‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 77 sur 106 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sur le fait de leur participation à Tattaque du marché deMeaux *.

Quoi qu'il en en soit, la vengeance que les nobles exercèrent après l'issue de la lutte ne fut pas moins impitoyable que la lutte elle-même. Toute la ville fut mise au pillage. Non seulement les habitations des particuliers, mais les églises elles-mêmes furent saccagées : on n'y laissa rien qui pût avoir quelque valeur. Une partie de la population de Meaux fut massacrée. Ceux des habitants qui eurent la vie sauve furent emmenés prisonniers dans la citadelle. Le maire, Soûlas, pris pendant le combat, fut pendu. Cela fait, les nobles mirent le feu à la ville. L'incendie dura quinze jours; il consuma le château royal et un grand nombre de maisons, entre autres, quelques-unes de celles des chanoines 2. Tous les vilains qui y étaient enfermés périrent dans les flammes. Si la grande église ne fut point endommagée, tout ce qu'elle contenait, nous l'avons dit, fut pillé et emporté. L'hôpital fit aussi de très grandes pertes.

De telles rigueurs auraient dû, ce semble, assouvir

* Très, des Chart., reg. 86, p. 213, 211, 283, 381, 340, 236, 274, 212, 288, 300, 290, 201, 532, 148, 341, 312, 286, 420, 421, 233, etc.... Louis de Chambly, à qui appartenait le château de Boissy dans la capitainerie deMeaux, est mentionné comme mort dans des lettres de rémission accordées par le régent, à Paris, en août 1358, à Phelippot Roussel, portier du roi, et à Phelippot le Fèvre, sergent à cheval au Châtelet, ^% avec Huet Lermite, serviteur de feu Louis de Chambly, et Bricet ^'crt, écuyer, serviteur de Louis de Pomponne, panetier du roi, avaient enfermé Pierre Baiart au château de Boissy et l'avaient rançonné à 200 écus d'or. JJ86, n» 315.

^un de ces chanoines, Guillaume de Chavenoil, fut un de ceux qui ^ïïseillèrent de faire venir à Meaux les gens d'armes de Paris. (Très. ^« ''W^., reg. 86, p. 274.)

14i ROLE d'Etienne marcel dalNs la jacquerie.

le ressentiment des nobles. Il ne se trouva point encore satisfait. « Les habitants de Meaux, disent les lettres de décembre 1373 déjà citées S pour leur détestable fait, furent lors atteints et convaincus du cryme de leze majesté, ou premier chief, et eux et toute leur postérité cheyoient en estât de toute dampnation, et ladite ville de Meaux, de devoir estre et demeurer à toujours inhabitable. t> Toutefois le régent, en considération du doyen et du chapitre de Meaux, et à la prière de quelques bonnes villes, qui avaient intercédé auprès de lui en faveur des habitants de cette malheureuse cité, voulut bien lui octroyer des lettres d'abolition -. Mais la commune de Meaux fut supprimée et réunie à la prévôté de Paris.

Les nobles se ruèrent ensuite, comme des furieux, sur les campagnes environnantes, égorgeant tous les vilains qu'ils pouvaient atteindre et mettant le feu à leurs villages. Les désastres furent tels, que, s'il faut en croire un chroniqueur, les nobles causèrent en cette occasion plus de maux au royaume que les Anglais eux-mêmes, ces ennemis-nés de la France, n'auraient pu lui en faire ^.

Le succès de Meaux fut troublé par l'échec que les nobles essuyèrent devant Senlis, quelques jours après. Ayant appris que les Jacques y avaient trouvé

* Très, des Chart.^ reg. 105, p. 91.

* Ces lettres ne se retrouvent pas ; mais le précis en est rapporté dans des lettres du mois d'août 1358. [Très, des CharL, reg. 86, p. 216.)

3 « .... Nam re vera Anglici, qui erant regni inimici capitales, non potuissent egisse quod nobiles intranei tune egerunt. » (Altéra CorUin. G. de Nangis, dans d'Achery, SpiciL, t. III, p. 119, col. 2 et 120.)

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