‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 81 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

leur confiance, ces laboureurs, improvisés soldats, perdirent Tespoir du succès, et, avec cet espoir, leur plus grande ou plutôt leur seule force. Robert Sercot prend en flanc un de leurs corps d'armée, qui est bientôt rompu et dispersé. Ailleurs, les gentilshommes, chargeant leurs ennemis à fond de train, de toute l'impétuosité de leurs coursiers, les mettent en pleine déroute et en font un grand carnage ^ A la vue de cette déconfiture, les gens de cheval du côté des Jacques prennent la fuite et se sauvent en grande partie : néanmoins cent d'entre eux sont tués par quelques chevaliers qui s'acharnent à leur poursuite. Les gens de pied succombent en masse sous les coups des hommes d'armes du roi de Navarre. Quelques-uns seulement, qui s'étaient tapis dans les blés, parviennent ainsi à déjouer toute recherche et à sauver leur vie.

Après cette victoire ou plutôt cette boucherie, le roi

* D*après M. Graves {Statistique du canton de Liancourt, au mot Catenoy), le lieu du massacre, encore connu sous le nom de « Champ de bataille, » serait situé à Touest de Catenoy (Oise, arr. Glermont, c. de Liancourt), vers Nointel, et non pas vers Montdidier, ainsi que le raconte Jean de Venette. D'après les Grandes Chroniques, cette bataille fut livrée dans le même temps qu'eut lieu l'affaire de Meaux.

Or, les bandes parisiennes entrèrent à Meaux le samedi 9 juin, et elles venaient d'Ermenonville, où elles avaient quitté Guillaume Cale qui était parti en toute hâte pour Mello. D'Ermenonville à Meaux, il y a à peine une journée de marche; mais comme elles avaient enrôlé de gré ou de force et s'étaient incorporé à Silly en Multien 500 paysans, on peut admettre qu'elles aient mis deux jours. De cette façon, les Parisiens et les Jacques se seraient séparés à Ermenonville dans la journée du jeudi 7 juin. Le vendredi 8 au matin, Guillaume Gale serait arrivé à Mello. Pendant toute cette journée du vendredi et celle du samedi 9, l'armée de Charles le Mauvais et celle de Cale seraient restées en présence, et la bataille se serait livrée le dimanche 10, le lendemain de l'affaire de Meaux et trois jours avant celle de Senlis. Flammermont, Revue historique, janvier-avril 1879, p. 139, note 3.

de Navarre se rendit à Clermont. Là, pour consommer sa vengeance et celle de la noblesse, il fit trancher la tête de Guillaume Cale et de quelques-uns de ses principaux complices, après avoir couronné, dit-on, le roi des paysans d'un trépied de fer rouge K Parmi les Jacques qui subirent ainsi le dernier supplice, quelquesuns sans doute avaient été livrés par les bourgeois de Clermont 2. Le roi de Navarre, voulant récompenser les habitants de cette ville du service qu'ils lui avaient rendu dans cette circonstance, les prit sous sa sauvegarde 3.

Les habitants d'Angicourt 4, village des environs de Clermont, suivant l'exemple de cette ville et d'un certain nombre de communes du voisinage, obtinrent aussi la faveur d'être placés sous la sauvegarde du roi de Navarre ; ils espéraient se mettre, par ce moyen, à couvert du ressentiment des nobles. Mais il paraît que cette précaution fut inutile à ceux qui l'avaient prise : tout ce pays n'en fut pas moins pillé, brûlé et ruiné par les gentilshommes. Plus de huit cents Jacques succom-

* Baluze, HisL Pap, Aven.j Vita prima Innocentii VI, I, 334.

2 Une lettre de rémission du Trésor des Chartes (reg. 90, p. 288) dit expressément que les habitants de Clermont livrèrent au roi de Navarre G. Cale et ses principaux complices. En ce qui concerne le capitaine du Beauvaisis, cette assertion est contredite par le second continuateur de Nangis (d*Achery, Spicileg., t. III, p. H9, col. 2) et par Tauteur de la Chronique des quatre premiers Valois. Mais rien n'empêche d'admettre que quelques-uns des principaux complices de Cale, qui avaient survécu à la grande défaite des Jacques et qui avaient pu chercher un asile derrière les remparts de Clermont, aient été livrés au vainqueur par les habitants de cette ville.

» Très, des Chart., reg. 90, p. 288.

^ Et non Augicourt, selon la mauvaise leçon de Secousse. {HisL de Ch. le M,, 1. 1, p. 256.)

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