‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 87 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pressé de leur retirer son concours. Marcel en un mot fait tous ses efforts pour atténuer aux yeux des communiers flamands la faute qu'il avait commise. En même temps, et c'est ce qui peut paraître singulier, il n'a que des reproches et des paroles de blâme pour ses anciens alliés; et pourtant le bien qu'il en eût dit, sauf des restrictions obligées, eût été la meilleure excuse de la coopération qu'on lui reprochait et qu'il avait tant à cœur de se faire pardonner. Il faut en conclure qu'il était tout à fait impossible de réhabiliter les Jacques ou seulement de pallier leurs excès, puisque l'homme dont la cause s'était trouvée un instant confondue avec la leur ne l'a pas même tenté.

Favorable au fameux prévôt, l'auteur anonyme de la Chronique des quatre premiers Valois laisse encore percer une sympathie marquée pour les Jacques ; néanmoins, il nous fait voir l'insurrection de 1358 absolument sous le même jour que Marcel, Froissart et Pierre d'Orgemont. De la réprobation générale où il enveloppe tous les paysans insurgés, il n'excepte que le capitaine général du Beauvaisis, Guillaume Cale, dont il a fait le plus bel éloge. « Entre eulx estoit ung homme bien sachant et bien parlant, de belle figure et fourme. Gestui avoit nom Guillaume Charles. Les Jacquez en firent leur chief. Mais il vit bien que festoient gens de petit fait, pourquoi il fit reffuz d'en avoir le gouvernement.... Et quand les Jacques se virent grant assemblée, si coururent sus aux nobles hommes et en occistrent pluseurs, et encore firent'ilz pis comme gens desvez, forcené z et de petit ensient. »

170 ROLE DÉTIENNE MAhCEL DANS LA JACQUERIE.

Jean de Venette enfin, qui fait si volontiers et si amèrement la satire de la noblesse, Jean de Venette, à qui Ton a reproché plus d'une fois d'être Jacque de sentiments et de tendances, n'a pas d'expressions assez dures pour qualifier l'émeute de 1358. Il l'appelle un excès monstrueux, monstruosum negotium; une sotte afl^aire, fatuum negotium. Plus sévère encore que l'auteur de la Chronique des quatre premiers Valois, il ne fait grâce à aucun de ceux qui prirent part au soulèvement : « Ceux même, dit-il, qui, en se plaçant à leur point de vue, avaient au premier moment paru obéir dans leur révolte à un certain besoin de justice, parce que leurs seigneurs, au lieu de les défendre, les opprimaient, tombèrent dans la licence et le crime *. »

Lorsqu'un écrivain contemporain, fils de paysans, né dans la contrée même où éclatèrent les effrois, dévoué de toute son âme à la cause populaire, nous donne une idée si défavorable de la prise d'armes des Jacques, qui pourrait aujourd'hui en prendre la défense et en faire l'apologie ? Lorsque tous les écrivains, tous les chroniqueurs de cette époque, si différentes que soient leurs sympathies et leurs tendances, et malgré la divergence habituelle de leurs opinions, sont d'accord pour nous peindre le mouvement de 1358 comme une émeute sauvage dont les passions les plus féroces ou les plus viles profitèrent pour s'assouvir, de quel droit un écrivain de nos jours prétendrait-il leur donner un dé-

I D'Achery, Spicil., t. 111, p. 119.

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