CHAPITRE III
En même temps, Pierre Gilles et Jean Vaillant, dans toutes les villes, bourgs et simples villages qu'ils traversaient, contraignaient de se joindre à eux les habitants en état de porter les armes K C'est ainsi que les gens d'armes de Paris, ceux de la troupe de Gonesse comme ceux de l'expédition d'Ermenonville, virent leurs rangs se grossir en chemin par l'adjonction plus ou moins volontaire d'un certain nombre de paysans. Néanmoins, Froissart peut paraître quelque peu suspect d'exagération, quand il évalue à 9,000 hommes les troupes réunies de Pierre Gilles et de Jean Vaillant, au moment où elles arrivèrent sous les murs de Meaux -. Apprenant l'arrivée de ces auxiliaires, les bourgeois, qui les attendaient impatiemment, s'empressèrent d'aller au-devant d'eux. Les Parisiens firent leur entrée dans Meaux par la porte Saint-Remi 3, toutes bannières déployées ^, le samedi 9 juin ^, veille de la fête de saint Barnabe, apôtre. Ceux de Meaux donnèrent des ordres pour qu'on leur distribuât aussitôt toutes sortes de
i Voici la preuve de cette assertion, en ce qui touche Pierre Gilles :
et avecques ce, quant Pierre Giles et ses complices alèrent à
Meaulx, il commanda aux dessus diz, en passant par le dit Tramblay, qu'il allassent avecques lui, en les menassant d'ardoir leur ville et maisons, s'il n'y aloient : pour paour de laquelle chose les diz supplians.... alèrent à Meaulx.... >• {Très, des Chart., reg. 86, p. 286 : lettres de rémission d'août 1358.) Quant à Jean Vaillant, il reçut, à ce qu'il parait, un renfort de ce genre à Silly-en-Multien, et non à Tilly, selon la mauvaise leçon de Secousse {Hist. de Ch. le M., t. I, p. 248). Ce qui a fait dire, par erreur, à Pierre d'Orgemont que les 500 gens d'armes dont Jean Vaillant était capitaine s'étaient assemblés à Silly. (Gr. Chron. de France, édit. de M. P. Paris, in-fol., p. 1473, ch. 77.)
* Froissart, Chron., édit. de Luce, t. V, p. 104. ' Très, des Chart., reg. 86, p. 211.
♦ Ibid., ifeg. 105, p. 91.
• « Ibid,, reg. 86,|p. 274 et 211.
rafraîchissements; ils firent même dresser pour eux dans les rues des tables garnies de nappes, sur lesquelles on mit du vin, du pain et de la viande ^
Après le repas, les Parisiens, les Jacques et les habitants de Meaux réunis se disposèrent à attaquer le marché. Ils étaient si nombreux, dit Froissart, que, depuis l'extrémité septentrionale de la ville jusqu'à cette forteresse, située au sud, toutes les rues étaient pleines et encombrées de gens d'armes. S'élant rangés en bataille, les assaillants s'approchèrent du marché soudainement, sans que les assiégés s'en donnassent de garde, et l'attaquèrent très vivement.
A leur approche, les femmes qui se trouvaient dans cette forteresse se mirent à pousser des cris de frayeur. Mais le comte de Foix et le captai de Buch, sans attendre l'assaut, faisant ouvrir toute grande la porte du marché, s'avancèrent à la rencontre de leurs agresseurs, à la tête d'environ vingt-cinq hommes d'armes. En avant de cette troupe, on voyait flotter dans les airs la bannière du comte et le pennon du captai.
L'engagement eut lieu sur le pont de la Marn^, qui fait communiquer, comme on l'a vu plus haut, la ville de Meaux, située sur la rive droite de ce fleuve, avec le marché, placé sur sa rive gauche. Dans un espace aussi resserré, il était impossible de combattre autrement que sur un front très peu développé et seulement homme contre homme. Cette circonstance assura l'avantage aux nobles.
ï Gr. Chron, de France, édit. de M. P, Paris, in-fol., p. 1473, ch. 77.