‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 36 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

décence en était choquée. Mais cette année ils se mirent à se surcharger, avec un luxe plus insolent encore, de perles, de bijoux, de pierres précieuses sur leurs chaperons et leurs ceintures tout étincelantes d'or et d'argent ^ Tous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, donnaient dans ces fantaisies efféminées avec tant de passion, que le prix des perles et des pierres précieuses haussa beaucoup, et qu'à peine pouvait-on en trouver à Paris. Je me rappelle avoir vu vendre alors, au prix de deux mille livres, deux perles qui n'avaient coûté, il n'y avait pas longtemps, que huit deniers. Les nobles se mirent aussi dans le même temps à porter des plumes d'oiseaux à leur coiffure, à s'abandonner avec excès aux plus grossiers plaisirs, à passer des journées et des nuits entières à jouer aux dés et à la paume. C'est pourquoi les gens du commun avaient lieu de gémir et gémissaient en effet de voir dissiper à ces jeux et à ces vaines parures les sommes si péniblement fournies par eux pour les besoins de la guerre. »

Les gens du peuple, les paysans surtout, avaient, on en conviendra, de trop justes sujets de plainte 2 ! Jamais les campagnes ne présentèrent un aspect plus désolé. Pendant les deux années qui s'écoulèrent entre la déportaient n'en furent que plus prompts à fuir devant l'ennemi, comme révénement le prouva. » (D'Achery, SpiciL, t. III, p. 105, col. 1.)

* Le même reproche est adressé aux nobles dans une curieuse complainte sur la bataille de Poitiers, publiée par M. Charles de Beaurepaire. (Voy. Bibl. de VÉcole des Charles^ t. XII, p. 257-263.)

2 Voy. les complaintes latines publiées dans le tome V de la Collection de Petitot, p. 181 et 182. Beaucoup de documents de ce genre sont encore inédits sans doute.

38 DES CAUSES ET DE l'OCCASION DE LA JACQUERIE.

faite de Poitiers et le mouvement de la Jacquerie, cette désolation s'accrut encore, s'il était possible. Elle était portée à son comble en 1358. « En cette année, àit^iB^ chroBÎqueur 1. déjà, cité, les vignes, source de cette liqueur bienfaisante qui réjouit le cœur de Thomme, ne furent pas cultivées ; les champs ne furent ni ensemencés ni labourés ; les bœufs ni les brebis n'allaient plus au pâturage. Les églises et les maisons, tombant de délabrement, présentaient partout les traces des flammes dévorantes, ou des ruines tristes et fumantes encore. L*œil n'était plus réjoui comme autrefois par la vue de vertes prairies et de moissons jaunissantes, mais plutôt affligé par l'aspect des ronces et des chardons qui se dressaient de toutes parts. Les cloches ne sonnaient plus joyeusement pour appeler les fidèles à l'office divin, mais seulement pour donner l'alarme et le signal delà fuite aux paysans à rapproche des ennemis. Que dirai-je encore? La misère la plus complète régnait partout, principalement parmi le peuple des campagnes; car les seigneurs le surchargeaient de souffrances, lui extorquant sa substance et sa pauvre vie. Quoiqu'il restât bien peu de bétail, grand ou petit, les seigneurs exigeaient encore une redevance pour chaque tête, dix sous par bœuf, quatre ou cinq par brebis ; et, malgré cela, ils ne se mettaient que rarement en peine ' de protéger leurs vassaux [contre les incursions et les attaques des ennemis. »

Le principal grief des vilains contre les nobles était

* Altéra Cont. G de Nangls, dans d*Achery, t. HI du SpiciL^ p. 124, col. 3.

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