce long rapport, sa fortune (semblable en quelques points à celles de notre propre pays), a été matériellement influencée par des conditions de climat et de position géographique. Enfm, il ne doit pas peu, et il ne devrait pas l'oublier, à l'énergie et à l'aide desétrangers, principalementdes Anglais; aux gens d'autres pays qui ont combattu pour lui, instruit ses enfants, construit ses chemins de fer et fait le commerce dans ses ports, et à l'immixtion assez considérable de sang étranger qui coule dans sa population. »
Un publiciste français. M.- A. Rabutaux, qui a étudié la situation du Chili, dans un excellent article du Dictionnaire général de politique, de M. Maurice filock ', expose dans les termes an a ses de sa prospérité actuelle.
n So a f m dmiuLStralion du général Prîéto et de Portalè ( n m ), la paix se consolida, des habitudes
d'ordre d g politique s'établirent dans le pays, et le