‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 127 sur 202 · AUTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE · texte numérisé non relu

AUTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE

Oasesouvient que Vaugclasavaitdéfendu dédire: J'aireçu la vôtre je vous écris celle-cy. La règle, reprise par Marg. BulFet (88), Ménage, (0,,l, S06) et de Callières, [Bon et m. us., 2.)4-S), sera justifiée en raison par Grimarest, qui en fait un précepte de politesse '.

Dans les bureaux des ministères, dans les chancelleries, existaient des formulaires, dont les termes avaient été minutieusement discutéi;, pour tous les cas qui pouvaient se présenter. Le roi avait le sien, même pour ses relations avec ses plus proches parents; la reine '^, les princes du sang, les ministres, avaient aussi chacun le leur-'. Pour les rapports avec les souverains étrangers, le protocole était fixé à la suite de négociations diplomatiques très laborieuses. Louis XIV observait des nuances infinies pour marquer le cas qu'il faisait de tel ou tel autre roi ou prince '.

on met simplement en une li(;ne au bas de l'envelope : A Monseigneur : A Uonseigntar le Duc de Bourgogne, l'our les Pettts-Kils de France, on t^cril bu haut de l'cuvelope A. S. A. R., el un peu au-dcesons, en commencanl A un ticra de l'cnvelope ; Monseigneur, et enlin tout au bas : Monseigneur U Duc de .V.

La première mention varie : - Aux Princes du Sang, on écrit : A.S.À.S., Aux Princes étrangers: A. 5. A.; Aux grands SeiKncursâ qui l'on donne de rficelJe nce : A. S. E^'; Aux Cardinaux Princes; A. S. A. E" ; Aux simples Cai-dinnu-i : X . S. Em". Mais il no faut pas indiquer l« lieu de leur séjour ; personne nedoiL l'ignoi-er. n ce seroit diminuer l'attention que l'on doiti leur personne, que de marquer le lieu de leur séjour, comme celui d'un particulier: ce scruil impolitesse d'en user autiviucnt <• (G ri mai^st, Contm. de Letl., i50-Iâ-i). Pour les personnes de moindre qualité, on met seulement au haut ifonseiifneur ou Monxiear, selon le rang de celui qui écrit, el le plus bas possible, on redouble le Monseigneur a\s le Montîeur, suivi des qualitez cl du lieu de séjour, mais sans désigner la demeure parlîculiere (Id. , ib., ibb). Colbert écrit A Michel Cotbcrt, le 19 janvier 1671 : « Il esL nécessaliv; que vous réformiez ta manière dont vos lettres sont écrites, et que vous vous service de celle qui est pratiquée par mes lettres el par toutes les personnes qui sont dans le» charges et dans les emplois, n'estant pas de l'usage d'écrire de travers sur le dos de la feuille, i moins qu'il n'y oyt une nécessité indispensable " .

1. • Il n'est permis qu'eux Marchands el aux lianquicrs de metlre : J'ai reçu U vôtre, pour, j'ai reçu votre Lettre ; parce qu'il ne doit point y avoir de relation de la construction d'une Lettre i celle d'une autre Lettre, ce que cette nianicce de parler auppusc a (Grimarest, Comm.de Letl., 179). En attendant, on s'imusc â l'insérer par plaisanterie dans des échanlillons de style • mercanlin » : <i Pour réponse à Ut chire vôtre da 13 liu coursnf, je voai dirai, Uontiear qae le$ trois piitolen que vout m'ane: envoyéet., mtanl la somnte île Irtnle Ituret, m'ont été comptien, nombréei el dëUvréei jiar M, Boudel, mtrehaad de celle oille, dont el dn loal je vaut remercie. AuU-e chose n'ai i. vous dire en style Mereanlin et je prends un style plus convenable • (Bross. i Boil., Corr., 86).

ï. X Lorsque le roi Louis Xlll Tut marié, la Reine mère et la jeune reine régnante eurent quelque dilTerent eu sujet du cérémonial.... Le Itoi signe eu écrivant A sa mère : Voire trts-humble et lré$-obeitianl filt, et la Reine-mére prétendoit la même souscriplion de la Reine régnante, mais celle-ci ne voulut absolument se signer que : Voire (réa tifeetionnée fille, puisque la Reine-mere en lui écrivant ne lignoit pas autrement que Voire Iréi-aff'ectionnée mère • (Dumont el Roussel, I, 43E>).

3. VoirleTormulaire desleltresdu Roi, dans Dumont elRoussetgl, ifi 1-469, cijux du Dauphin, de Monsieur, des Pinnces du sang. ïbid,, 466-471, le Cui'mulaire des bureaux de Colbert, Bibl. Nat., mss. Clairambault, 658, celui du grand maître des Cérémonies, Areh. Nat., O', tOB2 i lOii. CF. Du Sault, IVoaceau tUU det lettm det eltancelteriei de France... Paris, 1666, in-i.

4. Voir Dumont et Roussel, 1,466-169. En 1661, on discute au Conseil si l'on donnera

Dans la correspondance privée, si les règles n'étaient pas aussi nettes, les formules n'avaient pas moins d'importance. La place du mot Monseigneur ou Monsiear en tète de la lettre doit être bien calculée '. Le même mot doit être répété au début, mais il faut prendre bien garde, » que le premier mot du corps de la lettre ne puisse pas faire de liaison et avoir aucune construction avec ce\uy de Monsieur ou de Monseigneur, qui est à la teste, comme par exemple, si après Monsieur, on venoit k commencer la lettre par ces mots, vostre laquais m'est venu » {Civ., 162-163). L'équivoque serait en effet désastreuse ".

Dans le corps de la lettre, il ne faut point omettre les titres d'Altesse, d'Excellence, auxquels les gens ont droit, mais s'en servir le plus possible, à condition toutefois de pouvoir les employer naturellement et dire : comme votre Excellence sait, etc. {Civ., 164). Encore y a-t-il un art véritable à placer ces vocatifs ^. « On ne doit jamais répéter Monseigneur, Monsieur, etc, dans la même période, quelque longue qu'elle soit. 11 faut tâcher de placer ces mots après le pronom vous, lors qu'il finit le membre de la période médiatement ou immédiatement, comme, il n'aparlient qu'àvous; Monseigneur, etc. Pour vous dire, Madame, etc. Les termes d'honneur sont aussi fort bien placés après les termes de liaison qui commencent les périodes, comme ; Au reste, Monseigneur. Après tout, Madame, etc, a (De la Touche, Art de b. pari.. H, 296).

Les formules de souscription surtout devaient être choisies avec un Roin minutieux^. Brieux avait consulté à ce sujet Chapelain, qui

iiu roi de Pologne, le litre de Mitjeité; ou «implrment celui <ie Sérénité ^^Mémorùia^ du Conteit de iesi. pubL par J. de Boisliele, II. Mi, 2ÏT-31N). En I6â!i, le roi de Danemark demande à Louis \IV ]t .Vxjtilé et ne l'oblienl pas {Joarnal dr Daageaa, 39Bepl. 1099).

t. n TantiH on place le Montiear. au hant de la pB|;e, et l'un commence la Lellre immfdiatcmenl au-dessous ; tantOl on la commence par Momiear el on met un, deux Iroia ou quatre malti dans In même ligne, selon l'honneur que l'on veut faire A cel inférieur. Un mol 4 la ligne fail plus d'honneur que deux, dcui que trois, etc. - (Grimarcsl, Comm de Let., 119-130).

a. " C'est le desaKrimcnl. de céàee qui a fait inventer de supprimer les intervales calro persoiinoB qui mit cru être d'une égale condition, ou à peu prés : cela se fait en metlant le, .Monsieur, ou le, Mi>n>ei!]ii,eur, dans la première ligne de la Lettre; el c'est une marque de respect, el d'estime, de lu placer le plus prés qu'il est possible du premier mol, sans gAlcr la cnaslruction ; et ce aeroil une impolitesse qu'il fût A la fin de la promiero ligne, ou dans la seconde : cela n'est permis qu'aux Supérieurs b (Grima rest, Comm. rfe IML, llï-nai.

3. "Il aeroil fort impolide n'employer ces termes (Moiweisneor ou Momitnr) qu'au commencement, el ii la fin d'une Lettre h . On doit les répandre dans le corps d'une Lettre, mais ave? prudence, pour éviter les équivoques, la cacophonie, ou les vices de construction IGri m a l'est, Comm, (1« t«(f ., 137-L1))).

i. Voir P. Dabliu. Les souscriiition» de lellrei dans U eorretpondance depaii It XVl'tiècltjasqoà uot joars. Vendôme, 1903, in-a.

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lui répond : « Les questions que vous me faîtes sur le sujet des souscriptions ne sont point encore décidées dans notre Monde et sont asses arbitraires pour empescher de prononcer dessus. U me semble pourtant que votre gradation est la bonne et qu'on ne se peut {^eres abuser en la suyvant. J'en exclurois pourtant, votre ires humble absolute, qui ne s'escrit point bien et qui n'a d'usage que dans le langage familier et seulement en parlant. On dit encore Voire obeiaa»nt, votre obligé, votre affectionné serv' sans le 1res, lorsque l'on escrit a ses inférieurs selon le degré [s] d'infériorité, elles Princes a ceux qui sont bien au dessous d'eux Votre affectionné a vous faire nervice. Bien souvent mesme, pour éviter les plaintes ils ii'escrivent qu'en forme de billets, et sans Mr., au commencement ni votre a la lin, et a la suscription ils mettent Mr. Tel sans redoubler Le Mr. lue tout par grandeur et pour maintenir leur dignité en imitant le stile des Testes Couronnées ce qui ne sert pas a leur acquérir ou conserver des serviteurs. Je croirois comme vous que votre Ires humble est plus soumis que Votre très obéissant. Je ne scay point comment Mr. et Mr. le Prince en usent avec les Dames. Vous m'avés fait faveur de me lever ce lièvre là . Il est bon de s'en eclaircir. Je le feray pour vous et pour moy. Je pense toutesfois qu'ils n'y font pas plus de façon que les autres Princes et qu'ils demeurent en cela dans le droit commun » {Letf.. 12 juin 1661, f" 189-190).

La Cbétardie traite longuement de ce sujet ' et Grimarest après lui. Suivant ce dernier, les formules de lettres aux inférieurs... sont doubles ou simples '-'. Avec les supérieurs on a moins de choix.

I. ' Il faut cntcnJre la furrc des quaUtez qu'on donne dans les souscriptions. Entre rcs qualité! là, il y en a de simples, et ilc redoublées, qui vont du plus au moins, selon le ranfc que je leur vais donner dans cet Ecrit. Les simples Hont, VMretrei-hambU. l'oifre tres-obeUsitnt, Voilre trei-oblifii, Voilre tfei-iqaU. Voilre tret-a/feetioani, Voitre plat a/ftctionni à vaut lervir, Voilrt plus affeclionni k vout faire service.

Les redoublées iiont : Votlre Irei-hambte et tres-obeTi$xnl, Vottre tres-hamhte et tret-obtig^, Voitre Iret-hambte et Irei-aqait. Vàlre Iret-kumbte et tret-affeclionné ; car dét qu'on donne du Trei, on ne dit pluii à voni tervir ny à voue faire lervice. ■\ussî ne traite-t-on de la sorte que des Personnes fort infiricures.

Il y a encore une autre remarque qui regarde le Tret, qu'il est nécessaire du faire ; c'est, que quoy que le terme d'ÔÈeFManf, soit au dessua de celuy d'Affectionné, la qualité de irei-AuiflWe, jointe à cclln de tre$-affec.lionnè. est plus soùmife que celle de trei-humble et obeTiiAnl, k cause des deux Très qui se trouvent dans la première • {Imlr. pour an jeune seigneur, 1" part,, 13N-IU).

1. Celles-U sont suivant leur rang : « Vâlre tres-haiable el obérsianl : Votre trethumble, et trea~alfeclionné : Vôtre trea-humble, et affectionTii. Les souscriptions simples, qui fontmoinsd'lionneur que Icspi-écedentes, Boni: Vàtrp trei-humble : Vôtre tresobéUtant : Vôtre tres-affeclionnè : Vôtre bien humble: Vôtre obéisiant: Vôtre affectionné: Vôtre affectionné à vous ternir : Vôtre boa ami. Cette dernière souscription s'emploie pour les pcrsonne« de la moindre condition; et les autres en remontant ' (Grimarest, Comm. de Letl.. 120-121;.

3~t HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

a Pour tous les Princes et les grands Seigneurs on met : Je vous supplie trea-humblement, SIRE, d'en être persuadé, et du profond respect avec lequel J'ai C honneur d'être,

SIBE

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