‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 56 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des effrois en Perthois et dans la prévôté de Vitry.

Nous avons déjà eu lieu de faire remarquer ^ que les Jacques des bailliages de Ghaumont et de Vitry enveloppèrent dans une haine commune les prêtres et les nobles. Tel fut, en effet, le caractère particulier des eflroisdans le Vallage, en Bassigny et en Perthois. Sans parler des exemples que nous avons cités, les formules de toutes les lettres de rémission qui se rapportent à ce pays 2 font mention de cette guerre faite au clergé aussi bien qu'à la noblesse. Le seigneur de Saint-Dizier et de Vignory, queux de France, était à la tête du parti nobiliaire et clérical. Ayant appris que les vilains se soulevaient en plusieurs endroits, ce chevalier se mit aussitôt à la tête d'une troupe nombreuse, et chevaucha jusqu'à Vitry-en-Perthois. Ses hommes d'armes tuaient sans pitié tous les paysans, même paisibles et inoffensifs, qu'ils rencontraient ; ils s'emparaient des animaux et des instruments servant au labourage; ils

* //• part,^ ch. 1*'.

* Très, des Chart., reg. 90, p. 271 : « .... Efîroiz et assemblées contre les nobles et clergé du dit pais. » — Reg. 86, p. 356 : « .... Conspiracions, alliences et monopoles encontre les nobles et clergié du pais. »

brûlaient les chaumières : le sang et la flamme marquaient partout leur passage.

Des exécutions si rigoureuses frappèrent de la plus grande stupeur les habitants du Perthois. L'alarme fut d'autant plus vive qu'elle se répandit presque instantanément de tous côtés, sans qu'on en sût d'abord la cause, dans la plupart des localités. Cela tint à une circonstance particulière qu'il nous faut indiquer. Vers le commencement de cette année 1358, le bruit avait couru en Champagne que les Lorrains et les Allemands devaient venir piller et ravager cette province ^ Les juges royaux du pays, voulant prendre des mesures pour la sûreté des habitants, établirent que désormais, dans chaque commune, en temps ordinaire, on ne sonnerait qu'une cloche, excepté à Tapparition des gens d'armes hostiles : on devrait alors sonner deux cloches, afin qu'à ce signal chacun s'armât, se tînt sur ses gardes, et courût au besoin à la rencontre des ennemis. Cette ordonnance fut lue deux fois devant les députés assemblés d'un grand nombre de communes, et reçut leur assentiment. Une personne fut même choisie, dans chaque paroisse, pour veiller à ce qu'elle fût observée.

Quelques semaines plus tard, la Jacquerie éclatait ; le seigneur de Saint-Dizier courait sus aux vilains du Perthois et ravageait leurs champs. Aussitôt, le signal convenu se fait entendre ; dans chaque commune, deux cloches sont mises en branle.

} Très, des Chart., reg. 86, p. 355 et 465.

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