‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · CHAPITRE I er · texte numérisé non relu

CHAPITRE I er

Des Grandes Compagnies, de la puissance et da crédit de leurs chefs.

— Du redoublement de leurs ravages après la bataille de Poitiers.

— De la Jacquerie des brigands, première cause de la Jacquerie des paysans.

La misère affreuse du peuple des campagnes en France, au moment où éclata la Jacquerie, doit certainement être regardée comme Tune des causes intimes et profondes de cette insurrection. Cette misère avait elle-même, en grande partie, pour principe les ravages que commirent les Grandes Compagnies sous Philippe de Valois et sous le roi Jean, surtout après la bataille de Poitiers. On peut dire, en ce sens, qu'une véritable Jacquerie de gens d'armes précéda et prépara la Jaoquerie des paysans. Aussi il y aurait à la fois omission et injustice à passer légèrement sur le premier de ces faits, dans un travail spécialement consacré à l'étude du second : car il existe entre èux une relation de cause à effet, et les violences exercées par les brigands sont l'explication naturelle 9 sinon l'excuse , des représailles atroces qu'exerça le peuple des campagnes.

Au xiv* siècle, on donnait le nom de brigands

aux soldats mercenaires \ qui, comme on sait, combattaient presque tous à pied, et étaient généralement armés à la légère : ils portaient, entre autres armures, une petite et mince cotte de mailles, qui prit d'eux le nom de brigantine *.

Ces gens d'armes à gages, cessant d'être sou- * doyés pendant les trêves ou dans l'intervalle des expéditions, cherchaient alors leurs moyens d'existence dans l'exercice journalier de la rapine et du pillage, qui leur rapportait plus que leur solde. Unje foule d'aventuriers et de gens sans aveu venaient se joindre à eux, et, dans le nombre, on comptait beaucoup de gentilshommes.

Au reste, le passage suivant de Froissart va mieux faire connaître que tout ce que nous pourrions dire, de quelle manière les brigands exerçaient leur terrible profession :

« Et toujours gagnoient pauvres brigands 3 à

C'est par suite des excès de ces soldats mercenaires que brigand ne tarda pas à perdre son sens particulier, pour prendre l'acception plus générale, mais défavorable, dans laquelle il s'emploie aujourd'hui.

* L'auteur anonyme du pelH livra intitulé la Jacquerie, publié en 4853 chez le libraire Hachette, prétend, au contraire, que les soldats de profession prirent le nom de brigands, parce qu'ils étaient armés d'une brigantine. Quand donc ce genre d'étymologies sera-t-il passé de mode ? ' . .

3 Alliance de mots charmante et assez fréquente dans Froissart : » En sa roule estoit Robert Canolle, le plus aimé de tous povres compagnons. (Chron, liv. ïï, 2 e partie, ch. 24 .)

dérober et piller villes et chasteaux, et y conqueroient si grant ayoir que c'estoit merveille, et devenoient les uns si riches, par especial ceux qui se faisoient maistres et capitaines des autres brigands, que il y eu avoit de tels qui avoient bien la finance de soixante mille escus. Au voir dire et raconter, c'estoit grand merveille de ce qu'ils faisoient : ils espioient, telle fois estoit et bien souvent, une bonne ville ou un bon chastel, une journée ou deux loin ; et pujs s'assembloient vingt ou trente brigands, et s'en alloient, tant de jour que de nuit, par voies couvertes, que ils entroient dans cette ville ou en ce chastel que espié avoient, droit sur le point du jour, et boutoient le feu en une maison ou en deux. Et ceux de la ville cuidoient que ce fussent mille armures de feu, qui vouloient ardoir leur ville : si s'enfuyoient, qui mieux ,mieux, et ces brigands brisoient maisons, coffres et escrins, et prenoient quant qu'ils trouvoient, puis s'en alloient leur chemin , chargés de pillage 1 . »

En dépit de ces horreurs, je ne crains pas de me tromper en disant que nulle profession n'était plus avantageuse et même plus honorée au xiv* siècle que celle de brigand. Je demande la permission de citer à l'appui de cette assertion quelques preuves empruntées aux chroniqueurs du temps ; on s'ex-

1 Froissart, Chron , liv. I, ch. 32 i, édit. de Buchon, tom. il, p. 419 et 480. '

pliquera plus aisément et mieux, ce me semble, à l'aide de ces données générales , l'énormité et l'impunité des excès auxquels les brigands go livrèrent dans quelques-unes de nos provinces, après la bataille de Poitiers.

Froissart nous parlait, il n'y a qu'un instant, de chefs de bande qui parvenaient à amasser, par leurs rapines, une fortune de 60,000 écus. Mais le métier de brigand ^procurait pas seulement ces avantages très-solii 1 et très-palpables ; il avait encore ce qu'on peut appeler ses bonnes fortunes de passion et de sentiment. On pouvait, paralt-il, gagner, en l'exerçant aveo éclat, des faveurs très-recherchées, surtout par des chevaliers du - xiv 6 siècle, je veux dire l'amour des nobles dames. Du moins l'anecdote suivante, racontée par Froissart, semblerait prouver que les châtelaines de cette époque avaient un faible pour les brigands d'élite.

Un jeune gentilhomme du Hainaut, nommé messire Eustache d'Àubrecicourt, capitaine d'une troupe de brigands établie en Champagne et en Brie, ravageait celle province avec tant d'entrain et d'ardeur, rançonnait nobles et manants avec tant de succès, détroussait tous les voyageurs avec une audace si chevaleresque , qu'une haute et noble princesse, madame Isabelle de Juliers, entendant parler des prouesses de ce brigand, s'éprit

d'amour pour lui 1 : « Si estoit cette dame jeune, et estoit inamourée de monseigneur Eustache, pour les grands bacheleries et appertises d'armes qu'il faisoit, et dont elle en oyoit tous les jours rcfcordes. Et en ce temps que messire Eustache se tenoit en Champagne, ladite dame lui envoya haquenées et coursiers plusieurs, et lettres amoureuses, et grands signifiances d'amour, par qutii ledit chevalier en estoitalus hardi et plus oourageuxj et faisoit de graft appertises d'armes que chacun parloit de lui. » Ainsi l'opinion, la sympathie des femmes, cette dernière consolation qui ne manque presque jamais aux malheureux, était iéi tout entière contre les opprimés en faveur de leurs oppresseurs.

La royauté elle-même, dont c'était le devoir de prendre en main la défense des paysans, se montrait empressée à faire des avances aux brigands " et h récompenser leurs étranges exploits. Philippe de Valois proposa à Croquart 2 , fameux chef de brigands cantonné en Bretagne, de le faire chevar lier, de le marier très-richement et de lui payer une rente annuelle cte 2000 livres, s'il voulait se > mettre à son service. Le même roi, ayant appris

1 Froissait, Chron., liv. I, ch. 4M, éd. de Buchon, t. m, p. 375 et 370.

s Froissart, ibid., Hv. I, ch. 325, éd. de Buchon, tom. n, p. 48ï et 483; liv. Ilï, ch. 50. Comin. de Nangis, dîinsd'Achcry, Spicil., t. m, p. 134.

avec quelle merveilleuse habileté uu autre brigand, nommé Bacon ', qui infestait le Languedoc, avait surpris le château de Chambon en Limousin, voulut avoir auprès de lui un si audacieux et si rusé capitaine, fit de lui son huissier d'armes, et le combla d'honneurs.

, Si parfois les rois furent animés de louables intentions, elles furent presque toujours frappées d'impuissance. Philippe^ de Valois, informé* des ravages qu'exerçait enflfourgogne un capitaine de Grande Compagnie, Perrot de Savoie, si connu sous le nom de Petit Meschin, fit marcher contre lui une bande d'Espagnols , qui se trou* vait alors en Berry. Malheureusement ceux qui furent ainsi envoyés, remarque Villani , qui nous a rapporté ce fait, faisaient autant de mal à leurs amis qu'à leurs ennemis 2 .

On voit que cet effort fut aussi infructueux dans ses effets qu'excellent dans son principe. Mais le plus souvent les rois n'essayaient même pas de protéger les malheureuses victimes des brigands. Au contraire , ils travaillaient , dans le même temps, à consommer la ruine de leurs sujets, celle des paysans surtout, en autorisant l'abus du droit de prise, et surtout en élevant ou diminuant arbi-'

' 1 Froissai!, Ckron., ch. 32 i, p. 484 .

a Vfllani, h X, cb* 92, dans IcXlVe yoI. des Hist. Hat. de Muratoii.

trairement letitre des monnaies, selon qu'ils avaient à percevoir des impôts ou à payer leurs dettes V

Le roi Jean rendit plusieurs ordonnances pour défendre aux seigneurs de se faire la guerre les uns aux autres* tant qu'il 3erait lui-même «n guerre avec ses ennemis. Mais ces ordonnances ne furent jamais observées, et le prince qui les avait rendues semblait lui-même, inviter les nobles à n'en tenir aucun compte par Findulgencè excessive > par la faiblesse coupable dont il usait en toute occasion envers les contrevenants 2 .

Lorsque les gens des campagnes^ « pour tacheter le feu et leurs corps » 9 , selon les énergiques ex-

1 « 11 y eut, pendant le règne du roy Jean, dit Leblanc, d'étranges desordres dans les mon noyés, on les affaiblit plusieurs fois, et leur dernier affaiblissement étoit toujours plus grand que le précèdent. Le prix des monnayes aussi bien que cetay du marc d'argent changeoit presque toutes, les semaines, et mesme quelquefois plus souvent; les ordonnances des monnayes marquent que tous ces divers changemens éloient causez par la guerre des Anglois. Mais ce qui est de remarquable, c'est que le roi tâchoit quelquefois d*en dérober la connoissance au public. » (Leblanc, Trait . hist . des monnoyes* éd . de Paris, 4 &90\ ( p. 25$;)

* L'abus des guerres privées, les excès du brigandage, lafaiblessc avec laquelle la royauté essayait de réprimer ces deux . fléaux, tout cela est retracé avec les plus cùrieux détails dans des lettres de rémission octroyées par le régent à deux gentilshommes. (Voir le n° I de nos pièces justificatives.)

3 Et menaçaient d'ardoir lesdictes villes, se ils ne se rançonnojent à eulx et rachetoient le feu et leurs corps. » (Beg. 86 du Très, des Cliart., P 472, p. 486.) r.fiftnV

pressions des lettres de rémission , c'est-à-dire pour échapper à 1'incçndie et à la mort, payaient de grosses sommes aux brigands, ils ne faisaient que porter la peine de l'impuissance ou de l'incurie de la royauté. Évidemment, ce n'était pas la faute de ces malheureux paysans, si le pouvoir central , qui avait mission de les protéger , les laissait exposés sans défense aux coups de leurs ennemis et les mettait ainsi dans la nécessité de subir d'onéreuses conditions dictées par la convoitise, appuyées par la menace et la violence, imposées par la force. Il n'en est pas moins vrai que la royauté faisait un crime aux gens des campagnes de ces rançons extorquées par leurs oppresseurs, ou plutôt trouvait dans ces rapines, commises et restées impunies par sa faute, un prétexte pour battre monnaie à son tour aux dépens des mêmes victimes. Le berger qui flvait été assez faible, assez négligent ou assez lâche pour laisser dépouiller son troupeau, se vengeait sur ses brebis en leur enlevant le peu que les voleurs avaient pu leur laisser. En d'autres termes, les vilains, les manants, après avoir été contraints à composer avec les brigands, parce que le pouvoir central ne les protégeait pas, devaient financer de plus belle avec le représentant de ce même pouvoir, parce qu'ils avaient eu le malheur d'être réduits à agir comme geus sans défense qui sont à la merci du

plus fort. Tous les habitants des hameaux, villages, bourgs, convaincus d'avoir payé rançop aux brigands, étaien tréputés coupables du crime de lèsemajesté et pouvaient encourir les poursuites et les châtiments delà justice, tant que le roi ne leur avait point octroyé delettresde rémission ou de grâce ; or, chacun sait que la chancellerie royale ne délivrait et n'entérinait de pareilles lettres qu'à beaux deniers comptants Les battus payaient l'amende.

L'autorité spirituelle De montrait pas pour les brigands une moins lâche et moins coupable condesçendance que le pouvoir temporel. Un fait mentionné par Froissarfc à la date de 1357 nou3 en fournit un exemple frappant. Il s'agit de ce trop fameux Régnant de Cervole 2 , dit l'Archiprêtre , qui est assurément avec Rodrigue de Villandrando 3 le type le plus saillant de ce qu'on peut nommer le brigandage chevaleresque.

Ce chef de bande, auquel la trêve conclue après la défaite de Poitiers avait donné des loisirs , crut ne pouvoir mieux les employer qu'à ravager la

1 Voir comme spécimen de ces lettres de rémission le n° Il de nos pièces justificatives . On compte par centaines les pièces du même genre qui se trouvent dans les registres du Trésor des Chartes à cette date.

8 Voir l'analyse d'un Mémoire de Zurlauben, tom» xxv de YBistoire de V Académie des Inscriptions, p. 155.

5 Bibliothèque de Vécole des Chartes, mémoire de M. Jules Quicherat,tom. vi, ami. 4844, p. 149-468 et p. 497-238.

Provence. 11 s'avança dans le cours de ses incursions jusqu'aux portes de la ville d'Avignon , qui était alors, comme on sait, la résidence de la cour pontificale. De là grande frayeur du Saint-Père et des cardinaux. Mandé au palais papal par Innocent VI, qui voulait obtenir à tout prix un arrangement , Regnaut de Ceryole , dit Froissart c y fut aussi reverèmment reçu comme s'il eust esté fils au roi de France , et disna par plusieurs fois au palais avec le pape et les cardinaux, et lui furent pardonnés tous ses péchés; et au partir lui fit délivrer quarante mille escus, pou* les départir à ses compagnons.»

Tout se réunissait donc pour faire de la profession de brigand une profession recherchée et enviée. L'existence ne semblait-elle pas sourire à ces aventuriers? N'avaient-ils pas à souhait ce qui rend la vie douce, facile et glorieuse : la richesse, l'amour, la faveur des papes et des rois ? Aussi le métier était-il cher à ceux qui l'avaient une fois embrassé, et n'y renonçaient-ils qu'avec la plus grande peine. On pourra s'en convaincre en lisant les lignes suivantes de Froissart. Ce chroniqueur y meten scène un célèbre brigand, Aimerigot Marchés, qui, après avoir vendu au comte d'Armagnac le château d'Alleuze en Auvergne, d T où il tenait à

1 Froissart, Chron. ,\iy. î, chap. 380, éd. de Buchon, lom.iil, p. 584 ei 285.

sa discrétion depuis plusieurs années tout le pays des environs, se repent d'avoir conclu ce marché, et se rappelle, avec l'accent du regret, les avantages et les charmes de la vie à laquelle il vient de renoncer.

c Si imaginoit en soi que trop tost il s'estoit

repenti de faire hien, et que de piller et rober en la manière que devant il faisoit et avoit faict, tout considéré, c'estoit bonne vie. À la fois il s'en devisoit aux compagnons, quijhn avoient aidié à mener ceste ruse, et disoit : «jll n'est temps, esbatement ni gloire en ce monde, que de gens d'armes, de guerroyer par la manière que nous avons faict ! Comment estions-nous resjouis, quand nous chevauchions à l'avanture et nous pouvions trouver sur les champs ung riche abbé, ung riche prieur, marchand ou une route de mulles de Montpellier, de Narbonne, de Limoux, de Fougans, de Béziers, de Toulouse et de Carcassonne, chargées de draps de Bruxelles ou dé Moustier-Villiers, ou de pelleterie venant de la foire au Lendit, ou d'espiceries venant de Bruges, ou de draps de soye de Damas ou d'Alexandrie? Tout estoit nostre ou rançonné à nostre volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les villains d'Auvergne et de Limousin nous pourveoient et nous amenoient ea nostre chastel les bleds, la farine, le pain tout cuit , l'avoine pour les chevaux et la litière ,

es bons vins, les bœufs, les brebis et les moutons tous gras, la poulaille et la volaille. Nous estions gouvernés et estoffés comme rois, et quand nous chevauchions, tout le pays trembloit devant nous. Tout estoit nostre, allant et retournant. Comment prismes-nous Cariât, moi et le bourg de Companes? et Chalusset, moi et Perrot le Bearnois? Comment eschelasmes-nous, vous et moi, sans autre aide, le fort chastel de Merquel, qui est au comte Dauphin î Je ne le tins que cinq jours, et si en receus, sur une table, cinq mil frans. Et encores quictai-je mil pour l'amour du comte Dauphin. Parmafoy, ceste vie estoit bonne et belle 1 » . ^

Qui ne sent combien il y a, dans ce passage, de chaleur, d'élan et de sincère enthousiasme! Le regret de son affreux métier a inspiré à un capitaine de bandits, ou plutôt à Froissart qui le fait parler, une verve presque lyrique. Mais que cette sombre poésie du brigandage, si piquante aujourd'hui pour nous, a coûté cher à nos pères !

Tels étaient lefc hommes auxquels la défaite de Poitiers acheva de livrer notre pays. Ce désastre

4 Froissart, Chron>, I. ÎV, chap. 44, édît. de Buchon, tom. xli, p. 4 88, \ 89 et 4 90. Beaucoup de ceschefs de bande étalent des cadets des plus grandes maisons. Ils se contentaient de prendre un sobriquet, et, à l'aide de ce commode subterfuge, sauvaient l'honneur de leur blason.

eut pour effet immédiat de changer un fléau encore purement local en une maladie contagieuse qui étendit bientôt ses ravages sur la France tout entière. Jusque-là, en effet, les brigands avaient formé des bandes isolées, éparses, et le mal qu'ils faisaient, circonscrit dans des limites assez étroites, avait à peine attiré de temps à autre l'attention des annalistes et des chroniqueurs ; mais, aussitôt après Féchec de Poitiers, et à la faveur de l'anarchie qui en fut la suite, on voit le brigandage se propager, grandir, s'organiser, devenir un corps immense, j'allais dire une institution. C'est alors aussi que ces bandes dévastatrices apparaissent, à vrai dire, pour la première fois au grand jour, et prennent une place si considérable dans l'histoire sous le nom sinistre de Grandes Compagnies.

L'armée anglaise, qui avait combattu à Poitiers sous les ordres du prince de Galles, se composait en grande partie de brigands, c'est-à-dire de soldats mercenaires brabançons, flamands, gallois ou bretons, hainuyers, gascons et allemands. Après la victoire décisive du 19 septembre 1356, et la conclusion de la trêve de deux ans signée à Bordeaux le 23 mars 1357, le prince de Galles n'eut rien de plus pressé que de congédier ces troupes soudoyées dont il n'avait plus besoin. Dans une telle conjoncture, que restait-il à faire à ces soudards, sinon à piller et à dévaster les armes à la

main, t le bon et plantureux pays » ainsi qu'ils appelaient la France?

L'occasion était d'ailleurs trop favorable pour ne pas tenter leur cupidité et leur passion des aventures. Le roi Jean était captif ; les membres les plus influents et les plus puissants de la noblesse avaient succombé ou avaient été fatits prisonniers a Poitiers ; le pouvoir central, représenté par un dauphin de dix-neuf ans, et tout absorbé par le soin de sa propre défense, avait bien de la peine à se tirer des embarras que lui suscitait alors Étienne Marcel, le célèbre prévôt des marchands, au nom de la commune de Paris. Les brigands avaient donc libre champ : ils en profitèrent.

Tandis que Robert Knolles s'établissait en Normandie, où il trouva le moyen de gagner, en trèspeu de temps, 100,000 écus, un Gallois, nommé Ruffin *, capitaine d'une autre troupe de brigands, jeta son dévolu sur le pays compris entre la Seine et la Loire. Il réussit à se rendre si bien maitré de toutes les communications dans cette région, que nul ne pouvait plus aller, soit de Paris

à Vendôme, soit de Paris à Orléans, soit de Paris

1 Froissart, Chron. , liv. F, ch. 426, éd. de Buchon, t. ut, p. 448. Les Grandes Compagnies appelaient aussi la France leur chambre, tant elles étalent habituées à y vivre à discrétion .

' Froissait, Chron., Jiv. I, ch. 384, éd. de Buchon, t. ur, . 285 et 286. Baroès appelle ce capitaine Griffuh.

à Montargis, s'il n'avait la précaution de se munir d'un sauf-conduit, délivré moyennant finance par Ruffin. Les poursuites et les attaques étaient plus particulièrement dirigées contre les « gens qui portoienfc malettes », pour me servir des expressions de Froissart, c'est-à-dire contre les marchands ou autres personnes munies de fortes sommes d'argent. Ces brigands chevauchaient p&r bandes de vingt, trente, quarante. Ils allaient piller les paysans jusque dans leurs demeures, et massacraient impitoyablement ceux qui refusaient de leur payer rançon; ils n'épargnaient pas même les religieux. -Aussi vit-on bientôt accourir à Paris pour y chercher un asile, non-seulemfcnt des troupes de villageois, avec leurs femmes, leurs enfants, et tout ce qu'ils pouvaient emporter de leurs biens, mais encore les sœurs de Poissy et de Longchamp, les religieuses de Maubuisson et de Saint- Antoine, les minorités de Saint-Marcel, lesJames de Montmartre, enfin tous les religieux ou religieuses des environs qui n'habitaient pas des villes fortifiées.

Dans le même temps a , messire Pierre d'Àudley,

1 Alt- cont. G. de Nangis, cTAchery, Spicil., t. m, p. 446, col. 4, p v 448, col 2, et 449, col 4 .

9 Ce n'est qu'à la date des derniers mois de Tannée 4358 que Froissart fait mention des incursions de Pierre d'Audley, d'Eustaehe d'Aubrecicourt et d'Albrest de Buef. Mais tout nous porte à croire que ces trois chefs de bande durent, ainsi que

chevalier anglais, qui avait combattu à Poitiers, exerçait le brigandage entre Châlons-sur-Marne et Troyes. Un autre chevalier, messireEustache d'Àubrecicourt, Hainuyer, qui avait aussi combattu à Poitiers dans les rangs des Anglais, s'était cantonné, à la tète d'une troupe de 500 brigands, à Nogent-sur-Seine et à Pont-sur-Seine. Damery, Luzy, Saponay, TorcyJe-Grand, Plancy, et tout le pays des environs reconnaissaient sa loi.

Un troisième chevalier, messire Albrest de Buef, qui avait servi, comme les deux précédents; sous l'étendard du prince de Galles, dans la journée du 1 9 septembre 1 356, en qualité de capitaine de gens d'armes soudoyés, avait pris ses quartiers tout le long du cours de la Marne, depuis Château-Thierry jusqu'à Vitry-le-Français : les environs de Reims, Epernay , Vertus, Bosnay, Hans et Sainte-Menehould en Perthois, avaient été successivement en butte à ses ravages. Ces trois capitaines tenaient, tant dans la haute que dans la basse Champagne, plus de soixante châteaux et places fortes, et pouvaient mettre en campagne plus de 2,000 combattants 1 .

Ituffin, commencer leurs brigandages au temps où le prince de Galles licencia ses mercenaires, c'est-à-dire quelques mois après la bataille de Poitiers.

1 Froissart, Chron., liv. I, cbap. 400, éd. de Bucnon, t. m,

On voit que l'Ile-de-France et la Champagne, haute et basse, sont les pays qui eurent le plus à souffrir des incursions et des ravages des brigands. Il n'estpas sans intérêt de faire cette remarque; car c'est précisément dans ces provinces que nous allons bientôt voir éclater la Jacquerie.

Dans la Champagne, comme dans l'Ile-de-France, comme aussi dans la Picardie, nul ne pouvait alors faire le moindre voyage, sans acheter de quelque capitaine de brigands un sauf-conduit, qui, bien souvent, ne l'exemptait pas d'être pillé ou massacré par un autre. Une forte rançon était imposée aux villages habités par des paysans riches ; les hameaux trop pauvres pour se racheter étaient livrés aux flammes. La vente de ces saufs-conduits et de ces sauvegardes était tellement lucrative , qu'un capitaine de brigands , messire Fordrigais, se fit ainsi, pendant un court séjour à Creil, une somme de 100,000 francs. Un autre chef de bande, ce Croquart dont nous avons déjà parlé, devint également si riche à ce métier, qu'il avait bien , raconte Froissart , 60,000 écus , sans compter les chevaux dont ses étables étaient pleines.

Lorsque des brigands étaient fatigués de ran» çonner, de piller et de dévaster un pays, et que, s'étant gorgés de butin , ils se trouvaient assezriches , alors ils vendaient à d'autres brigands la forteresse

qui leur servait à la fois de repaire et de centre d'opérations. Ces nouveaux possesseurs, exploitant à leur tour les campagnes des environs, en tiraient, par tous les moyens possibles, de nouvelles dépouilles et de nouvelles richesses. Cette particularité curieuse nous est attestée par Froissart 1 : V. . . Et vendoient, dit ce chroniqueur, les tas aux autres, ces capitaines des garnisons* leurs forts et leurs pourveances, et eschangeoient, et donnoient sommes d'argent ensemble , aussi bien ; cèrtmiede îkir {héritage + » Grâce à ce système aussi ingénieux que lucratiftdeïrelfds danp l'oppression, les viotimes n'avaienipa^ d^ r^be dtfns; jjeurs maux, pas même celui qu'aurai d&awnc&r tôfeou tard la lassitude des malfaiteurs. L i , TTes brigands ne se contentaient pas d'extorquer Vajgent des vilains ; ils faisaient aussi couler lepr sang. Ce n'était pas assez pour eux d incendieir les moissons, de couper par le pied les arbre* et les vignes ; ils égorgeaient encore les adôlescénte,les femmes, les vieillards et les enfaiit;s à la mamellè; ils attentaient à l'honneur des vierges et des religieuses ; ils violaient les mères de famille, les emmenaient avec eux, pour les employer à leur service^ et les ïorç^e»t 3 sans avoir égard ni au

1 Froissart, CAron. » li v. I, ch. ; 448, éd. de fiuchon, t. ni; p. Hv, III, chap. 70, 80, S3 et 24,

sexe, ni à la faiblesse physique, à porter leurs arïnes " - ; ; . ■/•*

C'est en vain d'ailleurs qu'on essayerait de récuser ces témoignages, en les taxant d'exagération. Que F on prenne la peine de parcourir, seulement un instant, les lettres de rémission du Trésor des Chartes ? qui se rapportent aux années 1 356 et 1 357, et le brigandage se présentera sous des couleurs moins sombres peut-être, mais presque aussi odieuses. Quelques traits pris au hasard parmi ceux dont fourmillent les documents de ce genre, suffiront, je pense, pour en convaincre le lecteur.

Ici, deux routiers, après avoir enlevé un troupeau de pourceaux, se saisissent, pour les engraisser, du peu de grain destiné à la nourriture

1 Ces détails, que nous trouvons dans une grande bulle d'Urbain Y, donnée par ce pape à Avignon, te 9 juin 4365, cdntre les Compagnies, sont confirmés par la plupart des chroniqueurs contemporains, entre autres par Froissart, CAron.,1. 1, ch. 410, éd. de Buchon, t ni, p. 373 et 397.— D'Oronvillc nous apprend qu'à Beauvoir, en Bourbonnais, les brigands avalent creusé une énorme fosse, nommée VBnfer, parce qu'un grand feu y brillait sans cesse. Quand un de leurs prisonniers ne se voulait ou pouvait racheter de leurs mains en payant rançon, ils donnaient Tordre de le jeter tout vivant dans celte fosse, en disant : « Menez- le en enfer. » La crainte d'un si épouvantable supplice, ajoute rhistorien, saisissait tellement ceux qui en étaient menacés, que tous, pour y échapper, consentaient volontiers a faire aux brigands l'abandon de la totalité de leurs biens. (Hist. de Louis lit, de Bourbon, sans nom d'auteur; Paris, 46«, in-8°; ch.6,p.*0 et t1.)Frot5sart, Ckron., 1. îtl, ch. 6ret 90VI.OI, ch. 6.

des pauvres laboureurs qu'ils dépouillent '.Là, ce sont les vaches des paysans, que les brigands tuent, pour en manger la viande. Il parait même que, dans ce cas, les chefs de bande, comme les héros dans Homère, avaient de plus fortes portions que les simples compagnons qui marchaient sous leurs ordres *.

Ailleurs une poignée de ces aventuriers menace d'incendier une grange, pleine de gerbes de blé, sise à la Ferté-sous-Jouarre. Cette grange appartenait à un chevalier, messire Regnaut de Trie, seigneur de Plessier ; mais elle était tenue à ferme par un certain Perrot de Croy 5 . Celui-ci, afin de désarmer la fureur de ces brigands, s'engage à leur payer une rançon de 45 écus. Toutefois, comme il se trouve hors d'état de leur verser immédiatement cette somme en argent, il les prie de vouloir bien accepter en échange une quantité de gerbes de blé d'une valeur équivalente. Mais ces pillards ne veulent entendre aucune explication. Ils répondent au malheureux fermier que du blé en gerbes n'est point du tout leur affaire, et lui signifient qu'il ait à le battre et à le moudre sous le plus bref délai pour en faire du pain, et leur apporter lui-même ce pain tout cuit à la F er té-sous - Jou arr e .

1 Archives de l'Empire, sect. hlst., Très, des Chart., reg. 90, p. 443.

* Très, des Chart., reg. 91, p. 468.

8 Ibid., reg. 90, p. 209.

Un seigneur laissait prendre son château parles ennemis trois ou quatre fois en quelques années ; il le rachetait avec l'argent des hommes de sa seigneurie. Vers 1357 ! , une troupe de brigands, Anglais de nation, cantonnés au Neubourg et commandés par Thomas Wisse, Raulin Waleton et Guillaume Winsselore, s'empara du château de Poix ; il appartenait à Jean dit Tyrel, seigneur de Poix et de Mareuil. Ce gentilhomme ne put rentrer en possession de son château qu'en s'obligeant à payer aux Anglais 15,000 deniersd'orau mouton. Cette somme fut levée, est-il besoin de l'ajouter, sur le clergé et menu peuple de la seigneurie dont le château était ainsi racheté *. Les Anglais étaient à peine partis que les gens du roi de Navarre se rendirent maîtres à leur tour du château de Poix ; ils l'occupaient au mois d'août de Tannée 1358. Pour les décider à lui abandonner cette forteresse, Raoul de Renneval, lieutenant du roi en Picardie et en Beauvaisis, dut leur accorder 'un prix de rachat égal à celui qu'avaient exigé les premiers détenteurs. Cette nouvelle somme de 15,000 deniers

d'or au mouton fut levée, comme la première, sur les hommes de la seigneurie, qui consentirent à la

Arcbi?es de l'Empire, section judiciaire, regietres dits jugés du Parlement, X, 47.

* Quae summa quindecim millium denariorum auri ad mutonem levata fuit super clerum et patriam circumvicinam el soluta dictis Anglicis. (/6i(î., X,47, 275, 8<>.)

payer, à condition toutefois qu'on démolirait de fond en comble le château, source de tant de malheurs et occasion de tant d'exactions \ Informé de cette convention, le seigneur de Mareuil promit à Raoul de Renneval de lui verser 6,000 moutons, s'il voulait bien sauver de la

destruction la forteresse de Poix. Le lieutenant du roi accepta cette proposition, malgré la parole qu'il avait donnée et les murmures du peuple *. Mais le seigneur de Mareuil n'ayant pu parvenir à se procurer la somme promise, la seigneurie de Poix fut mise aux enchères. Au mois d'octobre 1361, elle fat adjugée au comte de Saint-Paul, qui Tacheta 5,000 deniers d'or au mouton, se promettant bien sans doute de se faire rembourser au centuple, à force d'exactions, par les hommes ! de cette seigneurie, l'argent qu'elle lui coûtait 5 .

Une pareille oppression n'avait d'égale que la terreur dont elle frappait le peuple des campagnes.

1 Et qutt somma fuit promissa de quindecim mille mutonibus auri levanda super patriam, interveniente consilio et assensu cleri, uobiliuro, bonarum villarum et populi, dam tamea dictom castrum funditus demoliretur et taliter quod per illud deinceps noû posset fierl malum in patriâ, quia populus clamabat quod jata tertio faerat per ioimicos captum. (Fo 277.)

9 Llcet populus mullum indignaretur saper hoc et murmura re t. (Fo 277.) /

3 Cf. Froissart, Chron., 1. IV, ch. 2. Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, MI, 40, <1 ; ibid., Preuves, p. x.

— Jtv —

Une anxiété de tous les instants venait ainsi s'a* jouter au dénûment pour le rendre plus insup* portable. Les paysans de ces temps malheureux, se sentant exposés sans défense à tous les coups de main, ne vivaient pas, à vrai dire ; ils séchaienl d'amjoisse. « Dans cotte année 1 358, dit le second continuateur de Nangis S beaucoup de villages, dépourvus de fortifications, se firent de vraies citadelles de leurs églises, en creusant i autour d'elles des fossés, et en garnissant les tours -et les clochers de machines de guerre, de pierres et dè balistes, afin de se défendre, si les brigands venaient les attaquer : ce qui arrivait, à ce quTl paraît, fort souvent. Pendant la nuit, des sentinelles étaient chargées de veiller sur le haut de ces tours ; des enfants s'y tenaient debout, pour avertir de l'approche des ennemis. Du plus loin qu'ils les apercevaient, ils sonnaient de la trompe et faisaient retentir les cloches. A ce signal, les paysans, quit^t leurs maisons et leurs champs, se réfugiaient au plus vite dans l'église. D'autres, sur les bords de la Loire, allaient passer là nuit, loin de leurs chaumières, avec leurs familles et leurs troupeaux, dans les îles du fleuve ou dans de$ bateaux amarrés au milieu de son cours. » Dans quelques provinces du Nord, notamment

1 Soc. cont. de Naogis, dans d'Acaery, Spicil., tom. in, p. 422, col. I.

en Picardie, les populations cherchaient un refuge dans des cavernes profondes et dans des souterrains. Mais malheur, quand ils étaient découverts ou forcés, à ceux qui avaient tenté de se dérober ainsi à la tyrannie de leurs oppresseurs 1 !

Toutefois on cite des occasions où les gens des campagnes essayèrent, avec succès, de repousser leurs ennemis et de se défendre contre leurs attaques. Qui n'a lu, par exemple , dans le second continuateur de Nangis, et qui n'a présent à l'esprit u incident de ce genre, raconté avec une verve chaudement sympathique par ce chroniqueur : deux cents brigands accourus pour surprendre une forteresse des environs de Compiègne, où un grand nombre de laboureurs s'étaient réfugiés avec la permission du duc de Normandie, furent mis en fuite et a battus comme blé en grange * par un campagnard, d'une taille et d'une force colossales, surnommé le Grand Ferré? N'y a-t-il pas, dans cette populaire et patriotique légende, un portrait fidèle du paysan français, tel qu'il était au xiv* siècle, tel qu'il est encore de nos jours : rude, brave jusqu'à l'héroïsme, patriote du fond de l'âme, bon dans sa misère ? Ces laboureurs qui sont obligés de quitter les paisibles travaux des champs pour se mettre à l'abri des attaques des gens d'armes, et qui deman-

1 L'abbé Lebeuf, Mém> de VAcad» des Inscripl., tom. xxvit, p. 479.

dent humblement la' permission de le faire ; ce bon serviteur de Guillaume-aux-Alouettes, le Grand Ferré, qui ne s'aperçoit de ses forces gigantesques qu'au moment où il faut venger la mort de son maître et repousser les agresseurs, dont quarante tombent sous ses coups ; puis qui, rentré chez lui, tout inondé de sueur, avale une jarre d'eau froide pleine, pour apaiser sa soif ; qui, plus tard, atteint de la fièvre par suite de son imprudence et étendu sur son grabat, sait retrouver un instant sa vigueur première pour se débarrasser de douze ennemis, et qui meurt bientôt, après avoir bu de nouveau de l'eau froide : tous ces traits ne composent-ils pas un tableau naïf et touchant? Ne prouvenfrils pas aussi, mieux que les plus longues apologies, combien il y avait dans le cœur de ces paysans du xiv* siècle de sentiments nobles et généreux qui ne demandaient qu'à se faire jour, si l'oppression la plus abrutissante n'avait, pour ainsi dire, pris à tâche de les refouler et de les éteindre ?

'■' - CBAP1TIE II. ; ^ • i

De la décadence de la chevalerie française au xiv* siècle.— Du redoublement àe roppression seigneuriale qui suivit le désastre de Pôttim. — Do la haine et de l'indignation des vilain» contre les wblesyMiitott

après cette défaite.

A l'époque dont noua nous oceupons, la noblesse française, on ne saurait se le .dissinajutety étjût déjà- en pleine décadence. Tandis que* dan* d'autres pays , l'aristocratie et la plèbe /CQnlit nuaient de marcher unies de sentiments et d'aspir rations , à raçpomplissçment régulier pacifique et progressif de leurs destinée*, eii France, au qo^ traire, s'était opérée, dès le xiv e simple, cette fission regrettable, et funeste entre la noblesse et le pçuple,jassurément l'un <ies faits moraux et. politiques tes plus graves de nos annales. Après avoir été une ; des causes de la Jacquerie, cette haine héréditaire devait en s'accroissaût avec le temps* crever à la fin, eatre les deux classes ennemies* l'abîme où, quelques siècles plus tard* sous M Terreur, faillit s'engloutir la France.

Cette aniiuosité réciproque? des paysans e{ des nc&les commença à se manifester avec^une :force singulière et de plus en plus alarmante sous les premiers Valois. Si l'on en recherche le premier

principe et le point de départ, on le trouvera dans les revers réitérés <j*e ^jt^q^pie française subit pendant la première moitié du xiv* siècle. Ces revers tenaient eux-mêmes en grande partie, selon nous, à une particularité de la stratégie française de cette époque, sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention.

Tout le monde sait que, dès la première moitié

du xrv* siècle, les armées des deux plus redoutables puissances adverses que la France eut alors à combattre ne se composaient plus exclusivement de chevaliers et de gens de guerre pesamment armés. En effet, les communiers, avec leurs hallebardes et leurs maillets de plomb, faisaient le foàd des milices des Flandres ; de même que les soldats mercenaires aimés à la légère, c'est-à-dire leis brigands èt les archers des bonnes villes, avec leurs flèches et leurs pieux ou piques, composaient ïii principale forcé des armées anglaises. La che- Vfcterie française, seulb, dans sa présomption et son arrogant mépris pour les vilains, jugea indigne d'elle de s'adjoindre un corps de troupes prises dans la roture \ Seule, elle se fit long-

x Ainsi, ù Courlray, en 4302, les pauvres fantassins français se battaient éomme des lion* et avaient déjà repoussé les Flamands/lorsque messire de Valcpaycfie dit au comte d'Artois :

Sire, cil vHàio tabl feront, Que l'ooncur en emporieroal ;

alors les hommes d'armes, se précipitant en avant, entrouvrent

longtemps un ridicule point d'honneur de rejeter, ou du moins de rendre inutile l'usage des armes à feu, ainsi que tous les perfectionnements introduits à cette époque dans l'art de combattre. De cruels revers, éprouvés coup sur coup à Courtray, à Crécy à Poitiers, vinrent la punir d'un si sot orgueil. Aussitôt, il est vrai, qu'une nécessité impérieuse la forçait d'accepter l'aide et le renfort des arbalétriers des communes françaises, comme à Cassel, la victoire se rangeait sous ses bannières. Tant il est vrai que les défaites citées plus haut doivent être attribuées surtout à ' la cause que nous signalons.

Quelle qu'en fût la source, ces revers répétés

eurent pour la noblesse française deux conséquences également désastreuses. D'abord ils la

les rangs de leurs arbalétriers, les renversent et les étouffent.— A Crécy, Philippe de Valois fait tailler en pièces ses arbalétriers, en s'écriant : « Or, tôt, tuez toute cette ribaudaille qui nous empêche la voie sans raison. >

Il n'en était pas ainsi en Angleterre. Dans ce pays, les hommes de pied avaient été relevés à leurs propres yeux, et les nobles, qui, en s'appuyant sur le peuple, avaient obtenu la déclaration delà Grande Charte, au lieu de dédaigner la piétaille, comme on appelait en France l'infanterie, tenaient à honneur de combattre à sa tête.

1 Les communes combattirent à Crécy et même avec tant de courage, que les bourgeois d'Orléans arrêtèrent un instant les Anglais victorieux. Mais tout rat perdu par l'ardeur désordonnée et la témérité des chevaliers français.

dépouillèrent d'un prestige qui était la plus grande partie de sa force, le prestige militaire. En second lieu, faits prisonniers en masse dans toutes ces batailles, les seigneurs, pour trouver l'argent nécessaire à leur rançon, durent recourir à des exactions qui poussèrent à bout la patience de leurs vassaux. Déjà méprisés, ils devinrent encore plus odieux. # '

La noblesse ne pouvait même plus, d'ailleurs, revendiquer le mérite du désintéressement dans la défense du pays. Commençant à vivre loin de leurs châteaux, près du roi, les chevaliers se mirent à prendre en retour les allures serviles et mercenaires des courtisans. Ils ne voulurent plus servir gratis. En 1338, les nobles du Languedoc se plaignirent de ce que les gages qu'on leur avait payés pendant la guerre de Gascogne n'étaient pas proportionnés à ceux qu'ils avaient reçus dans les autres campagnes faites en ce pays. On était au moment de la reprise de la guerre contre les Flamands et les Anglais. Philippe de Valois dut s'exécuter, A compter de ce moment, le chevalier banneret eut vingt sous tournois par jour; le simple chevalier, dix; les autres gens d'armes reçurent une indemnité proportionnelle à leur rang 1 . Mais toutes ces soldes ne tardèrent pas à être doublées sous le roi Jean. M. Miche-

1 Ordonn., tom. n, p. 4 20 '\ 30.

iét''' ;fàit iéniaff^er àvcè ràîsôn qm ; Vé«*il là M pire des systèmes : féodal et mercenaire tout à la fois, il réunissait les inconvénients de^deùx' au^ très.' J'âjoulë' i^ue, par une singulière ^oïntMenoe, les nobles chidisissàîënf, pôtlt»' exiger une soldé qui étàit unb innovation, Je moment mèiiie ofoy par léurs fautes êt ! lèurè înàuccèë miHtaireev ils imén ritaient le nioins.ïly *vaît dans ce rapprochement,) pour ley nbn^hoWcs, qui voyaient l'argent de leura subsides employé à la fois aussi msal etid'unq facoti aussi' insolite, uri fouMe^ujéi de plainte, Ainèi sc'fôrnia chez flous; sous 1 l'influence de toutes ies causes réunies; i eriire ! i'âristodratie el le peuplé, surtout' lfe peuplé des Campagnes y fcxpbsé sans ' âkmk % rôpprésitoh Ééignéui'iatei^ cette haino si^rejfréitaWe d'où nous alkms tout à l'heure voir 1 a&tiria Jacquerie. La défàitei de Poitiers fut la 1 pireïnïëre ôtitiasion qui 1 1 commença ; à < la' faire èfttttf? lilî,u:iîlJ ,mJ * h t^»u:i.,ii < ]fkJ { triir^nq

\'%mkd là noblèssè n'avait encore prouvé; l 'un pareil désastre. t)àii$ Ses autres mauvais jouifcv & Courtray, à Crécy, si ëlle s'était montrée <mlpnt 'denté 6t térncrdiré', du moins elfe avait faitprcuvè d'une BfâVbûrc- incontëfctâble ' : elle avait lout perdu, foré l'hotmeur, selori le mot pnêté plus tard à Trançôîs TV A- Portier*, pôu* ! la f première fois, elle se laissa prendre lâchement, au lieu de se faire

1 Michclct, l/û/. France, lom. m, p. 2^9.

taer> Sans doute fce&ijçoup dç morts jonchèrent lç champ (Je .Mi^ir-Wf.îii.T encore p}us de fuyards! , Om vit les en^mjis embarrassés desavoi r où ih taftttraiept l^^spr^popiers . pn seul chevalier deTarmée râçt^^^ en eut trente-cinq sous sa Jaace et,àea,,m€ircif Du plns loih qu'un cheva- Heiîf^ai^peroeYaitunjiQipme d!arnie$ anglais, il lui: tendait ; t spn épép pour d#m#nder quartier. Les ^bourgeois dje ; $>qitiers, ; du h^ut de lcure remparts *foreat téippins 4$ ce s^uye-quirpeujt honteux. Gette.inouvelteiùit W.e^V répandue par tout le pays c on petit penser d# quelle tristesse et d? quelle i indignation elle pénétra |ous les cœurs. f , j -Toutefois la noblesse n^ garda ppiir, elle que la honte d ? ua tel ;échec ( ; ^Ue,^n rejeta tout lç poids sud ses vassaux* fVrpe fut â c^ei de payer la rancoa de' tes fuyards* 4 e cjeacheypUers qui gavaient montré ^Ardeur et d'audace que pour pressurer leurs hommes, et dont le couragç avjiit failli.Mïuaçd il Vêtait agi 4e 4éfendpe le pays contre Vinvasioi*. prêteurs, oi^in^Sxk s ; Jl ^ s » les liombaiîds * ■ étaient aJprSr proscris dispersés. Les nobles,; quand m^rne ils auraient consenti à vendre leurs terres, leurs fiefs, n'auraipnV pas trouvé d'acquéreurs. Et cependant il y avait; des milliers de rançons à payer : le paysan dut suffire

Ces exactions lui pesèrent d'autant plus que la

noblesse, qui tirait^ ainsi jusqu'à la dernière goutte de son sang, ne fit que redoubler à cette époque de tyrannie, de faste et d'insolence. Écoutons à ce sujet le témoignage d'un chroniqueur contemporain : « Après la bataille de Poitiers, dit le second continuateur de Nangis les affaires du royaume commencèrent à prendre une fâcheuse tournure; l'État fut en proie à l'anarchie ; les brigands se répandirent par tout le royaume. Les nobles, redoublant de haine et de mépris envers les vilains, se mirent à faire bon marché des intérêts de la Couronne et de ceux de leurs vassaux : ils pillaient et opprimaient leurs hommes et en général les gens de campagne ; ils laissaient le pays exposé sans défense aux attaques des ennemis ; ils le foulaient eux-mêmes et y exerçaient des rapines et des brigandages, sans que le régent fit semblant d'y prendre garde, comme il était aisé de s'en apercevoir. — En cette môme année, ajoute ailleurs Jean de Venette 2 , le faste et la dissolution se répandirent généralement parmi les nobles et les hommes de guerre ; ils avaient déjà, comme je l'ai dit 3 , adopté la mode de vêtements si courts

1 Sec. contin. de Nangis, dans irAchery, Spic. , t. m, p, 415, col. 2.

1 D'Achery, Spicil., tom. m, p. Mi, col. 2.

' Jean de Venette rapporte, dans le passage rappelé ici, que ces robes étalent si courtes que l'on voyait presque les fesses et

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que la décence en était choquée. Mais cette année ils se mirent à se surcharger, avec un luxe plus insolent encore, de perles, de bijoux, de pierres précieuses sur leurs chaperons et leurs ceintures tout étincelantes d'or et d'argent 1 . Tous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, donnaient dans ces fantaisies efféminées avec tant de passion, que le prix des perles et des pierres précieuses haussa beaucoup, et qu'à peine pouvait-on en trouver à Paris. Je me rappelle avoir vu vendre alors, au prix de deux mille livres, deux perles qui n'avaient coûté, il n'y avait pas longtemps, que huit deniers. Les nobles se mirent aussi dans le même temps à porter des plumes d'oiseaux à leur coiffure, à s'abandonner avec excès aux plus grossiers plaisirs, à passer des journées et des nuits entières à jouer aux dés et à la paume. C'est pourquoi les gens du commun avaient lieu de gémir et gémissaient en effet de voir dissiper à ces jeux et à ces vaines parures les sommes si péniblement four-

les parties du corps qui doivent être cachées. « Dans la suite (nous sommes en \ 340), fait remarquer amèrement ce chroniqueur, beaucoup de ceux qui les portaient n'en furent que plus prompts à fuir devant l'ennemi, comme l'événement le prouva. » (D'Achery, Spicil., tom. m, p. 405, col. 4 .)

1 Le même reproche est adressé aux nobles dans une curieuse complainte sur la bataille de Poitiers, publiée par M. Charles de Beau repaire. (Voy. Bibl. de Vèe. des Chartes, tom. xu, p. Î57-263.)

fltffr^ar einf jtoità' les bckoiné 1 dé \à ^déifie:» fLésgôtis d a! peuple , les payteanâ surtout* ataieiit; ofî' en cKmyiend*a> détrop josles Sujets de plaîi^J Jamais * les^ropagnèS fce présentèrent tm fcspeèt •pins dé^é.'^Rêamileff'âèut'-'Ia^ëeB qaitféi&Hlèten* efctte & défaite ûè Vdiïm et te ttifortétoeAt dé la Jâequërtey cette désolatSôtt ; s'âfccittt èriedtfé; ? s'il était possible. EHeétàit portée ] fc 's<fti J fjottâfà ën f 358; «m cette année , dit te oti^ttiéplfe W * déjà cité, les? Vignes, âtf urée iîécétlè liqufetn* WêÉ ^ faisante^ Béfoait le <tei*r ^dfe Ftoartmé j 'ne { f o*éht' pa^bultta&es V f te* fefettîfcps^ rte 1 f tifcèrit *i 'eftôèrûAicés< mi labouré* ; -teixtetfs 1 ttî^es ; brt*îë ^ afllalèiA % .pkw<ah-ïpfttti*agfèv t»e# égliB^ 61 ^ lhaitotih 1

ces des flarrtimes idévomateB* ôii desrUittë^trisrteg 1 e4<Aitoahte^èôcfoi*èi ^ceil fl'élJftfr plti^éj6Uvt5ôhutië 1 autrefois pa*la ^tfe^te vertes^raiHte «' dé mois J> sons finissantes, mais plutôt- affligé 1 ^rl'asp^cti des ronbes et de$> chantons- qtii Adressaient Idé' tout eé parte; Las tfached bef sonnaient jfluô joyea^ • sèment- -pour «|>peler lés'fidèlés à- l'offteè iiiitt, 1 mafe seulement pour donner 4 i'àlarme • et* le r î$g^l J

1 Voy. les complaintes IdUne* publia don» lè tobt . > dfe la co^/ioB^elfetftot, Vr W V 491 Beaucovp/de, tournent* de cege^çei^tew^rAip^^sa^^te K î : . j .?;<«;

:P> Scc^ cont. •de.î iîiiangis^ dans d'Achei yy lui m du Siricik*, p. 484, col «-§••". .' t ■ • >\ jn ï i ■ >(.'■•' i >\ iciiv -ji'<i •» -

il -

de ladite *qx. paysans à rapproche des ennemie Que, diçaHe encore? La misère la plus éopiplète! régnaM .partout, p^iu^ement pami le peuple des campagnes ; car les seigneurs le surchargeaient de spuflrçnces, iui .^iorqi^ni sasutkstanceeit sa pau- Wftl» Quoiqu'il ^tfttjM^n peu debétail, grand on ; pe$, Jes î#igufcur£ exigeaient -enivre une redev^uu^pow ,eh#que tôte< 4i*so«spar bceuf, quitte pu eiqq.p^^rebi^ ; et< malgré cela, ils ne se mettaient qu# çarejnent ep peine de : protéger leurs vassaux QW^l§9rin^«Atts et les attaques des ennemis- > ; \# A principal gçjef 4es vilains contre les nobles ét^a^ j -Ja çemphcit^ ,trop ordinan e de 4/euK°£i avec tob Jcigands. Tandis» que les malf aiteuw des Grandes ComDaiuiies tortiuaiônt les manants, ou les iça^sae^pKa'ite se pouvaient racheter, $ ils , pan(^pippt .^rt^i^^t les- chevaliers à mise d'argent* cm à ftou^âer^ ou àjweins r et d'un povipgentj^ommeqw n>voit de quoy rien payer* iU.prennQient bien Je service un quartier d'an ou d$u#, ;OU; itrote, tainsî qu'ils èstoient td' accord 1 . » Ti#it étafc J&ite alors» dit à ce proposiun écrivain contemporain *, de fafiifc d'un gentilhomme un brir

1 M. Bonnettièfe,; Hhtfiiïe de* paysan* 5 toi; 1^8; t. r, p. 292. Il est regrettable <iue le* connaissance Spéciales et l'usage des documents manuscrits aient manqué à l'auteur de ce livre consciencieux et tout plein de pages heureuses- •

gand! On passait par une transition insaisissable de l'une à l'autre existence, et il y avait un brigand de plus sans qu'il y eût un gentilhomme de moins. Souvent encore, sans se confondre intimement, gentilshommes et brigands s'associaient et marchaient tops ensemble à la proie de compte à demi 1 .

C'est cette dernière situation qu'un des continuateurs de Guillaume de Nangis a voulu retracer en racontant la fable du loup et du chien. On sent que le moine qui a écrit cette page peut à peine contenir son indignation ; et toutes ses expressions respirent l'ironie la plus amère.

A cette époque, dit. ce chroniqueur, ceux qui auraient dû protéger le peuple ne lui faisaient pas subir moins de vexations que ses ennemis ; on eût dit que se vérifiait la fable du loup et du chien. Il y avait en effet autrefois un chien très-fort, dans lequel son maître avait pleine confiance, espérant qu'il défendrait vigoureusement ses brebis contre les attaques du loup ; et ce fut ce qui arriva plusieurs fois. Enfin, avec le temps, le loup devint l'ami intime du chien , qui lui dit alors d'attaquer sans crainte et d'enlever les brebis, ajoutant que lui, chien , ferait semblant de le poursuivre avec zèle comme pour reprendre la

il . , » i

1 Dom Vaissette, Histoire du Languedoc, 1. XXI, 294 .

brebis et la rendre à son maître. Mais lorsqu'ils furent l'un et l'autre près du bois et loin des yeux du berger , ils dévorèrent la brebis tout entière. Cette manœuvre se renouvela souvent ; et toujours le chien recevait les éloges de son maître qui était persuadé qu'en courant après le loup , le fidèle animal avait fait son possible pour sauver la brebis. Ce fut ainsi que ce chien maudit sut déguiser sa malioe; et il fit si bien , à la fin, qu'aidé par. son comjfagnon, il dévora frauduleusement et méchamment toutes les brebis de son maître 1 . * Dans ce petit drame et sous le voile transparent d'un apologue, Jean de Venette a peint avec une vérité saisissante Ici situation sociale au xiv" siècle. Qui n'a reconnu la rotyanté de Philipjfe de Valois et de Jean dans ce maître insouoiant et aveugle? Le loup dévorant , ce sont les Anglais et les brigands. Ce chien maudit qui devient l'ami intime du loup et fait franche lippée avec le ravisseur, au lieu de lui disputer et de lui arracher sa proie, c'est la noblesse dont le devoir était de protéger le peuple, et qui la plupart du temps s'entendait avec ses oppresseurs pour en partager les dépouilles.

L'état des campagnes et de l'agriculture ne pou-

1 Contin. ait. Ghron. de Nangis, d'Achery, Spicil., t. m, p. 434. BibhdeCéc. des Chart.,X. m, an. 4S4I, p. 44.

Vàit éWbrillanib aU misera àe lels abus. Lés brigands 'puaient 'pfllâbt* ! déva&Wnt j brûlant toue^ ef l&i&âièot derrière ertx un désert fait iîe romp d'hottftiie, te pll^««peyd)te datons les d&ertsv Lfeà geto^'d'àrîïfte^i ^alftë distinction dë parti/ mettaient le feu aàx moissons et détruisaient lesiré-^ celtes : les Anglais et les Navarrais*, pôwappàuvrir ôt TùiAer ïa^Fmiice ï lés troupes dt ïégetfli pôur affâme* leufô enfcémiè. # il fetrtt en'cwrite FWîsisàrt, l îl y était; 'en i 388; deu* «Mté' qwé Vùn n^Vaife pàà' laibéuré sûr le- plat pays \ 1 te iméihe chrùi^citir 7 iHHte 1 ! difr qùelespay&atts 'décotirag^s àfepèt^ipè^lèiîr^^avàfe/^ lesë*inpagttes>dë* Vfoirëk itidtâteèVét cfiîre lès^errës restaient en îrîche de toûis *Blté!/ a . -Le mal-ëti était venu ! à ëe poirit qile tes sëigttëurs et les moîhes craigfcafetil de fférir dë fkiih, fàùte deiîrtcs potrr cultiver leurs ierrës B . ' Uii sî déptotable état de èhèses 1 aV&t &à iiécëssétirémërit ' jfe* produire. ' liet paysan •potfVaît-'il av6îp & etëiir'flë cnltiltfer ^ës champs, Mots que 1 lé sèfgdëtir et 1 Ie ; l>rîgand> se >partageaié*rt ! le » produit dë ^ès suëuri3 ! et quë^ malgré son trajvail , la faim îtè Veha&pas môiiis torturer daiis leuf miséràbfe rédilit ■ ààï femme ei ses petits ? Sa] cenditioa

1 Froissarl, Chron., 1. U 2 a par! . , ch. 3 .

1 ld., î6td.,ch. ^01 et 394 3 M., i6W.,cli 131.

ciait doïc tWH<M quâ étuU ù peu; jffb&pimpossiWç quelle empirât! ^eawcdup,' JP«s il; $e ; (U^t> q#e* quand S) tfaiui»ftU plu^ ; iien , Appr($p$^|ïe^

dopouîUûs^ etiyorraieQtj h iew ; tppç» teip<y$ jfafpins frappgr & Ifcportd, 4e Joui^h&teQH&

^uS{iàSkmj9 kamQY&L&Ql tes iMUwft«ts oém^ s^m^h^\ïm 9 M payaan Je# .avait jijaèœ?

ils ^empa^a 4$ rspsj ; feh^va^x.r 4$ ; iWww*

•4fl#* ^arrqe, po^,le fp^^a^r^.J^çe,^ , )fj

row, fe) plfis pçûîwk Ujin^l^ ( eMe^

roais encore /par apti^e etpa* f^ki^M-G^t^t ^^ <ïicJoû, • ttntaœ, (eux ; .*■ ; a ^ Oigne»; « -vilaifi * » il . va^

ffcomûjja; poigtiea fvijaui , il vous oindra, r.rr « Jacques Bonhomme a bon dos, disaient-ils en-

1 7V<*. des Char t., rcg. dé, p. 420.

* Michelet, fifcf . de Franc», t. Vu, p iO^f. " ' ; '

core S il soufire tout. » Jacques Bonhomme avait bon dos sans doute. Toutefois le moment n'était pas éloigné. où il allait à son tour montrer à ses oppresseurs que, si son dos supportait bien les coups, son bras aussi, quand une fois sa patience était à bout, savait encore mieux les donner. En d'autres termes, ces exactions diverses et sans cesse renaissantes, ces mépris d'une noblesse qui n'avait plus même pour elle le prestige de la gloire militaire, cette oppression qui était devenue un système avoué , tout cela devait provoquer une aveugle et brutale vengeance : ce fut la Jacquerie.

Mais, indépendamment de cette violente et passagère revanche des gens du peuple contre leurs seigneurs, quand on considère les grands événements qui signalèrent la fin du xiv* siècle et la première moitié du siècle suivant, on est tenté de croire qu'il entra dans les desseins de la Providence de châtier l'insolente oppression des nobles et de relever les vilains aux yeux de leurs oppresseurs.

Pendant le cours de cette désastreuse période, la noblesse française fut presque constamment vaincue par l'étranger, quand elle ne se fit pas sa complice. On peut dire qu'elle contribua à perdre la

' H. Martin, Ilist. de France, t. v, p. 54i<

France ; et, quand des jours meilleurs vinrent luire enfin pour notre pays, elle n'eut pas l'honneur de le sauver, ou du moins d'être le premier et principal instrument de son salut. On avait tout fait, ce semble, pour abrutir le peuple^ pour abreuver son âme de fiel, de désespoir et de haine, pour lui rendre la vie amère et dure, le sol natal odieux ; il se trouva pourtant qu'à l'heure critique oet amour de la patrie qui enfante des miracles, absent des châteaux, s'était réfugié sous l'humble chaume, et vivait avec une force incomparable, un empire irrésistible dans le cœur des malheureux, des simples et des petits. Dieu voulut que la gloire de délivrer la France fût réservée à la fille de ces vilains tant opprimés , tant honnis : il mit à la téte d'une noblesse qui devait la trahir une jeune paysanne, Jeanne d'Arc.

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