‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 78 sur 106 · CHAPITRE m. lis · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. lis

asile et appui, les gentilshommes avaient marché contre cette ville, réservant à ses habitants le sort qu'ils venaient de faire éprouver à ceux de Meaux. Mais les bourgeois de Senlis, informés à temps de ce projet, purent prendre les précautions nécessaires pour repousser leurs ennemis. Des chariots, hérissés de faux tranchantes, furent placés dans la partie supérieure des rues montueuses de cette cité. Des gens d'armes reçurent Tordre de se cacher dans les principales maisons, afin de tomber de là à l'improviste sur les nobles, au moment où ils entreraient dans la ville. En même temps, des femmes se placèrent aux fenêtres, avec d'énormes vases remplis d'eau bouillante.

Tous ces préparatifs étaient terminés, lorsque les nobles arrivèrent sous les murs de Senlis, le 13 juin ^ Ils se présentèrent à la porte, du côté de Paris. Là, ils demandèrent l'entrée, et sommèrent les habitants de remettre sur-le-champ en leurs mains les clefs de la ville, se prétendant faussement envoyés par le régent, duc de Normandie.

Les bourgeois de Senlis, dont toutes les mesures étaient prises, leur ouvrirent les portes, et les laissèrent entrer, sans faire de difficultés. Alors les nobles, ne doutant plus du succès et croyant déjà avoir tout à eux, s'avancèrent, l'épée haute, avec la plus insolente audace. Arrivés sans rencontrer de résistance jusqu'au

* Très, des Chart., reg. 86, p. 421. « .... Comme, le jour de la Beneisçon derrain passée, pluseurs gentilz hommes se feussent efforciez d'en-

Irer en la ville de Senlis La Bénédiction désigne Touverture du

Lendit, deuxième mercredi de juin, le 13 juin en 1358*

milieu de la grande rue, ils se mirent à pousser le cri convenu, pour donner le signal de l'attaque et du pillage.

Mais à peine ce cri avait-il retenti, que les chariots qui garnissaient le haut de la rue, lancés vigoureusement à force de bras et roulant sur une pente rapide, tombèrent avec une violence irrésistible sur les assaillants et les culbutèrent eux et leurs chevaux. En même temps, les gens d'armes, qui s'étaient tenus jusque-là cachés dans les maisons, sortant tout à coup de leurs retraites, le glaive à la main, massacrèrent les cavaliers abattus, tandis que les femmes lançaient par les fenêtres sur leurs têtes des flots de poix fondue et des torrents d'eau bouillante.

Les nobles, déconcertés par une résistance aussi inattendue, ne tardèrent pas à tourner le dos. Ils effectuèrent leur retraite dans le plus grand désordre, et leur déconfiture fut un sujet de dérision. Ils laissèrent toutefois sur la place les plus hardis de leurs compagnons; ceux-là, du moins, ajoute naïvement le chroniqueur, ne nuiront plus aux habitants de Senlis *.

* Altéra conL G. de Nangis, dans d*Achepy, SpicU., t. III, p. 120, col. 1. « Qui, usque Meldis adsuos revertentes et damnum suum narrantes, facti sunt omnibus in derisum; qui vero mortui remanserunt, genti Silvanectensi amplius non nocebunt. » On peut conclure de ce passage que les gentilshommes renfermés dans le marché de Meaux prirent part à l'expédition contre Senlis.

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