‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 3)Chapitre 20 sur 43 · LL · texte numérisé non relu

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déserts où il est connu sous le nom de camanchaca, eut caché la terre à leurs yeux, le désordre devint tel parmi les fugitifs, que tous se débandèrent, sans écouter, la voix de leurs officiers. Les troupes n'avaient presque pas dormi la nuit précédente pour arriver plus vite sur le théâtre du combat, et elles n'avaient mangé que quelques bouchées dans la matinée : aussi étaient elles épuisées de fatigue et de besoin, démoralisées parla défaite, et à chaque instant elles tremblaient de se voir attaquées par le vainqueur. Si alors un régiment de cavalerie fut tombé sur elles, ou qu'on eût seulement sonné la charge, la dispersion de cette armée eût été complète, irrémédiable. Et même, sans être sérieusement poursuivis, les alliés abandonnèrent dans la fuite tous leurs blessés, tant officiers que soldats, toute leur artillerie, les armes, les vivres, les bétes de charge et un matériel considérable.

Dans la soirée du même jour, et lorsque les alliés avaient déjà commencé la retraite, le général Ëscala arriva au campement chihen. Derrière lui marchaient quelques divisions qui, n'ayant pris aucune part au combat, auraient pu activer la poursuite. Mais le général en chef n'en croyait pas ses yeux, et il ne pouvait comprendre qu'une armée de 12,000 hommes eût été mise en fuite par une division qui comptait à peine la moitié de ce nombre. Par une prudence facile à comprendre pour celui qui connaît les circonstances qui avaient précédé la lutte, le général en chefr voyant la nuit avancée, suspendit la poursuite et prit des précautions minutieuses pour prévenir toute surprise, et pour déjouer tout retour offensif. Ce n'est que le lendemain matin, lorsque les premières reconnaissances se furent mises en quête de nouvelles, que l'on apprit par les fugitifs et les blessés que la déroute avait été complète. Ces reconnaissances firent plus de cent prisonniers, dont un général et un colonel, et elles s'emparèrent de douze canons abandonnés dans la fuite, d'une quantité considérable d'armes, de vêtements et de munitions. A quatre lieues à la ronde, il n'y avait pas un seul ennemi capable d'opposer la moindre résistance. Le champ de bataille était semé de plus de 500 cadavres Péruviens ou Boliviens. L'armée chilienne, elle, n'avait eu que 62 morts et 187 blessés, tant officiers que soldats.

LES OPÉRATIONS MILITAIRES i21

Le lendemain de la bataille de Dolores, c'est-à-dire le 20 novembre, la désorganisation de Tarmée alliée était à son comble. La cavalerie s'était dispersée à tel point qu'il ne restait pas un seul soldat de cette arme. L'artillerie avait perdu ses canons. Les bataillons boliviens, épouvantés du résultat de la lutte, et irrités des injustes accusations des Péruviens, ne voulaient plus rester avec eux. En conséquence, ils prirent le chemin de la Cordillère pour rentrer en Bolivie. En même temps une partie des troupes péruviennes, soulevées contre leurs chefs, suivaient en désordre la route du nord pour se rendre à Arica. Le général Buendia, ou plutôt son chef d'étatmajor, le colonel don Belisario Suarez, réussit à rallier plusieurs détachements, et à marcher avec un certain ordre jusqu'à la petite ville de Tarapaca, capitale de la province du même nom. L'intention de ces chefs était d'y réorganiser leurs forces, et ensuite de gagner Arica. Avant de se mettre en chemin, on fit part aux autorités d'Iquique du désastre qu'on venait de subir, et l'on ordonna à une division de l'armée* qui était restée dans cette ville de venir à marches forcées rejoindre à Tarapaca.

La nouvelle de la défaite des alliés était déjà parvenue à Iquique, mais fort peu de personnes y ajoutaient foi. Il semblait incroyable que l'armée qui était partie quelques jours^ auparavant avec tant de confiance dans la victoire eût été taillée en pièces par les Chiliens. Lorsqu'on eût reçu le message du général Buendia, le doute ne fut plus possible. Un conseil auquel assistèrent les chefs militaires et les autorités de la ville se réunit le 22 novembre. Il y fut décidé le même jour qu'on abandonnerait la place, après avoir inutilisé les armes qu'on ne pourrait emporter. A trois heures de l'aprèsmidi, les troupes, au nombre de plus de 1,500 hommes, qui restaient dans la ville, partirent pour aller à Tarapaca rallier le général Buendia. Le général Lopez Lavalle, ne se sentant pas disposé à courir les risques de cette campagne, chercha sur la frégate de Sa Majesté Britannique Turquoise un asile qui lui fut gracieusement accordé par les marins anglais. La ville resta confiée à la garde des compagnies de pompiers, exclusivement composée de volontaires étrangers.

Iquique était alors bloqué par deux navires de l'escadre-

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chilienne. Les consuls des États-Unis, d'Allemagne, d'Angleterre et dltalie se rendirent le soir même à bord du Cochrane pour faire connaître au commandant de cette frégate que les autorités civiles et militaires de la ville l'ayant abandonnée aux mains du corps consulaire étranger, il pouvait prendre les mesures qu'il jugerait opportunes. Le commandant Latorre -en donna immédiatement avis à Pisagua, et le lendemain, de bonne heure, il fit débarquer un officier et 125 hommes qui prirent pacifiquement possession de la ville. Quarante-sept marins de VEsmef'alday sauvés du naufrage de ce navire le

21 mai, et retenus comme prisonniers de guerre, furent rendus à la liberté.

Le même jour, 23 novembre, le ministre de la guerre arrivait de Pisagua, amenant par mer une garnison plus nombreuse, et il rétablissait Tadministration publique sous la protection du drapeau victorieux du Chili. Les nationaux n'eurent rien à souffrir de ce changement de domination, car on 'leur laissait la liberté de vivre en paix sous les nouvelles autorités, ou de quitter la province pour se rendre où bon leur semblerait. Les étrangers, de leur côté, virent dans le nouvel ordre de choses, l'inauguration d'un régime de probité et de justice bien difi'érent de celui qui formait la base de l'administration péruvienne.

On n'avait pas encore, au camp chilien, reconnu toute l'importance du combat de Dolores ; et ce fut une véritable «rreur de la part du général en chef, non seulement de n'avoir pas entrepris la poursuite sérieuse et effective des débris de l'armée ennemie, mais de n'avoir pas même ordonné les reconnaissances nécessaires pour connaître la direction que prenaient les fugitifs. Cette erreur, qui ne peut s'expliquer que par un excès de prudence, par la crainte d'exposer les divisions chiliennes à être victimes d'une surprise, permit au général péruvien de réorganiser une partie de ses forces, et d'arriver enfin à la ville de Tarapaca dans la matinée du

22 novembre.

Les fatigues et les souffrances de cette marche de deux jours sont indescriptibles. La lassitude, l'insomnie, la faim, la chaleur avaient à tel point abattu les esprits que, sans l'énergie du colonel Suarez, chef d'état-major péruvien,

ranéantissement de ces troupes eût été complet. A Tarapaca, ils trouvèrent du repos et des vivres ; c'est là qu'ils devaient attendre que la division restée à Iquique vint les rejoindre, pour continuer la marche vers le nord.

Le premier détachement qui partit du camp chilien fut «n corps de cavalerie de 400 hommes, sous les ordres du colonel Sotomayor. Il ne devait pas poursuivre les fugitifs, mais marcher vers le sud pour prendre possession de toutes les localités situées aux environs dlquique. Le colonel Sotomayor mit dans l'accomplissement de cette mission toute l'activité et l'énergie qu'il avait déployées depuis le commencement de la campagne. Il parcourut en quatre jours toute cette région, étabUssant sur divers points les autorités chiliennes, s'emparant des armes et des munitions de l'ennemi, et poursuivant les derniers débris de l'armée péruvienne qui restaient dans ces lieux. Il enleva à l'une de ces bandes toutes les archives de l'état-major que l'on transportait d'Iquique à Tarapaca. Par les prisonniers recueillis dans cette battue, on connut le plan de retraite des chefs péruviens et le nombre d'hommes dont ils pouvaient disposer. On en donna immédiatement avis aux autorités chiliennes d'Iquique et au général en chef, mais ces communications n'arrivèrent pas à temps opportun, et Ton ne put en profiter pour arrêter le plçin des opérations qui devaient suivre.

Cependant, une avant-garde de ÂÛO éclaireurs était partie le 24 novembre du camp de Dolores, sous les ordres du lieutenant-colonel Vergara. Il s'était avancé du côté de Tarapaca et avait appris de quelques fugitifs que les ennemis qui s'y étaient réfugiés ne dépassaient pas 1,500 à 2,000 hommes, tous plus ou moins démoralisés. Le commandant Vergara suspendit sa marche pour communiquer cette nouvelle au camp et attendre des renforts. Le général en chef envoya, le 25, une division de 1,800 hommes sous les ordres du colonel don Luis Arteaga. Celui-ci devait se mettre à la tète de toutes ces forces qui formaient un total de 2,285 hommes des trois armes avec huit pièces d'artillerie.

Mais l'ennemi s'y trouvait déjà assez fort pour n'avoir plus rien à craindre de l'attaque d'une colonne aussi peu nombreuse que celle qui marchait contre lui dans l'espoir

de Je surprendre. Aux troupes qui y étaient arrivées en bon ordre avec leurs chefs s'était joint un millier de fugitifs qui venaient y chercher un asile contre la faim et la soif. Tous préféraient Tinconvénient d'une retraite en massé que de s'exposer aux dangers de toute sorte que des hommes isolés peuvent courir dans ces inhospitalières solitudes du désert ; et, poussés par Tinstinct de leur propre conservation, ils venaient se réincorporer à leurs bataillons.

Le 26 novembre, la cinquième division péruvienne, partie d'Iquique, arriva également à Tarapaca. Gomme elle n'avait pas été engagée, et qu'elle n'avait eu à souffrir que les fatigues de la marche, elle se trouvait encore intacte. Le général Buendia avait alors sous la main plus de 5,000 hommes, qui avaient trouvé à Tarapaca de l'eau en abondance, une certaine quantité de vivres et le repos nécessaire après les fatigues des journées antérieures. Les chefs péruviens savaient parfaitement qu'avec ces seules forces ils ne pourraient recommencer la campagne contre l'armée chilienne, et ils ne pensaient qu'à poursuivre la retraite vers le nord pour rallier les troupes qui restaient à Arica et à Tacna. Ils étaient si loin de supposer qu'ils seraient poursuivis que, le 26 novembre, le général Buendia fit partir en avant deux détachements de 1,400 hommes ; il restait lui-même à Tarapaca avec plus de 3,600 soldats qui avaient besoin d'une nuit de repos. Ils dormirent comme en pleine paix sans même se couvrir de sentinelles et sans soupçonner la présence de l'ennemi dans les environs.

Tarapaca est un bourg de 1,200 âmes, situé sur une petite rivière qui court au fond d'une étroite vallée, laquelle s'étend depuis les montagnes de la Cordillère jusqu'aux plaines nitreuses du désert. Cette vallée, resserrée entre deux chaînes de hauteurs, n'a qu'un kilomètre de large ; elle est cultivée, et cette végétation en fait une espèce d'oasis au milieu du désert. Tel était le théâtre où allait se dérouler un des plus sanglants épisodes de la guerre que nous racontons.

La division chilienne, après avoir marché toute la journée au milieu d'arides salpêtrières rejoignit l'avant-garde que dirigeait le commandant Vergara. Il était onze heures du soir, et l'on se trouvait à trois lieues de Tarapaca. Les soldats firent halte en cet endroit, pendant que les chefs préparaient leur

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