‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 3)Chapitre 18 sur 43 · Chapitre VU · texte numérisé non relu

Chapitre VU

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pour ligne de défense la voie ferrée qui relie Pisagua aux districts de rintérieur, en formant de nombreux zigzags sur le flanc des montagnes.

Bien que les chefs chiliens eussent une connaissance complète de tous ces obstacles, ils durent au premier moment les trouver plus redoutables qu'ils ne se Tétaient figuré ; mais le sort en était jeté, et il fallait commencer hardiment Tattaque-

Les quatre vaisseaux de guerre ouvrirent le feu contre les batteries de terre, à sept heures du matin ; et ils le firent avec tant de succès qu'en moins d'une heure les artilleurs péruviens après avoir perdu quelques-uns de leurs chefs et de leurs soldats, suspendirent le feu et abandonnèrent leurs canons. On avait sur ces entrefaites reconnu deux points par où le débarquement pouvait s'effectuer, c'étaient, du reste, les deux seuls du port dont l'accès ne fût pas défendu par des rochers inaccessibles ; on détacha alors des transports chiliens dix-sept chaloupes, qui conduisirent vers le plus septentrional de ce& deux points 450 hommes sous les ordres du commmandant don Ricardo Santa Grux, tirés en partie du bataillon d'Ata-»cama ; ce corps était formé des vigoureux et agiles mineurs de Çopiapô.

Malgré l'intensité du feu de mousqueterie dirigé contre eux de tous les rochers voisins, le détachement gagna la plage, hissa le drapeau chilien sur une éminence, et Ton commença la poursuite des guérillas qui se trouvaient à peu de distance. Dans ce moment-là même, une autre colonne chihenne, malgré les vagues qui se brisaient contre les rochers, essayait de débarquer dans un autre endroit très rapproché du village. L'ennemi protégé par les énormes rochers de la côte, caché dans les sinuosités du terrain, avait utilisé pour se couvrir les maisons du village, la gare du chemin de fer, les fossés du côté de la voie ferrée, les wagons, les grands monceaux d« sacs de salpêtre et les amas de charbon de terre ; il dirigeait sur les bateaux des assaillants un feu de mousqueterie très nourri. Les artilleurs péruviens, revenus de leur terreur et se croyant sûrs de repousser le débarquement, retournèrent à leurs batteries et recommencèrent le feu, A ce moment la défaite des Chiliens paraissait d'autant plus inévitable que la première colonne qui avait débarqué avait épuisé ses munitions

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et que les soldats s'étaient arrêtés pour attendre un renfort trop lent à venir.

Toutefois la situation allait changer. Les quatre vaisseaux de guerre de Tescadre recommencèrent un feu plus vif contre tous les obstacles naturels ou artificiels qui servaient de couvert aux alliés. Partout leurs bombes, habilement dirigées, portaient la mort, la destruction ou l'incendie. Cette opération rendit le débarquement plus praticable, mais on avait encore à déloger Tennemi des positions qu'il occupait sur les pentes et sur les hauteurs où se repliaient les fuyards ainsi que les soldats qui venaient d'abandonner la ville.

Cette seconde attaque présentait les plus grandes difficultés, car il fallait passer sur des rochers escarpés ou sur un terrain sans consistance. Néanmoins les soldats chiliens gravirent ces pentes difficiles sous le feu- plongeant de leurs adversaires. Quand ils eurent couronné les premières hauteurs, leur attaque devint irrésistible; les parapets furent aussitôt franchis. L'escadre y vit flotter le drapeau chilien ; son feu cessa au moment môme, tandis que de toutes parts Tennemi fuyait en désordre.

Le combat avait duré près de cinq heures. Le général Villamil, le colonel Granier, tous deux Boliviens et commandants de la garnison de Pisagua ; le général péruvien Buendia, généralissime de l'armée alliée de Tarapacâ et qui avait assisté au combat, s'enfuirent dans l'intérieur du pays. Ils laissaient le champ de bataille couvert de morts ou de blessés, outre soixante-dix officiers et soldats tombés au pouvoir des Chiliens. Sur les 2,000 hommes qu'ils avaient mis à terre, les vainqueurs avaient perdu 350 soldats tués ou blessés.

Le même jour, pendant le combat, le général en chef de l'armée chilienne débarquait avec ses troupes dans l'anse voisine de Junin, sans avoir à vaincre d'autres obstacles que l'agitation des flots. Les forces qui garnissaient ce point avaient pris la fuite sans combattre. Les troupes chiliennes s'avancèrent alors sur Pisagua pour attaquer par derrière les défenseurs de cette place, mais quand ils furent arrivés sur les hauteurs qui environnent le port, la victoire s'était déclarée, et les alliés étaient en fuite.

L'attaque avait été si rapide que les alliés n'eurent pas le

temps de détruire les ressources que le vainqueur pouvait mettre à profit. On sait que dans presque toute la province de Tarapacâ, comme dans le désert d'Atacama, l'eau est fort rare : Les habitants d,e la côte ne boivent guère que celle qui provient de la distillation de Teau de la mer. On a des machines destinées à cette fin ainsi que de grands tonneaux qui servent à transporter le précieux liquide à quelques établissements de rintéfieur.

En abandonnant Pisagua, les alliés avaient laissé intact tout ce matériel qui fut d'une grande utilité pour l'armée chilienne. Les stations télégraphiques avec tous leurs appareils, les livres de correspondance militaire, et même celle du jour du combat, les stations du chemin de fer avec leurs locomotives et leurs v^ragons, en un mot, tout était là à la disposition des vainqueurs. Il n'y manquait que les ouvriers pour mettre à profit ces éléments; mais il se trouvait dans l'armée chilienne des machinistes, des chauffeurs et des employés de la télégraphie, et dès le même jour tout commença à fonctionner.

Les troupes chiliennes occupèrent le campement de l'Hospicio que les alliés avaient établi sur les hauteurs voisines. Les petits détachements lancés en avant pour battre la cam • pagne, trouvèrent le pays désert, mais on savait que toutes les usines à salpêtre avaient été occupées par les troupes ennemies, et elles pouvaient l'être encore.

Le lieutenant- colonel don J. F. Vergara, secrétaire du général en chef, partit en conséquence le 5 novembre du campement de THospicio avec cent soixante-quinze chasseurs à cheval jusqu'au bout de la voie ferrée, sur une distance de soixante kilomètres, sans trouver de résistance. Ce détachement prit possession des divers points où les alliés avaient campé.

On y trouva en abondance de l'eau, des vivres et d'autres ressources dont l'armée chilienne allait profiter. Les ennemis avaient mis le feu aux derniers établissements, mais les chasseurs du commandant Vergara réussirent à sauver de l'incendie une partie des provisions.

Dans l'un de ces établissements, nommé Germania, se trouvait encore un fort détachement péruvien. A la vue du petit nombre des soldats chiliens, il se décida à les attaquer

(6 novembre). Le commandant Vergara feignit de se replier : il n'avait d'autre but que de iréorganiser ses forces et d'obliger Tennemi à le suivre en rase campagne. Au moment opportun, les chasseurs firent volte-face et, le sabre au poing, ils chargèrent les Péruviens avec un élan si irrésistible qu'ils les culbutèrent en quelques instants. Les ennemis, épouvantés, s'enfuirent de toutes parts : ils laissaient sur le champ de bataille soixante morts, parmi lesquels se trouvait le chef du détachement. Ils y abandonnaient aussi un certain nombre de prisonniers, officiers ou soldats. La poursuite des fuyards fut poussée jusqu'à trois lieues de distance. Le combat, peu important par lui-même, laissa bien établie la supériorité de la cavalerie chilienne, qui devint, dans la campagne suivante, la terreur des alliés.

L'occupation de la voie ferrée constituait pour les Chiliens un avantage très important. Mais le nombre des locomotives et des wagons s'y trouvait fort réduit : aussi le mouvement des troupes, le transport des vivres et des fourrages dans un pays qui ne produit que du salpêtre et où l'on ne trouve pas un brin d'herbe, ne purent s'effectuer avec toute la rapidité désirable. Néanmoins, peu de jours après, une division d'environ six mille hommes des trois armes, sous les ordres du chef de Tétat-major, colonel don E. Sotomayor, occupa la position stratégique de Dolores. Sur les points intermédiaires entre celte position et Pisagua, s'échelonnèrent d'autres divisions moins nombreuses prêtes à se porter là où le besoin s'en ferait sentir.

. Les vaisseaux, et les transports de l'escadre n'étaient pas restés inactifs après la prise de Pisagua. Ils transportèrent à Valparaiso les blessés et les prisonniers du dernier combat et amenèrent de nouvelles troupes d'Antofagasta. D'autres bataillons partirent de Valparaiso et de Coquimbo pour aller tenir garnison à Antofagasta et y perfectionner leur instruction militaire avant de prendre une part plus active aux opérations. A la mi-octobre l'armée chilienne en campagne, y compris les forces qui occupaient Antofagasta, au nombre de cinq mille soldats, se montait à près de vingt mille hommes parfaitement armés et équipés.

Aux succès remportés sur terre par les troupes chiliennes,

il en faut ajouter un autre non moins important dont l'honneur revient à la marine. Dans ces mêmes jours la frégate cuirassée Blanco Encalada, après avoir nettoyé sa coque à Valparaiso et avoir reçu quelques réparations dans sa machine, reprit la mer pour se rendre sur le théâtre des opérations militaires, toujours sous le commandement de M. G, Riberos qui avait été nommé contre-amiral.

D'après ses instructions, Riberos devait parcourir la côte du Pérou, au nord d'Arica, pour donner la chasse aux vaisseaux ennemis qui pouvaient se trouver entre ce port et celui du Galiao. Dans la matinée du 18 novembre, se trouvant un peu au nord de MoUendo, il aperçut vers le sud trois vaisseaux qui suivaient la même direction que lui. C'étaient les corvettes Union et Pilcomayo avec un bâtiment de transport armé en guerre. Plein de confiance dans la supériorité de sa frégate, l'amiral chilien se porta à leur rencontre. VUnion^ suivie du bâtiment de transport, fit ce qu'elle avait déjà fait lei jour de la prise du Huascar : elle s'enfuit à toute vitesse, en laissant seule la Pilcomayo. Celle-ci ne pouvait échapper à la poursuite du Blanco, Les marins péruviens comprenaient bien que toute résistance était impossible ; mais, au lieu d'imiter les défenseurs de VEsmeralda le 21 mai, ils adoptèrent une autre détermination, moins héroïque sans doute, mais plus sûre et plus commode.

A peine avait-on échangé quelques coups de canon, qu'ils mirent le feu à l'arrière du vaisseau, loin de la sainte Barbe, pour ne s'exposer à aucun danger ; et, s'embarquant dans les chaloupes, ils arborèrent le drapeau blanc, en déclarant qu'ils se rendaient. L'amiral recueillit le commandant de la Pilco-mayo, M. Gh. Ferreiros, et les cent soixante-seize matelots et officiers qui composaient son équipage. 11 prit ensuite possession du vaisseau, et le pavillon chilien remplaça aussitôt le drapeau du Pérou.

Mais l'incendie y avait éclaté et activé par le vent du sud qui soufflait avec violence, il devenait fort menaçant. L'amiral Riberos déploya alors une grande énergie. Malgré le danger d'une explosion qui semblait imminente, car le feu pouvait d'un moment à l'autre atteindre la soute aux poudres, il plaça le Pilcomayo bord à bord du Blanco. A l'aide des puis-

santés pompes de ce dernier vaisseau et grâce à Ténergie de ses matelols qui travaillaient à coups de hache, pour isoler le feu, il réussit à éteindre Tincendie. Restait encore un autre danger non moins pressant. Avant de se rendre, les Péruviens avaient ouvert les soupapes du vaisseau et avec un de leurs canons, ils avaient produit une voie d'eau au-dessous de la ligne de flottaison, de sorte que, si le feu n*avait pas le temps de le réduire en cendres, le navire n'en devait pas moins couler bas. Les plongeurs de la frégate chilienne bouchèrent cette ouverture, et les matelots, après avoir fermé les soupapes, épuisèrent Teau qui inondait la cale de la corvette. Ces travaux, activement exécutés, sauvèrent le navire. Et bientôt la Pilcomayo^ convenablement réparée dans le bassin de Valparaiso et améliorée dans son armement, alla grossir le nombre des vaisseaux de l'escadre chilienne.

Tels furent les premiers résultats de Taudacieuse campagne que le Chili venait de commencer. Quinze jours d'une guerre poussée avec énergie avaient doublé sa confiance dans la puissance de ses armes et lui avaient ouvert le chemin qui devait le conduire quelques jours plus tard à des triomphes plus importants et plus décisifs.

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