CHAPITRE m
pour faire le siège du château d'Ermenonville, ne prirent aucune part à la tentative dirigée contre le marché deMeaux. Robert de Lorris venait à peine de se rendre, lorsque le capitaine général des paysans apprit que le roi de Navarre, à la tête d'une foule de gentilshommes, se disposait à attaquer les Jacques restés en Beauvaisis; à cette nouvelle, il s'empressa de retourner sur ses pas pour essayer de défendre les siens contre les attaques d'un aussi puissant ennemi. Cette nécessité de tenir tête à Charles le Mauvais fut sans aucun doute la principale raison qui détermina Guillaume Cale à se séparer des gens d'armes de Paris, quelques jours à peine après avoir opéré sa jonction avec eux. Mais peutêtre est-il permis de conjecturer que le capitaine des Jacques obéit encore dans cette circonstance à une autre inîpulsion. L'attaque du marché de Meaux, où se trouvait la duchesse de Normandie, femme du régent, était un défi jeté au dauphin, représentant du pouvoir royal, plus encore qu'à la noblesse. Or, les paysans, déchaînés contre les nobles, étaient loin de nourrir les mêmes sentiments de haine contre la royauté. Ils lui pardonnaient ses fautes en considération de ses malheurs. Ils lui savaient gré de ses bonnes intentions, si stériles qu'elles fussent presque toujours restées. Enfin ils l'aimaient de cet amour instinctif, profond, indestructible qu'on a pour la patrie, dont ils persistaient à voir en elle la personnification. Il y a donc lieu de supposer que les Jacques d'Ermenonville furent heureux de prétexter le soin de leur propre défense pour ne pas s'engager dans une aventure dirigée surtout contre une autorité pour
laquelle ils se sentaient toujours un fonds d'affection. Ce qui vient à Tappui de notre conjecture, c'est que, d'après le contenu d'un grand nombre de lettres de rémission, les commissaires que Marcel envoyait attaquer le marché durent recourir presque partout à la force pour décider les paysans des villages placés sur leur route à se joindre à eux.
Quels qu'aient été les motifs de sa conduite, il est certain que Guillaume Cale se sépara brusquement des gens d'armes de Paris au moment où ceux-ci furent dirigés contre le marché, et regagna avec tous ses Jacques le Beauvaisis. Obéissant aux ordres du prévôt des marchands, les deux commissaires de la municipalité parisienne, Pierre Gilles et Jean Vaillant, se mirent en marche, chacun de leur côté, vers Meaux, à la tête de leurs gens d'armes. Tous les châteaux des nobles qui se trouvèrent sur leur route, soit de Gonesse, soit d'Ermenonville à Meaux, furent pillés, puis démolis et livrés aux flammes. Les hommes de Pierre Gilles, notamment, pillèrent et dévastèrent, au point de le rendre inhabitable, un manoir que messire Jean de Charny, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel du roi, possédait dans la commune dont il portait le nom. Non content de cette destruction, Pierre Gilles chargea quatre cents paysans, tant du Parisis que du bailliage de Meaux, de faire subir le même sort à deux autres manoirs situés sur la rive droite de la Marne et appartenant à ce même seigneur K
1 Voir une lettre publiée aux. pièces justificatives et le- n° 286 du reg. 86 du Très, des Charl.