PROVERBES ET QUOLIBETS
H des allusions grossières, froides, insipides, fatigaotes », et Boubours a en vue non seulement a les quolibets d'usage dans le petit peuple, mais encore ceux qui se font tout de nouveau en écrivant ou en parlant ». Gardons-nous surtout des bons mots de cuisine : la sauase au verjus, la sausse court risque de n'estre pas des meilleures, pais qu'on y met trop de verjus, ils font mal au cœur, ils n'ont ni sel ni grâce (Hem., 568-3'71).
11 peut y avoir des cas où le quolibet est tolérable, c'est quand il est spirituel et délicat. M. de Voiture est encore un maître en ce genre. Mais craignons de tomber dans ce style Froid qui déplaît tant à Longin et à son traducteur. Abstenons- no us en, même dans la conversation, à moins « de laisser entrevoir que c'est une méchante plaisantenc, qu'on dit exprès ». 11 arrive aussi que l'on trouve parla le moyen de s'expliquer fmement, comme le fit Catherine, sœur de Henri IV, quand on la força à épouser le Duc de Bar. Elle aimait ailleurs, on le savait, et elle dit que, dans ce mariage, elle ne trouvait point son comte . i> Mais. . . le plus seûr est de ne point donner dans ce qui s'appelle quolibet. Toutes ces sortes d'allusions (^calembours) marquent un petit esprit, et ont je ne 5<,-ay quoi de rampant, qui s'accorde mal avec la noblesse de nostre Langue » (Bouh., Suit . , 562-K76) . Le censeur de La Bruyère ne peut pas supporter qu'il ait écrit: Il faut juger des femmes. .. à peu près comme on mesure le poisson, entre queue et tête. « La comparaison est basse, et conviendroit mieux dans la bouche d'Arlequin » {Senlim. crit. s. les Caracl., 173).
Les jurements. — Les jurements, considérés comme des blasphèmes, avaient toujours été défendus, non seulement par l'Eglise, mais par l'autorité. Au xvii' siècle, les anciennes lois et ordonnances sur la matière furent remises en vigueur et appliquées par les cours de justice avec une extrême sévérité. On peut voir une série d'actes législatifs à ce sujet dans le Recueil des actes, titres et mémoires da Clergé, II, 197 et suiv., notamment des lettres patentes du 10 novembre 1617 (o. c. 209-210). La déclaration du 30 juillet 1666 porte : « que ceux qui se trouveront convaincus d'avoir juré et blasphémé le nom de Dieu, de la Viei^e et des Saints, seront condamnés, pour la première fois, en une amende pécuniaire, selon leurs biens, la grandeur et énorniité du Serment et Blnsphême. . . et en cas de récidive, seront, pour la seconde, troisième et quatrième fois, condamnés en une amende double, triple el quadruple, et pour la cinquième fois, seront mis au carcan, aux Jours de Fêtes et Dimanches... HUloire de la Langne frxnçxiie. IV. as
:tFIC> IIISTOIttL DE LA LANGUE FRANÇAISE
depuis huit heures du matin, jusqu'à une heure après midi... et en mitre condamnés à une grosse amende, et pour la sixième fois, seront menés au Pilori, et là, auront la lèvre coupée d'un fer chaud. et pour la septième fois la langue coupée ».
De temps à autre, la Gazelle prévenait le public et relatait les condamnations ; ainsi on y lit le f> juin J681 : « Le roi a renouvelé .SOS ordres pour la punition des jureurs et des blasphémateurs. Le m du mois dernier... le nommé François Amiot, convaincu de bhisphéme, fit amende honorable et eut la langue percée ». Le 12 mai 1685, c'est le tour de Joseph de Rumini, qui « convaincu d'Impiélé et de Blasphème, fait amende honorable devant l'Eglise de Notre-Dame, et est condamné aux Galères à perpétuité ». Les poursuites de eu chef furent nombreuses, de sorte que les jureurs se tenaient sur leurs gardes, et Spanheim constate, dans sa Relation lie. la cour de France en 1690, que : (■ les débauches, les dissolutions, les blasphèmes ou autres vices scandaleux, et ci-devant assez ordiniiires dans la cour n'y sont plus tolérés ni impunis et au moins font un obstacle invincible à la fortune de ceux qui en sont atteints >i (éd. Bourgeois, 288)'.
Les jurons où les noms sacrés étaient déformés, tronqués ou remplacés, n'avaient jamais eu la même gravité. Une commode hypocrisie faisait tolérer ventre bleu ou morbleu. A dire vrai, la conversation qui en était relevée sentait même son gentilhomme. Henri Estienne l'avait noté autrefois (Z)ia/., éd. Liseux, II, 14!)); M"" de Gournay le redit cinquante ans après lui {0., 605) . Gombaud en fit une épigramme, que Livet a citée dans son Lexique de Molière (au mol Jurons) :
Gentilhomme, fils de Marchant, Tu n'enlens pas bien la noblesse...
11 faut parler d'une autre sorte ; Il faut dire en déterminé : Mort ! Teste ! Sang ! Je sois damné ! Je veax que le Diable m'emporte I
Longtemps encore les marquis affectèrent de se distinguer par Ik. Ils semaient leurs propos de ces jurons que la civilité interdisait aux guns du commun [Civ., 6i) ; toutefois la piété croissante rendit peu à peu suspect tout ce qui ressemblait à un jurement. 11 y aurait
I. Un RË^cIcinent du prince Je Conli, gouverneur de Languedoc (f 1666), pour ses (lr)m es tiques, porte à l'article 1" :
Tuus II1C9 d OUI es tique» Uoivciil snvoir que Jo ne soulTrirai dans ma maison aucuns Jiii-cnicnls, biBspliùines, impiétiis [Abbô.Cl. Flcury, CEuB., éd. 1837, p. 586).
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à faire une petite histoire des jurons. Les choses ont bien changé entre le temps où Henri IV essayait de corriger son verbe, et où le jésuite Garasse se moquait des scrupules exagérés des Pasquiers (Z)ocf.cur.,960-%l), jusqu'au règne de Madame de Maintenon.il y a des inventions boufTonnes, dues aux burlesques ; Par mon ame et sur rnA fressure (Kich., Ov. bou/f. , 366) ; par U mordondienne {Scarr., Virg,, 11, 238) ; ventre de moy (Id., ib., 1, 3i2, etc.). H y a aussi des pivciosités comme ; je donne mon âme à l'amour (Sorel, Bery. exlrav., 1627, p. 280). Mais, en dehors de ces fantaisies, nul doute que pas mal de formes n'aient été créées ou vulgarisées pour permettre d'échapper aux. soupçons d'impiété. Jarny (du Verdier, I^ Flatteur, 1, 2); mardi (Regnard, Div., 1, 31 ; tuchou (Regn., Hom. H b. fort., 11, i); vertuchou (Champellé, Rue S. Denys, 16) ; la peste me renie (Montfl., Fil. capil., V, 3), d'autres encore, qui sont ou patois, ou français, ou mi-partis, et qui ont tous le mérite de n'avoir point de sens apparent, conciliaient les besoins d'explosion de certaines natures et les exigences d'une société dont la bigoterie était devenue de plus en plus chatouilleuse.