‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 67 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la municipalité parisienne poursuivait la réalisation d'un plan bien arrêté; on eût dit que les Jacques n'avaient d'autre but que la destruction et le pillage. Marcel représentait des idées; la conduite des Jacques ne semblait guère inspirée que par deux passions, aveugles et brutales entre toutes, la haine et le désir de la vengeance. En acceptant de tels auxiliaires, le prévôt compromettait gravement sa cause sans profit pour elle. Se flattait-il de diriger à son gré le torrent dévastateur, et de le faire rentrer à temps dans son lit, en lui disant comme Dieu jadis à la mer : « Tu n'iras pas plus loin! » En ce cas, il se faisait la plus complète et la plus étrange illusion sur la mesure et l'étendue de son pouvoir, comme l'événement se chargea de le lui prouver.

C'est là cependant, il faut en convenir, ce qui atténue un peu la faute de Marcel : soit qu'il ait déterminé la révolte des paysans contre l'ennemi commun, soit qu'il l'ait seulement mise à profit, nous avons la preuve qu'il essaya de la modérer et de la contenir dans de certaines limites * ; il est même assez vraisemblable que l'inutilité des représentations qu'il fit aux insurgés en faveur de la modération et de rhumaniU'5

' On a tout lieu de penser que ses efforts ne furent f>as couronn<^s de succès, et que les Parisiens et les Ja<:x|ues du Ht'jniy'dïah, qui ^h rencontrèrent à ErmenonviUe, ne se convinrent pas }>e<tucoup r<'>;iproquement. Ce qu'il y a de constant, c'est que les vainqueurs se héifHr*t^' rent aussitôt après la prise de ce château : (/ujllctuiije Cale ret/^uriiîi avec ses Jacques dans le Beauvai^is s y faire tuer parle roi de Navarr*-, tandis que Jean Vaillant marchait coutre Meaux a la tête deb i^ensî d'armes de Paris, auxquels étaient venu^ se joindre un ';^rtaJn no/nhre d'habitants du plat pays.

fut un des motifs pour lesquels il se rallia si volontiers à Charles le Mauvais, quelques semaines après que ce prince les eut anéantis.

Car, il faut bien le dire, et ce n'est pas là assurément le fait le moins étrange que présente la vie du fameux prévôt, à peine le roi de Navarre venait-il d'éteindre dans le sang de ses auteurs l'incendie allumé par les Jacques, que l'on vit Etienne Marcel, qui les appuyait naguère, qui peut-être les avait entraînés à la révolte, contracter la plus étroite alliance avec leur exterminateur. Mais rendra-t-on Marcel responsable de ce revirement trop rapide? Lui reprochera-t-on l'abandon volontaire de ses premiers alliés? N'est-il pas plus équitable de voir dans ce changement de cause et de sympathies une de ces nécessités d'État, un de ces expédients politiques auxquels les chefs de parti et les révolutionnaires ont été et seront toujours condamnés?

Triste et trop ordinaire exemple des suites funestes qu'entraîne après elle une politique violente et révolutionnaire! A l'homme d'État, qui s'est une fois abandonné à cette furie, il ne reste plus même le choix des expédients. A peine est-il sorti d'une aventure, qu'il lui faut se jeter dans une aventure nouvelle, dût-il ainsi se contredire lui-même de la façon la plus honteuse. Encore si l'homme d'État révolutionnaire était soutenu, au milieu de ces tergiversations, toujours humiliantes, souvent criminelles, par Tespoir du succès! Mais le plus souvent, hélas ! avant de se précipiter dans l'abîme, il a laissé, comme les damnés de Dante, sur le bord du gouffre, toute espérance.

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