‹ Histoire de la guerre du PacifiqueChapitre 11 sur 28 · Tome I, page · texte numérisé non relu

Tome I, page

partout OÙ ils voudraient. On croyait, et la presse de Lima le répétait chaque jour, que les troupes chiliennes, fatiguées de l'inaction dans laquelle on les retenait depuis quelques mois, étaient démoralisées et prêtes à se disperser.

Pour ce motif, on résolut dans le campement de Tacna de faire une nouvelle expédition à Moquegua. Le i^^ octobre le commandant Salvo sortait d'Arica, et après une nuit de navigation, il arrivait à Pacocha où il organisait une colonne d'environ 600 hommes tirés des corps qui étaient en garnison dans ce port. Quelques heures plus tard il se mettait en marche sur JMoquegua. Il fut rejoint en route par un escadron de cavalerie, une batterie de 6 canons de montagne et les bêtes de somme pour le transport des bagages qui étaient venus de Tacna par la voie de terre. Les postes avancés ennemis que les troupes expéditionnaires rencontrèrent dans leur marche s'enfuirent précipitamment en laissant le chemin complètement libre. Le 6 octobre à midi, ces troupes entraient à Moquegua sans tirer un coup de fusil. La garnison péruvienne de la ville avait fui rapidement, laissant de tous côtés des affiches imprimées destinées à provoquer la désertion des troupes ennemies ^ On fit immédiatement notifier dans le pays aux propriétaires et aux autres habitants de se réunir le jour suivant pour s'occuper d'un sujet qui intéressait la localité.

Cette réunion eut lieu le 7 octobre. On nomma comme dépositaire de l'autorité publique le syndic de la municipalité. Ensuite le commandant Salvo déclara aux notables de la ville qu'ils devaient fournir des vivres à sa division pour huit jours et payer en outre dans l'espace de quarante-huit heures une contribution de guerre de 100,000 piastres. Toutefois cédant à la requête des habitants qui faisaient valoir les pertes qu'ils avaient souffertes dans leurs affaires par suite du blocus et des opérations militaires, il réduisit la contribution à 60,000 piastres.

1. Ces afâches disaient textuellement ce qui suit : « Avis important. La préfecuire de la province littorale de Moquegua, offre aux déserteurs de Tarmée cbilienne qui se présenteront avec leurs armes une gratification de viuKt piastres et de dix à ceux qui se présenteront sans armes ; et de plus, on leur garantit le droit de travailler librement où ils voudront. »

Il déclara d'ailleurs, tant à cette réunion qu'à une députalion de dames qui était venue s'adresser à lui, que sa troupéne commettrait aucun acte de violence contre les personnes, et en effet, il punit avec la plus grande sévérité les désordres de trois soldais dont s'étaient plaints les habitants. Le paiement de la contribution commença à s'effectuer dès le lendemain, mais il fut nécessaire de proroger le temps marqué jusqu'au 14 octobre. La somme fut intégralement payée en argent irionnayé; on ajouta quelques bijoux, et on remit également des troupeaux et quelques denrées pour l'alimentation de la troupe.

Pendant ce temps-là on annonça dans le pays que de^ forces péruviennes venaient d'Arequipa, et il fallut établir des postes avancés sur tous les chemins ; on en donna également avis à Tacna. Le colonel Lagos sortit de cette ville avec les renforts suffisants pour repousser toute attaque des Péruviens. Mais personne n'était sorti d'Arequipa, et les renfortschiliens arrivés déjà à moitié chemin, durent retourner à Tacna. Lagos seul poussa jusqu'à Moquegua où il arriva a\v moment où la division chilienne abandonnait cette place- (14 octobre) après avoir rempli sa mission. Les troupes chiliennes revinrent sans être inquiétées, les unes àPacocha, le& autres à Tacna.

La ville de Moquegua eut à subir bien d'autres épreuves après la retraite des Chiliens. Le préfet d'At*equîpa, comme nous l'avons vu, n'avait pas su la défendre, lorsqu'elle était tombée au pouvoir de Tenhemi, et tout moyen de résistance lui étant devenu impossible, il lui avait fallu payer l'impôt' de guerre. Lorsqu'il n'y eut plus de Chiliens à coralbattre, le préfet y envoya des troupes, et il imposa à la population une autre contribution de 60,000 piastres, pour la punir d'avoir payé à Tenncmi une somme égale. C'était le comble de l'ihjustice.

Quand on lit ces tristes pages de Thistoire de nos jouirs^ on a le cœur oppressé et rempli d'amertume. Lynch dans le& provinces du nord du Pérou, aussi bien que Salvo à Moquegua, chargés tous deux par le gouvernement de missions pénibles, avaient pris à tache de chercher à empêcher les outrages contre les personnes, et les dérèglements de .leurs soldats:-

Les étrangers, entre autres les consuls, donnèrent à cett^ occasion des renseignements très satisfaisants sur la moralité et la discipline [de la troupe. Mais la levée de lourdes contributionsqui retombaient souvent sur des personnes étrangères à la politique, nous fait un devoir de condamner la guerre et ses lois inexorables.

Qui donc est responsable de ces actes? Il n'est pas difficile de répondre à cette question. Ce sont les gouvernements qui; oublieux des véritables intérêts de leur pays, et abusés par les calculs les plus erronés, préparent la guerre, concluent des alliances clandestines dont ils abusent pour troubler la paix de leurs voisins, quelque pacifiques qu'ils soient. Le' gouvernement responsable de tous ces dommages était celui du Pérou ; il avait depuis 1873 préparé l'incendie qui devait le dévorer, et malgré les affreux revers subis par ses armées pendant la campagne, s'obstinait à soutenir une guerre insensée qui devait lui coûter de nouveaux désastres et de nouveaux sacrifices. Lorsque le vainqueur, en suspendant les hostilités pendant des mois entiers, avait voulu lui donner quelques jours de calme afin qu'il pût méditer sur sa situation, le Pérou avait de nouveau provoqué les rigueurs de la guerre par ses proclamations arrogantes, ses torpilles et ses chimériques projets d'alliance. 11 n'était donc pas étonnant qu'il subît les conséquences de son étrange obstination *.

1. Les contributionB en argent imposées à Tennemi, et les récuisitî(His en denrées, vivres, etc., pour suffire aux nécessités des armées; ont d& tout temps été une des plus grandes calamités des guerres. Suivant un rappbrt du ministre de Tintérieur à l'assemblée nationale de France, pe» de temps après sa dernière guerre avec rAllemagne (1870-71), les trent«-quatre départements de ce pays envahis par les Allemands payèrent à ees derniers 39 millions de francs comme contribution de guerre imposée en divers endroits, 49 millions comme impôts ordinaires perçus par les autorités allemandes, 327 millions à titre de réquisitions pour Talimenlation de Tarmée ennemie, en tout 415 millions de francs, et cela en dehors de Ténorme rançon imposéecomme indemnité au moment du traité définitif de paix. — Voir le> Jqumal des Économistes^ novembre 1871, page 324.

Dans la jurisprudence internationale, la contribution de guerre cou-; siste dans la somme que les habitants du pays occupé sont obligés de payer, {généralement en numéraire, pour Tentretien de 1 armée d'occuplation, et d'après une quote-part déteruiiuée; la réquisition est la de-, mande faite par les autorités de mettre à leur disposition, chevaux,, bétail, charrettes, fourrages et autres objets.

Les journalistes, tant à Lima qu*à Tétranger, ont fait tout leur possible pour prouver que les contributions imposées par les Chiliens sont une violation de toutes les lois internationales. Il nous semble que ce système place la question sur un mauvais terrain. La faculté que s*attribue le chef d*une armée d*occupalion d'imposer des contributions de guerre aux habitants d'un territoire envahi, et d*en exiger le paiement avec toute la sévérité possible en cas de résistance, quoiqu'on en dise, est autorisée par le droit international moderne, et mise en pratique par toutes les nations. CSette loi n'a d'autre limite que celle que fixe l'humanité et la prudence. Le Chili peut-être, a été sévère avec son ennemi, mais cette sévérité a surtout été provoquée par les imprudents décrets du gouvernement du Pérou qui défendait sous peine des plus terribles châtiments de payer ces contributions, prétendant ainsi contre toute justice, imposer ses lois à un territoire qui n'était pas sujet à sa juridiction effective, puisqu'il était occupé par l'ennemi, et que ce gouvernement ne pouvait pas défendre.

Mais puisque nous parlons de violations du droit international, nous voulons, avant de continuer notre relation, récapituler d'une façon sommaire celles que les Chiliens ont eu à souffrir de leurs ennemis, et dont quelques-unes méritent une attention particulière.

Le même jour où la Bolivie déclarait la guerre, le président Daza, par un simple décret, ordonnait la confiscation des biens des Chiliens, mesure qui fut exécutée avec toute la rigueur possible, violant ainsi les principes les plus évidents du droit des gens ^

Les stipulations faites par deux états en prévision d'une guerre, et pour régler leurs relations pendant la lutte, obli-

1. « Les biens possédés sur le territoire de l'une des parties belligérantes par les citoyens de Tautrc, continuent à être sous la protection <les lois et ne peuvent être confisqués sans une violation du droit international » . Hbfftbr. Le droit international de VEurope. Berlin 1813, § 125.

Les défenseurs de Talliance péru-bolivienne ont dit, qu*en 1865, le €hili avait confisqué les biens des Espagnols résidant dans ce pays; mais le fail est parfaitement inexact, parce que jamais on n'a exécuta, ai même décrété une telle confiscation.

LA GAMPÂGNB DE LIMA lOf

gent les deux parties, et aucune d'elles ne peut les violer sans commettre une infraction au droit international *.

Le Chili avait fait avec le Pérou, en 1876, un traité solennel, dans l'article 17 duquel on avait textuellement stipulé ce qui suit : « En cas de guerre entre les deux Républiques^ celles-ci dans le but d'en diminuer les maux, stipulent dès à présent pour le cas échéant ce qui suit :

« Une fois les hostilités commencées, les citoyens de Tune d'elles résidant sur le territoire de l'autre, auront la faculté de pouvoir y demeurer, et d'y continuer leurs occupations habituelles, tant qu'ils se conduiront pacifiquement et qu'ils^ ne violeront pas les lois de la guerre. Dans le cas où leur conduite les rendrait justement suspects, et oii le gouvernement jugerait à propos de les faire sortir, il leur accordera douze mois à compter du jour de la notification de l'ordre, afin que pendant ce temps ils puissent arranger leurs affaires et se retirer avec leurs familles et leurs biens meubles, en raison de quoi on leur donnera un sauf-conduit. Celte faveur ne sera pas accordée à ceux qui agiraient d'une façon hostile. » On peut se rappeler de quelle manière le Pérou observa cet article. 11 déclara la guerre au Chili le 6 avril 1879, et neuf jours plus tard il décréta, sans aucune exception, l'expulsion des Chiliens résidant ou établis au Pérou, leur accordant huit jour& pour se retirer; et même dans quelques endroits on ne leur donna que deux jours 2.

Le droit des gens condamne en temps de guerre l'emploi des moyens de destruction qui par des procédés mécaniques^ pour ainsi dire, détruisent des masses entières en sacrifiant un grand nombre de personnes 3.

Les Péruviens employèrent à Arica, et plus tard dans leurs

4. Les conventions faites entre deux états pour régulariser leur situation en prévision d'une guerre, obligent les parties contractantes, et aucune d'elles n'a le droit de ne pas les remplir. — Fiorb, Nouveau droit international publié suivant les besoins de la civilisation moderne^ Part. II, livre II, chap. m.

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