CHAPITRE FBEMIER
Ici, deux routiers, après avoir enlevé un troupeau de pourceaux, se saisissent, ^ pour les engraisser, du peu de grain destiné à la nourriture des pauvres laboureurs qu'ils dépouillent *. Là, ce sont les vaches des paysans, que les brigands tuent, pour en manger la viande. Il paraît même que, dans ce cas, les chefs de bande, comme les héros dans Homère, avaient de plus fortes portions que les simples compagnons qui marchaient sous leurs ordres 2.
Ailleurs une poignée de ces aventuriers menace d'incendier une grange, pleine de gerbes de blé, sise à la Ferté-sous-Jouarre. Cette grange appartenait à un chevalier, messire Régnant de Trie, seigneur de Plessier ; mais elle était tenue à ferme par un certain Perrot de Croy 3. Celui-ci, afin de désarmer la fureur de ces brigands, s'engage à leur payer une rançon de 45 écus. Toutefois, comme il se trouve hors d'état de leur verser immédiatement cette somme en argent, il les prie de vouloir bien accepter en échange une quantité de gerbes de blé d'une valeur équivalente. Mais ces pillards ne veulent entendre aucune explication. Ils répondent au malheureux fermier que du blé en gerbes n'est point du tout leur affaire, et lui signifient qu'il ail à le battre et à le moudre sous le plus bref délai pour en faire du pain, et à leur apporter lui-même ce pain tout cuit à la Ferté-sous-Jouarre.
Un seigneur laissait prendre son château par les en-
* Archives nationales, Très. desChart.j reg. 90, p. 443.
2 Très, des CharL, reg. 91, p. 168
3 Ibid,, reg. 90, p. 209.
nemis trois ou quatre fois en quelques années; il le rachetait avec l'argent des hommes de sa seigneurie. Vers 1357 S une troupe de brigands, Anglais de nation, cantonnés au Neubourg et commandés par Thomas Wisse, Raulin Waleton et Guillaume Winsselore, s'empara du château de Poix ; il appartenait à Jean dit Tyrel, seigneur de Poix et de Mareuil. Ce gentilhomme ne put rentrer en possession de son château qu'en s obligeant à payer aux Anglais 15,000 deniers d'or au mouton. Cette somme fut levée, est-il besoin de l'ajouter, sur le clergé et menu peuple de la seigneurie dont le château était ainsi racheté -. Les Anglais étaient à peine partis que les gens du roi de Navarre se rendirent maîtres à leur tour du château de Poix; ils l'occupaient au mois d'août de l'année 1358. Pour les décider à lui abandonner cette forteresse, Raoul de Renneval, lieutenant du roi en Picardie et en Beauvaisis, dut leur accorder un prix de rachat égal à celui qu'avaient exigé les premiers détenteurs. Cette nouvelle somme de 15,000 deniers d'or au mouton fut levée, comme la première, sur les hommes de la seigneurie, qui consentirent à la payer, à condition toutefois qu'on démolirait de fond en comble le château, source de tant de malheurs et occasion de tant d'exactions ^. Informé de cette
* Archives nationales. Jugés du Parlement, X, 17.
^ « QuîB summa quindecim millium denariorum auri ad mutonem levata fuit super clerum et patriam circumvicinam et soluta dictis Anglicis. » {Ibld., X, 17, f 275.)
3 « Et quœ summa fuit promissa de quindecim mille mutonibus auri levanda super patriam, interveniente consilio et assensu cleri, nobilium, bonarym villarum et populi, dum tamen dictum castrum funditus demoliretur, et taliter quod per illud deinceps non posset fîeri ma-