‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des principaux incidents qui signalèrent la lutte, d'abord sourde, puis ouverte, entre le régenLet la commune de Paris, représentée et dirigée par Etienne Marcel.— Do l'incident do cette lutte, qui fut l'occasion de la Jacquerie.

Grâce aux développements dont se composent les deux chapitres précédents, nos lecteurs sont en mesure, ce nous semble, de juger en parfaite connaissance de cause ce qu'était devenue, sous la double oppression des brigands et des seigneurs, la condition du peuple des campagnes, au commencement de Tannée 1358. Nous ne doutons pas que ce seul exposé ne leur ait fait comprendre et pressentir aussi qu'une telle situation ne pouvait durer longtemps. Le malqui rongeait la société était désormais arrivé à un trop haut degré de gravité et de violence, pour que la crise terrible que Ton a nommée Jacquerie tardât à éclater. 11 ne fallait plus qu'une occasion, elle se présenta bientôt ; voici à la suite de quelles circonstances.

Nous venons de voir naître cl se développer au sein des populations rurales Pirrilation et la haine, signes avant-coureurs de la Jacquerie. Pendant ' le même temps et sous l'empire de circonstances et de sentiments analogues, des idées dfc réforme

se faisaient jour parmi la bourgeoisie des villes.

Des tendances dû ce,, fff *?* ent ^ à ma ~ nifestées, en 1355 , lorsque le roi Jean avait convoqué les états généraux, afin de leur demander les subsides nécessaires pour qontinuer la guecre contre les Anglais. L'année 4356 fut marquée par l'abaissement de la royauté èt de là noblesse après la honteuse défaite de Poitiers, par la cq^iyit^u roi Jean renrç>tyçé à,la ,tète/du gou- \e?$mw i TO^içtoït^e^niôuf ws,/pa*>de

*pj#rifls ^aaciçrs s «PQt rçât çpnabiw > tqiite? ices w^Qpstft^o^;^enipKopr,e3 à,*ccroUre. la, hardie^e des, ^yateurs? Au$si les états; ;dfl Ja > Lang^iq d'Qil qui, se tWF^t kPm*>, .d'abord au, mq\s, d'qctpb^l. 35^iPW^i appipis^févi^ ^3^7^» allèrent^ l^cpgpplus ay^nt daus la^qie des ;

. Daqs ç^ç ^s^bléç, ; co^po^çe .ft» h^t ; <#nf s ? membres, jçnjWPh qu^ cepts .i^i&wJ^t , tes, coïfl,ipua#s çt, s,q [trpuyai,eftt pJ^H^s spi^s, ^injl^ce i de ; po^ te ; CQff> éyèque ^ i.Uq fl „ ( # s , #W ; MivrceU prévpt des marchais 4p P^fis, .qp^ay^it dé^%^é> b <ies ; déput&4es villes ^ux étal* ( généraux de , 13^ . Robert le.Coq4$t#,le çh.çf 4'ua parti qw; yorfait pw^ irifo* R^l^i le :

Mavy^j^xi^-d^.mi Jean^pçlit-m^^ain^re , de lapais, le H,u% et yja^v^wi^ ^P^^^ A 6 ?

droits d^a tyanp^ f^W *?,!? W^tëP& ;

tienne; c'était Famé damnée du roi de Navarre. Quant à Etienne Marcel, son but, du moins à l'origine, parait avoir été de saper par la base les abus de l'arbitraire royal, en faisant reconnaître l'autonomie des communes de France, constituées en confédération sur le modèle des bonnes villes des Flandres, et ayant à leur tète la commune de Paris, sauf le droit de haute suzeraineté politique du roi. Les guerres privées interdites aux nobles ; la solde, l'équipement de l'armée, et, ce qui est plus encore, l'opportunité de poursuivre la guerre ou de la suspendre soumise à l'arbitrage des étais ; les dons sur le domaine faits depuis le règne de Philippe le Bel révoqués ; le cumul et le fermage des offices de justice défendus ; la sécurité des sujets mise à couvert contre l'abus des jugements par commission; le commerce délivré d'une inégale et ruineuse concurrencé, par l'interdiction aux magistrats de faire du négoce ; la perception des deniers votés soustraite à l'obscure comptabilité des agents du fisc pour être remise à des fonctionnaires élus par les états et contrôlée par des délégués tirés de leur sein ; la royauté mise en demeure de ne plus altérer les monnaies et de renoncer à l'abns du droit de prise ; enfin, le gouvernement confié, dans l'intervalle des assemblées, au roi, assisté de trente-quatre membres du conseil des états, dix-sept de l'ordre du tiers-état, onze

de l'ordre du clergé, six de Tordre de la noblesse 1 : telles sont les mesures louables assurément, admirables même, si Ton considère l'époque où elles parurent, qui furent décrétées par les états, dans l'ordonnance du 30 mars 3 1 357 , grâce à l'initiative de Robert le Coq et d'Etienne Marcel.

Mais bientôt le dauphin, fatigué de la surveillance des trente-quatre commissaires, voulut s'en affranchir, et leur défendit de s* assembler; alors les murmures du peuple et l'épuisement des finances le forcèrent à convoquer de nouveau les états généraux, le 7 novembre 1357.

Jusqu'à ce moment, Marcel avait procédé, dans son œuvre de réformateur, avec trop de violence peut-être, et s'était montré, comme on dirait aujourd'hui, trop radical; cependant, il semblait animé des intentions les plus généreuses, et n'avait eu recours encore, pour parvenir à ses fins, qu'aux voies légales. Somme toute, à qui ne considérerait que cette première et plus glorieuse partie de sa carrière, ce prévôt des marchands devrait apparaître, selon nous, comme un grand citoyen 3 . Ici va commencer ce qu'on peut appeler la phase

1 Bibl. de VEcoledes Chartes, t. u, an. 484<M84i, p. 382 et 383*

* Ordorm. des rois de France, tom. m, p. 4Î1-U6.

» Pour être juste envers Marcel, il faut, selon nous, distinguer trois périodes dans sa vie : la première , qui commence

révôltlllohîlâire de sa vie politique Il poûrsfciit toujours un noble but; mais il emploie pour Tattein»dré* d'ïnttignes moyens; Il reste le soldat d'iine belle c^tlèë ; r maiis tlda bomproinet en Subissant ,ca sôn hôrn uné alîiaif࣠équivoquei' « ; .v f ; - : Vr . i ; v [ C^ést àihsi qûe, lé fendemam de Touvebturpîâès étatô j généraux, le rôi de Navarrev'Gharlès lerlfam- Vàié, fut délivré de sa prison d'Arieux et salué comine roide France par ses partisans^ toujouira dirîjgéii par Robert ïe Coq et Jean ^e Picqttignyv qui'avaMt coneérté ce cotfp de tfiaipl arwep-te prér vot dès marchands. Biéntôt mèmd on vit Étienne MHrcet^prîis avoir -fait mettrai à'mort;'saiisjfiocm^ de juirticè, un avocat du roi au parienteat, maître Regiiaut dWcy, forcer, à la tète d'une multitade furieuse, le palais du dauphin, et massaerer souk

les yéiix dè ce prineè les hiaréohnnx de Ghampar

a?ec sa, vie jwblique etOnit à . l'époque du meurtre des maréchaux de Champagne et de Normandie ; la deuxième jqiAVétcrul enirc ce moment et la formation du complot, iryarit'^ttr but dë livre»' Paris au roi do Navarre \ i* teoisicwî tnfiji, qui tta a<^lfi jusqu'à la »morl 4e Marcel, l'accorde à M. Julps, Quioherat <jue Marcel fut un grand ciloyeu dans la première de ces périodes, ét je l'admire avec le pénétrant biographe du Ptutarquè fHthçctiâ / à M^Juléà Naudè', que cfe prévôt des marchands joua le rôles de trtbiui reWolotioUna^r* dana la seconde, et dèq lors je me joins à l'azur. 4fuoe^^ la^orUé royale, r*pur

désapprouver la conduite de Alfred.., Le iort de ces érùdiis a èl& d'attribuer a la carrière'tout entière du célèbre pWvdt cèqui me coti vîét*' qu'à une période particulière de sa vie*

gne et de Normandie, ses favoris et ,se$ ptys intjmes

Dès lors, il nfy eut phis de rapprochement possible entre le légent et le prévôt de* marchands : le sang répandu les sépara pou* jamais Le dauphin, indigné d'aveir vu à la fois braver ainsi son autèrité etiinsulter la majesté royale, quitta au^r tôt Paris, la rage 'dans le cœur r et ne respirant que la vengeance. D'uit autre côté, la proyinçe, révoltée par. le despotisme et la violence d$la commune de Paris* prit parti contre celle-ci et se ra]lia ; ^ la cause royale. Les états de fihampagnç, réunis i Provins te 9 avxiil et & Vertus le 29, irrités d# meurtre de > km m«çécbal> se. déclarèrent contre Marcel et excitèrent eux-mêmes le duedç Norm&n? die à la vengeance en lui praniettaut dç le seconder; i Bientôt tfoopupatiop du Louvre par Marcel etj la saisie de toutes les pièces d'artillerie qui s'y trouvaient, la .tentative infructueuse du prévôt des; marcfi&ads sw, Me^ux, : enfin la lettre violente qu'il écrivit au régent, en date du 18 avril, achevèrent de mette tes deux personrtages m gueroe ouverte l'un çpptre 1 autre.

Ge fut sur ees entrefaites que les états de Vermàridotë s'ouvrirent à* Gompiègne-, le 4 mai, est présence du régent : il n'y vînt përg&nne dès ailles qui tenaient ppw Marcel, te roi de Navarre n'y parut pas davantage, il était à P^ris ; l'éyêq^ ^e

Laon seul s'y était rendu ; mais bientôt, menacé de mort par les nobles, il fut obligé de prendre la fuite. On ne sera donc pas surpris d'apprendre que la plupart des mesures prises par ces état* furent dirigées contre Marcel et la commune de Paris. Parmi ces mesures, il en est une que nous devons

surtout étudier : c'e&t elle, en effet, qui fut, selon nous, l'occasion directe de la Jacquerie.

Voulant en finir à tout prix avec les rebelles de Paris, le régent crut que le meilleur moyen d'atteindre ce but était de cerner étroitement cette capitale, et de la réduire àk femme, afin d'irriter contre ses meneurs la partie pauvre de la population. En même temps il voulait se ménager des intelligences parmi les nobles et les bourgeois Mais ce jjlan, fort habilement conçu sans aucun doute, ne pouvait réussir qu'à une condition : c'était que les forteresses qui commandaient les trois rivières par où s'approvisionne Paris, la Seine, la Marne et l'Oise, fussent mises en état de défense et occupéèS par des partisans du régent. Tel est précisément le but de l'ordonnance rendue par les états de Compiègne , le 1 4 mai , ordonnance dont l'article 5 est ainsi conçu : « Pour ce que plusieurs chas-

Voy. notre mémoire sur Jean Maillart, de l'Ecole des Charles, mai et juin t857, et les pièces relatives à Étienne Marcel et à ses adhérents que nous avons publiées dans la livraison de septembre et octobre 1850.

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tiaux, fors maisons et autres forteresces, estanz ou dit royaume, ont esté perdus par deffaut

de garde , et ancores sont plusieurs en doubte de perdicion, dont grans dommages sont venuz et ancores pourroient venir ptus grans, se brief remède n'y estoit mis , nous avons ordené et ordenons que chascun capitaine, ou pays ou il sera députez, appeliez avec lui bonnes, sages et loyaux personnes de l'Estat de l'Église, des nobles et des bonnes villes en ce cognoissans, iront veoir et visiter les chastiaux , forteresces et fors maisons du pays ou il sera capitaine ; et se il y en a aucuns qui ne soient garnis et en estât de deffense, le capitaine contraindra ou fera contraindre ceuls h qui les diz chastiaux, forteresces et fors maisons seront, à iceuls mettre ou faire mettre en estât de deffense, et à les garnir et garder souffisament, senz grant grief de ceuls à qui ils seront, euls de ce sommez avant toute euvre. Et se de ce sont refusauz , desobeissans ou deffaillans , par quoi il puisse apparoir ou qu'il soit doubte que dommage n'en advieigne ou pays, le capitaine les fera emparer et mettre en estât de deffense, et iceuls garder bien et diligemment aus frais et despens de ceuls à qui U appartendra... Et ou cas qu'ils trouveront que ceuls à qui iceuls chastiaux, forteresces et fors maisons seront, ne les voudront ou pourront mettre en estât de deffense et les garnir,

garder ou fnfre garder, et que l'en ne trouve ou pays de leurs biens pour ce faire, en temps deu et sfenz délai, nous voulons et ordenons que les diz capitaines, chascun ou pays ou il sera députez, les abatent ou fecent abattre et araser, si que dommage n'en vieigne; et déclarons que, se en ce a deffaut par faveur ou négligence, les capitaines seront de ce puniz. » " 1 ' :

Nous avons cité cet article en entier, parce que la mesure qui s'y trouve prescrite fut, à notre sens, coihnie noué l'avons dit plus baut, l'occasion directe, iiiiinédiate de 1k Jacquerie. Ainsi, 6ës châteaux, ces* forteresses t^ui, loin de protéger les paysans; étaient le boulevard et le repaire de leurs plus mortels ennemis, on voulait les rendre plus redoutables encore j aux dépens de ceux mêmes qu'elles devaient servir à mieux opprimer. On voyait contraindre les vilains à river de leurs mains lètirs propres chaînes. Gomment une telle prétention n'auràit-elle pas poussé à bout leur patfencé^ Du *este ? nous n'en sommes pas réduits sur cé point à de simples probabilités. L'aiïteùr d'une chronique manuscrite contemporaine déclare Expressément que cette exigence tyrannique donna lieu au Soulèvement qui 'a reçu le non* de Jàcqûérie. 1

a Lors 1 1 fit le régent conseillé que il mandant

» Bib^ imp;, dép. des ms. Supplément français, Chron.,

no 530 ' > *• r > J .' * îji ' •

aijx chevaliers de France et de Beauvoisin qui avoient forteresses, que briefment ilz meissent des garnisons dedens grant planté, pour desfcraindre la ville de Paris , que vivres ne marchandise n'y peussent entrer pour la ville gouverner. Lors fut fait ce mandement à piuseurs chevaliers. Et ceulz qui forteresses avoient s'assemblèrent ensemble pour savoir comment ilz pourraient acomplir le i^andementdu regçnt. Car li pluseur n'avoientmie pourvoiance pour les chasteaux garnir. Et eurent conseil que ceulz qui pounroiauce n'avoient en pressent sur leurs hommes. Par ce conseil prindrent aucuns des biens de leurs hommes oultrageiçsement, tant que les paisans distrent que les chevaliers, qui les dévoient garder, avoient prins conseil de leur oster touz leurs biens. Pour ce fait, se misteent les paisans moult merveilleusement, et coururent sur les chevaliers et sur touz les nobles çt mesraes sw leurs seigneurs. »

, Toutes les circonstances de temps et de lieu s'accordent d'ailleurs parfaitement avec l'opinion émise par le chroniqueur sur l'incident qui provoqua résurrection de 1358. Ainsi, l'ordonnance cLant nom avons détaché cet article ayant été rendue le 14 mai, on dut essayer de la mettre à exécution immédiatement à Compiègne et aux environs de cette ville. Or, c'est sept jours seulement après cette date, c'est-à-dire le 21 mai,

et précisément aux environs do Compifcgne, que les effrois 1 commencèrent, selon la plupart des chroniqueurs & . Une autre remarque à faire, qui ne nous parait pas moins concluante dans le même sens, o'c6t que la Jacquerie étendit presque exclusivement ses ravages dans les provinces qui avaient envoyé des députés aux états de Vermandois, et qui partant furent seules mises en demeure de subir les conséquences de l'ordonnance portée par ces états.

Les vilains se soulevèrent-ils de leur propre mouvement, ou ne furent-ils dans cette circon* , ... 1 k ■ ■

1 Les scènes terribles auxquelles l'explosion île la Jacquerie donna lieu ne sont pas désignées nullement dans les lettres de rémission du Trésor des Charles. Bien que le pluriel effrois soit aujourd'hui hors d'usage, comme ce mot est énergique et n'a point d'équivalent parfait, nous avons cru pouvoir nous «n servir ici avec le sens particulier et tout historique que nous lui donnons.

* Selon Froissart, la Jacquerie advint assez lost après la délivrance du royde Navarre. Mais ce chroniqueur se trompe évidemment, puisque le roi de Navarre sortit de prison dans la nuit du 8 au 9 novembre 1357. La chronique manuscrite, conservée sous le n° 530 du Supplément français, dit que la Jacquerie commença pendant la première semaine de juin. (V. i° 69.) ijes divers ms. des Grandis Chroniques de Saint- Denis ne sont pas d'accord sur ce point; les uns font commencer la Jacquerie le 28 mai, les autres le 21 du même mois. Celte dernière date est h vraie : elle est la seule qui se concilie Lien avec plusieurs dates fournies par des litres et autres pièces originales et a»iihcnii<Pi«8.

slan ce que les instruments d' un homme appartenant a une classe supérieure? Marcel était dans ce moment même à bout de ressources et réduit à la situation la plus critique. Ne dut-il pas exploiter dans l'intérêt de son propre parti l'exaspération des paysans alors portée à soncomble, et profiter de son autorité, du prestige de sa position et de son nom pour entraîner les manants et les décider à la révolte? Ces questions, plus faciles à poser qu'à résoudre, nous nous proposons de les débattre plus loin dans le plus grand détail \ Mais quelle que soit l'opinion <jue l'on adopte à cet égard, il n'en faut pas moins reconnaître que l'article 5 de l'ordonnance du i4 mai fut l'occasion directe, immédiate de la Jacquerie. Si l'on admet l'hypothèse qui rapporte l'émeute des paysans à l'initiative d'Étienne Marcel, on concevra avec quel empressement ce prévôt des marchands dut s'emparer d'un prétexte aussi favo rable que la mesure prescrite par cet article pour faire éclater ce soulèvement terrible, utile à sa politique.

1 Voir le 4 er chapitre de notre 3* partie, où nous avons renvoyé tout ce qui est relatif au rôle d'Etienne Marcel dans la Jacquerie. On y trouvera développé ce que le plan et l'économie de ce travail nous a petmis seulement d'indiquer ici.

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