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A la fin du chapititi V

LBB OPÉRATIONS MILITAIRES i03

ingénieurs distingués. Le ministre de la guerre, M. R. Sotomayor, étranger au service militaire, mais doué de beaucoup de sens pratique et d'une étonnante activité, était à ses côtés^ pour résoudre toutes les difficultés et presser au besoin les opérations. Les troupes, après de continuels exercices, étaient parvenues au degré de discipline le plus satisfaisant.

Parfaitement vêtues *, munies des meilleures armes de précision, pourvues de tout ce dont elles pouvaient avoir besoin, elles étaient fatiguées de la vie de garnison et impatientes d'entrer en campagne. Enfin, après une revue minutieuse des diflerents corps et l'examen attentif de leur instruction et de leur discipline, on choisit ceux qui ne laissaient rien à désirer, et dont le nombre montait à près de dix mille hommes des trois armes.

Le 26 octobre on commença à les embarquer sur l'escadre qui était prête à les recevoir. Cette escadre se composait de dix-neuf vaisseaux, dont quatre de guerre et les quinze autre» étaient des bâtiments de transport plus ou moins armés et pourvus de charbon pour une longue campagne. Les autres divisions d'armée montant à cinq ou six mille hommes furent laissés en réserve à Antofagasta. Le reste de Tescadre, la firé* gâte cuirassée Blanco et le monitor Huascar restaient à Valparaiso pour être réparés ou pour nettoyer leurs coques : on

1. Dans quelques journaux étrangers on a dit que les Chiliens, alors en campagne étaient fort mal habillés, et même presque nus. Cette erreur ne provient que d'une confusion de mois. Depuis un temps immémorial, les classes riches au Chili avaient donné aux gens du peuple le surnom de déguenillés (rotos). Le peuple, de son côté, s'eat accoutumé tellement à ce nom quMl a cessé d'être injurieux. La presse du Pérou, de propos délibéré, étendait à tout le monde, officiers, soldats, députés, gouvernants même du Chili, ce sobriquet dont elle pensait leur faire une cruelle injure. Certains journaux étrangers, par une fausse interprétation de ce mot de déguenillés, ont appelé les Chiliens des sans-culottes.

Tout au contraire, l'armée chilienne était vêtue très confortablement et même avec une sorte de recherche. La plus grande partie des uniformes provient des fabriques les plus renommées de l'Europe, principalement de celle de Godillot, à Paris, ou bien a été confectionnée au Chili, sur les meilleurs modèles européens.

A ce propos, nous rapporterons l'exclamation d'un soldat chilien qui, voyant défiler après la bataille de Tacna, quatre ou cinq cents prisonniers péruviens et boliviens, vêtus de bure grossièi^ ou de lambeaux de toutes couleurs, s'écriait en croisant les bras d'un air de dédain : — « Et ce sont là les gens qui nous appellent des déguenillés ! »

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devait les envoyer sur le théâtre des opérations avec la réserve dès que le télégraphe annoncerait que leur concours deviendrait nécessaire. Le 26 octobre donc, Tescadre quitta le port d'Antofagasta avec l'armée d'opérations. Le ministre de la guerre accompagnait le général en chef. Seuls avec les chefs supérieurs, ils connaissaient le point choisi pour le débarquement.

Au Pérou on s'attendait à cette invasion, mais on avait la ^l'oyânce la plus absolue qu'elle serait facilement repoussée. La perte du Huascar, qui équivalait pour ce pays à la destruction de sa puissance navale , avait causé une impression profonde, mais sans diminuer ni Tarrogance ni la présomption de ce peuple. Tout au contraire, les journaux de Lima proclamaient et répétaient à l'envie que le combat d'Angamos avait été pour le Pérou un triomphe moral, en prouvant combien les soldats péruviens étaient supérieurs en courage à leurs lâches ennemis.

On continuait à faire des souscriptions dans tout le pays pour acheter de nouveaux vaisseaux de guerre, et bercé de ses illusions, le gouvernement se contentait de répandre à profusion les proclamations les plus emphatiques : « Le Huas^ ^ar a péri, remplissant de gloire sa patrie, disait le président Prado. La victoire, en vérité, est à nous : nous avons gagné l'honneur et la gloire, nous autres; nos ennemis ont gagné une coque détruite. » Le président Daza, de son côté, appela dans ses nouvelles proclamations le Chili « nid de pirates, lâches et stigmatisés par la marque brûlante de l'ignominie », et, à Tacna, on faisait circuler des écrits ainsi conçus : « Vous toutes, nations du nouveau monde, vous tous,* peuples de l'ancien continent, découvrez-vous! La perte du Huascar est devenue la page la plus brillante de toutes les guerres maritimes. Chiliens! race de Caïn! lâches! infâmes! non, le crime de lèseaméricanisme que vous avez commis, ne restera pas impuni : le monde entier l'a déjà condamné. Allons, Péruviens! au combat ! Le monde nous contemple, en avant ! » Et les Péruviens et les Boliviens restaient très satisfaits de cet inutile bavardage, qui se terminait toujours par un défi fait aux Chiliens de débarquer sur le sol glorieux du Pérou. Tout le monde croyait de bonne foi que les Chiliens qui oseraient mettre le

pied sur le territoire péruvien y trouveraient sur-le-champ leur tombeau.

Le président de la république du Pérou était resté à Arica pour diriger les opérations militaires. Il partageait complètement cette aveugle confiance, et, d'après le dire de ses propres concitoyens, il passait la plus grande partie de son temps autour d'une table à jeu avec les généraux et les colonels qui formaient son cortège. De son côté, le général Daza, président de la Bolivie, avait toujours son quartier général à Tacna, d'où il lançait continuellement des proclamations contre le Chili. Il employait d'ailleurs ses nombreux loisirs h des fêtes et autres divertissements qui dégénéraient souvent en véritables orgies.

Malgré ces désordres, dans la direction de la guerre, les provinces méridionales du Pérou se trouvaient sur un pied de défense assez respectable. Les alliés y avaient réuni de dixhuit à vingt mille hommes qui passaient pour l'élite des troupes de leur pays; et les nombreux chefs qui les commandaient étaient également ceux dont la réputation était la mieux établie. Ces troupes, connaissant leur territoire et défendant leurs propres pays, auraient pu, sous des chefs quelque peu habiles, repousser toute invasion, et surtout celle de dix mille hommes que préparait le Chili.

A ces circonstances, il faut en ajouter d'autres qui rendaient la défense bien plus facile. La côte qui s'étend depuis l'embouchure du Loa à la baie d'Arica, battue par une mer beaucoup moins clémente que son nom de Pacifique ne pourrait le faire supposer, offre peu de mouillages praticables, et même ceux qui s'y trouvent ne présentent que des espaces trop restreints pour qu'on y puisse effectuer rapidement un débarquement de troupes considérables; de sorte qu'on peut les considérer comme peu favorables aux opérations militaires. Ajoutez à cela que les armées alliées occupaient le littoral depuis six mois et que les ports les plus abordables, Iquique au sud, Pisagua au centre et Arica au nord, étaient protégés par des fortifications munies d'une artillerie puissante et défendues par de forts détachements.

Le gouvernement du Chili connaissait parfaitement toutes ces difficultés. Ses marins et ses officiers de terre étaient tous

pourvus des meilleures cartes hydrographiques, et ils portaient sur eux une description du pays, dans laquelle se trouvaient consignés avec un soin scrupuleux tous les renseignements qui pouvaient leur être de quelque utilité. Mais dans les circonstances ils devaient consulter moins la facilité du débarquement que l'importance stratégique du point où il s'effectuerait. Par cette raison on avait désigné le port de Pisagua, d'un accès difficile, mais qui avait le précieux avantage de leur permettre de couper en deux les forces de la coalition massées, les unes à Iquique et les autres à Arica. Le plan était habilement conçu, mais il fallait pour l'exécuter des troupes solides, bien résolues à ne pas reculer devant aucun danger.

Ce fut le 1®' novembre, lorsque on était encore en pleine mer et hors de vue de la côte, que le commandant des forces chiliennes communiqua à tous les marins de l'escadre et aux chefs des troupes le plan minutieux et détaillé d'après lequel on devait procéder au débarquement. Les vaisseaux commenceraient par battre les fortifications élevées sur le littoral et défendues par une brigade de l'artillerie péruvienne ; ensuite un corps de troupes de débarquement fort de deux mille hommes gagnerait la côte et attaquerait les douze cents Boliviens qui s'y trouvaient fortement retranchés. L'artillerie des marins devait aussi soutenir cette opération dirigée par le colonel Sotomayor, chef de l'état-major général.

Pendant ce temps-là, le général en chef, avec les transports, devait débarquer dans l'anse voisine dé Junin pour attaquer par derrière les défenseurs de Pisagua. On supposait avec raison que le détachement qui gardait cette anse, apprenant que le combat était engagé sur un autre point, laisserait la plage plus ou moins libre dans l'idée que la lutte ne s'engagerait point dexe côté-là.

Suivant ces instructions, l'escadre chilienne se présenta devant la baie de Pisagua le 2 novembre, au point du jour. Deux redoutes à fleur d'eau, garnies de quelques canons, défendaient le port. Plus loin et en arrière des quelques habitations qui forment toute la ville, se levait une chaîne de collines, d'une hauteur de 180 à 200 mètres, très escarpées et presque inaccessibles. C'était là qu'on avait établi les retranchements qui couvraient les chasseurs boliviens. On avait aussi choisi

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