‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 31 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

convention, le seigneur de Mareuil promit à Raoul de Renneval de lui verser 6,000 moutons, s'il voulait bien sauver de la destruction la forteresse de Poix. Le lieutenant du roi accepta cette proposition, malgré la parole qu'il avait donnée et les murmures du peuple ^ Mais le seigneur de Mareuil n'ayant pu parvenir à se procurer la somme promise, la seigneurie de Poix fut mise aux enchères. Au mois d'octobre 1361, elle fut adjugée au comte de Saint-Paul, qui l'acheta 5,000 deniers d'or au mouton, se promettant bien sans doute de se faire rembourser au centuple, à force d'exactions, par les hommes de cette seigneurie, l'argent qu'elle lui coûtait 2.

Une pareille oppression n'avait d'égale que la terreur dont elle frappait le peuple des campagnes. Une anxiété de tous les instants venait ainsi s'ajouter au dénuement pour le rendre plus insupportable. Les paysans de ces temps malheureux, se sentant exposés sans défense à tous les coups de main, ne vivaient pas, à vrai dire; ils séchaient d'angoisse. « Dans cette année 1358, dit le second continuateur de Nangis 3, beaucoup de villages, dépourvus de fortifications, se firent de vraies citadelles de leurs églises, en creusant autour d'elles des fossés, et en garnissant les tours et les

lum in palria, quia populus clamabat quod jam tertio fuerat per inimicos captum. • (F* 277.)

* « Licet populus multuin indignaretur super hoc et murmuraret. » (F- 227.)

2 Cf. Froissart, Chron., l. IV, ch. 2. Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, ni, iO, 1 1 ; ibid.y Preuves, p. x.

^ A liera Cont, G. de Nangis, dans d'Achery, Spicil., t. 111, p. 122, col. 1.

clochers de machines de guerre, de pierres et de balistes, afin de se défendre, si les brigands venaient les attaquer, ce qui arrivait, à ce qu'il paraît, fort souvent. Pendant la nuit, des sentinelles étaient chargées de veiller sur le haut de ces tours; des enfants s'y tenaient debout, pour avertir de l'approche des ennemis. Du plus loin qu'ils les apercevaient, ils sonnaient de la trompe et faisaient retentir les cloches. A ce signal, les paysans, quittant leurs maisons et leurs champs, se réfugiaient au plus vite dans l'église. D'autres, sur les bords de la Loire, allaient passer la nuit, loin de leurs chaumières, avec leurs familles et leurs troupeaux, dans les îles du fleuve ou dans des bateaux amarrés au milieu de son cours. »

Dans quelques provinces du Nord, notamment en Picardie, les populations cherchaient un refuge dans des cavernes profondes et dans des souterrains. Mais malheur, quand ils étaient découverts ou forcés, à ceux qui avaient tenté de se dérober ainsi à la tyrannie de leurs oppresseurs ^ !

Toutefois, on cite des occasions où les geris des campagnes essayèrent, avec succès, de repousser leurs ennemis et de se défendre contre leurs attaques. Qui n'a lu, par exemple, dans le second continuateur de Nangis, et qui n'a présent à l'esprit un incident de ce genre, raconté avec une verve chaudement sympathique par ce chroniqueur : deux cents brigands accourus pour surprendre une forteresse des environs de Com-

* L'abbé Lebeuf, Mém. de VAcad. des Inscript., t. XXVII, p. 179.

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