‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 30 sur 43 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

eituatioQ des alliés à Tocdb et à Arico. — Diitidencei entre les chefs péruviens et bolÎTien». — Le générul Campero vient prendre le commandement (te l'armée alliée. — Ses efforta pour réorganiaer l'arraée et la préparer à la campagne. — H reçoit un nouveau contingent bolivien. — Description» des positions choisies par le général Campero. — Reconnaissances faites parTétat-major chilien. — Conflaace de quelques-uns des chefs allié* dans le triomphe de leurs armes. — L'armée chilienne s'approche da camp des alliés. — Surprise nocturne préparée par le général Campero : elle écboae. — Pian d'attaque des Chiliens. — Bataille de Tacoa {26 mai). — Premiers résultats de la bataille. — Les Chiliens occupent la ville de Tacna. — La nouvelle de la défaite de l'année alliée arrive à Lima.

Que faisait cependant l'armée alliée dans ses positions de Tacna et d'Arica, c'est-à-dire à quelques lieues du camp chilien ? C'est ce que nous allons expliquer ici, à l'aide des documents et des rapports des chefs péruviens et boliviens.

Vers la mi-avril, les alliés avaient réuni dans ces lieux une force dun peu plus de dix mille hommes, tant Péruviens que Boliviens. En vertu d'un pacte complémentaire du traité d'alliaoce secret, les deux gouvernements avaient bien stipulé, «n mai 1879, que le commandement des deux armées appartenait au président de la République sur le territoire duquel OQ opérait, et à, son défaut, à l'autre président ; mais on n'avait rien prévu pour le cas où aucun des deux ne se trouverait sur le théâtre de la guerre. Le eontre-amjral Montero était aloi^ le chef des troupes péruviennes, et le colonel Gamachu commandait les Boliviens. Maïs une pareille situation ne pouvait se prolonger à si peu de distance de l'ennemi, et le contre-amiral Montero, en sa qualité de chef de plus

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haut grade, avait pris le commandement en chef. Son plan de campagne consiatait à attendre l'ennemi, en se ménageant ie port fortifié d'Arica comme point de retraite dans le cas d'un désastre, qu'il croyait d'ailleurs fort improbable. Deux mille hommes étaient restés dans cette ville sous les ordres du colonel don Francisco Bolognesi.

Quoique le chef bolivien eAt consenti à se soumettre au contre-amiral Montero, il n'approuvait pas ce plan. L'armée alliée, selon lui, devait marclier à ta rencontre de l'ennemi, pour le battre avant qu'il ait eu le temps de se coacentrer et de se remettre du désordre que ne pouvait manquer d'introduire daos ses rangs une marche comme celle qu'il avait entreprise à travers d'âpres déserts. A ces. causes de dissidence s'en ajoutaient naturellement d'autres produites par l'orgueil national de chaque armée, etpar te peu de confiance des Boliviens dans les talents militaires de Montero'. C'est pour cette raison que le colonel Gamacbo priait instamment le président provisoire de la Bolivie de venir à Tacna prendre le commandement des deux armées.

On sait que peu après la déposition du général Daza en décembre 1879, le général don Narciso Campero s'était provisoirement chargé du commandement suprême en Bolivie. Ce chef, nous l'avons dit aussi, avait déployé la plus grande énergie pour réprimer les révoltes intérieures, et il était fer-

1. La situation du coulre-nmiral Maatero daa» l'armée alliée était devenue eicesBlvemeat épineuie. Outre l'arrogante et tiautaine légèreté lie caractère qui ne lui peruieltait pas de douoer un ordre ou d'accepter une opinion sanii faire eentir la supériorité de son rang, ses ant^6dents de conspirateur éveillaient la déHance dea orâciers péruviena. Ili croyaient que Montero n'attendait qu'un premier trioinptie dans le sud pourae proclamer à son tour » cUef aupréme du Pérou », et marcttersuT Litnâ pour renverser l'autre cbef suprême (Piérolaj, qni était depoii longtemps aon ennemi irréconciliable. Les soldats chiliens interceplèrent plusieurs lettres dans lesquelles on parlait clairement de toutea ces petitesses. Il faut dire aussi que la plupart dea orUciers de l'armée péruvienne de Tacns étaienl décidés à ne pss soutenir MouLero dans cette entreprise.

D'autre part, le contre-amiral Montero s'était aliéné la boone vo- lonté des habitants de Tacna et d'Arica, et même du commerce neutre de ces villes, eu leur imposant des fortes contributious en nature et en argent, et un emprunt forcé, qu'il distribua entre les nationaux et les étrangers, pour l'entretien de ses troupes, qui étaient presque nnei, et qui ne Tecevaient aucun secours de Lima,

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memeot décidé à contiauer la guerre contre le Chili. Instruit de ce qui se passait dans le camp des alliés, Campero partit en toute hâte pour Tacna, où il arriva dans la nuit du 19 avril.

Le lendemain, 11 se fit reconnaître comme général en chef des deux armées, et toutes les troupes le reçurent avec les témoignages du plus vif enthousiasme.

Dès lors il poussa les travaux militaires avec la plus . grande activité. Le 22 avril il passa en revue toute Tarmée alliée. C'était la première fois, suivant ce qu'il affirme luimême, que cette armée entrait en ligne et s'essayait aux ma< nœuvres combinées d'une vraie bataille : « Le spectacle que présentait l'armée était magnifique, et sa tenue me causa la meilleure impression w, dit le général Campero dans ua rapport détaillé de cette campagne au congrès bolivien.

Mais quoique la présence de ce chef renommé resserrât les liens qui unissaient les deux armées, la divergence d'opinions sur le plan de campagne qu'il convenait d'adopter subsistait toujours. Campero se décida pour celui du colonel Gamacho. Ce plan consistait à marcher jusqu'à la vallée de Sama pour y attendre l'ennemi et lui li\Ter bataille sans lui laisser le temps ni de se remettre des fatigues d'une marche pénible dans le désert ni de rallier toutes ses divisions.

Dans ce but, l'armée alliée se mit" en marche pour Sama, le 27 avril, mais elle avait à peine fait une lieue et demie qu'elle reconnut l'impossibilité d'aller plus loin, t Car, dit le général Campero lui-même , nous étions complètement dépourvus de moyens de transport par suite de la négligence qu'on avait mise jusqu'alors à s'en procurer. On ne pouvait mobiliser la légion bolivienne; il était impossible d'emporter pour l'armée l'eau et les vivres indispensables pour une expédition dans un désert dépourvu de toute ressource ; et. qui plus est, on n'avait pu conduire le parc d'artillerie jusqu'à l'endroit où nous nous trouvions, ni même le faire sortir de Tacna. II était donc prouvé que la marche était impossible, et que l'armée alliée était condamnée, pour ainsi dire, à attendre l'ennemi dans ses propres positions, sans pouvoir aller au-devant de lui. »

Ainsi, pendant que l'armée chilienne franchissait une

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distance très congidéra&le au milieu des sables du désert^ après avoir amené du Chili tous les éléments nécessaires i. une marche aussi pénible, l'armée alliée, par suite de son manque d'organisation et des vices de son intendance militaire, ne pouvfùt traverser quelques lieues de son propre pays. Elle n'avait ni voitures ni bétes de charge pour traîner se» bagages et conduire de l'eau. Ce n'était pas encore tout : tandis que les Chiliens étaient au courant du nombre des alliés et des positions qu'ils occupaient, ceus-ci ignoraient complètement la situation de l'ennemi de sa force numérique.

Après la journée de Buenavista, le 18 avril, les reconnaissances des alliés n'osèrent plus s'aventurer jusqu'en vue des Chiliens; de sorte qu'à partir de ce jour les chefs péruviens et boliviens n'eurent plus aucune- nouvelle de l'ennemi jusqu'à ce que celui-ci vint les menacer dans leui-a positions de Tacna. » Dans ce camp, dit le général Campero, le plus grand inconvénient de ma position était de n'avoir aucune nouvelle de l'ennemi, et de me voir réduit à opérer sur de simples conjectures. On n'avait pas organisé de ser-vice régulier d'espionnage, chose essentielle dans les circonstances où nous nous trouvions. Nous ne recevions aucun avis qui pût nous éclairer sur le nombre etla situation de l'euDemi. Il semblût que nous fussions sur un territoire étranger, et que les habitants de l'endroit ne se préoccupassent nullement du résultat de la campagne. Mu par ces considérations, je fis les plus grands efforts pour organiser l'espionnage, en me servant du préfet de Tacna et du général Montero, personnages influents, mais je ne pus rien obtenir de sérieux, et je restai condamné à la même incertitude ' . >

On comprend ainsi comment les alliés ont cru que l'armée

chilienne, qui, nous l'avons dit dans le chapitre précédent,

dépassait à peine treize mille hommes, en comptait plus de

vingt-deux mille, erreur qui a subsisté même après la bataille-

L'armée alliée campée dans les environs de Tacna mon-

1. Le coatre-amiral Montera a rectifia depuis, è. Lima, quelques pointa da rapport àa général Campero, tout en déclarunt que la continuation de la guerre ne lui permettait paa encore de révéler les moyens qu'il employait pour avoir des nouvelles de l'ennemi. La vérité incontestable est qu'à Tacua on n'eut Jamais de renseignements exacts sur le nombre et lar les mouTeiuents de l'armée cbilieune.

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tait alors à un peu plus de huit mille hommes, sans compter les deux mille soldats qui étaient restés sur la c6te pour défeodre Arica. Ces troupes virent bientôt arriver an nonvean renfort. En quittant la Paz, le 14 avril, le président Gampero avait donné l'ordre de lever en Bolivie le pins grand nombre possible de troupes, et de les envoyer snrle théâtre de la gueire. En effet, au commencement du mois de mai, mille à quiuze eenta soldats boliviens arrivaient à Tacna. Parmi eux se trouvait un escadron de cavalerie dont tous les soldats, ou du moins la plupart d'entre eux, étaient montés sur des mulets. L'armée alliée de Tacna s'élevait dès lors à près de dix mille hommes > .

(^ anonçait de Bolivie la prochaine arrivée de nouvelles troupes. En effet, le général LIores, qui commandait les forces militaires des départements du Sud, avait reçu l'ordre formel de venir avec toutes ses troupes grossir les rangs des alliés. Hais il lui fut impossible de se mettre en marche, non pas tant à cause du manque de ressources que parce que cette partie du territoire bolivien était alors, disait-on, menacée d'une invasion des Chiliens. Il est certain que quelques détachements ennemis avaient été aperçus dans la Cordillère, vers le chemin qui conduit du littoral à Potosi, et en effet, une petite division chilienne partie de Galama avait suivi cette direction, mais ces troupes n'avaient nullement l'intention d'envahir sérieusement le sud de la Bolivie. On voulait

1. Le rapport déjà cité da général Campero dit eipreaBément que l'armèa ûet alliés, qui était soua ses ordrea à Tacna, comptait 9,3(H) hommes. La presse du Pérou la faisait monter avaot la biitaille b 12 ou 1S,M0 homujes, dont nn peu plus de 1,000 étaient Bolivieiis. Noas croyons que l'on peut accepter le chiffre doaoè par le général Campera comme à peu près exact. D'ailleurs le rapport de ce chat est un document sérieux, qui ne contient d'autres inexactitudes que celles qui proviennent de son manque de renseignements snr la foree et les mouvemeats de l'ennemi, ou des oiagératioas de quelques-uns de ses subalternes dans le récit des iucidenls de la bataille. Les fragmeuts de ce rapport, que nous citons dans te texte, prouieront au lecteur que Campero est un militaire distingué. 'Ea effet, les armfes alliéBi n'enrent jamais de chef aussi sérieux, aussi habile et plus diligent. Le général Campero est un homme instruit, qui a vécu longtemps en Europe, et qui a fait une partie de ses études à l'Écote des mines, à Paris. It est JDstemenl eetimé dans son pa;i pour la rectitude et la droitesse de son caractère, et les soldats péruviens eux-mêmes avaient beaucoup plus d'estime pour lui que pour leur clief immédiat, le contre-amiral Montera.

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simplement simuler une invasion de ce territoire, et Ce stratagème réussit complètement. Le générât Llores n'osa pas abandonner ces provinces, et se voyant obligé de pourvoir à sa propre défense, il ne put ni conduire ni même envoyer un seul soldat à l'armée alliée de Tacna. Campero n'avait désormais à compter sur aucun renfort.

Le général bolivien, comme nous l'avons vu plus haut, s'exagérait extraordinairement la supériorité numérique de l'armée chilienne, mais son ardeur à organiser la résistance ne faiblit pas un seul instant. Il crut qu'il lui serait facile dans sa situation d'équilibrer les forces en choisissant une position avantageuse, d'où son armée, obligée de se tenir sur la défensive, pût repousser victorieusement l'attaque des ennemis.

Le terrain s'y prétait d'ailleurs admirablement. La ville de Tacna est entourée, au nord-ouest, d'un nombre considérable de montagnes arides, dépourvues de toute végétation, et dont le terrain sablonneux et mouvant rend la montée excessivement pénible. Il était facile de trouver sur ces hauteurs des positions avantageuses, presque inaccessibles à l'ennemi, surtout à sa cavalerie, qui formait la supériorité réelle et incontestable des Chiliens. Après de longues et minutieuses reconnaissances, le général Campero porta son attention sur un plateau qui domine toute la plaine voisine, et il résolut d'y établir le camp.

Il Une fois là, dit-il lui-même dans le rapport déjà mentionné, je fus parfaitement tranquille, étant convaincu qu'en cette position, j'évitais un danger réel et je possédais un point stratégique de premier ordre. En effet nous étions sur un plateau protégé devant nous par un rebord d'où descendait vers la plaine une espèce de glacis. Nous en avions un autre semblable derrière nous, et nous occupions le sommet qui domine la plaine des deux cdtés. Nos flancs étaient convenablement défendus par de profonds plis de terrain qui bornaient le plateau de chaque côté. En outre, la position dont il s'agit couvrait Tacna, et notre premier objectif était d'en empêcher l'occupation. Cette position avait pourtant le grave itfconvénient de ne présenter aucune ressource pour la subsistance des hommes et des chevaux ; mais je résolus d'y

parer, en envoyant ceux-ci s'abreuver h quelque distance dans les moments où il ne pouvait y avoir aucun danger, et en faisant venir à tout prix de Tacna ce qui était nécessaire pour l'armée, l'eau, les vivres, le charbon de terre, etc. Nous étions donc tranquilles, et je pris sérieusement toutes les dispositions nécessaires pour attendre l'ennemi. »

Cette hauteur occupée, les chefs alliés donnèrent tous leurs soins à la construction de lignes de défense et de travaux de campagne qui en rendissent l'accès plus difQcile à l'ennemi. La nature de ce terrain mouvant s'y prétait d'ailleurs à merveille. Entre autres mesures, chaque soldat fut muni d'un sac qu'il devait remplir de sable pour s'en servir de parapet contre les balles ennemies.

On comprendra mieux les avantages de cette position et l'espoir qu'avaient les alliés de remporter une victoire éclatante en lisant la description que le général Gampero fait de ce camp dans un autre passage de son rapport. Voici cette description :

" Nous étions placés dans un endroit élevé, et nos flancs étaient parfaitement défendus par des ravina qu'il aurait été difficile de franchir à cause de leur nature sablonneuse. Aussi la cavalerie ennemie ne pouvait-elle nous attaquer de flanc, sans s'exposer à un échec. Une seule charge sur ce terrain coupé et mouvant aurait sufQ pour fatiguer les chevaux, au point de les rendre incapables de résister au choc de simples tirailleurs. L'ennemi ne pouvait donc opérer avec sa cavalerie que sur notre aile gauche, et presque de front, et jamais sur nos flancs et encore moins sur nos derrières qui étaient également défendus.

« L'artillerie ennemie ne pouvait non plus opérer librement, du moins au commencement de l'action. Nous occupions le faite d'un plateau qui présentait devant nous un renflement assez prononcé et des esplanades en glacis en face de l'ennemi et sur nos derrières, et nos deux lignes de bataille ainsi que les réserves étaient invisibles pour nos adversaires. Nous n'offrions donc qu'un but fort incertain aux feux de l'ennemi, surtout à sa puissante artillerie, qui, dans toute autre position, aurait suffi pour nous détruire.

« Ces conditions étaient également favorables à la retraite.

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parce que, n'eùt-ce élé l'avantage du terrain, il eût été extrêmement facile aux nombreux bataillons ennemis de nous envelopper (le toutes parts.

« Au point de vue de la stratège, la position était donc on ne peut plus favorable, et elle répondait à toutes les prescriptions fondamentales de l'art militaire.

n Une circonstance particulière dont on doit tenir compte, c'est que le bord où était tracée notre ligne de bataille formait une courbe, dont la partie convexe ou saillante regaiv deit l'ennemi, et la concave était à notre arrière-garde, J'avai» profité de cette forme du terrain en raison de la supériorité numérique de l'ennemi, afin de l'obliger à étendre ses forces sur un espace beaucoup plus grand, ce qui ne pouvait manquer de les affaiblir, s'il voulait embrasser toute l'étendue de notre courbe. De cette manière, nous pouvions aussi opérer avec la plus grande rapidité derrière notre ligne, tandis que les mouvements des Chiliens derrière la leur étaient beaucoup plus lents. Cette circonstance, s'ajoutant au relief du rebord formé par le terrain, nous donnait un avantage considérable, soil pour moavoir noire seconde ligne en toute direction, soit pour faire passer les réserves d'un point à ud autre, à l'abri des feux ennemis et même de leurs regards ; tandis que notre position dominante sur la pente ou glacis qui descendait du plateau nous permettait de ne perdre aucun de ses mouvements. »

On voit que le chef bolivien avait fait preuve d'un vrai talent militaire dans le choix du terrain où il devait attendre l'ennemi, et il croyait pouvoir lui résister avantageusement, même en supposant que les Chiliens fussent deux fois plus nombreux que l'armée alliée. Mais la nature de ses troupes, ou plutôt le manque de bonne cavalerie ne lui permit pas d'entretenir un nombre suffisant d'éclaireurs. Les avant-postes n'arrivaient pas à plus de deux lieues au delà du camp.

Malgré leur isolement, les chefs péruviens conservaient,' par les âpres chemins des montagnes, quelques communications avec les autorités de la province de Puno, reliée par le télégraphe à la ville d'Aréquipa. Ces communications, loin de leur être utiles, contribuèrent à les troubler, en leur faisant - de fausses espérances. On leur annonçait qu'une

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nouvelle année péruvienne, commandée par le colonel Leiva, avançait d'Aréquipa sur Torata, et qu'elle attaquerait bientôt l'arrière-garde des Chiliens. Le contre-amiral Hontero, et qnelquea-ans des chefs qui étaient sous ses ordres, toujours disposés à se laisser tromper par de semblables illusions, admirent sans hésitation l'eKistence de cette armée. Ils transmireot des ordres à Âréquipa et à Torata, afin que Leiva précipitât sa marche pour en finir d'un coup avec les Chiliens. Or la prétendue] armée de Leiva était une faible division de recrues, qui était arrivée à grand'peine à Aréquipa, et quand elle voulut marcher sur Moquegua, elle se trouva dépourvue de presque tous les éléments indispensables à une marché quelque peu accélérée. .

Pendant ce lemps-là, l'armée chilienne campait à six lieues de Tacna, sur les bords du rio Sama. Elle aussi achevait ses préparatifs pour la bataiUe qu'elle allait engager dans des conditi(His bien moins favorables que les alliés. Le 22 mai, le général fiaquedano ordonna que son état-major, appuyé par une division de troupes des trois armes, s'avançât pour relever avec un soin minutieux les positions ennemies. Cette reconnaissance s'effectua avec un plein succès. Le colonel Velasquez, chef de l'état-major chiben, s'approcba à une portée de canon du camp ennemi, et il ouvrit le feu contre ces positions, dans le but de s'assurer de la puissance de l'artillerie des alliés. Après une heure de canonnade insidieuse, et quand ses ingénieurs eurent levé un croquis des positions ennemies, il ae retira en bon ordre sans avoir perdu un seul homme. L'état-major s'était ainsi convaincu que l'ennemi était décidé à rester sur la défensive.

Cette reconnaissance doqna lieu à bien des discussions dans l'état-major des alliés. Quelques chefs pensaient que l'armée chilieime n'osait présenter la bataille, et que la disparition. des éetaireurs de l'ennemi annonçait une véritable retraite. Dans ses conférences, le contre-amiral Montero ne cessa de faire parade de la confiance la plus absolue dans le résultat de la bataille. Selon lui, les Chiliens étaient aussi ineptes que lèches, et l'incapacité de leur chef, qu'il avait autrefois connu, était une sûre garantie du prochain triomphe des alliés. Le- général Campero se montrait, lui, bien autre.

ISS HISTOIBB DE LA QUBRRB DU PACIPIOUB

ment réservé. Il n'attribua pas au mouvement des Chiliens plus d'importance qu'il n'en avait réellement, et il persista dans sa résolution de ne pas quitter ses positions actuelles. Il parait que ces discussions n'eurent d'autre effet que de le confirmer dans l'idée peu avantageuse qu'il avait des talents militaires de Montero : aussi ne lui avait-il confié que le commandement de son aile droite. L'aile gauche et le centre avaient été placés sous les ordres des colonels boliviens Gamacbo et Castro-Pinto, qui avaient toute la confiance du général en chef.

Toutes les informations nécessaires étant prises, l'année chilienne se mit en marche le SS mai et alla camper dans le meilleur ordre à deux lieues des positions ennemies. L'étatmajor avait choisi un pli du terrain pour y passer la nuit. Cette position présentait un double avantage : les troupes y étaient à l'abri de toute surprise, et elles dérobaient leur présence à l'ennemi. Pendant cette marche, l'armée n'eut d'autre perte à souffrir que celle d'une troupe de mules dont les conducteurs dépassèrent imprudemment l'endroit où ils devaient camper; les mules furent enlevées par les avantgardes des ennemis. Deux des muletiers furent faits prisonniers en même temps que les animaux qu'ils conduisaient.

Sans cette imprudence, le général allié n'aurait eu qu'une vague idée du voisinage de l'armée chilienne. Toutefois les déclarations des deux prisonniers contribuèrent à le troubler davantage. Les muletiers, avec la ruse propre aux paysans chiliens, lui donnèrent les renseignements les plus exagérés sur la force de leur armée^ en lui cachant artificieusemenl tout ce qui aurait pu l'éclairer sur le lieu précis où elle devait camper cette nuit-là. De son c6té, le chef bolivien s'exagéra les dangers de sa situation, et se croyant menacé par une armée deux fois supérieure à la sienne, il craignit d'être vaincu malgré les incontestables avantages de ses positions. Pourneutraliser, par une stratégie qu'il croyait habilei la prétendue supériorité numérique des Chiliens, Campero eut l'idée de surprendre ceux-ci, persuadé qu'il lui serait ainsi plus facile de les mettre en déroute. Ecoutons ce général lui-même raconter le plan d'attaque qu'il avait conçu, et la manière dont il fut exécuté, » Je décidai, dit-il, qu'il fallait marcher

LES OPÉHATlOflS HILITAIIIES jgO

Cftie nuit-là même, tomber à l'aurore sur l'ennemi en essayant de le surprendre, sans lui donner le temps de déployer ses forces, et même en l'empêchant d'employer les deux principaux éléments de sa force, sa cavalerie et son artillerie, dont l'action ne pouvait être inutilisée que par une surprise heureuse. Je communiquai ma pensée à MM. Montero et Gamacho; ils l'accueillirent avec enthousiasme et approuvèrent toutes mes idées.

« Le plan étant accepté, on prit les mesures convenables, et l'on commença la marche à minuit avec une précision etuu silence admirables, l'armée conservant le même ordre de bataille, et ménageant la distance nécessaire pour pouvoir former ta ligne avec toute la rapidité possible en approchant de l'ennemi, lequel en raison même de sa supériorité numérique aurait besoin d'un temps plus considérable pour déployer ses forces. Mais malheureusement, au bout de deux heures on commença à remarquer une certaine indécision et même un certain désaccord dans la marche des colonnes. Les colonels Camacho et Castro Pinto me firent avertir successivement et contradictoirement que nous inclinions trop selon l'un à droite, et selon l'autre à gauche. J'ordonnai aux guides des deux ailes et à celui du centre de se réunir et d'examiner ensemble la situation où l'on se trouvait et la direction que nous devions suivre. Après une longue discussion entre eux, ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient éclaircir leurs doutes, se mettre d'accoi^d sur notre vraie position et encore bien moins s'orienter, à cause de l'épais brouillard qui couvrait la plaine et qui nous enveloppait déjà de toutes parts. En ce moment, je remarquai que le désordre s'était augmenté, et que plusieurs corps avaient perdu leurs positions respectives, quelques-uns de la droite ae trouvant égarés à gauche. J'ordonnai qu'on fit halte, et craignant une rencontre avec l'ennemi dans ces circonstances, ce qui nous aurait occasionné un désastre irréparable si nous étions nousmêmes surpris au lieu de le surprendre, je résolus de retourner au campement. J'eus soin de faire prendre les devants à quelques hommes chargés d'allumer des feux pour nous servir de point de repère. Cela fait, la contremarche s'effectua, et nous arrivâmes au camp au lever du soleil, le 26,

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toute l'armée occupant les mêmes positions qu'auparavant. »

Tandis que l'armée alliée se fatiguait pendant la plus grande partie de la nuit par cette opération manquée, l'armée chilienne se reposait traiiquiUemcnt de la fatigue des marches précédentes. Avant l'aurore du 26 mai, tous les corps étaient debout et pourvus de munitions pour marcher à l'ennemi. La troupe reçut les aliments nécessaires pour résister aux fatigues de la journée.

Au quartier général des Chiliens, on avait longuement discuté le plan de la bataille. Deux opinions avaient été particulièrement l'objet des délibérations du conseil. D'après la première, l'attaque devait être dirigée sur le front de l'ennemi ; on chercherait d'abord k le chasser de ses positions au moyen de l'artillerie, et Bi l'on n'y parvenait pas, en les attaquant résolument avec de l'infanterie. Le second plan consistait à marcher vers l'est jusqu'à une certaine distance du flanc droit de l'ennemi pour se placer sur ses derrières, et le forcer à accepter le combat dans des conditions qui lui enlèveraient sa ligne de retraite vers l'intérieur. Mais ce plan avait un inconvénient : la bataille se trouvait retardée d'un jour, et l'on craignait que la provision d'eau ne s'épuisât, de telle sorte qu'au moment de la bataille le soldat pouvait se trouver dépourvu d'un élément aussi nécessaire pour se remettre des fatigues et de la chaleur. Le général Baquedano se prononça pour le premier de ces plans, c'est-à-dire pour l'attaque immédiate et de front, et ce fut en conséquence de ce plan que l'on avait réglé tous les détails de la marche.

L'armée chilienne avait à peine franchi une courte distance qu'elle aperçut, à une lieue devant elle, les dernières colonnes ennemies qui revenaient occuper leurs positionE après l'inutile sortie de la nuit précédente. L'artillerie leur envoya quelques grenades qui tes obligèrent à accélérer leur retraite vers les hauteurs qui formaient leur camp. L'armée chilienne rangée en ligne de bataille, ayant son front et ses flancs protégés par des tirailleurs, continua à avancer jusqu'à l'endroit qui marquait, suivant les observations faites quatre jours auparavant, la portée extrême des canons ennemis.

Là, le général Baquedano établit en cet endroit, comme on l'avait décidé, une division d'un peu plus de 3,000 hommes

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d'infanterie de ses meilleures troupes. C'était la réserve de l'armée, et elle ne devait prendre part à la lutte que dans le cas où les autres divisions essuieraient un sérieux échec ; et alors ces troupes fraîches, entrant en ligne, pouvaient rallier les autres divisions et ressaisir la victoire. Le reste de l'armée continua à avancer avec l'artillerie, laquelle devait engager le combat en ouvrant ses feux simultanément sur le front et les flancs de l'ennemi.

A dis heures du matin le combat commença par une vive canonnade. Le nombre et l'excellente qualité de leurs canons et aussi l'habileté de leurs artilleurs auraient d6 assurer aux Chihens une incontestable supériorité, mais la nature et la forme du terrain favorisaient les alliés. « En effet, dit le général Campero, nous avions tout d'abord l'avantage de ne point présenter de point de mire à leurs boulets, puisque notre première ligne se trouvait cachée derrière la cime du plateau, et qu'on n'apercevait que nos pièces d'artillerie, tandis que, nous autres, nous dominions toute l'étendue que les Chiliens occupaient. D'un autre côté, leurs projectiles ne nous causaient aucun mal : ils tombaient derrière nos rangs en raison de la courbe que décrivent les obus, ou bien ils s'enfonçaient dans le sable, où ils éclataient en produisant une sorte d ébullition sur la terre, mais sans nous causer le moindre mai. Aussi à chaque coup de canon, le général bolivien Ferez, répétait-il ; « Encore une once d'or de perdue », faisant allusion au prix de revient des chargées et à leur complète inutilité ' . En conséquence je défendis d'abandonner les ' positions, et même de s'en écarter. Je défendis également de commencer les feux de mousqueterie avant que l'ennemi se trouvât à bonne portée.

Le général Baquedano s'étant convaincu de l'impossibilité de chasser l'ennemi de ses positions et de l'impuissance de Tartillerie et de le cavalerie, ordonna au bout d'une heure de ralentir la canonnade, et ce fut alors qu'il prépara la grande

1. Le géaéraL Ferez mourat cependant an pea pins tvd, à U Sa de la bataille, blessé au front par un éclat d'obus cbiîien. C'était ud vieax soldat, que ees compatriotes coqs idé rai eut comme l'an des plus braves et des plus boaoâtea cbefa bollvieDS. Le jour de la bataille de TacDS, il étail chef de l'état-major de l'armée alliée.

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atlaquc iivec son infanterie. Sans ccmpter le corps de réserve établi, comme nous l'avons dit, un peu en arrière, l'infanterie chilienne était partagée en quatre divisions dont chacune comptait environ 2,000 hommes, et formant un total de 8,500 soldats. Elle reçut l'ordre d'aller déloger de ses formidables positions un ennemi supérieur en nombre. Trots de ces divisions seulement, engagèrent le combat en attaquant le front et les flancs de l'ennemi. La quatrième, formant la première réserve, resta en arrière pour accourir où elle serait nécessaire, c'est-à-dire au point où l'ennemi présenterait la résistance la plu.s tenace.

Le flanc gauche des alliés était le point le plus accessible de leurs positions ; aussi le général Campero l'ayant reconnu d'avance, avait-il eu soin de masser sur ce point des forces considérables aous le commandement du général Camacho, lequel, comme on sait, Avait toute sa confiance. Le général Baquedano y avait envoyé, lui aussi, la plus nombreuse de ses divisions, et celle-ci fut la première à engager la lutte et avec la plus grande décision. Les autres divisions attaquèrent bientàt, et vers midi, le combat était devenu général. L'artillerie chilienne, qui était restée à l'arrière-garde, soutenait la charge de l'infanterie en dirigeant ses feux à une certaine hauteur. Vers l'aile droite des alliés, les canons chiliens concentrèrent leurs feux sur une redoute armée de cinq pièces d'artillerie avantageusement placées.

L'impétueuse attaque de la division chilienne qui assaillit le flanc gauche des alliés y produisit en moins d'une heure une grande confusion. Malgré le grand nombre de ses défenseurs, et les avantages de sa position, la ligne ne tarda pas à faiblir, et un corps péruvien qui avait pris le nom prétentieux de « bataillon Victoria » tourna les talons et prit la fuite. En vain le général Campero commandu-t-il de faire feu contre les fugitifs ; ceux-ci ne voulurent pas retourner au combat et continuèrent à fuir en désordre. La réserve fut alors appelée, et avec elle arrivèrent les meilleurs bataillons de l'armée alliée qui furent distribués sur les deux flancs, et principalement à l'aile gauche. Grâce à ces renforts, les défenseurs des hauteurs reprirent courage et soutinrent le combat avec une nouvelle ardeur.

Les OPSHATIONS UILITAIRES 193

A un certain moment deux, des bataillons qui formaient . l'aile droite des Chiliens tiorrîblement maltraitée par le feu de l'ennemi, et voyant leurs munitions presque épuisées, reculèrent un peu en désordre. Quelques pelotons de cavalerie, qui étaient détachés sur ce point, accoururent pour les soutenir, tandis que l'autre division chilienne, qui formait la première réserve, avançait à son tour. Cette divbion, composée seulement de 1,600 hommes, se porta au pas de charge pour renforcer les troupes qui attaquaient le front et le flanc gauche de l'ennemi. L'artillerie et les mitrailleuses se rapprochèrent également, et l'attaque devint plus vigoureuse et plus décisive. Les alliés, qui s'étaient bravement battus pendant deux heures, ne purent soutenir ce nouvel assaut. Ils résistèrent cependant quelque temps encore ; mais bientôt ils commencèrent à céder, et à deux heures de l'après-midi, leur déroule était complète. L'artillerie chilienne continua ses feus pour achever la dispersion de l'ennemi, tandis que l'infanterie occupait les hauteurs et se lançait à la poursuite des fugitirs '.

% La seconde réserve, c'est-à-dire la division de 3,000 hommes que le général Baquedano avait laissée à un peu moins d'une lieue du théâtre de la lutte, était restée à cet endroit l'arme au bras, attendant qu'on eût besoin de ses services pour avancer contre l'ennemi. Elle s'était bornée à déployer ses forces après l'entrée en ligne de la première réserve. La bataille s'acheva sans qu'il fût nécessaire d'employer cette seconde réserve. 11 semble néanmoins que sa présence contribua puissamment à décourager l'ennemi qui, de ses positions,

1. Les relations p£raviennea o\i boliTienacB ToDt une ccinfuBioa complète de touB les faita dès qu'elles veulent raconter la eeconde partie de ta bataille. Le général Campero en reveadiqae la part la plus glorieuse pourlee troupes boliviennea, lesquelles occupaient l'aile gauche, où elles furent touteFois abandoanées par le batailloa péruTiea Victoria, fait qu'il n'oublie pas de faire ressortir. Selon lui, nou seulement les Boliviens rameuèrent les Cbiliene dans cette partie du champ de bataille, mais ils leur aursieut fait quelques prisonniers, et même enlevé plusieurs canons, qu'ils durent abandonner quand Us se virent attaqués par de nombreuses tronpes entièrement fraîches. Le contre-amiral Montero, et le cher de l'élat-major péruvien, colonel don Manuel Velarda, attriboenl la meilleure part dans la défense aux forces péruvienuee, qui, mna le commandement du premier, formaient l'aile droite. Montero va plas loin : il prétend que l'appui qu'on dut prêter & la division du colonel Camacho dès le commencement du combat affaiblit considérable

D,q,i,.cdbvGooyIc

IM HISTOIBE DE Ll OUEBRE OU PACIFIQUE

l'apercevait comme une seconde armée, prête à lui enlever la victoire dans le cas oii il aurait réussi à repousser la première attaque des Cbiliens,

Tel fut le résultat de la bataille de Tacna. Pour occuper les positions formidables où les alliés s'étaient retranchés, les Chiliens avaient perdu, en morts ou en blessés, près du quart de l'effectif réellement engagé dans ie combat, c'esl-à-dire 3,lâS hommes. On comptait parmi eux 23 offlciers morta, et 84 blessés ; 463 soldats tués et 1558 blessés. Ces pertes de l'armée victorieuse s'expliquent facilement par la nécessité où étaient les Chiliens de se battre à découvert pour gravir les hauteurs d'où un ennemi invisible et bien placé au commencement lui lançait sans relâche une pluie de balles et de mitraille. La plus importante de ces pertes était celle du commandant don Ricardo Santa-Cruz, qui s'était brillamment eonduit pendant toute la guerre, depuis le débarquement à Pisagua, où il avait été chargé de conduire & terre les pre> mière» colonnes chiliennes.

Les pertes des alliés étaient beaucoup plus considérables. On fait monter à plus de 2,800 le nombre de leurs morte ou de leurs blessés, en ne regardant comme tels que ceu}L qui n'avaient pu se retirer du champ de bataille ou des environs, et parmi lesquels figuraient un certain nombre d'otficiers supérieurs, généraux, colonels, commandants '. Selon les informent le reste de la ligne r ce qui n'aurait pas empfchË ladite divUion d'Atre la premiàre à abandonaer la champ de bataille. Nous devons loutetoÎB taire remarquer qoe l'assertion du conlre-amiral MMitero, qui prétend rectifier le rapport dn général bolivien, est assez peu exacte, et qn'etle raconte des incidents de pure invention, notamment une cliarge brillante de la cavalerie qu'il avait sous ses ordres, laquelle, selon lui, avait contenu l«8 bataillons chiliens : or aucun des vainqueurs n'a eonnaissaiice de cette charge merveillense. On ne peut porter le même jagement sur le rapport du général Campero, document sérieux et rempli de raits, où l'on reconnait clairement que les erreurs que son auteur a pu commettre sur la Torce numérique des troupes chiliennes, et sur la capture momentanée des canons ennemis, ; sont énoncées de bonne roi, d'apréa des informations peu exactes. Il su^t de dire que pas un soldat de l'armée alliée ne s'est approché pendant le combat à cinq cents mètres de l'artillerie chilienne.

1. Les alliés ne purent Taire le relevé exact des pertes qu'il* aobirenl dans la bataille de Tacna, qu'ils appellent bataille du > Qiamp de l'alliance «, à cause de la dispersion qui suivit la déroute. Néanmoins, dans une pi^blication du colonel Velarde, chef d'état-m^or péruvien, on

LES OPâR&TlOHS HtLtTAlJtEB I9S

mations d'origine bolivienne, Ids pertesde la division de cette nation pendant le combat s'élevèrent à 1,200 morts^et 900 bleasés. On parle dans cea documents de deux bataillons qui furent presque complètement anéantis en défendant l'aile droite de» alliés que les Péruviens avaient commencé à abandonner. Les Chiliens firent près de 2,500 prisonniers, dont un général, dix colonels, et un grand nombre d'officiers. Lçs valnqaeurs s'emparèrent sur le cbamp de bataille de dix canons en état de eervice, et plus loin de deux autres qui étaient démontés, de cinq mitrailleuses neuves, de cinq ou 6ix mille fusils et d'un nombre considérable de munitions de toute espèce.

Les généraux Gampero et Montero sortirent sains et saub de la bataille. Ils se dirigèrent l'un et l'autre avec les restés . de leurs troupes vers la ville de Tacna où ils pensaient pouvoir organiser de nouveau la résistance. En y arrivant, il reconnurent que la chose était impossible, et ils continuèrent leur retraite en ralliant le plus grand nombre de fugitifs qu'il» purent rencontrer. Des 9,000 à 10,000 soldats qu'ils avaient le 26 dans la matinée, 2,800 hommes seulement, qui avaient «IfWirtenu àl'une ou à l'autre des deux armées alliées, se réu>* nirent & eux en groupes désordonnés, et au bout de plusieurs j[ours seulement. Les Péruviens se dirigèrent sur Tarata et Puno avec le ooDtre-amiral Moijtero, pendant que les Boliviens, sous les ordres du général Gampero, se rendaient à la Paz, de l'autre cAté des Cordillères.

La ville de Tacna resta dès locs abandonnée, ou plutôt occupée par les blessés et les malades qui ne pouvaient ou ne voulaient pas fuir, et par les fugîtife qui jetaient leurs insigne» militaires pour échapper aux vainqueurs, résolus qu'ils étaient à ne pas suivre leurs chefs. La confusion et le désordre itégnaieat dans la ville. Lçs habitants fermaient les portes de leurs maisons, et les fugitifs commençaient à saccager le» dépôts de vivres et les magasins'de denrées de toute nature à

donne les chiffres suivants pour les pertes de l'armée pâruvieaDe seule : morts, 6 colonels, 7 lioulenaats-colonela et 71 officiers; blessés, I colonel, 8 UeuteoBDts-colonelg et 92 officiers. Le colonel Velarde ajoute que U perte des soldats fut proporttoanelle il celle des olSciers.

Les pertes des Boliviens, parmi lesquelles on compte 2 généraux etuu certain nombre de colonels et d'autres officiers. Furent relativemeot

I»6 BISTOIRB DB Li aUBRRB DU PACIFIOtlB

18 recherche de liqueurs quelconques. 11 se présenta alors dans la ville un parlementaire chilien avec un drapeau blanc. Il eherchatt les autorités pour les sommer de rendre la place. Ce parlementaire fut reçu k coups de fusil daqs les mes mêmes de la viUe, et il eut peine à se retirer sain et sauf.

On crut alors qu'on avait organisé une résistance sérieuse dans la place. Le général en chef envoya immédiatement sur Tacna une division de l'armée chilierme. L'artillerie qui l'accompagnait fil quelques décharges en l'air, et elle se disposait à prendre la ville de vive force, lorsque les consuls étrangers vinrent avertir que Tacna était abandonnée et sans défense et que les Chiliens pouvaient l'occuper sans coup férir, afin d'éviter de plus graves désordres. Ils affirmaient que c'étaient quelques soldats péruviens ivres qui avaient tiré sur le parlementaire, après quoi ils s'étaient dispersés. La division chilienne fit donc son entrée dans la ville, et à partir de ce moment les désordres cessèrent et la tranquillité se rétablit. Dans la soirée du même jour et les jours suivants, plunieurs détachements de l'armée chilienne continuèrent à poursuivre les fugitifs ; aucun d'eux ne revenait au camp sans y amener des groupes de soldats péruviens ou boliviens, et des charges d'armes ou de munitions abandonnées. Un bon nombre de soldats ennemis avaient réussi au moyen de déguisements divers à se dérober aux recherches des vainqueurs,

La nouvelle de la défaite de Tacna fut promptement répan- «tae dans le sud du Pérou par les soldais qui avaient pu y échapper. Ils ne cherchaient pas à atténuer l'importance du désastre, mais ils persistaient à l'attribuer à l'immense supériorité numérique des Chiliens ', dont ils faisaient monter

I. La preBBfl de ces provinces, ainsi qne celle de Una, n'avait cessé •]« répéter que la seconde campagne des Chiliens ne devait inspirer nucnne crainte, aUendu que leurs forces n'étaient que de 12,000 bommes, tandis que la deuxiËns armûe dn Sud, commandée par lu contre-amiral llontero, éUit bien supérieure en nombre. Après la bataille on inlerverllt les chiffres, en les exagérant oatre mesure. L'armée chilienne, iHanit-on, sa composait de 22,000 à St,000 hommes, et l'année alliée de 8,00) i e,DOO seulement.

La vérité est qne, lors de In bataille de Tacna, les Chiliens avaient en tont 13,312 bommes, y compris un corps de réserve de 3,130 soldats qui m prirent aucune port à l'action. Les 1,200 bommes qui formaient la «cavalerie se virent presque inutilisés à cause dé I* aalure du terrain, de

LB8 OPeRlIlOnS MILITAIRES 107

l'armée à 13,000 à 24,000 hommes, ce qui contribuait, comme on doit le supposer, à augmenter l'alarme et la confusion parmi ces populations peu belliqueuses.

Les premières rumeurs de la défaite arrivèrent à Lima le P'juin. Gejour-U, un transport chilien était arrivé auGallao, apportant au chef de l'escadre qui bloquait le port la nouvelle exacte de la bataille. L'amiral fit immédiatement th-er les salves d'usage, et les commandants des navires neutres eurent bient6t connaissance de ce qui s'était passé. La nouvelle s'en répandit également à terre, mais plutôt que d'y ajouter foi, on chercha à expliquer d'une autre manière les salves de l'escadre chilienne. Il était arrivé ce jour-là, disait-on, un nouvel amiral en remplacement de celui qui commandait le bio- «13, et tout naturellement il était reçu avec les honneurs dus à son rang.

Hais cette illusion ne pouvait durer longtemps. Le â juin, un vapeur anglais, qui arrivait du sud, faisait escale à Pisca, et il y communiquait les nouvelles qu'il avait recueillies à Arica, nouvelles qui furent immédiatement transmises à Lima par le télégraphe. La presse, soumise au régime dictatorial, publia des bulletins qui présentaient les faits de la manière suivante : — « Il s'esl livré au sud une bataille qui a duré trois jours, sans résultat décisif. Les Chiliens eux-mêmes avouent des pertes plus considérables que celles des aUiés. Comme mesure stratégique, on a laissé les Chiliens arriver jusqu'à Tacna, mais l'armée alliée s'est retirée en bon ordre, et sans laisser un seul prisonnier. En revanche, Monterq emmenait 1,000 prisonniers chiliens. Le général Montero se trouvait à Palca avec ses troupes. Le 26, le colonel Leiva était à Torata avec une autre armée, et il devait se trouver actuellement sur le théâtre de la guerre. Bolognesi occupait

■wte que l'on peut dire que, da côté des vaîoqaeura, 9,042 soldats senlement ae bnttireot. L'armée alliée, qui était sur la défeDaive et occupait de* potitione formidables, comptait, Buivaut le géaéral Campero, 9,3(10 hommes.

Avant la bataille de Taciia, les troupes alliées étaient désignées dans les docameuts publics du Pérou sous le nom de la ■ deuxième armée du Snd n, on conserrait le nom de u première armée « à celle qui avait été détraita pendant la campagne de Tarapacà. Après la défaite, la presse da Lima et les documents officiels changèrent cet ordre, en donnant le nom de • première armée du Snd » à celle qui avait été battue à Taena.

D,q,i,.cdbvGooyIc ^~

lei HISTOUtl DE LAIHJBRRE DU flGIFIQDB

Arica avec les divisions qu'il commandait. Ainsi les débris de l'armée chilienne doivent se trouver actuellement enfermés dans un cercle de feu, et l'on peut les regarder comme perdns, »

Cett« nouvelle circula pendant plusieurs jours à Lima, et ilans tout le nord du Pérou, et elle fut transmise en Europe et aux Ëtal«-Unie par la voie de Panama, comme si la publication de pareils bulletins pouvait remédier à des revers trop réels. 11 n'y avait qu'un seul détail exact dans tout ce récit : c'était qu'il restait à Ariea une division péruvienne, sous les ordres du colonel don Francisco Boiognesi. Tout le sud du Pérou, à partir de la vallée de Hoquegua, était au pouvoir des Chiliens.

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