‹ Histoire de la guerre du PacifiqueChapitre 16 sur 28 · SAN JUAN ET CHORILLOS, 13 JANVIER · texte numérisé non relu

SAN JUAN ET CHORILLOS, 13 JANVIER

Débarquement da parc et des bagages de Tarmée chilienne. ~~ Le général Baquedano fait reconnaître les positions ennemies. — Combat de Pachacamac ; un régiment péruvien est coupé et dispersé. — Un détachement chilien fait avec succès une reconnaissance jusqu'aux fortifications situées à Test de Lima. — Le général chilien décide Fattaque des positions ennemies. — État de Topinion dans le camp^ péruYien. — On célèbre comme des avantages propres toutes les reconnaissances pratiquées par les Chiliens. — On annonce à Lima et au camp péruvien, que Farmée chilienne, découragée et démoralisée, se retire pour se rembarquer. — Proclamation du général Baquedano pour annoncer à son armée la prochaine attaque des positions ennemies. — Marche de Tarmée chilienne. — Plan d*attaque des fortifications péruviennes connues sous le nom de San Juan. ~~ Bataille acharnée sur ces positions. — Victoire complète des Chiliens. — Attaque du Morro Solar et de Çhorrillos. — Déroute et destruction des divisions péruviennes qui défendaient ces positions. — Désordres et troubles que ces défaites produisent dans la seconde ligne de fortifications péruviennes. — Conséquences immédiates de ces combats.

A la fin de l'année 1880, les armées belligérantes du Chili et du Pérou étaient presque en présence. Il n y avait entre elles que la distance de quatorze à quinze kilomètres qui séparent Lurin de Çhorrillos. Des deux côtés on faisait les derniers préparatifs pour le combat.

Mais la situation de ces armées était bien différente. Celle du Pérou, campée depuis longtemps déjà dans une vallée délicieuse et fertile, avait d'excellentes positions, elle était protégée par des fortifications et des parapets formidables, et reliée à Lima par le chemin de fer. L'armée du Chili, au contraire, campée depuis peu sur les bords du Lurin, à découvert, n'avait alors débarqué qu'une partie de son matériel

<le guerre, de ses vivres et de ses munitions : de sorte que si Tennemi avait eu l'audace d'abandonner ses tranchées et d'attaquer résolument les Chiliens, toutes les probabilités de la victoire, en apparence du moins, eussent été pour le Pérou. Le dictateur Piérola, généralissime des armées de cette république, ne voulut pas s'écarter de la plus stricte défensive, fermement convaincu que ce système le conduisait à un triomphe sûr et certain.

Le débarquement du parc de l'armée chilienne, de ses chevaux, de ses bétes de trait et de charge, de l'artillerie de campagne, des munitions et des vivres s'effectuait dans le petit havre de Curayaco, et sur la plage de Lurin avec la plus grande régularité, bien qu'on manquât en ces endroits des appareils nécessaires pour le déchargement. Le transport de ce matériel, de la plage jusqu'aux lieux où étaient campées les différentes divisions, ne soufiTrit non plus aucun retard, grâce à l'ordre avec lequel tout se faisait et aux mesures prises d'avance pour régulariser ce service. Mais comme il s'agissait du matériel complet d'une armée de 25,000 hommes, cette opération devait nécessairement se prolonger pendant plusieurs jours * .

L'étal-major chilien avait eu soin de faire débarquer tout <l'abord ce qui était indispensable pour mettre l'armée en état de repousser toute attaque et pour satisfaire aux nécessités les plus urgentes de son alimentation. Mais tant que l'équipement des troupes ne se trouverait pas au complet, on ne pouvait songer à prendre l'offensive. Le général Baquedano employa ce temps d'immobilité forcée à reconnaître les positions ennemies, déployant dans ce travail autant d'activité que d'intelligence. Son intention n'était pas seulement d'étu-

1. Oq se formera aae idée approximative de ce travail par les chiffres -saivants. Les bagages de Turmée chilienne, sans compter les caaoDS ni les harnais des animaux, formaient un total de 24,000 caisses. Les munitions de Finfaoterie occupaieut à elles seules 10,029 caisses; la farine 2,530 sacs; les haricots 1,664 sacs; le cAar^tft, viande séchée au soleil, 1,415 paquets; le matériel des ambulances, 1,400 ballots; le pain et le biscuil, 1,387 sacs. Tout cela, ainsi que les canons, les chevaux et les mulets, fut débarqué dans des endroits qui n'avaient point de débarca- •dère, et qui n'étaient fréquentés que par des contrebandiers. Les quais portatifs, les chèvres et les grues construites au Chili, servirent pour aciliter cett eopération qui, malgré cela, dura plusieurs jours.

dier le terrain et de reconnaîtrepar quel point il devait attaquer les fortifications péruviennes, mais de chasser les avant-postes de Tennemi afin de le tenir dans une ignorance complète des mouvements de Tarmée chilienne. Les différentes expéditions qu'il ordonna dans ce but eurent le meilleur résultat. Des lignes télégraphiques, établies en toute hâte, tenaient le quartier chilien au courant de tout ce qui se faisait dans les environs.

En effet, le 24 décembre, une colonne de 500 hommes d'infanterie et de cavalerie, commandée par le lieutenantcolonel don Baldomero Dublq Almeida, suivant les bords du Lurin, occupa le village de Pachacamac et avança jusqu a Manchay, en délogeant, après une fusillade assez nourrie, les avant-postes péruviens qui occupaient de bonnes positions et en leur faisant quatre prisonniers. A partir de ce jour, le flanc droit de Tarmée chilienne était débarrassé des explorateurs ennemis, qui ne se laissèrent plus apercevoir qu'à une grande distance.

Le lendemain (25 décembre), le commandant don Ambrosio Letelier, à la tète d'un escadron de cavalerie, avança, en suivant la plage vers le Nord, jusqu'en vue des fortifications péruviennes, qu'il commença à reconnaître. Il eut une légère escarmouche avec des avants-postes ennemis, et il se retira après avoir rempli sa mission.

Cependant, on avait appris au camp chilien qu'un régiment de cavalerie péruvienne venait du Sud pour rallier l'armée de Lima, et que sachant les chemins de la côte occupés par les envahisseurs, il devait suivre la route de Pachacamac, située beaucoup plus à l'Est. Le colonel Barbosa, chef d'une des brigades de l'armée chilienne, fut chargé de lui barrer le passage ; cet officier prit de si bonnes mesures, que dans la nuit du 27 décembre l'ennemi se trouva surpris par plusieurs compagnies d'infanterie chilienne, et fut forcé d'accepter le combat. C'était la colonne péruvienne qui, sous les ordres du colonel Sevilla, avait été chargée de harceler la division du commandant Lynch pendant toute sa marche, et qui retournait à Lima sans en être venue à bout. Le combat qui se livra au milieu de la nuit, fut fatal aux forces péruviennes qui perdirent un officier et 15 soldats. Le colonel Sevilla, 14 officiers et 97 soldats furent faits prisonniers. Le reste de la troupe se

dispersa dans les boia voisins pour ne plus se réunir. Du côté des Chiliens il y avait eu un officier de tué, le commandant don José Oiano, et quatre soldats blessés.

Les reconnaissances des positions péruviennes continuèrent sans relâche pendant les jours suivants. Les colonnes qui en étaient chargées, toujours dirigées par des officiers intelligents, s'avançaient soit d'un côté, soit de Tautre et complétaient l'étude exacte du terrain où devait commencer la lutte. C'est ainsi que deux des chefs de division, don Patricio Lynch et don Pedro Lagos, embarqués sur la canonnière Magallanes reconnurent minutieusement le côté de la mer sur toute l'étendue des fortifications péruviennes. Le général en chef lui-même, accompagné de son état-major et d'une forte colonne des trois armes, effectua le 6 janvier 1881 une reconnaissance importante, au milieu d'une canonnade assez nourrie, qui n'atteignit pourtant aucun de ses soldats.

Ayant examiné sur toute son étendue la formidable ligne de défense des Péruviens et reconnaissant parfaitement la difficulté d'attaquer ces positions de front, le général Baquedano voulut savoir s'il serait possible d'attaquer la ville de Lima du côté de l'Est, en faisant un grand détour pour rendre les fortifications ennemies inutiles. Le colonel Barbosa fut chargé d'explorer ce côté à la tête d'une division de 2,000 hommes des trois armes. Il devait prendre la route appelée de la Cieneguilla, tomber sur la vallée de Lima par le village d'Ate, et s'approcher jusqu'au fort de San Bartolomé, situé au sud-est de la capitale.

Le colonel Barbosa quitta Pachacamac dans la soirée du 8 janvier ; il fit faire une courte halte à ses troupes à Manchay, et favorisé par la lune, il se remettait en marche dès une heure du matin, pour arriver à l'aube dans les lieux qu'il devait reconnaître.

Voici comment le chef d'état-major de l'armée chilienne raconte cette exploration dans son rapport officiel détaillé qui offre tant d'intérêt pour toute cette campagne. « Avant de descendre dans la vallée de Lima, nos forces trouvèrent le chemin obstrué par un nombre considérable de mines automatiques qui couvraient la campagne et éclataient sous les pieds des soldats pendant que des tirailleurs ennemis, retranchés

derrière une triple ligne de fossés traversant dans toute sa largeur la gorge par où tourne le chemin, faisaient feu sur les Chiliens, et que d'autres couronnaient les hauteurs des deux côtés. La cavalerie ennemie se montrait dans la vallée à larrière-garde de Tinfanterie, et les canons du fort du sud de Lima (à proprement parler du sud-est, c'est-à-dire du mont San Bartolomé), tiraient sur nos rangs. Le colonel Barbosa commanda immédiatement l'attaque, en faisant avancer à droite et à gauche quelques compagnies de tirailleurs pour déloger les ennemis qui occupaient les hauteurs, et en lançant sur ceux qui se cachaient derrière les fossés, un peloton de grenadiers à cheval, qui les dispersa à coups de sabre en un moment, leur tuant 23 hommes dont trois officiers. L'ennemi une fois chassé de toutes ses positions et mis en fuite, le colonel Barbosa déboucha dans la vallée et remplit le but de sa mission, se retirant ensuite sans être inquiété, t'ennemi fit un certain nombre de pertes dans cette rencontre, tant morts que blessés ; de notre côté il y eut quinze blessés par les balles ou l'explosion des mines ; un seul succomba par suite de ses blessures *. »

Cette importante reconnaissance ayant complètement réussi, démontra que l'attaque et l'occupation de Lima étaient possibles en tant qu'opération militaire, du côté de l'est. Cette

i. Il n'existe, pas, ou du moins on n'a pas pnblié de rapports officiels des Péruviens touchant ces combats. Pour savoir ce qui se passait dans le camp de Piérola, nous avons dû nous contenter de la correspondance de La Estreila de Panama, dont nous avons déjà parlé dans une notA antérieure, et qui^ quoique fort passionnée et inexacte dans bien des détails, contient des nouvelles qu'on ne trouve pas autre part, et une série d'articles publiés au mois de mars i88i par El Orden, journal de Lima, sous le titre suivant : Ce que fai vu. — Notes dun réserviste sur les journées du 13 et du 15 janvier 1881. Ils constituent une relation intéressante et détaillée de faits racontés sans beaucoup d'exagération et sans rodomontades. Sur la reconnaissance pratiquée par le colonel Barbosa, que les bulletins de Piérola présentaient comme une éclatante victoire des armes péruviennes, il dit simplement ce qui suit : u L'ennemi fit le 9 une forte reconnaissance jusqu'à notre extrême gauche. Le bataillon péruvien de Pachacamac fut taillé en pièces. Les bombes du fort de Sau Bartolomé arrêtèrent la marche de l'ennemi ; mais celui-c eavait ce qu'il voulait. » Nous devons faire observer que si le colonel Barbosa ne poussa pas plus loin, ce fut uniquement par suite de ses instructions, qui ne Tautorisaient qu'à reconnaître, les positions ennemies, et non pas à combattre contre ses forteresses.

partie des environs de la capitale était mal défendue. La petite division du colonel Barbosa, malgré les mines et le feu des forts, avait surmonté toutes les résistances ; et si ses instructions le lui eussent permis, elle aurait pu pénétrer dans la ville. Mais Tattaque de Lima ofiTrait de ce côté de graves inconvénients qui furent parfaitement reconnus au quartier général. La marche de toute Tarmée par ces chemins ne pouvait se faire avec la même rapidité que celle de la petite division du colonel Barbosa. Ce mouvement aurait exigé quatre ou cinq jours au moins ; et dans toute Fétendue de cette route, depuis les bords du Lurin jusqu'au Surco, petit affluent du Rimac, il n'y avait pas une seule goutte d'eau. L'armée chilienne aurait dû emmener aussi le parc et tous les bagages, sous peine de les voir tomber au pouvobr de l'ennemi, qui restait hors de la ville. D'autre part, cette opération séparait l'armée chilienne de l'escadre, dont la coopération lui était indispensable, et elle la renfermait à Lima sans lui laisser aucune communication avec la côte, dont elle aurait été séparée par toute l'étendue de territoire où était campée et fortifiée l'armée ennemie. Le général Baquedano rejeta donc ce plan, et il se détermina à attaquer de front les positions péruviennes. La confiance qu'il avait dans la vigueur de ses soldats et dans la fermeté de ses chefs, l'encourageait à entreprendre une affaire qu'un cœur moins courageux que le sien eût regardée comme chimérique. « Quoique ma résolution à ce sujet fût inébranlable, après avoir fait les études nécessaires, dit-il lui-même, je communiquai mon plan à tous les chefs supérieurs de l'armée, et j'eus la satisfaction d'obtenir leur approbation unanime. »

Le plan d'attaque étant arrêté, le général Baquedano, accompagné du chef d'état-major et des chefs de division, fit dans la matinée du 10 janvier une dernière reconnaissance des positions qu'il était décidé à prendre d'assaut. Là, en vue du terrain, il indiqua avec précision le chemin que chaque division devait suivre et les points qu'elle devait attaquer. De retour au camp il donna les ordres nécessaires pour que l'armée fut prête pour se mettre en marche dans la soirée du 12, afin de tomber à l'improviste sur les lignes fortifiées de l'ennemi le 13 janvier au point du jour. Ce retard de deux

jours pour effectuer Tatlaque était parfaitement calculé et tendait à deux fins. Il servirait à faire tranquillement les derniers préparatifs pour l'attaque, et achèverait de désorienter Tennemi, qui, comme les Chiliens le savaient, s'abandonnait aux illusions les plus étranges.

En effet, à cette heure suprême pour le Pérou, le gouvernement et le peuple de Lima se croyaient plus sûrs que jamais de la victoire, et ils pensaient même qu'on n'aurait pas besoin d'en venir aux mains, parce que l'armée chilienne était démoralisée et qu'elle ne songeait qu'à prendre la fuite et à se disperser misérablement. La presse de Lima racontait avec le plus grand sérieux que la troisième division de l'armée chi- Menne s'était soulevée à Arica, refusant de s'embarquer et de prendre part à une campagne qui devait aboutir à un immense désastre. Il avait fallu, disait-on, toute l'énergique activité du ministre de la guerre du Chili pour apaiser cette division et la décider à abandonner son campement. » Et l'on faisait circuler partout cette invention absurde, pour retremper l'ardeur et le patriotisme des défenseurs de la capitale.

On sut enfin à Lima que toute l'armée chilienne, unie et compacte, avançait résolument, qu'elle occupait Lurin et qu'elle y établissait son camp sans être inquiétée le moins du monde. Le journal La Patria annonça ces grands événements au public de la capitale dans les termes suivants : « Les ennemis ne sont plus qu'à deux journées de Lima ; la tentative d'invasion a commencé ; les loups avançant la gueule dilatée, paraissent sentir déjà l'odeur d'une curée prochaine. Comme l'insecte qui aperçoit le fruit qui doit le rassasier, la vipère chilienne rampe vers nous ; mais elle trouvera ici le pied puissant qui doit l'écraser, le fouet qui la châtiera, le couteau qui déchirera enfin le bandeau grossier qui couvre ses yeux... Nous ne sommes pas pris au dépourvu, rien ne nous manque, nous avons de bons gouvernants, l'enthousiasme remplit nos âmes; en avant donc, et attendons avidement l'heure de la victoire... Que le gouvernement guide le peuple avec fermeté et sagesse... Que le peuple marche soumis, fort, et résolu à la défensif de ses droits... Faites votre devoir, chefs et soldats de l'armée \... Préparez, dignes matrones de Lima, ce qu'il faut pour étant cher le sang de vos époux, de vos fils, de vos frères I... Et vous, T. II. i2

juifs sans conscience, * fils bâtards du Pérou, hors du temple!... »

On publiait chaque jour à Lima des bulletins de nouvelles; sur les reconnaissances faites par les avant-postes chiliens ; mais loin de donner à ces opérations leur véritable importance, on les dépeignait comme attaques projetées et déjouées et, par conséquent, comme des avantages pour Tarmée péruvienne. On racontait, qu'à chacune de ces légères escarmouches, Tarmée chilienne avait éprouvé des pertes considérables et avait été obligée de s'enfuir précipitamment. L'opinion générale, à Lima, était que les chefs chiliens étaient découragés, qu'ils ne savaient dé quel côté diriger Tattflique et qu'ils commençaient à se croire perdus. Le 4 janvier, un des navires de l'escadre chilienne bombarda le port d'Ancon, situé au nord de Lima ; il coula une chaloupe péruvienne, endommagea quelques habitations et fit subir des pertes aux troupes de la garnison. Cette attaque contribua à égarer l'opinion à Lima. Bon nombre de gens crurent que les Chiliens, convaincus de leur impossibilité de rien faire par le sud, songeaient sans doute à changer leur plan d'opération et qu'ils allaient effectuer leur débarquement plus au nord. -

La reconnaissance jM^iiquée le 9 janvier par le colonel Barbos^, fut l'objet de préoccupations encore plus sérieuses.. On resta persuadé à Lima qu'elle avait été une attaque en règle effectuée par une grande division chilienne ; et quoique les chefs péruviens,- qui défendaient la» ville du côté de l'est, n'ignorassent pas que cette division avait taillé en pièces les forces qui avaient voalu l'arrêter, les bulletins publièrent la nouvelle que lès envahisseurs avaient éprouvé une grande défaite, qu'ils avaient perdu 1400 hommes, et que cette division avait été ctKnplètemeni 'désorganisée. Ces nouvelles furent communiquées à- Tétrang^er et publiées comme une grande victoire du Pérou,^dai^^ les* journaux que le. gouvernement de ce pays subveiitiomiait à Guayaquil et à Panama * ,

1. Celte qualification s'adresse aux capitalistes de la ville.

2. La Nacîon de Guayaquil; journal à la solde' du Pérou, publia sur ces pelïfs combaté ibs' détails suivadts datés de Lima, du 12 janvier.

«, Bfiiailie du Puent e r/e Venmgas. — Une forte division chilienue se détacha du «rds de l'armée dans la direction du chemin de fer de la Oroya. « Le mouvement de cette division fut aperçu par les Péruviens, qui

LA GAMPÂOnfi DE LIHA 179

Les Péruviens passèrent les journées du il et du 12 janvier dans la plus complète tranquillité, ils ne virent aucune reconnaissance chilienne, et ils en vinrent même à croire que les Chiliens renonçaient à tout projet d'attaque. Un journal de Lima publia les lignes suivantes :

f L'enthousiasme qui règne dans les rangs de l'armée active aussi bien que dans ceux des citoyens qui forment la réserve, est plus que satisfaisant, c'est un motif de légitime orgueil pour le patriotisme.

€ Nous avons décrété la victoire et nous vaincrons, parce que le succès ne peut abandonner ceux qui sont résolus à ne pas céder, même au prix de leur vie, un seul pouce de terrain à l'envahisseur dont le découragement croit à chaque -instant.

f Le Chili se repent de l'aventure dans laquelle il s'est engagé. Dans sa justice, Dieu a permis que la fatuité aveuglât nos adversaires, au point de les amener aux portes de Lima.

« Le châtiment de leurs iniquités et de leur vandalisme les attend ici.

« Ils tremblent lâchepient derrière leurs tranchées deLurin,. et s'ils ne se rembarquent pas pour retourner au Chili ou pour se consacrer exclusivement aux faciles entreprises de maraude,, c'est par crainte de la raillerie universelle.

€ Qu'ils viennent donc bientôt se briser contre les baïonnettes de ceux^qui défendent l'intégrité et l'honneur de l'Anaérique républicaine. •

lancèrent à sa poursuite un certain nombre de bataillons sous les ordre» du colonel Negroo. Ceux-ci alteignireat les' Chiliens près de Puente d& •Verruf^as, où eut lieu un choc terrible, dans lequel 1,400 Chiliens furent mis hors: de combat. Le succès le plus complet couronna la bravoure des troupes péruviennes pendant Taffaire de Puente de Verrugas. »

« Bataille de San Bartolomé, ~~ La canonnade du 9 a* occasion né unebataille sérieuse. Une division chilienne composée de 4,000 hommes, a^ attaqué un avantrposte péniyien qui comptait 150 hommes; après un -combat d'une heure et demie, et lorsque les Péruviens allaient se retirer^ Piérola, le chef suprême, apparut à la tête d'une division. Il prit position sur les hauteurs environnantes et sur le mont San Bartolomé, et remporta une victoire complète après une lutte longue et acharnée. L& bataillon Piura e»t un des corps qui se sont le plus distingués dan& celte journée. Les Chiliens prireut néanmoins le temps de dépouiller ui> de leurs chefs, qui resta sur le champ de bataille. »

Kt La Estrella de Panama publiait, à la date du 22 janvier, les nout^

laO HISTOIRE DE LA OUERRB DU PACIFIQUE

Les défenseurs de Lima étaient de plus en plus persuadés que les Chiliens se retiraient convaincus que leur situation était devenue insoutenable, et Le 12 janvier, dit une des relations péruviennes que nous avoirs citée plus haut, la plus grande tranquillité régna dans le camp; il n'y eut pas de fausse alarme; au contraire, on reçut la nouvelle que Tennemi, après plusieurs allées et venues, se retirait vers Tintérieur. Plusieurs allaient jusqu'à assurer qu'il s'était rembarqué. » Il parait inconcevable que les deux armées étant à une faible distance, et le généralissime péruvien se trouvant sur son propre territoire, on n'eût pas trouvé moyen de s'assurer de la véritable position de Tennemi, et qu'on en vint à croire qu'il se repliait et se rembarquait au moment même où il préparait une attaque audacieuse et définitive. Les chefs péruviens faisaient preuve à cette occasion, de la même incapacité qu'ils avaient montrée dans toute la campagne. Habitués à la désorganisation et aux désordres des luttes civiles, ils ne pouvaient comprendre encore qu'ils avaient affaire à un ennemi sérieux lequel avait prouvé partout qu'il savait faire la guerre.

Cependant, au camp chilien, on prenait tranquillement et d'une manière réfléchie toutes les dispositions nécessaires pour

velles sniTantes qu*0D lai avait Iraasmides de Lima depuis dix jours à peu près.

« Le dimanche 9 de ce mois, une partie de Tarmée cbilienae avança, «telle fut battue avec de grandes pertes. D* au très combats favorables à l'armée péruvienne ont eu lieu. Le nombre des Chiliens qui ont été battus dépasse 7,000 hommes; tout cela augmente Tenthousiasme et la confiance de Tarmée péruvienne, et jette l'abattement dans les rangs ennemis.

« Malgré la terreur qui s'est emparée des Chiliens et malgré leur indécision, née de ce sentiment, l'heure des grandes solutions est proche. Ainsi le veulent le patriotisme et l'honneur des Péruviens; ainsi l'a déjà décidé l'énergie indomptable du chef suprême.

« Il suffit de citer un seul fait à Tappui de cette terreur. Le général «hiiiea Villagran est parti à Santiago pour démontrer qu'il est impossible que l'armée actuelle du Chili puisse, non plus d<^jà prendre Lima, non pHS même remporter quelques faibles avantages, mais encore sauter son houneur militaire dans une bataille. » Un citoyen neutre, récemment arrivé à Lima, écrit à un négociant de Panama : « Les Chiliens sofit perdus saus retour. Il faudrait pour prendre Lima une armée de 80,000 hommes des meilleures troupes européennes. »

Quoiifue cela paraisse incroyable, nous devons dire que ces fausses nouvelles étaient les mêmes que Piérola faisait circuler à Lima et di^ns le camp pour a retremper le patriotisme » de ses soldats.

l'assaut des fortifications ennemies. L'état-major calculait le ; nombre des troupes disponibles pour l'attaque. Elles formaient un total de 23, 129 combattants effectifs * , répartis en trois divi-» sions. On en détacha un corps de réserve de trois mille soldats d'infanterie. Le 12 janvier, à midi, lorsque tous les corps de l'armée étaient approvisionnés et prêts à marcher au premier ordre, le général Baquedano annonça le départ dans la procla-; mation suivante adressée à ses officiers et aux soldats :

tt Vos longues fatigues touchent à leur terme. Pendant près de deux années d'une guerre acharnée plutôt contre le désert que contre les hommes, vous avez su vous résigner à attendre patiemment l'heure des combats, soumis à la discipline rigoureuse des camps et à toutes leurs privations. Pendant les exercices journaliers et les pénibles marches à travers des sables brûlés par le soleil, où la soif vous torturait, vous vous êtes en-durcis pour la luttte et vous avez appris à vaincre.

« C'est pour cela que vous avez pu parcourir, l'arme au : bras, presque tout l'immense territoire de cette république, qui ne cherchait même pas à mettre obstacle à votre marche* Et lorsque vous avez trouvé des armées préparées à la résistance derrière des fossés et des tranchées, logées sur des hau-^ teurs inaccessibles, ou protégées par des mines perfides, vous avez marché à l'assaut, fermes, imperturbables et résolus, : comme des vainqueurs I

t Maintenant le Pérou se trouve réduit à sa capitale, où il ; donne depuis bien des mois le triste spectacle de l'agonie d'un peuple. Et comme il a refusé d'accepter à l'heure opportune

1. Nous avons dit plus haut que rarmée d'expédition qui était partie d'Arica se composait de près de 26,500 hommes. 800 d'entre eux à peu près étaient restés à Pisco. En déduisant les malades et le détachement chargé de la garde des dépôts de vivres et de munitions, qu'il fallut laisser à Lurin, les forces destinées à l'attaque des fortifications péruviennes se composaient de 23,129 officiers et soldats.

Mille Chinois qui avaient recouvré leur liberté, et qui ét>ient disposés à accompagner et à servir leurs libérateurs, suivaient aussi l'armée ; chilienne. Ils furent en effet d'une grande utilité pour recueillir et transporter les blessés, distribuer des vivres et des munitions, donner des indications sur le terrain, et pour parer aux mille nécessités du service du campemeut. A Lurin, où il y avait un temple chinois, ils célébrèrent, d'après leurs rites, une fête religieuse pour implorer la protection du ciel en faveur des Chiliens.

sa condition de vaincu, nous venons le chercher dans ses derniers retranchements pour lui donner le coup de grâce, et pour anéantir, en Thumiliant pour toujours, le germe de cette orgueilleuse envie qui a été Tunique passion d'un peuple toujours vaincu par la valeur et la généxosité du Chili.

H Ëh bien 1 qu'il en soit fait comme il a voulu ; si ses défaites successives^ sur mer et sur terre, partout où ses soldats et ses marins se sont rencontrés avec les nôtres, ne Font pas suffisamment instruit, qu'il accepte son sort et qu'il reçoive le suprême et dernier châtiment.

« Vainqueurs de Pisagua, de San Francisco et de Tarapaca, d' Angeles, de Tacna et d'Arica, en avant I

« L'ennemi qui vous attend est le même que les enfants du Chili ont appris à vaincre en 1839 et que vous, héritiers de leurs grandes traditions, vous avez aussi vaincu dans tant de glorieuses journées.

« En avant ! Allons remplir la mission sacrée que nous a •confiée la patrie ! Ici, derrière ces tranchées, faible obstacle pour nos bras armés de baïonnettes, vous trouverez le triomphe «t le repos; et là-bas sur le sol aimé du Chili vos foyers vous attendent ; vous y vivrez perpétuellement protégés par votre gloire et par l'amour et le respect de vos concitoyens.

»t Demain, au point du jour, vous tomberez sur l'ennemi ; «t en plantant sur ses tranchées le beau drapeau tricolore chilien, vous trouverez à vos côtés votre général en chef, fier d'envoyer à la patrie absente le salut du triomphe en répétant avec vous : — Vive le Chili !

« Manuel Baouedano. »

A quatre heures et demie du soir, toute l'armée chilienne, •comme mue par un seul ressort, était rangée par divisions sur les bords du Lurin, et prête à partir. Une demi-heure plus tard, la première division se mettait en marche, et les autres ia suivaient bientôt par ordre numérique, en prenant des routes séparées, mais parallèles. La cavalerie ne devait néanmoins partir qu'au milieu de la nuit, afin d'éviter que les nuages de poussière que soulèvent les chevaux, n'indiquassent à l'ennemi l'approche de l'attaque. Après plus de cinq heures d'une marche favorisée par la lune, alors dans son plein, toute ,

Farmée occupa régulièrement les positions qui lui avaient été désignées d'avance sur le penchant de oeriaineb collines appe* lées La Tablada, qui s'élèvent au sud-eët des retranchements ennemis, à une distance de quatre kilomètres. Les troupes prirent quelques heures de repos eiï cet endroit, sans être in* •quîétées le moins du monde. L'armée péruvienne, dans la persuasion que les Chiliens ne pensaient qu'à se retirer et à regagner leurs navires, n'avaient pas d'explorateurs, ni de -sentinelles avancées, et elle passa la nuit sans se douter que l'ennemi se trouvait presque à portée de fusil de ses positions;

Dans la seconde moitié de la riuit^ le ciel fut complètement obscurci par Fépais brouillard qui s'élève chaque matin sut la côte du Pérou. A trois heures et demie, toute l'armée chi* lienne se remettait en marche pour prendre ses positions d'at^ taque. La première division, commandée par le capitaine de vaisseau don Patricio Lynch, et composée d'un peu plus de sept mUle hommes, se dirigea sur la droite de l'ennemi. La seconde division, sous les ordres du général don Émiiio Soto** mayor, et qui comptait six mille hommes, devait attaquer le •centre des positions péruviennes. La troisième division, commandée par le colonel don Pedro Lagos et composée d'un pea plus de cinq mille hommes, devait^e placer en face de l'aile gauche des ennemis pour empêcher les forces qui la formaient ■de secourir le centre des Péruviens. La résëisire, appuyée par •de l'artillerie de campagne, resta sous la main de l'état-major général pour accourir où il serait nécessaire.

L'obscurité de la matinée, qui faciliiait d'abord ce mouvement, ne tarda pas à devenir un obstacle. La seconde division dut faire uAe^ marche plus longue et elle se mit en rétard. Un servant d'ambulance, égaré par l'obscurité, tomba enti^ les mains d*un piquet de soldats péruviens postés près de leurs lignes fortifiées, et cet accident imprévu leur fît comprendre •que l'ennemi n'était pas loin. On fit inimédiatement les signaux •d'alarme dans les tranchées, et les Péruviens ouvrirent un feu bien nourri de mousqueterie et d'artillerie. ^

La première division avançait cependant en bon ordres «es tirailleurs déployés en avant, et sans s'occuper des feux de l'ennemi. Lorsqu'elle se trouva à une distance de près de quatre cents mètres de la ligne des retranchements péruviens

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et qu'elle commença à gravir les hauteurs que ces ouvrages couronnaient, le commandant Lynch ordonna d'ouvrir la fusillade, tout en marchant à Faltaque des tranchées. Les premières lueurs de l'aurore commençaient à éclairer le champ de bataiUe, lorsque les Chiliens atteignirent les fossés et les redoutes de l'ennemi. Rien ne pouvait arrêter leur ardeur : ils franchissaient les fossés, escaladaient les redoutes, et croisant la bayonnette contre les défenseurs de ces ouvrages, ils les renversaient et se rendaient maîtres des positions que l'on regardait comme imprenables. L'escadre chilienne tirait aussi sur les retranchements du flanc droit des Péruviens, et l'artillerie de terre, dirigeant ses feux de manière à ne pas atteindre les assaillants, contribuait à jeter le désordre parmi les ennemis. Hais ceux-ci occupaient encore d'autres hauteurs et d'autres parapets, et ils continuaient à opposer une résistance opiniâtre. Du centre de la ligne péruvienne qui n'avait pas encore été attaqué, commençaient à arriver des renforts qui donnaient à la résistance une nouvelle vigueur. Un moment, la première division put se croire sérieusement compromise à cause de la supériorité numérique de l'ennemi ; mais ni le commandant Lynch, ni ses soldats n'hésitèrent un seul instant et ils soutinrent le combat avec la même ardeur qu'ils avaient mise à monter à l'assaut.

Voulant en^pécher l'ennemi de se reformer sur ce point en réparant ses pertes, le général Baquedano fait avancer immédiatement la réserve. Le lieutenant-colonel don Aristides Hartinez, qui la commandait, la lance au pas de charge, arrive sur le théâtre du combat, et rejoint au moment opportun la première division. Franchissant alors les fossés et les tranchées, Lynch et Martinez enlèvent les positions où la résistance avait été le plus opiniâtre, et achèvent en deux heures de disperser l'ennemi dans cette partie de sa ligne de fortifications.

A peu près au moment où la réserve commençait à appuyer l'aile gauche (six heures du matin), la seconde division s'engageait à son tour. Elle avait été retardée par les difficultés de la route, mais chefs et soldais brûlaient de réparer ce retard forcé en attaquant avec vigueur les ouvrages qu'ils étaient chargés d'enlever. La première brigade de cette division,

LA CAMPAGNE DE LIMA i85

commandée par le colonel don José Francisco Gana, et protégée par les feux de rartiUerie, placée derrière elle, s'élança résolument en colonne, par régiments déployés, sur les fortes positions du centre de Tennemî. Cette colonne atteignit, sans tirer un coup de fusil, les hauteurs occupées par les Péruviens ; ouvrant alors le feu, elle pénètre avec une vigueur irrésistible, dans les lignes ennemies, et par un mouvement auda^ cieux et bien exécuté, en passant sur les mines et les bombes automatiques dont le sol est parsemé, elle enveloppe les^bataillons péruviens de l!aile gauche, et les détruit complètement. La seconde brigade de cette même division, sous les ordres du colonel Barbosa, arrive aussi à temps pour achever de disperser les troupes qui défendaient ces formidables positions.

La troisième division avait parfaitement exécuté les ordres qu'elle avait reçus de menacer la gauche des Péruviens pour les empêcher de secourir le centre au moment du combat. Les tirailleurs de cette division, dirigés par le colonel don Marliniano Urriola, avaient soutenu le feu de ce côté, inquiétant Tennemi et Tobligeant à ne pas sortir de ses tranchées.

Lorsqu'à sept heures et demie du matin le général en chef vit que le centre de l'armée ennemie était enfoncé, il donna l'ordre au commandant général de la cavalerie, le colonel don Emeterio Letelier, de se mettre à la poursuite des fugitifs à la tète de deux régiments, et de les empêcher de se reformer. Cette charge fut décisive. Malgré les obstacles du terrain, la cavalerie chilienne tomba comme la foudre sur les bataillons débandés qui se retiraient vers la seconde ligne de défense et elle les sabra sans relâche jusqu'à leur complète dispersion, laissant le terrain jonché de cadavres. L'ennemi avait semé cette partie de ses positions de bombes automatiques dont l'explosion fît éprouver aux soldats chiliens des pertes considérables. Mais ces accidents n'eurent d'autre résultat que d'exalter leur ardeur et les exciter à continuer avec plus d'acharnement la poursuite des fuyards.

A neuf heures du matin la bataille était terminée. Les Chiliens occupaient toute la ligne des retranchements péruviens dont le centre était formé par les maisons de la propriété de San Juan qui donna son nom à cette journée. Â l'extrême

186 HISTOIRE DE Lk OUERRE DU PACIFIQUE

droite cependant, une division ennemie tenait encore ; c'était celle qui sous les ordres du colonel Iglesias, ministre de la guerre de Piérola, défendait Chorrillos et le morro Solar, montagne escarpée qui s'élève au sud de ce village. Les soldats chiliens épuisés de fatigue après ce pénible combat qui suivait une nuit de marche pendant laquelle ils ji'avaient pu faire qu'une halte de deux ou trois heures, avaient besoin de quelques instants de repos; néanmoins il fallait les conduire de nouveau au combat pour compléter la victoire de ce jour.

Le dictateur Piérola avait passé la nuit à Chorrillos. En entendant de grand matin les premiers coups de feu, il s'était rendu à San Juan où il était arrivé à temps pour assister à distance à la perte de toutes ses positions. Alors il se replia de nouveau sur Chorrillos avec des bandes de fugitifs pour préparer la résistance des puissantes fortifications voisines ^e cette ville.

Au sud du village de Chorrillos s'étend une chaîne de hauteurs escarpées, au sol sablonneux et mouvant, dont le point culminant est le Morro Solar, d'une élévation de 270 mètres. Ces hauteurs étaient défendues par cinq redoutes pourvues de mitrailleuses et de grosse artillerie, et protégées du côté de l'est par un large fossé de près de deux kilomètres de long. Ces positions étaient défendues par la division du colonel Iglesias, composée de 5,000 hommes qui n'avaient pas encore pris part au combat. Un grand nombre de fugitifs qui n'avaient pu se replier sur la capitale, s'étaient ralliés en cet endroit.

Le commandant Lynch, avec une partie de la première division, se rapprocha de ces positions pour les reconnaître, du côté où elles n'avaient pu être explorées d'avance et, malgré l'immense supériorité numérique de l'ennemi, il s'y soutint tout en demandant au quartier général les renforts qu'iJL jugeait indispensables pour s'en emparer. La division péru^ vienne faisait de suprêmes eiforts pour résister. La grosse artillerie dont elle disposait et les mitrailleuses décimaient par leurs feux plongeants les troupes de Lynch et ralentissaient cette charge audacieuse.

Les renforts ne tardèrent pas à arriver. Tous les bataillons •de la première division se concentrèrent d'abord et, bientôt •après, ceux de la réserve avec son commandant Martinez sa

massèrent à leur tour. Le colonel don Pedro Lagos, chef de la troisième division, accourut avec une de ses brigades dont le commandant immédiat était le colonel don Francisco Barcelo. Cette brigade commença à gravir la montagne pour appuyer les premières forces engagées. Une autre brigade de la seconde division, commandée par le colonel Gana, commençait résolument l'attaque de la petite ville de Ghorillos. L'escadre chilienne ne pouvait plus diriger ses coups contre les hauteurs, de crainte de blesser les soldats qui les escaladaient, mais elle plaça quelques mitrailleuses sur des embarcations d'un faible tirant d'eau qui purent se rapprocher de terre et seconder les assaillants autant que possible.

Le combat devint alors plus acharné que jamais. L'escalade de ces crêtes élevées, sur un terrai» sablonneux et mouvant et sous le feu destructeur de l'ennemi, offrait des difficultés presque insurmontables. Néanmoins les soldats chiliens animés par les chefs et les officiers et soutenus par l'artillerie de montagne qui avait été convenablement placée sur le flanc des collines, gravissaient ces pentes escarpées en laissant derrière eux des monceaux.de morts et de blessés; mais lorsqu'ils eurent atteint la cime des montagnes, ils tombèrent sur l'ennemi avec un élan irrésistible et, le ramenant de position en position, de tranchée en tranchée, ils le refoulèrent vers les hauteurs du nord les plus proches de GhorriUos. Ge point était dominé par l'artillerie de campagne de l'armée de terre, qui parfaitement installée dans la plaine, entretenait un feu meurtrier et habilement dirigé. Enveloppés de trois côtés par l'infanterie, les derniers restes de la division péruvienne, le colonel Iglesias en tète, se défendaient encore, mais, quelques minutes avant midi, ils furent obligés de se rendre*

Cependant la lutte continuait avec le même acharnement du côté de Ghorrillos. Gette petite ville de quatre mille habitants, est située ^u bord de la mer, et sert de résidence d'été aux familles riches de Lima ; les rues en sont étroites et plus ou moins tortueuses, mais les maisons sont pour la plupart de somptueux édifices, construits avec solidité et élégance et meublés avec luxe. Le dictateur Piérola avait fait une place forte de cette ville de plaisance et y avait appuyé l'extrême droite de sa ligne de retranchements. Il y avait

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établi des dépôts de provisions de bouche et de munitions ; il en avait fait, finalement, le réduit de la résistance dernière et la plus acharnée, changeant les maisons de la ville en autant de forteresses. Les fenêtres, les balcons, les belvédères étaient couverts de fusiliers dont les balles devaient accueillir les Chiliens aussitôt qu'ils déboucheraient dans les rues. Le sol était parsemé de bombes automatiques recouvertes de terre destinées à faire explosion sous les pas de Tennemi.

Lorsqu'il eut pris toutes ses dispositions, et qu'il vit que les Chiliens se dirigeaient résolument sur la ville, Piérola descendit sur la plage avec son état-major et il se dirigea vers le nord, à travers les roches escarpées de la côte, pour rallier la réserve restée sur la seconde ligne de défense. En partant il avait recomman.ié'à ses lieutenants de se soutenir solidement dans cette position, leur annonçant qu'il reviendrait bientôt avec les renforts qu'il allait chercher.

L'attaque de la ville de Chorrillos fut peut-être l'épisode le plus sanglant et le plus meurtrier des combats de ce jour. Dès que les colonnes chiliennes débouchèrent dans les rues, elles furent reçues par une grêle de balles qui tombaient de partout^ des terrasses, des fenêtres et des balcons. Il fallait prendre chaque maison d'assaut et en charger les défenseurs à la baïonnette. Dans quelques-unes d'entre elles il y avait des bombes automatiques qui éclataient, lorsqu'on voulait forcer les portes ; dans d'autres les escaliers avaient été détruits ou coupés, et ceux qui voulaient les escalader essuyaient le feu continu de ceux qui étaient en haut. L'artillerie chilienne tira alors sur ces édifices, et en déterminant l'incendie, les bombes favorisèrent l'action des assaillants. Le combat se prolongea ainsi durant cinq heures; mais les Chiliens avançaient toujours, enveloppant l'ennemi de toutes parts et laissant des monceaux de cadavres dans les maisons qui avaient servi de tranchées aux défenseurs. L'incendie, que personne n'essayait d'arrêter ou d'éteindre, prenait aussi de grandes proportions, et consumait les édifices en même temps que les soldats qui les défendaient.

A deux heures du soir les Chiliens n'avaient plus d'ennemis ; à combattre. La ville, tant dans les rues qu'à l'intérieur des maisons, était jonchée de cadavres et de décombres, au milieu

desquels les bombes explosibles des Péruviens éclataient de temps en temps. L'incendie poursuivait son œuvre de destruction, et ceux qui auraient tenté de l'arrêter couraient le risque d'être atteints par les éclats des bombes. De leur côté, les soldats chiliens, rendus furieux par ce genre de résistance, ne voulaient rien faire pour couper le feu, et ils semblaient même désirer qu'il achevât son œuvre. Ghorrillos brûla toute la soirée et toute la nuit. La lueur rougeâtre de l'incendie éclaira jusqu'au lendemain matin ce tableau de mort, d'horreur et de désolation. Trois maisons seulement de l'intérienr de la ville échappèrent aux flammes.

Que se passait-il pendant ce temps dans la seconde ligne «les fortifications péruviennes, c'est-à-dire à six kilomètres du champ de bataille, où était campée l'armée de réserve du Pérou? A défaut de documents officiels, nous allons le raconter H l'aide du récit d'un adjudant péruvien, qui a rapporté tout ce qu'il a vu avec une sincérité manifeste. Nous transcrivons fidèlement sa relation, en supprimant seulement quelques détails ou incidents sans importance.

« C'était le 13 janvier, dit-il, le jour commençait à peine lorsque le galop allongé des chevaux, le pas précipité des allants et venants, les charrettes qui s'éloignaient et les cris nous réveillèrent brusquement.

« Une rumeur sourde bourdonnait à nos oreilles, quelquefois interrompue par un bruit plus prononcé : « la bataille a commencé ! » criâmes-nous tous. En une minute nous étions habillés. Il était cinq heures et demie du matin. Nous parcourûmes Jes quatre redoutes. Tous faisaient leurs préparatifs pour la marche ; les cartouchières étaient pleines, les officiers avaient le revolver à la ceinture et quelques caissons de munitions s'ébranlaient. On n'entendait que les cris de vive le Pérou ! vive le commandant général 1 à Surco I criaient les officiers, et mille voix frénétiques répétaient ces cris. Nous attendions l'ordre de nous mettre en marche. Mais l'ordre n'arrivait pas et il était sept heures et demie du matin. Le feu du côté de San Juan devenait de plus en plus violent.

(( Sur la gauche de notre ligne, surtout deux batteries échangeaient un feu des plus nourris. Une des deux dut pourtant céder ; c'était maintenant à droite que \% combat chauffait.

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fl Tout à coup, devant nous, à peu près à une lieùe, nous voyons s'élever un épais nuage de fumée noire. San Juan était la proie des flammes ! On ne se bat plus qu'à Ghorrillos, pensàmes*nous tous en même temps. En effet, les corps de Dâvila, de Câceres et une partie de celui de Suarez avaient lâché pied. Iglesias, abandonné, défendait héroïquement les positions de Chorrillos.

« Le premier fugitif que nous rencontrâmes dans le villagede Miraflores fut un simple soldat. « Tout va bien > nous répondît-il d'une voix défaillante, lorsque nous lui demandâmes des nouvelles du combat. Trois ou quatre blessés arrivèrent ensuite. Nous ne tardâmes pas à connaître la triste réalité. Le chemin était couvert de fugitifs qui se sauvaient dans le plus affreux désordre ; quelques blessés se traînaient, d'autres imploraient du secours ; les uns conservaient leurs armes, d'autres étaient désarmés, couverts de sang et les vêtements déchirés, c'était un spectacle navrant.

« Une longue file de gens arrivait par la chaussée du chemin de fer ; des groupes, de soldats traversaient les prairies en courant. On les appelait, mais ils n'écoutaient pas ; ils craignaient non pas les menaces, mais les balles. Ce n'était pas l'attitude d'une armée victorieuse. Un profond découragement s'empara de nous. Plusieurs compagnies des bataillons se déployèrent en tirailieijrs et de petits détachements de cavalerie s'échelonnèrent pour barrer le chemin de Lima aUx fugitif?-,

c Mais à mesure que le temps s'écoulait,- le tableau de cette multitude qui fuyait épouvantée dé toutes parts, devenait plus douloureux; la cavalerie arrivait par bandes ; les mulets chargés de caisses de munitions, les canons et les mitraifleuses démontés ; des chevaux sans cavalier et courant ventre à terre ; des artilleurs, des colonels, des chefs de toiit grade inondaient les avenues du chemin de fer, et y produisaient une confusion épouvantable. Ce n*était pas une division dé«bandée, comme nous Tavions entendu dire ; c'était toute une armée en fuite. Quelques bateaiUons au complet entrèrent dans notre ligne, et presque toute une division resta formée à gauche de la voie ferrée.

«Il pouvait être dix heures du matin lorsque Piérola arriva avec un état-major fort réduit, dans lequel on remarquait Les

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généraux Buendia et Segura et le colonel Saarez. Il passa à cheval au milieu des bataillons qui Tacclamaient frénétiquement. Il leur ordonna de défiler vers les redoutes et de se retrancher derrière les murs intermédiaires élevés entre chacune d'elles. Ces renforts augmentèrent considérablement notre ligne. Plus de cinq mille fugitifs avaient déjà été ralliés avant midi, soit par la cavalerie, soit par les bataillons de la réserve ; d'autres s'étaient présentés volontairement. On en voyait néanmoins beaucoup qui s'échappaient. On tirait sur eux, mais ils se dérobaient dans les tranchées et puis se remettcdent à fuir.

« Piérola traversait la chaussée du chemin defer lorsqu'un soldat — nous supposons qu'il était ivre — s'avança vers lui et éclata en imprécations contre les chefs. « Pas de désordre ! » se contenta de répondre Piérola. Et il s'éloigna précipitamment. »

Au milieu de cette effrayante cohue, chacun se disputait sur les causes de la défaite ; ceux-ci en accusaient tel chef, ceux-là tel autre, quelques-uns en rejetaient la faute sur les soldats ; mais bien peu se résignaient à croire que la bataille fût totalement perdue. On en vint à raconter que les positions de San Juan avaient été reprises par les Péruviens, et tout le monde ajoutait foi à ces absurdités.

€ Geiix qui répandaient de bonne foi ces nouvelles, ne savaient pas, dit le même témoin, que les Ghilienà venaient de planter leur drapeau sur le Morro de Chorrillos. Et pourtant, celui qui l'eût dit aurait passé pour un visionnaire. Gomment pouvait-on croire que notre ligne, si bien préparée d'avance, eût pu être facilement rompue, et que notre armée, qui occupait de si bonnes positions eût été enveloppée et taillée en pièces? Ne pouvant plus nier l'évidence du résultat, quelquesuns s'écriaient : « Il y a eu de la négligence. » « C'est une surprise. »

Piérola et ses aides de camp s'efforcèrent de rallier les fugitifs et de les ranger dans les tranchées et les redoutes de la seconde ligne. Ils réunirent à grand peine un corps de deux mille hommes, qui partit un peu après midi pour Chorrillos dans un train de wagons blindés, d'où les soldats tiraient des coups de canon et de fusil. C'étaient les renforts que Piérola

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avait promis aux défenseurs de cette place ; mais pendant qu'ils s'y rendaient, ils virent de loin que l'armée chilienne était victorieuse sur toute la ligne, et ils se hâtèrent de regagner leurs retranchements. Ce fut alors seulement que s'évanouirent tout à fait les illusions de victoire qu'on nourrissait encore, même à la vue d'un si grand désastre, dans le camp de la réserve péruvienne.

Tel fut le résultat de la bataille de Ghorrillos, ou pour mieux dire, de la série de batailles qui se livrèrent le 13 janvier. Après huit heures de combat l'armée chilienne avait enlevé de vive force des positions que l'ennemi regardait comme imprenables. L'explosion des mines et des bombes, tout en faisant éprouver des pertes aux Chiliens, ne donna pas le résultat qu'on en espérait. L'assaut de cette ligne de fossés et de retranchements, défendus par plus de cent canons et de 20,000 hommes, occasionna aux Chiliens des pertes considérables, 797 morts et 2,512 blessés. Parmi les premiers se trouvaient des chefs d'un grand mérite, les lieutenants-colonels don Baldomero Dublé Almeida, don Belisario Zanartu, don Tomas Yavar et don Carlos Silva Renard, tués en combattant vaillamment à la tète de leurs soldats, et le lieutenant-colonel d'état-major don Roberto Souper, qui avait fait la campagne depuis le commencement, se conduisant partout en héros, et qui fut grièvement blessé dès les premiers moments de la bataille, lorsqu'il montait à l'assaut d'une des tranchées péruviennes.

Les pertes de l'armée péruvienne furent incalculables. Ses morts s'élevaient à plus de cinq mille hommes, tombés pour la plupart au morro Solar et à Chorrillos ; ses blessés, ceux du moins qui restèrent sur le champ de bataille, n'étaient guère moins nombreux. On lui avait fait près de deux mille prisonniers, parmi lesquels se trouvaient onze colonels, huit lieutenants-colonels et un nombre considérable d'officiers. La dispersion des troupes fut si complète, que, de toute l'armée de 22,000 hommes, on ne parvint à rallier, sur la seconde ligne de défense, que cinq ou six mille ; encore étaient-ils tellement effrayés, que l'on eut grand'peine, comme nous l'avons déjà vu, à les retenir derrière les ouvrages qui la constituaient. Le matériel de guerre perdu dans la bataille était vraiment

énorme. La relation d'un officier péruvien dont nous avons reproduit une partie plus haut, dit que Tarmée perdit ce jour-là près de 120 mitrailleuses ou canons de tout calibre.

Si vers la fin de la bataille, c'est-à-dire à deux heures du soir, il eut été possible de faire marcher une partie de Tarmée chilienne sur la seconde ligne fortifiée des Péruviens, la campagne aurait été finie ce jour-là sans grande difficulté. Le désordre qui régnait dans cette ligne n'aurait pas permis d'opposer une résistance sérieuse. Tel avait été le plan du général Baquedano, mais, malgré l'énergie déployée par Tétat-major, et pour des raisons imprévues, on fut obligé d'y renoncer. L'attaque n'ayant pu être commencée le matin par toutes les divisions à la fois, quelques forces péruviennes étaient parvenues à se replier sur Ghorrillos, où elles opposèrent une résistance qui se prolongea jusqu'au soir. D'ailleurs, les soldats chiliens, qui n'avaient pris que quelques instants de repos la nuit précédente, et qui s'étaient battus pendant huit heures consécutives, en gravissant des montagnes et en attaquant des redoutes, étaient épuisés et ne pouvaient plus faire un pas. Il fallut leur donner le temps de réparer leurs forces avant de les mener à de nouveaux combats et à de nouveaux assauts. Ce délai momentané allait laisser encore quelques heures de vie aux derniers débris de la puissance militaire du Pérou.

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