‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 119 sur 202 · Le P. Itspin, fle/[. Jiir lapoel · texte numérisé non relu

Le P. Itspin, fle/[. Jiir lapoel

3. Molière avait écrit: Les livres cadrent mal avec le mariago. Buasy observa: i 11 n'y a pas de jufçement à Caire dire le mot qaadrer par une servante qui parle Tort mal. quoiqu'elle puisse avoir du bon sens » [Letl.auP. Rspin, 11 avr. 1673). Cf. > Quand il (Tartutrel s'ecric d'un ton plaintif : Ah I si vous daigniei voir d'une Srae un peu bénigne Les ti'ibulatione de votre esclave indigne, il n'y a point de femme qui ne se représente VOffieedet morU, et que ce terrible mol de Iribnlaliom n'épouvante, ou qui n'éclale de rire de l'extravagance de cctt« cxpreesion. Les viritablei Tartuffes sont

pée en prose '. C'est la théorie méine de Desmarest : « il ne faut jamais parler du Héros, ny aux Héros que par des sens et des termes nobles » [Def. du po. her., 28). ^

Tel mot qui n'appartient pas à cette élite peut passer dans la poésie eourante. Les autres conviennent à la prose, où il faut bien prendre ^rde pourtant de ne point introduire des pbrases dont l'usage sera élégant dans le style familier. Les lettres, la conversation en admettent qui ne sauraient être tolérés ailleurs^. 11 en est enfin dont, même en conversation, même en raillerie, quoiqu'on puisse marquer par le ton qu'on ne les approuve pas, mieux vaut s'abstenir.

Il n'entre pas dans mon dessein d'insister sur l'organisation de la littérature, qui appartient à l'histoire littéraire, dont tout le monde au reste a une idée approximative. Mon rôle à moi est seulement de montrer qu'elle s'appuie sur une organisation correspondante du vocabulaire classé d'après les diverses catégories sociales et en vue

plus dclicaUque cela. Ils croiraicDt se trahir par cesBorleade paroles, elils eçavent trop de quelle importance est en amour la politesse du discours, pour ne pas éviter tout ce qui peut blesser une oreille lîne... A l'égard de TartulTe, reprit Orontc, je demeure d'accord avec vous que ce n'est point la manière des hypocrites de faire l'amour en des termes que l'É^çlise a consacres. Ils peuvent bien, quand ils parlent de dévotion, employer les termes d'onction, de tiquéfiction , et mille autres de cette force ; mais, hora de là, ils ne s'en servent Jamais ■ (G. Guércl, Promen. ih y Ciood, éd. Monval, 1869, 54-6).

I. C'est par ta couleur qui embellit tout, que cette prose {celle du TéUmaque) vise i rivaliser avec la poésie, par l'enluminure vive et mignai-de : Si les héros y boivent pour étanchor leur soif, c'est de l'ambroisie et da nectar; ce n'est point dans de» verres c'est dans des coupes d'or. S'ils y mangent, ce n'est point de la viande de sanlc et commune, comme bœuf, mouton, agneau, à quoi Homère réduit précisément toute la somptuosité des festins de ses héros : ce sont des viandes inconnues et d'une rarele extrême. S'ils logent dans quelques maisons de hasard pour se mettre A couvert, ce ne sont pas des maisons bâties à l'ordinaire, de pierres ou de plâtre, ou autres semblables matériaui : ce sont des paiaiz enchantés, fous bitii d'or et d'argent, de pierres prècieuiet et de porphyre. S'ils brûlent du bois pour sechauiTer, ils ne ramassent pas eux-mêmes le premier qui leur tombe sous la main, comme fait Ulysse, qui n'était pas si glorieux qu'eux chez le mime Homère : c'est du bois de cèdre et odoriféritnl d'Arabie, que les déesses leur apportent... Leurs belles femmes et leurs maîtresses n'y ont pas de beaux cheveux blonds cendrés ou d'uo beau noir, comme celles qui passent pour belles parmi nous : elles ont des lre$tet d'or. Elles sont toute» ou rousses ou jaunes (Faydit, TiUmacomanie, 474 ; dans Lanson. L'Art de la prose, m).

ï. Cf. au contraire : Les grands mois, font si peu l'essence entière du sublime, qu'il y a même dans les bons écrivains des endroits sublimes dont la grandeur vient de la petitesse énergique des paroles, comme on le peut voir dans le passage d'Hérodote, qui est cité par Longin : ■ Cléomène étant devenu furicun, il prît un couteau dont il se hacha la chair en petits morceaux ; et s'étant ainsi déchiqueté lui-même, il mourut D car on ne peut guère assembler de mots plus bas et plus petits que ceui-ci, I te hacher la chair en morceaux, et se déchiqueter soi-même n. On y sent toutefois une certaine force énei^ique qui, marquant l'horreur de la chose qui y est énoncée, a je ne sais quoi de sublime (Boileau. Zxingin, Réfl. X, éd. B.S.P., 111, 353].

3. Si f aime le moita du monde mes intérêts.. . La conversation soufFriroit cette manière de parler ; hors de-là elle n'est pas régulière {Seiitim.crit.$. les CaracJ., l^^j.

des divers genres littéraires. Il y a, en somme, beaucoup de réalité historique dans la célèbre description qu'Hugo a faîte du lexique classique :

l'idiome.

Peuple et noblesse, était l'image du royaume ;

La poésie était la monarchie ; un mot

Etait un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud ;

Les syllabes pas plus que Paris et que Londre

Ne se mêlaient; ainsi marchent sans se confondre

Piélonsi et cavaliers traversant le Pont-Neuf ;

La langue était l'état avant quatre-vingt-neuf ;

Les mois, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes ;

Les uns. nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,

Les Méropes, ayant le décorum pour loi.

Et montant à Versaille aux carrosses du roi ;

Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,

Habitant le patois; quelques-uns aux galères

Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas ;

Déchirés, en haillons dans les halles, sans bas,

Sans perruque ; créés pour la prose et la farce ;

Populace du style au fond de l'ombre éparse ;

Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef

Dans le bagne Lexique avait marqués d'une F ;

N'exprimant que la vie abjecte et familière,

Vils, dégradés, Qétris, bourgeois, bons pour Molière.

(Réponse à un acte d'accusaUoit, ConlemplatCons, I, 28-29, éd. HeUel].

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