‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 64 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de Paris, aux crieurs publics des bourgs et communes des environs. Ces mandements leur enjoignaient, au nom du prévôt, des échevins et du corps de ville de Paris, de signifier au peuple que tous ceux qui seraient en état de porter les armes eussent à se rendre, à un jour fixé, à Chilly, près de Longjumeau, où se trouvaient alors les gens d'armes parisiens, pour y prendre les ordres qu'on avait à leur donner.

Revenus de cette expédition, les Jacques de Paris, se dirigeant du côté de Versailles, allèrent abattre ou brûler successivement tous les châteaux des nobles situés dans cette direction, et, entre autres, ceux de Villers, près de la Ferté-Aleps S de Ghevreuse -, de Palaiseau 3, de Trappes ^ et de Viroflay ^.

Tant de ravages ne suffisaient point à Marcel. Pierre Gilles et Pierre des Barres, ses deux commissaires, reçurent de lui Tordre de faire éprouver aux nobles du nord du Parisis le même sort qu a ceux du sud et de l'ouest.

En conséquence, ces deux émissaires se rendirent à Saint-Denis, à la tête de cinq cents hommes d'armes, dont le prévôt des marchands leur avait donné le commandement; là, on leur fournit un renfort de cinquante nouveaux combattants, de sorte qu'ils avaient

vôt de MonUhéry et vit ses biens confisqués. Voir le texte publié aux pièces justificatives.

* Très, des Chart., reg. 86, p. 393.

2 Chron. normande du XIV* siècle, p. 128.

5 Très, des CharU, reg. 86, p. 252, et la Chron, norm., p. 128.

* Chron, normande du XIV* siècle, p. 128.

* Jugés du Parlem,, X, 14, f« 312.

SOUS leurs ordres plus de six cents gens d*armes quand ils arrivèrent à Gonesse ^

C'était une simple commune de la campagne, non fermée de murailles, et dont les habitants étaient presque tous de pauvres laboureurs. Aussi, saisis de frayeur à Taspect de cette troupe de gens d'armes, n'essayèrentils de faire aucune résistance.

Aussitôt arrivés, Pierre Gilles et Pierre des Barres se dirigèrent vers un manoir que possédait en cet endroit messire Pierre d'Orgemont 2, conseiller du roi et président au parlement. Ce manoir était naturellement fourni de tout le mobilier ordinaire d'une grande exploitation rurale, tel que meubles proprement dits, ustensiles, instruments de labour et bestiaux. Il y avait, entre autres richesses de cette dernière espèce, 592 bêtes à laine, et, dans le nombre, 300 béliers gras, dont Pierre d'Orgemont avait refusé trois cents écus d'or un mois auparavant. Les gens d'armes de Paris se saisirent de tous ces biens, de la valeur de mille royaux d'or

* Voir le document publié aux pièces justificatives.

2 Pierre d'Orgemont, né probablement à Lagny-sur-Marne, seigneur de Méry-sur-Oise et de Chantilly, conseiller au parlement de Paris dès 1352, était maître des requêtes et second président du parlement, en 1356. Il fut, ainsi que Simon de Bucy et Jacques la Vache, du nombre des conseillers royaux dont les États assemblés à Paris, au mois d'octobre 1356, décidèrent la destitution. Réintégré dans ses fonctions en 1359, le roi Charles V le fit son chancelier du Dauphiné, le 21 février 1371. L'année suivante, il fut créé premier président du parlement de Paris; il fut élu, le 20 novembre 1373, chancelier de France, par voie de scrutin, en présence de Charles le Sage, tenant son grand conseil au Louvre Le roi le nomma l'un de ses exécuteurs testamentaires, en 1374. Il remit les sceaux le 1" octobre 1380 et mourut le 3 juin 1389. M. Lacabane a prouvé que Pierre d'Orgemont était l'auteur des Grandes Chroniques depuis 1350 jusqu'en 1375 ou 1377. {BiOL de VÉc. des Charles^ t. II, p. 57-74.)

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