CHAPITRE II
Des effrois dans le Parisis et de la part qu'y prit Etienne Marcel.
Il peut paraître encore douteux, malgré les inductions et les preuves produites ici pour la première fois, que Marcel ait été l'instigateur de la Jacquerie; il est certain du moins que, la première impulsion une fois donnée, le prévôt des marchands seconda le mouvement de la manière la plus active.
L'intervention de Marcel dans les effrois s'étendit même en dehors des limites du Parisis. On voit, en effet, par une lettre de rémission, octroyée à un certain Jean le Jaqueminart, de Thièblemont, au bailliage de Vitry, que les nobles du pays accusaient cet homme de s'être rendu à Paris auprès du prévôt des marchands, pour avoir de lui une commission. On ajoute, il est vrai, que ce voyage était motivé par des affaires dont Jean le Jaqueminart avait à s'entretenir avec messire Jacques la Vache, conseiller du roi * ; mais, si l'on considère le* caractère particulier des lettres de grâce, qui par leur nature sont^des pièces à décharge, si de plus Ton fait attention que les Jacques de Thièblemont avaient déjà
^ Le texte de la lettre de rémission est aux pièces justificatives.
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député Jean le Jaqueminart pour défendre leurs intérêts contre les nobles, on ajoutera foi sans peine à laccusation de ces derniers.
Dans une autre lettre de rémission <, accordée à un nommé Hue de Sailleville, que les habitants d'Angicourt en Beauvaisis avaient fait malgré lui leur capitaine, il est dit que celui-ci, ne voulant pas paraître autoriser les monstrueux excès auxquels les Jacques se livraient en sa présence, s échappa de leur compagnie et alla trouver Etienne Marcel, qui était alors à Paris, pour le prier de faire cesser ces désordres.
Cet exemple prouve sans doute que ce Hue de Sailleville ne croyait pas Marcel partisan des fureurs insensées des Jacques, et nous verrons tout à l'heure combien cette opinion était justement fondée; mais il prouve aussi que Ton n'en regardait pas moins Tinlluence du prévôt des marchands de Paris comme toute-puissante sur les paysans insurgés, puisqu'on s'adressait à lui comme à l'homme le plus capable de mettre un frein à leurs violences.
Toutefois, c'est surtout dans le Parisis que l'active coopération de Marcel à la Jacquerie apparaît au grand jour. L'exposé que nous allons faire des principales scènes qui signalèrent les effrois dans ce pays en sera une preuve continuelle.
« Quant le prevost des marchans,dit le chroniqueur 2 anonyme que nous avons déjà plusieurs fois cité, seut la crueuse esmeute des païsans, il flst yssir hors la
1 Le texte en est aux pièces justiOcatives.
2 Chronique normande du XI V siècle, p. 128.