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CHAPITRE IV

DE LA JOYEUSE-ENTRÉE DE JEAN IV, DU PRIVILÈGE DU RVWAERT ET DU MELW REGI M EXT DE JEAN IV.

Le besoin de domination esl un des instincts moraux les plus im|K?rieux de la nature humaine. Il se manifeste à tous les degrés de l'échelle sociale : chez les uns par l'impatience d'obéir, chez les autres par la tendance invincible à ne pas reconnaître d'égaux, ou a étendre toujours les limites des attributions qui leur sont confiées. Quand le pouvoir souverain lui-même, après avoir miné les pouvoirs secondaires, se trouve devant l'initiative privée, il cherche encore à la dominer, à l'attirer à lui, souvent au grand détriment des intérêts et de la liberté des individus.

C'est cette tendance intime* qui fait que partout où un monarque partage avec un corps politique unique l'exercice du pouvoir souverain , il y a entre eux lutte de prééminence. Chacun d'eux veut réduire son adversaire a une position d'infériorité; chacun d'eux étend son action et interprèle ses droits et ses prérogatives de la manière la plus extensive. Unis quand un danger extérieur menace l'existence sociale elle-même, prince et corps délibérant se concertent pour le conjurer; mais à peine l'orage est-il éloigné de leurs têtes, que la lutte reprend plus vivace et plus acharnée. Heureux encore le peuple si les puissances rivales n'usent que de voies légitimes et n'ont pas recours à ces coups d'État, si nombreux dans l'histoire, toujours fâcheux pour la stabilité des institutions et pour la moralité des individus!

Dans nos gouvernements constitutionnels modernes, le partage de la représentation nationale en deux corps séparés sauve en partie la nation de ces luttes fâcheuses. Il est à prévoir que, constitués sur des bases plus ou moins différentes, un des corps représentatifs aura intérêt à se joindre

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à la royauté pour empêcher son absorption , et pour sauvegarder ainsi ses propres prérogatives et sa propre existence.

Dans l'ancien régime, ces garanties n'existaient pas plus en Brabanl qu'ailleurs. D'un coté, il y avait le pouvoir ducal , de l'autre côté, le pouvoir des étals, et ces deux pouvoirs étaient en lutte perpétuelle d'influence. Sortie de celte situation , la Joveuse-Enlréc continua à être le miroir où se réfléchirent , pendant de longues périodes , les fortunes diverses de la lutte.

La mort d'Antoine de Bourgogne signala à la fois la constitution déiinilive des élats de Rrabant et l'accroissement de leur puissance que le règne de Jean IV amena à son apogée.

Antoine était tombé à Azincourt , glorieusement enseveli dans sa bannière brabançonne. Aucune disposition n'avait été prise pour le gouvernement du duebé, ni pour la tutelle de ses enfants encore mineurs. Les élals formaient la seule autorité qui subsistât dans le duché. Ils s'emparèrent du pouvoir et se montrèrent à la hauteur des circonstances. Ils nommèrent un conseil de régence pour gouverner, sous leur surveillance, le duché jusqu'à la majorité de Jean IV. Los chefs-villes auraient bien voulu profiler du bas âge du duc pour insérer de nouvelles clauses dans sa Joyeuse-Entrée; mais les nobles et les prélats s'y opposèrent; cl, le lo janvier 1416, Jean IV fut inauguré solennellement à Louvain, en jurant toutes les dispositions de la charte inaugurale d'Antoine de Bourgogne. Il devrait prêter un nouveau serment à sa majorité *.

Beaucoup de causes amenèrent la prééminence du pouvoir des élals durant le règne de Jean IV. Deux fois par leur sagesse ils avaient sauvé l'héritage du duc, et des prétentions de l'empereur Sigismond et des prétentions de Jean sans Peur. Ce dernier voulait avoir la tutelle de ses neveux, ce qui aurait pu avoir les conséquences les plus graves pour le maintien des institutions et île l'esprit national î . D'un autre coté, le jeune duc, par ses prodigalités excessives, avait forcé les villes à un coup d'éclat; en 1417, elles sciaient emparées, du consentement des nobles et des prélats, de l'admi-

1 Publications de la Commission d'histoire, Chronique de De Dynter, t. lit, p. 301». * L'abbé Naméehe, ouvr. <ilé, t. IV, p. 713, antérieures et suivantes pour les pointe de Imîi qui y sont parfaitement exposés.

CONSTITUTION BRABANÇONNE

uistration du domaine. Elles défendirent au duc de faire aucune nomination sans l'assentiment de ses conseillers-tuteurs, et bannirent du Brahant plusieurs de ses officiers

Après des faits de cette nature, on conçoit qu'en prenant |>ar lui-même et définitivement, en 1418, les rênes du gouvernement , il devait être difficile au duc Jean IV de ressaisir son pouvoir et de dominer les étals.

Au lieu de rivaliser avec eux de prudence et de sagesse , il persévère dans ses désordres financiers et dans la conduite la plus légère. Enfin , poussé par un esprit de vertige, il introduit la division dans le pouvoir ducal lui-même et rompt avec la duchesse Jacqueline de Bavière.

Les états se joignent à Pépouse outragée; une lutte ouverte s'engage entre les étals et le. duc, et ce dernier, sans énergie pour accepter une situation qu'il avait créée, abandonne la partie et quille le pays. Son frère, Philippe de Sainl-Pol, est nommé ruuwrt du duché de Brabant.

De ces faits sortit cet acte célèbre dans l'histoire du Brabant qu'on nomme het Meutv Reyiment van hertorj Jan IV, et l'acle non moins célèbre appelé le Privilège du ruimert.

(les concessions furent imposées par les états à Jean IV presque comme conditions de sa rentrée en Brabant. Les dispositions en sont remarquables, en ce qu'elles sont calquées sur les besoins impérieux qui s'étaient fait sentir pendant les premières années du règne du malheureux duc, et aussi en ce qu'elles reflètent plus ou moins l'histoire de la ville de Bruxelles , qui , depuis la décadence de Louvain, primait entre les chefs-villes.

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MÉMOIRE SLR L'ANCIENNE

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