CHAPITRE VII
PISAGUA, NOVEMBRE. 1879.
État de Topinion au Chili après la prise da Hiuxscar. — Activité dé-* ployée par le gouvernement pour préparer le départ de l'armée. — Embarquement des troupes au port d'Autofagasta. — Confiance des alliés péru-boliviens dans leurs forces. —Avantages de leur situation pour la défensive. — Plan d'attaque de Pisagua. — Topographie de cette place forte. — Débarquement des forces chiliennes au milieu d'un combat acharné. — Victoire complète des Chiliens. — Conséquences immédiates de ce succès. — Exploration de l'intérieur. — Combat de Jermania, — Disposition des troupes chiliennes. — Opérations de l'escadre. — Prise de la corvette péruvienne Piicomayo.
Le combat d'Angamos produisit au Chili la joie que Ton doit supposer. Le télégraphe que les Chiliens avaient établi à travers les sables du désert dès le commencement de la campagne mettait Mejillones en communication avec Santiago à deux cents lieues de distance ; de sorte que toutes les péripéties de la lutte étaient sur-le-champ connues et annoncées par les bulletins des journaux aux populations avides d'en connaître les moindres détails. Quand on donna la nouvelle de la prise du ffuascar, on entendit partout des protestations de sympathie pour le commandant Grau dont le mérite était apprécié à sa juste valeur. Quand le soir, le télégraphe eut annoncé la mort de ce marin distingué, communiquée par les navires chiliens qui revenaient du combat, il y eut une explosion de douleur au milieu des légitimes transports de joie qu'excitait la victoire. La presse de ce jour-là a laissé gravées en caractères indélébiles ces transitions subites de sentiments si divers dans les grands centres de populations du Chili.
Le peuple n'exprimait pas seulement au milieu dé ce
triomphe la satisfaction de l'orgueil national, la conviction de la supériorité militaire de ses marins et de ses soldats, mais aussi il célébrait l'heureuse fin d'une époque d'alarmes pour l'industrie, époque pendant laquelle le commerce maritime de la république s'était vu inquiété et troublé par les courses des vaisseaux ennemis ; on avait craint en effet que ces perturbations ne fussent plus graves encore. On comprendra alors pourquoi après ce combat toutes les valeurs éprouvèrent en quelques jours une hausse rapide, et comment il se fit que le change sur l'Europe devint plus favorable aux intérêts commerciaux du pays en s'améliorant considérablement.
Tout annonçait que le pays allait rentrer dans la voie de son ancienne prospérité, dont il avait été un moment écarté, d'abord par la crise économique, dont nous avons déjà expliqué les causes * , et ensuite par la guerre à laquelle on l'avait entraîné.
Sans se laisser enivrer par l'allégresse de ces jours de fête, le gouvernement chilien redoubla d'activité pour préparer l'expédition de l'armée de terre. Il commença par envoyer à Antofagasta de nouvelles troupes réunies et disciplinées en diverses provinces, tout aussi bien qu'une grande quantité d'armes, de munitions, de vivres, de fourrages pour la cavalerie et de tous les articles dont l'armée pouvait avoir besoin pour la campagne. Il augmenta le service sanitaire, le nombre de bêtes de somme pour faciliter les opérations dans le désert; il envoya des chaloupes pour le débarquement et des ponts volants qui, solidement établis sur la côte, devaient rendre plus praticable cette délicate opération. En même temps l'armée fut pourvue des outils indispensables pour les divers travaux à exécuter, de fils de fer et de machines électriques pour les télégraphes, de lampes ou lanternes pour éclairer le campement, et de feux de Bengale pour les signaux de l'armée et de l'escadre.
L'armée d'Antofagasta se composa dès lors de quinze à seize mille hommes des trois armes. Depuis quelques mois, on en avait confié le commandement au général don Erasmo Escala, assisté d'un état-major dans lequel figuraient quelques