‹ Histoire de la joyeuseentrée de Brabant et de ses originesChapitre 37 sur 82 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de la joyeuse-entrée de marie de BOURGOGNE '.

La Joyeuse-Entrée de Marie de Bourgogne signale une phase toute particulière dans le développement régulier du droit public brabançon.

A la mort de Charles le Téméraire, le pouvoir ducal se trouvait dans la position la plus critique : les états ressaisirent partout leur influence, en fait très-amoindrie sous les deux règnes précédents.

Marie de Bourgogne se trouvait à la tète d'une succession magnifique, mais chargée de diflicultés et d'embarras. « Le trésor était épuisé et l'armée » détruite; et puis elle avait à craindre l'ennemi acharné de sa maison, le » perfide Louis XI, qui n'avait pu contenir sa joie en apprenant la défaite de » Nancy et surtout la mort de Charles. Enfin , pour comble de malheur, le » mécontentement était général parmi ses peuples. Ils avaient été menés ru- » dément par le feu duc ; les Gantois surtout avaient dù se courber sous sa » main de fer; mais à peine eurent-ils appris la nouvelle de sa mort, qu'ils » levèrent la tète et causèrent mille embarras à leur souverain.

» Du reste la réaction était générale. A Rruges, à Bruxelles, à Anvers » tout comme à Gand, on cessa d'acquitter les taxes et les gabelles. Les » percepteurs furent maltraités par le peuple , les officiers et les magistrats » insultés ou même rançonnés \ »

Une fermentation violente régnait donc en Bradant comme ailleurs, favorisée par les immenses embarras extérieurs et intérieurs qui assiégeaient la jeune duchesse.

Charles le Téméraire était mort le 5 janvier 1 47". Ce ne fut que le 20 mai

1 Voir l'acte aux Codex Belgicus d'Anselino, annexes de l'édition eilré de 1662 , p. 19. - David, ouv.cilé, pages 248 et suivantes.

CONSTITUTION BRABANÇONNE

de la même année qu'eut lieu à Louvain l'inauguration de Marie. Dans l'intervalle les états de Brabanl avaient pu concerter leurs plans; et, pour éelaircir <|uclquc peu l'avenir, pour se procurer au moins quelque soutien à l'intérieur, la duchesse allait devoir passer par toutes les conditions nouvelles qui lu seraient imposées. Jeune femme entourée de conseillers la plupart odieux au peuple, que pouvait-elle, sinon céder au destin qui pesait sur elle?

Sa Joyeuse-Entrée, outre les principes que nous avons étudiés, consacre quantité de privilèges et renferme quantité de restrictions au pouvoir ducal tout à fait nouvelles. Comme avec l'avènement de Philippe le Beau aucune de ces nouvelles concessions ne fut reconnue d'emblée, nous pouvions hien dire que la charte inaugurale de la duchesse Marie constituait une phase spéciale de la marche des libertés brabançonnes. Il convient cependant d'examiner cet acte de droit public, car plusieurs des principes qu'il admet furent renouvelés plus tard, alors que, par le développement régulier de l'esprit public, les concessions arrachées par la violence furent devenues des nécessités d'une administration libre cl progressive.

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