‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 66 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

étaient impérieusement réclamées par le soin légitime de la défense.

En ordonnant les rigueurs nécessaires, les commissaires du prévôt des marchands surent s'abstenir presque toujours des crimes inutiles. Il est bien vrai, par exemple, qu'ils firent piller, détruire, incendier les châteaux et forteresses des nobles, leurs ennemis ; mais on ne les vit point, comme les Jacques du Beauvaisis, faire couler à plaisir le sang de seigneurs inoffensifs. Ils n'attentèrent à la vie de personne, pas même à celle des nobles qui leur étaient le plus odieux. Il est certain du moins que les nombreuses lettres de rémission, ainsi que les arrêts du parlement qui nous ont conservé le souvenir de leurs courses dévastatrices, ne mentionnent aucun massacre, aucun meurtre à leur charge.

Nous qui avouons notre sympathie pour la cause de Marcel, notre admiration pour sa personne pendant la première partie de sa carrière politique, nous sommes heureux de constater ce caractère relativement régulier et humain d'un mouvement entrepris par ses ordres et sous sa direction. Du moins on ne pourra pas reprocher au célèbre prévôt des marchands d'avoir trempé dans les horreurs sanglantes et dans les cruautés trop faciles qui déshonorèrent la Jacquerie.

Que Marcel ait donné la première impulsion à ce soulèvement, c'est ce qui n'est pas encore, ainsi qu'on l'a vu S parfaitement démontré. Mais quand même il y aurait certitude complète à cet égard, il serait

' Voy. le chapitre i" de celte III* partie, p. 99.

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peut-être bien sévère de rendre le chef de la municipalité parisienne responsable d*excès qu'il n'avait sans doute pas prévus, et qui dans tous les cas attirèrent de sa part le blâme le plus explicite et le plus sévère :«.... Plaise vous savoir, dit Marcel aux communes de Flandre, dans une lettre qu'il leur adressa, le 11 juillet 1358, que les dites choses furent en Beauvoisis commencées et faictes sensnost^e sceu et volenté, et mieuls ameriens estre mort, que avoir apprové les fais, par la manière qu'il furent commencié par aucuns des gens du plat paiis de Beauvoisis; mais envoiasmes bien trois cens combatans de noz gens et lettres de credance, pour euls faire désister des grans mauls qu'il faisoient; et pour ce qu'il ne voudront désister des choses qu'il faisoient, ne encliner à nostre requeste, nos gens se départirent d'euls, et, de nostre commandement, firent crier bien en soixante villes, sur paine de perdre la teste, que nuls ne tuast femmes, ne enfans de gentilhomme, ne gentil femme, se il n'estoit ennemi de la bonne ville de Paris K... »

Pour que Marcel soit à nos yeux coupable au moins d'imprudence, il n'est pas besoin qu'il ait soulevé les Jacques; il suffit qu'il leur ait donné la main, et ce fait ne peut plus être l'objet d'un doute. Si l'on excepte des griefs semblables contre la noblesse, qu'y avait-il de commun entre le prévôt et de tels alliés? Le chef de

* Les lettres closes dont nous citons cet extrait se trouvent en original aux archives d'Ypres. Elles ont été publiées pour la première fois par le savant M. Kervyn de Lettenhove dans le tome XX des Bulletins de V Académie royale de Belgique,

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