‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 131 sur 202 · CHAPITRE XI LES PROVERBES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI LES PROVERBES

Ancienne vogue des pROVERBEa. — Jusqu'au temps de Louis XIII, l'abondance des proverbes français avait été considérée comme un des mérites essentiels de la langue, on les ramassait pieusement ; les grands recueils lexicographiques en étaient comme couronnés. Les manuels divers les recommandaient, les indiquaient comme une des élégances de la conversation les plus utiles à attraper. Et tout le monde connaît la Comédie des proverbes (1633), où le comte de Cramail Ht le tour de force de composer à l'aide de proverbes à peu près tout le dialogue. Peu après la mode cessa brusquement ^. Il est possible que l'influence espagnole y soit pour quelque cbose. On sait qu'un des ridicules de Sancho Pança est sa manie de citer des proverbes. Don Quichotte a pu agir vivement sur la France, soit directement, soit indirectement aussi, par le changement qu'il produisit dans les goûts de nos voisins, auxquels les nôtres se seraient conformés.

Mais il n'est pas besoin de chercher des explications dans des influences étrangères. Evidemment les proverbes, qui étaient pour la plupart en n vieux gaulois », qu'on entendait dans la bouche du peuple et des paysans, ne pouvaient pas convenir au goût delà Cour. Déjà au livre IX du Berger extravagant, Sorel farcit de proverbes le rôle du roi Phinée, par raillerie, et parce qu'il fait de ce roi le personnage d'une comédie burlesque sur la conquête de la Toison d'Or. Les remarques ne nous le laissent pas ignorer. Elles nous avertissent que les proverbes n'ont été mis que dans la bouche des bouffons, des valets, des boui^uis, et pour faire rire ■■. Corneille les fait débiter par le valet du Menteur. Ce sera bientôt une des

I. J'entends ici proverbes dans le seos étroit que nous donnons aujourd'hui A ce mol. le seul du reste que mentionne l'Acadimie en ISSt . Mais au xvu- siècle on entendait aussi par proverbe» ■ les Taçons de parler triviales et communes qui sont en le bouche de toutes sortes de personnes > (Fur.^. Il Taut s'en souvenir, quand on cite les textes qui en parlent ; ils se rapportent souvent aux mots bas en mâme temps qu'aux

1. On joue aux proverbes dans les galons (La Maison de» Jeux, 1641, 363). Mais ce n'est qu'un divertissement, on joue aussi au vieux langa)^. 3. Voir Roy, SoreJ, USÏ.

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{grandes ressources des burlesques. Autour de 1630, il n'y a plus guère qu'un étranger comme Fleury de Bellingen pour s'y tromper, et s'extasier sur la Comédie des proverbes. Son livre, De l'éit/mologie des proverbes est une curiosité pour érudits <, maïs il retarde.

Décri DES PROVERBES. — Désormais, quand on traite des pi-overbes, c'est pour s'en moquer. En 1644, les Loix de la Galanterie ne parlent pas des proverbes, en 1658, elles recommandent de les fuir ; « Vous vous garderez sur tout d'user de Proverbes et de Quolibets, si ce n'est aux endroits où il y a moyen d'en faire quelque raillerie à propos. Si vous vous en serviez autrement, ce seroit parler en Bourgeois et en langage des Halles m (Art. XVI au tome 1, 85 du Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps, 165$-16tiO, Loix de la Gai.). Dans Molière, Le Roux deLincy l'a noté déjà, « ce sont toujours des gens du peuple, des valets, ou des soubrettes, jamais des grands seigneurs ou des personnages sérieux » qui usent de proverbes-. A mesure qu'on avance, ils sont moins nombreux, même dans les farces. Dans les pièces de haute comédie, on n'en trouve pas. Il n'y en a pas un seul, je crois, dans le Misanthrope. Dans le Tartuffe, seule M""* Pernelle ose se servir d'une expression proverbiale, mais c'est une femme « de l'autre siècle ».

Et ce n'est point là un hasard ; Molière, qui mieux que personne au XVll" siècle, a su faire parler chaque personnage selon sa condition et les usages de son milieu, n'aurait garde de heurter une des conventions de la société mondaine. S'il raille Philaminte, qui ne supporte pas :

Les proverbes traînés dans les ruisséau.v des Halles^,

c'est qu'elle demande k une femme du peuple de s'en abstenir. Elle fait abus, là comme ailleurs, d'une règle juste.

Le P. Bouhours, dans ses Remarques, consacre un long article aux Proverbes. Il sait le cas qu'on en a fait. « Cela estoit bon pour le temps passé; dans un discours sérieux, et dans des compositions relevées », l'emploi des proverbes '< seroit ridicule o ; ils sont bons

1. L'Bljfmologù ou explicalion dei provtrbet françoU.. . La Haye, Adrian ^'la^i|. lB50.Cr.Lei illaslrei Provtrbet nouveaux et hiiloriqaes... qui pensent tenir A loules tories de personnet pour te divertir agréablement dam let Cùmpagniei. Paris, Reiii- Guignarti, 1665, î vol. in-lî.

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