‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 84 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pendus, et il sera permis de leur résister par voye de fait *. »

En présence de textes législatifs aussi nombreux, aussi formels, les Jacques, s'ils s'étaient contentés de donner la chasse aux brigands, ne pourraient encourir aucun blâme fondé, même au point de vue de la légalité la plus stricte ; ils n'auraient fait, on le voit, qu'user d'une autorisation, qu'obéir à une injonction, plusieurs fois renouvelée par des ordonnances royales. Malheureusement il n'en fut point ainsi. Toutefois, il y a lieu de croire que cette pensée de défense, de résistance aux brigands, animait surtout les gens des campagnes, quand ils commencèrent à se soulever et à prendre les armes. C'est du moins ce que l'on peut conclure des lettres de rémission générale données par le régent, le 10 août 1358 2, en faveur de tous ceux* qui avaient pris part à la Jacquerie. D'après ces lettres, les paysans s'étaient d'abord rassemblés sur les champs en armes « sanz l'autorité et licence de nostre dit seigneur 3, pour avoir avis et deliberacion comment chascun païs en droit soy pourroit mieulx résister au fait des Engloys et autres ennemis du royaume de France^ qui, par les chastiaux et forteresses que il ont prins et tiennent en y celui, ont gastéj destruit et pillié, et encores font de jour en jour. »

Il faut savoir gré aux Jacques de celte pensée de résis-

1 Des états généraux et assemblées nationales, VIII, p. 298, 303, 320, 344, 346, 359.

* Elles seront publiées dans les Pièces justificalives.

^ Si Ton confronte ces mots avec les articles des ordonnances que nous avons cités, la royauté parait en contradiction avec elle-même.

16i ROLE d'Etienne marcel dans la jacquerie.

tance légitime qui détermina au début leurs rassemblements à main armée, et qui fit trop vite place à des sentiments de vengeance et de haine contre les nobles. Une fois réunis, les paysans se dirent qu'après tout ce n'étaient ni les Anglais ni les brigands qui leur avaient fait le plus de mal. En opprimant le peuple de France, les mercenaires de l'étranger avaient du moins cette excuse d'être dans leur rôle; mais les nobles accablaient de vexations ceux qu'ils auraient dû protéger; ils étaient donc doublement coupables. Le brigandage, il est vrai, était un fléau terrible, mais la noblesse n'était-elle pas la cause principale et plus ou moins directe de ce fléau? Si les brigands étaient désormais cantonnés presque sur tous les points du territoire qu'ils infestaient, n'était-ce pas la faute de ces vaincus de Courtray, de Crécy, de Poitiers, qui, voulant se réservei orgueilleusement le privilège de la défense nationale n'avaient pas su empêcher l'ennemi d'envahir 1' royaume par tous les côtés à la fois, de pénétrer et d s'établir en maître au cœur même de la France N'étaient-ce pas. encore les nobles qui donnaient li^ aux brigands de commettre le crime avec impunité < de prolonger leur désastreux séjour dans les pays qu'il ravageaient, en laissant prendre par ceux-ci leurs forte resses féodales, aires inaccessibles du haut desquelle) ces bandits, après s'être abattus comme des oiseaux di proie sur les campagnes environnantes, pouvaient braver l'impuissante fureur de leurs victimes ? Beaucoup de nobles enfin ne vivaient-ils pas en bonne intelligence avec ces pillards, et ne s'entendaient-ils pas

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