CHAPITRE II
violation du droit des gens, se jetèrent sur les Jacques, qui ifurent défaits, et dont plus de deux mille restèrent sur le champ de bataille.
Toutefois, le meurtrier de Guillaume de Picquigny, Jean Petit Cardaine, réussit à échapper au désastre. Accompagné d'un autre Jacque, nommé Jacquet de Fransures, il se rendit à Contre, en Beauvaisis, dans rintention de mettre à mort et de piller Golart d'Estrées, gardien de la haute justice pour Tabbaye du Pré, sise en ce lieu ; mais, ayant trouvé des préparatifs de défense plus forts qu'ils ne s'y attendaient, les deux bandits se retirèrent, sans avoir rien fait. Aussitôt qu'il eut nouvelle de leur présence, Golart d'Eslrées se mit à leur poursuite : Jean Petit Gardaine parvint à se cacher dans les bois ; quant à Jacquet de Fransures, il fut pris et mis en prison. Tandis qu'on battait les bois pour découvrir son compagnon, il s'étrangla avec la corde dont on s'était servi pour l'attacher à un poteau par les épaules. Ge qui a lieu de surprendre, c'est que le sire de Gonly, Jean du Hamel, autrement dit Maillard, fit rechercher, quelque temps après, pour ces faits, Golart d'Estrées ; à ce point que celui-ci, qui servait alors le régent au camp devant Paris, eut besoin, pour échapper aux poursuites de ce seigneur, d'obtenir du dauphin des lettres de grâce.
Le meurtre de Guillaume de Picquigny fut un événement funeste, et l'on peut dire mortel, pour la Jacquerie. Guillaume de Picquigny appartenait sans doute à la même famille que Jean de Picquigny, seigneur picard, l'àme damnée du roi de Navarre ; peut-être même
était-il le frère de ce chevalier. Le lâche assassinat du parent de Tun de ses plus zélés partisans fut très probablement une des causes qui déterminèrent Charles le Mauvais à prendre les armes contre les Jacques.
En ce temps, vivait à la Warde-Mauger, près de Montdidier, un vilain nommé Fremy Houdrier S dit Leboucher : il s'était marié à une femme noble d'origine. Sitôt qu'il fut informé de cette circonstance, le capitaine des Jacques, assemblés pour lors à Breteuil en Beauvaisis, manda près de lui Fremy Houdrier. Quand celui-ci se fut présenté, les Jacques le sommèrent d'aller avec eux brûler les châteaux des nobles, lui signifiant qu'en cas de refus, ils mettraient le feu à toutes les maisons qui lui appartenaient du chef de sa femme. Fremy Houdrier, voyant bien que le plus sage parti était de faire contre mauvaise fortune bon cœur, soupa avec le capitaine et quelques autres Jacques ; il voulut payer leur écot. Puis, profitant de l'état d'ivresse où il les avait plongés, il retourna en toute hâte à sa demeure à la Warde-Mauger. Là, emmenant avec lui sa femme, ses enfants, et prenant ses meubles les plus précieux, il alla les cacher dans un bois du voisinage. Gela fait, il se rendit, en compagnie de quelques amis, à Fransures, où sa femme avait une maison, craignant que les Jacques n y vinssent, pour y mettre le feu. Ses craintes n'étaient que trop fondées. Dès le lendemain, ces forcenés, après avoir brûlé le château de Brebançon, accoururent pour faire subir le même sort â la demeure
1 Très, des Chart., reg. 90, p. 476.