Mol., IX, lOi.Fem. (av., v. ȕO
PBOVEHBKS ET QUOLIBETS 383
tout au plus dans la conversation et en riant. << M. de Vaugelas ne lesaimoit point... M. d'Ablancourt, quiestoitsi intelligent en nostre Langue, avoit le mesme goust que M. de Vaugelas; et il dit dans l'Epistre dédicatoire de son Lucien, que pour rendre sa traduction plus agréable, il n'a pas traduit tous les proverbes dont cet Auteur Grec s'est servi ». Les locutions proverbiales « ressemblent à ces vieilles armes, et à ces habits antiques qui sont dans les gardesmeubles des grandes maisons », mais qui ne peuvent plus servir qu'à des mascarades ou ti des ballets. Sans doute, on peut cependant se servir quelquefois de proverbes, mais il y faut « un grand art, et c'est en quoy M, de Voiture a excellé », si bien que M. Costar a pu dire que dans les mains de cet auteur « cette boùë et cette ordure se change en or et en diamans ». Mais cela n'appartient qu'à M. de Voiture, qui sait même employer heureusement les proverbes latins, témoin sa Lettre à M. le Maréchal de Sehomberg. Puis après avoir adnûré la fa^on dont Voiture amène le proverbe ; jeune chair et vieux poisson dans la Lettre de la Carpe, Bouhours ajoute qu' u il est dangereux de vouloir copier ces originaux, k moins que l'on n'ait l'esprit de M. de Voiture ». Le.s étrangers sont moins sévères que nous sur ce point, et cependant il est assez bizarre que nous leur empruntions des proverbes et que nous les citions dans leur langue (.'Jti2-568) .
De Callières professe des théories analogues. •' Quantité de proverbes, dit-il, .sont des maximes pleines de sens et cependant on tes abandonne aux gens du commun ». Un homme du monde qui « s'avise encore de les mettre eo œuvre. . . se singularise en cela d'une manière qui lut est desavantageuse ». Puis, après avoir raconté ironiquement une conversation farcie de proverbes, de Callières compare son interlocuteur à « Scancho Pança, ce digne Ecuïer de Dom Quixole, qui, tout fou qu'il étoit, ne les pouvoit souffrir ». 11 est bien vrai que, s'il y a « grossièreté à se servir trop fréquemment de Quolibets et de Proverbes, et à les entasser l'un sur l'autre », on voit néanmoins des gens de la Cour qui s'en servent. On peut le soutFrir, mais à condition qu'ils le fassent •< avec grâce », qu'ils ne les disent pas '< sérieusement, comme quelque chose dont on Fasse cas », qu'ils en usent avec sobriété, <( comme on fait des fortes épiceries dans les saulces, qui en relèvent le goust, quand il y en a peu, et qui les gâtent, quand on y en met trop {Ou bon ei du mauiK usage, lU-121 ; v. Schenk, U2).
L'un des reproches que fait Furetîère à l'Académie, c'est d'avoir bourré son Dictionnairede proverbes. Lui, dans son recueil, a chei'-
chéèen relever la bassesse, et pour cela les a « enrichis, soit par la recherche de leur ori^ne, soit par des histoires curieuses n (Fact., I, lîi) I. ËdIiu Bellegarde intitule un de ses chapitres : « De l'usage et du choix des Proverbes », et le chapitre débute ainsi : « Les proverbes sont de certaines façons de parler familières et triviales, qui sont dans la bouche de tout ie monde, dont le peuple et les bourgeois ont coutume de parer leurs discours; c'est ce qui les rend fades et dégoûtantes, parce qu'elles sont usées, et que les oreilles en sont rebattues- u. Ce texte mérite l'attention. Les proverbes y sont comme souvent joints et assimilés aux « quolibets », c'est-àdire k « CCS locutions populaires toutes faites, qui ont pu être plaisantes, mais qu'on emploie à tout propos et qui, & l'usage, ont perdu toute saveur ». On les traite comme les allusions, les jeux de mots, les calembours : c< Nostre petite Demoiselle lile comme une araignée, dance comme une marionnette, et fait des révérences de travers comme un chien qui court à Vespres » (Colin, Œuv. galantes, 67).
Les quolibets. — Boubours a, naturellement, les quolibets eu horreur: « Nostre Langue, est devenue raisonnable, elle les hait encore plus que les proverbes » : ceux-ci, du moins, ont quelque chose de vrai, tandis que les quolibets ne sont presque que du faux.
I. • Entra ces beaux Pi-o verbes, il» onl nii« celui-ci qui porte leur condamnation : U reitembie techiea du jardinier qui nt mange point de cluinx, et qai n'en Uiitt poial manger aux oalres • {Faelanu, I. It>u'. Il luuulc : • Ils ont crû par ces beaux Proverbes randre leur DicUonnairc utile ou pi'tipic, main iU se sont lourdement trompes, car il n'y a point de Itourgeoin qui n'en s^'ache duvanta^re que toute l'Académie, et qu'Antoine Oudin. qui a pris a tâclie de les recueillir » (I, 191 ; cC. Il, t9a et 373).
3. 1 Afin que les proverbes plaisent au^ gens de bon (;oùl, il faut qu'ils soient fin^ cl piquants : il faut les dire sans alTectatiun, et sans les amener de trop loin ; ils dé)(oùtcnL quand on les donne pour excellens; comme les turlupinades, qui ne sont bonnes, qii; quand on ne tes donne que pour ce qu'elles valent.
■ Il faut du ){fnic,du feu, de la vivacité puur faire nu bon usante des proverbes : tout le secret con^iisle & les bien mettre en œuvre, et â bien prendre son temps : la mime chose qui plali dans une certaine rencontre, seroit insipide dans un autre temps • iEletj. el polilesae da ttiU, 306-3071.
- \ parler en général, il est danijeivux d'user de proverbes ; l'on tombe souvent dans de mauvaises plaisanteries, qui rebutent les gens de bou goût; ceux qui recherchent ces ornemens, piiur cnibullir leurs discours, n'ont nulle td£c de nôtre Laufcnc, qui a banni toute sorte d'altectalion, et qui est nutui'ellement trâs-gencusc.
■ Si l'on veut absolument se servir de proverbes, il Taut du moins ne le faire qu'en riant, dans des conversations enjouées, ou dans des Lettres familières, pour réjouir ceux avec qui l'on parle, ou â qui l'on écrit. Encore e#t-il nécessaire de connoltrc l'humeur et le caractère <Ies (çeus ; les pei-xonnes Hercs et sérieuse» ne veulent pas être traitées avec tant de familiarilc.
>. Il faut ojoiMcr, pour lluir cette matière, que les gens qui aiment le plus les proverbes, sont d'ordinaire des esprits médiocres, qui s'amusent à la bagatelle, et qui n'imajfinenl rien de fin el do délicat . (7J»,, 31S-333).