‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 62 sur 106 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

commune de Paris, et alèrent abatre la tour de Gornay, le fort de Palesuel et Trappes et Chevreuse, Engesme et pluseurs autres forteresses, qui estoient autour Paris. »

Un critique très sagace, à qui nous devons une biographie d'Etienne Marcel ^ remarquable pour Tépoque où elle a paru, dit, en faisant allusion à ce passage : « Un chroniqueur parle en termes très vagues d'une course que Marcel aurait faite alors entre Versailles et Montmorency, pour détruire les châteaux des nobles, situés dans cette direction. Étaient-ce les nobles, étaient-ce les paysans, que cette exécution devait atteindre? »

Désormais il n'y aura plus lieu, ce nous semble, de s'arrêter au doute exprimé ici par notre savant maître. Plusieurs documents, que nous avons découverts et qui sont publiés pour la première fois à la fin de cette étude, nous permettent d'affirmer que l'incursion dont parle le chroniqueur anonyme était dirigée par Marcel contre les nobles et non contre les paysans.

Parmi ces documents, il en est un qui est décisif : c'est une lettre de rémission conservée au Trésor des Chartes 2.

A l'occasion du soulèvement des habitants de la terre et châtellenie de Montmorency contre les nobles, un certain Jacquin de Chennevières, de Taverny, fut élu capitaine par les paysans insurgés. Sous sa conduite, ils allèrent détruire et raser les châteaux de

1 M. Jules Quicherat, Biographie d'Etienne Marcel, dans le Plutarque^ français, édit. de 1844, p. 335.

^ Elle sera publiée dans les pièces justificatives.

108 ROLE d'ÉTIEXNE MARCEL DANS LA JACQUERIE.

Beaumont-sur-Oise S de Bethemont, de Taverny, de Montmorency, d'Enghien, de Chatou 2, et en général toutes les forteresses et maisons des nobles situées entre la Seine et TOise, depuis Chatou jusqu'à Beaumont. Or la lettre de rémission déclare expressément que ce Jacquin avait reçu du prévôt Tordre d'opérer cette destruction. « Combien que le dit Jacquin eust eu en ce temps du feu prevost des marcheans de Paris certaine commission contenant que toutes forteresses et maisons, qui seroient assises ou cuer de France entre deux yeaues, qui au dit Jacquin sembleroient estre préjudiciables à la ville de Paris et à tout le plait païs, feussent mises à terre et arrasées en telle manière que personne n'y peust habiter. »

Non content de pousser les autres et de s'en servir, Marcel voulut encore agir, sinon par lui-même, du moins par ses commissaires ou délégués directs. Il fit choix de deux membres influents et dévoués de la municipalité parisienne. C'était un riche orfèvre de Paris, nommé Pierre des Barres 3, et un des plus considérables négociants épiciers de cette ville, le fameux Pierre Gilles 4, dont le magasin était situé dans la grande rue Saint-Denis, près de Sainte-Opportune ^.

* Le château de Beaumont-sur-Oise ne fut détruit qu'en partie, au rapport des Gr. Chron. de France. La duchesse d'Orléans, qui s'y trouvait alors, de peur de tomber entre les mains des Jacques, s'enfuit à Paris. (Édit. de M. P. Paris, in-fol., p. 1471.)

2 La dame de Chatou n'eut la vie sauve que grâce à l'intervention de Jacquin de Chennevières.

3 Très, des Chart., reg. 86, p. 176, f"' 56 et 57.

* Jugés du Parlement, X, 14, î* 476. Le texte de ce document sera aux pièces justificatives.

5 Nous publierons dans les pièces justificatives V Inventaire de Vépi-

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