‹ Histoire de la guerre du PacifiqueChapitre 7 sur 28 · LA GÂ.MFAONË DE LIMA · texte numérisé non relu

LA GÂ.MFAONË DE LIMA

que village, chaque citoyen se défende contre le Chili, comme on défend Thonneur et la vie, comme on défend la civilisation contre la barbarie. L'honneur national veut que dans la présente guerre, le monde voie Timmense supériorité morale du Pérou sur le Chili, supériorité qui a toujours existé et qui subsiste encore. Il faut châtier d'une main vigoureuse les attentats du Chili contre les droits les plus sacrés; il ne faut plus user davantage avec lui d'une générosité qui le pousse à commettre de plus grands crimes ; il faut déployer toute la vigueur de la justice indignement traitée pour que le châtiment du Chili soit terrible et exemplaire; Pour y arriver,' et aller encore plus loin, sll le fallait, nous avons deux vaillantes armées qui ont été organisées dans la capitale au moyen des contingents fournis par les autres départements ; nous avons la réserve, et une autre armée dans le sud, petit nuage qui dans peu de temps déchargera sur les armées du Chili une horrible tempête *. »

Le petit nuage auquel il est fait allusion dans les lignes précédentes était un corps de quatre ou cinq mille soldats organisés d'une manière telle quelle, et réunis à Aréquipa.

En effet, le Pérou complétait alors avec moins d'ostentation et aussi avec de moins bons résultats une autre armée sur le territoire d'Aréquipa. On craignait que ce ne fût réellement là le théâtre choisi par les Chiliens pour une nouvelle campagne, et Ton pensait parvenir à mettre cette ville et toute laprovin«e en état de repousser Tinvasion avec les troupes échappées aux premiers désastres et avec les contingents que pouvaient fournir les provinces voisines. On convint tout d'abord de donner à ces troupes la dénomination de « première armée du sud m, nom fatidique durant tout le cours de la guerre. C'était celui que portait le corps qui, sous les ordres du général Buendia, avait été battu à Tarapaca ; et plus tard, on avait donné le même nom aux forces alliées qui avaient péri à Tacna. Mais le gouvernement de la dictature croyait effacer jusqu'au souvenir de ces revers par des puérilités, et au lieu d'appeler les

1 . Tout en craigaant de fatiguer nos lecteurs, nous aTons rapporté ces citations et ces fragments des journaux de Lima comme le meilleur moyen d'en faire connaître le ton hautain et menaçant et la folle tx>nfiance dans la force de leurs armées.

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troupes d'Aréquipa troisième armée du sud, il continua aies désigner comme nous Tavons indiqué.

Depuis la fin de juin, les débris de l'armée de Tacna, après la marche la plus pénible que Ton puisse imaginer dans les défilés des montagnes, étaient arrivés par groupes jusqu'à la ville de Puno, où ils avaient le chemin de fer pour Aréquipa. Ils étaient au nombre de i,500, dans le plus affreux dénûment, démoralisés par la défaîte, épuisés de fatigue et peu disposés à rétourner au combat. La presse de Tendroit, prenant le ton em^ phathique des publicistes de Lima, les comblait tous d'éloges, même les bataillons qui, à Tacna, avaient tourné le dos à Tennemi dès le commencement de la bataille, et qui, pour cette raison même, arrivaient à Aréquipa presque au complet, et elle les excitait tous à combattre de nouveau. » Ces forces, reliques sacrées de notre première armée, disait-on, se remettent de leurs fatigues pour entreprendre une nouvelle guerre, aussi terrible que Tinfamie sans pareille des Chiliens. Vous tous qui avez juré au pied de Tétendard national, de défendre l'intégrité de la patrie, retournez au plus tôt affronter les balles ennemies, jusqu'à la délivrance de notre territoire profané par l'envahisseur. )) Le chef des forces vaincues, et chacun des vingt-trois colonels que l'accompagnaient, avait sa part dans les pompeux éloges que l'on prodiguait. « Des capitaines comme le général Montero, disait-on, sont l'immortel honneur de nos légions. » Toutefois, bien peu de temps après, Montero et quelques-uns des colonels qui l'avaient suivi, continuaient leur route vers Lima. Aréquipa garda les débris des vaincus, et bientôt après elle y ajoutâtes corps qui formaient la division dite du colonel Leiva, sur laquelle les défenseurs de Tacna avaient fondé tant d'espérances peu de temps avant la défaite. Là se réunirent é^galement d'autres contingents qui complétèrent le nombre de quatre ou cinq mille hommes, bien que les journaux de la ville aient parle d'un effectif presque double. Malgré la présence à Aréquipa d'un certain nombre de chefs militaires, colonels ou lieutenants-colonels, le véritable commandant était le préfet du département, le docteur don Pedro A. del Solar, ami intime et dévoué partisan de Piérola.

L'armée du Chili était d'ailleurs provoquée à Aréquipa

dans les mêmes termes violents et injurieux qu'employait la presse de Lima. Là aussi on allait répétant : « Que les Chiliens viennent quand ils voudront, ils trouveront ici leur tombeau ! phrase tant de fois répétée, comme nous l'avons déjà dit, à Iquique, à Tacna, à Lima et dans tputes les villes du Pérou où se publiait un journal. On croyait à Aréquipa, qu'au moment du danger, le chemin de fer dePuno, qui arrive près des frontières de la Bolivie, amènerait de ce pays quelques milliers de soldats prêts à défendre Talliance. Néanmoins, lorsque un peu plus tard on annonça comme chose certaine que les Chiliens préparaient une expédition sur Aréquipa, non seulement personne ne se remua en Bolivie, mais la presse de ce pays accusa le gouvernement du Pérou d'imprévoyance, parce qu'il les laissait, eux (les Boliviens), exposés à supporter les conséquences d'une invasion.

Mais le Chili n'avait pas pensé un seul instant à une pareille expédition. Il savait parfaitement que, malgi^é les menaces de la presse d'Aréquipa, elle ne présentait pas de sérieuses difficultés; mais il ne voulait pas entreprendre une campagne qui n'aurait servi qu'à satisfaire une puérile vanité. Le Chili cherchait dans la guerre le moyen d'arriver à une paix solide et durable avec le moins de sacrifices possible et il repoussait toute combinaison qui ne conduisait pas à ce résultat.

Deux avis différents se partageaient l'opinion publique au Chili. Les uns, et c'étaient les plus nombreux, voulaient que la guerre fût portée résolument sur Lima, afin de donner un seul coup, terrible et décisif, au centre de la puissance et des ressources de l'ennemi. L'entreprise, disait-on, doit coûter du sang et de l'argent, mais il ne faut pas la différer, afin d'éviter de plus grands sacrifices d'hommes et des dépenses plus considérables.

D'autres pensaient que le Chili devait garder les positions conquises dans les deux campagnes précédentes, harceler l'ennemi par le blocus de ses ports, lui démontrer son impuissance à sortir de ses retranchements pour reprendre les provinces qu'il avait perdues, et l'obliger enfin à demander la paix. La dictature péruvienne, disaient ceux-ci, se soutient parce que le Pérou a l'espoir de battre les armées chiliennes, si elles vont le chercher jusque dans son camp retranché. Le

jour où le Chili déclarera qu'il ne veut pas l'attaquer, elle comprendra qu'elle n'a ni la force, ni les ressources nécessaires pour sortir de ses positions, et encore moins pour recouvrer les territoires perdus. Ce plan, ajoutaient-ils, sera peutêtre moins brillant et moins rapide, mais il est plus sûr et plus économique.

Le gouvernement entendit ces opinions, mais quand il vit que la grande majorité du pays, représentée par la presse et par les chambres, optait pour la marche sur Lima, il se décida à tenler l'entreprise et se mit résolument à l'œuvre. Pour réussir, il fallait envoyer à Lima une armée de 25,000 hommes, p&rfaitement armés et équipés, et pourvus de tout ce dont ils pouvaient avoir besoin durant l'expédition, laisser entre Tarapaca, Tacnaet Arica une division de 6,000 hommes, pour parer à toute éventualité, et avoir au Chili une réserve de 10 à 12,000 soldats, prêts à accourir où besoin en serait. Sans bruit apparat, on procéda à la mobilisation de nombreux bataillons de garde nationale, leur donnant pour premiers ou pour seconds chefs des officiers qui avaient déjà fait leurs preuves; on créa de nouveaux corps, et l'on déploya une telle activité pour les instruire et les discipliner, qu'en moins de trois mois, ils étaient en état d'entrer en ligne. Toutes les provinces rivalisèrent d'ardeur pour envoyer leur contingent, en plus de celai qu'elles avaient fourni dès le commencement de la guerre. Grâce à cet enthoosiasme et à l'action énergique de l'administration, le personnel requis pour l'exécution du plan fut au complet dans le p^us bref délai.

Mais tout cela n'aplanissait encore qu'une partie des difficultés. Pour transporter cette armée, les vaisseaux de l'escadre n'étaient pas suffisants, d'autant plus qu'il fallait en laisser quelques-uns continuer le blocus d'un certain nombre de ports du Pérou. Le gouvernement acheta ou loua tous les vapeurs qu'il put trouver sur la côte du Pacifique pooîr faire des transports ; et lorsque les navires de cette espèce lui manquèrent, il prit aux mêmes conditions des navires à voiles pour les faire remorquer par les premiers.

Les armes et les munitions ne manquaienst pas, mais il fallait organiser les nombreux services et l'administration militaires. Le ministre de la guerre, don José Fran-

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•cisco Yergara, se rendit à Taena pour activer les préparatifs de la campagne, et ce fut là qu'arrivèrent successivement les -contingents de troupes et de matériel partis de Yalparaiso. Le général en chef, don Manuel Baquedano, répartissait Tarmée •de manière à l'avoir prête au moment du départ. Mais ce n'est pas ici le lieu de parler de ces préparatifs, que nous •devons raconter plus tard.

Ces travaux, entrepris et exécutés avec la confiance la plus inaltérable, préoccupaient, tout naturellement, Topinion publique, et ils furent Tobjet de nombreuses discussions au •congrès et dans les journaux. L'impatience portait un certain nombre de ces derniers à faire des reproches au pouvoir qu'ils accusaient de lenteur dans la direction des opérations et dans l'achèvement des préparatifs. Ces accusations furent plus d'une fois embarrassantes pour le gouvernement qui ne pouvait se décider à divulguer les préparatifs et les plans de camipagne.

Tout cela n'avait en vérité rien d'extraordinaire. C'était Je libre exercice du régime parlenientftire, qui n'avait pas «ouifert au Chili la moindre altération par suite de la guerre, La presse et le congrès, comme no^s l'avons dit auparavant, ^continuaient à jouir des mêmes attributions et des mêmes .garanties que pendant la paix la plus profonde. Néanmoins, lie gouvernement du Pérou, toujours bercé par d'étranges (illusions, donnait de ces faits» comme nous l'avons vu dans le ♦chapitre précédent, les explications les plus erronnées. Il crut •que le gouvernement chilien, impuissant à continuer la guerre, allait succomber sous le poids de l'indignation du pays qui se voyait trompé par ses mandataires. Bien plus, le jourmal officiel de la dictature, continuant d'obéir au déplorable système de tromper le pays, entretenait ces rumeurs, et il en Tint à ajouter foi aux fausses nouvelles qu'il propageait lui- -même, u Le peuple chilien, écrivait-on officiellement à Lima dans les premiers jours d'octobre 1880, s'est soulevé pour exiger l'accomplissement des promesses qu'on lui a faites en lui demandant son sang, promesses que le gouvernement ne peut pas tenir ».

Ce n'était pas tout. L'armée chilienne de Tacna était fatiguée de la vie de caserne et de celle des camps, et elle aspi-

rail à poursuivre les opérations militaires. Quand il lui fut annoncé qu'on n'entreprendrait probablement pas la marche sur Lima, vu qu'on pensait suivre une autre ligne de conduite, quelques chefs supérieurs, beaucoup d'officiers et un grand nombre de soldats, qui n'avaient pris du service que pour obéir à la voix du patriotisme, satisfaits d'avoir ainsi rempli leur devoir, demandèrent à regagner leurs foyers; mais ils renoncèrent à leur dessein quand ils surent que l'expédition sur Lima aurait lieu immanquablement.

Les agents que le Pérou entretenait à Tacna parmi les habitants péruviens de la ville, communiquèrent à Lima ce mouvement de l'opinion, en le présentant à travers le prisme ^ de leurs illusions, c Les officiers et les soldats chiliens, disaient-ils, ne veulent pas aller à Lima; ils craignent le résultat de cette campagne, et ils ne pensent qu'à retourner chez eux. » Ceci explique que, lorsqu'on en vint à embarquer les troupes et à se mettre en marche, on écrivait sérieusement à Lima, et Ton croyait généralement qu'une division de l'armée chilienne s'était soulevée et avait formellement refusé de s'embarquer. Le gouvernement du Pérou mettait en circulation toutes ces inventions, croyant ainsi retremper le patriotisme !

Contrairement à l'espoir et aux illusions du gouvernement péruvien, l'expédition sur Lima était décidée au Chili depuis le mois d'août; on faisait patiemment tous les préparatifs nécessaires, et elle devait s'effectuer avec une régularité et une précision vraiment mathématiques.

Chaplin* I

Paiâa , Imp .l>nipénoy , ^'* . vue An Four .

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