‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 82 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bèrent sous les coups de leurs ennemis, tant à Clermont qu'aux alentours de cette place *.

Après Texécution de Guillaume Cale et de ses complices, Charles le Mauvais se dirigea avec son armée du côté de Montdidier, contre une troupe de Jacques. Il les attaqua de concert avec le comte de Saint-Paul et les fit passer au fil de Tépée 2. Quelques jours auparavant, un combat s'était livré près de Poix, entre un détachement de gentilshommes qui amenaient des renforts au roi de Navarre et des bandes de Jacques qui allaient se joindre à l'armée de Guillaume Cale. Cette rencontre coûta la vie à plus de quinze cents paysans. Dans une autre mêlée sanglante qui eut lieu entre Roye et Gerberoy, les mêmes gentilshommes tuèrent huit cents Jacques; ils en brûlèrent aussi trois cents, en mettant le feu à un monastère où ils s'étaient réfugiés. A Gaillefontaine enfin, ils mirent à mort mille paysans. En Brie, le comte de Roussi faisait pendre les Jacques

à la porte de leurs chaumières.

De Clermont, le roi de Navarre alla occuper Senlis, dont les habitants avaient reçu les Jacques à bras oif- ' verts, quelques semaines auparavant. Les bourgeois de cette ville, sans doute pour se faire pardonner cette faute, nommèrent le roi de Navarre leur capitaine 3. Cela nous prouve que si le régent attaqua aussi, de son côté, les Jacques, il n'y eut néanmoins aucun concert entre lui et le roi de Navarre, puisque celui-ci prenait

* Chron. normande du XIV* siècle, p. 130.

2 Contin. de G. de Nangis, d'Achery, Spicil., t. III, p. H9, col. 2.

» Très, des Chart., reg. 86, p. 387.

154 ROLE d'ÉTIENNE MARCEL DANS LA JACQUERIE.

le titre de capitaine dans un pays où le régent avait envoyé un autre délégué, le sire de Saint-Sauflieu.

Le duc de Normandie avait pris les armes contre les paysans, dès le commencement de Tinsurrection. Ayant été informé, vers la fin du mois de mai, par Jean Dernier, de Villers-Saint-Paul, de ce qui se passait dans le Beauvaisis et aux environs de Creil et de Senlis, il envoya son amé et féal chevalier et conseiller, le sire de Saint-Sauflieu, en qualité de capitaine, pour défendre ce pays *. Des détachements furent sans doute dirigés vers les autres contrées où le soulèvement se répandit, et le prince prit toutes les mesures propres à arrêter le cours de la révolte.

L'attaque du marché de Meaux acheva de rendre les Jacques odieux au dauphin. C'était un véritable défi jeté au régent qu'une tentative contre cette forteresse où se trouvait alors sa femme, la duchesse de Normandie. Mais les seuls coupables dans cette affaire étaient, à le bien prendre, les Parisiens et les habitants de Meaux. Si un certain nombre de campagnards des environs de cette ville avaient pris part à l'attaque du marché, ils y avaient été contraints, ainsi que nous Tavons vu, par la menace et la violence. Le régent ne fit pas moins porter sur les paysans, aussi bien que sur la commune de Meaux et sur celle de Paris, le poids de sa vengeance.

Ce prince était à Sens depuis une semaine, lorsqu'il apprit cette nouvelle, le vendredi 15 juin. Aussitôt il

i Très, des Chart., reg. 86, p. 387.

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