I . Je suis les Dangoaui i la piste
J'arrange au cordeau chaque mot.
Je sens que je devions puriste.
Je pourrois bien n'estre qu'un sot.
Louis de Courcillon,abbédc Dangeau, était frère du marquis, auteur du célèbre journal. 11 était né en lfil3. Il futdel'Académieen 16S1: il en rassemblait une autre chei lui, et c'est pi-esque au milieu d'une séance qu'il mourut en 1733. D'Alembert a fait son ^loge, et, de nos jours, Jullien a donné une réimpression (mais très infidèle) de ses OpattaUi grammaticaux, nu' ii a fait précéder d'une nolice (Hachette, 18*9, S°).
POURQUOI LA FRANCE t A PAS EU SA GRAMMAIRE OFFICIELLE ^-1
et les consonnes, auxquels il ajouta longtemps après un supplément réclamé par ses confrères. En 1700, on le voit parmi les plus empressés à fournir des " Doutes » sur la langue. Il propose notamment des « Remarques sur les noms et les comparatifs u et parle pendant deux séances sur les <t pronoms motet je, tu et toi, il et se».
De la sorte, il tiabituait peu à peu ses collègues à compter sur lui pour traiter des questions de grammaire dans leurs assemblées . Dans son premier Discours, l'abbé de Saint-Pierre fait un appel direct à sa bonne volonté. Il était donc tout désigné pour collaborer d'une manière particulière à la grammaire académique, du jour où l'on se déciderait à l'entreprendre ; et en elfet, ses Opuscules, surtout ceux qui sont réunis danfi le recueil de 1717, peuvent être considérés comme autant d'études préliminaires de ce grand travail ' . Toutefois ses collègues s'égaraient en l'engageant à leur donner des études comparatives des langues. Ce n'était pas non plus en le poussant à publier les notes détachées qu'il avait lues en séance, qu'on allait préparer un traité dogmatique.
L'année 1718 vit l'apparition de la nouvelle édition du Dictionnaire et aussi l'échec définitif du projet de grammaire '-.
Des hommes qui formaient le projet d'accoupler la grammaire de Rob. Estienne et celle de Buffier pouvaient avoir sincèrement
I. QuHnd Coi^nard présenta le livre imprimé (IS décembre ni"!), on Jugea qu(^ ocl ouvrage, fruit d'une longue méditation, pourra estrc d'une grande utilité poui' lu composition d'une ({rammaire {Beg., II, 38).
9. • Aujourd'huy, disent tes RegUtret, 6 la date du 17 janvier 171S, la Compagnie s'est rendue au Louvre. M. le Directeur a dit que le Dictionnaire estant achevé, elle eatoit assemblée pour délibérer sur le travail dont elle devroit s'occuper, et pour prendre sur cella une dernière rcaolulion, qui n'avoil paa encore esté prise dans les ■■semblées qu'elle avoit desji tenues sur le même sujet, el a demandé les avis.
■ Le premier qui a opiné a dit qu'il n'estoit pas permis de délibérer ; que noslre establiHSemcnt nous en gage oit de donner une grammaire et que nous estions indispcnsablemeot obligés de payer cette dette contractée par nos devanciers et d'obeir â no» Statuts. Cella a passé tout d'une voii. Quelques uns de Mesa" ont adjouté qu'attendu que le travail d'une grammaire est sec. espincux, et sans aucun agrément, it Taltoit l'égayer parun travail plus agréable, etqu'its croyoient qu'on devoit employer un de» trois jourade la semaine à examiner quelques uns des meilleurs auteurs de nosLre langue et y Taire des observations et des critiques, dont on pouvoit donner de temps en temps un volume considérable, qui smuseroit et instruiniit le public en attendant la grammaire qu'on luy faisoit espérer.
• Cet avis ■ esté rejette A la plucalité des voix... Cette occupation estant plus agréable altireroil la plus grande attention des Académiciens el les éloigneroit de» eetudes et de l'application que la grammaire demande; en outre elle retarderoil lu publication de cette grammaire, qui doit cslre présentement nostrc unique objet.
■ On a délibéré ensuite sur la manière dont on devoit se prendre pour travailler 4 cette grammaire cl on a résolu qu'on lira d'abord la grammaire raisonnée de Porl- Royal, qu'on lira ensuite celle de Rob. Estienne, qu'on prendra celle de M. l'abbé Régnier, qu'enfin on tira celle du P. Buftler, el que de toutes les observations qui auronleslé faites sur ces ouvrages on composera une nouvelle grammaire « iReg., U, 40).
24 HISTOIRE Dt LA LA?ini;E FHANÇAISE
les plus honnêtes intentions du monde, ils parlaient comme des enfants, et se montraient par leur déclaration même incapables de jamais aboutir. Malgré l'engagement solennel de ce jour-là, malgré la promesse encore renouvelée dans la Préface de la seconde édition du Dictionnaire, le 11 mai 1719, le secrétaire dut constater qu'après avoir lu les meilleurs grammairiens, on a reconnu qu'il était très difficile de « faire un ouvrage de système ». Au milieu de l'embarras général, Valincour intervint et entraîna l'assemblée. Elle signa sa déclaration de faillite. La grammaire fut abandonoée au profit de 1' « examen des auteurs » '.
1. > Ceux qui ont opiné les iiremiers uni dit qu'il n'.v auroit rien de pluH utile que de reprendre le Dictionnaire, de l'enrichir d'exemples tirés de nos nicjlleurg auteurs, et de marquer l'uBafte des termes non seulement dans le style familier «t dans le style soustenu, mais encore dans le style poétique, ce qui manque au Dictionnaire, Ils ont adjoust^ que ce nouveau travail pourroit en quelque façon tenir lieu d'une grammaire, d'une rhétorique, et d'une poétique, car on pnnrroit insérer dans cet ouvrage les règles les plus nfcessairesel les préceptes les plus importants sur tout ce qui concerne ces trois arts, et que par U ce Diclionoairc «croît un ouvraicc tout nouveau, et d'une uti lité infinie : mais d'autres ont représenté qu'il Talloit avoir égard au génie de nostrc nation, qui estant inconstante et avide de nouveauté», ne ^çoutcroit pas d'à bord l'importance et l'utilité de ce travail, et seroit blessée de voir l'Acadcmic tou^*ours occupi^e A un Dictionnaire ; Que l'eiemplc de l'Académie de la Crusca.qui ne s'applique depuis tant d'années qu'à cet unique travail, ne nous mcttroil pas A couvert de U censure cl des railleries du public; Que d'ailleurs ce nouveau Dictionnaire estant un travail de plusieurs années, l'Académie seroit regardée comme un corps inutile pendant qu'il n'en verroil rien sortir qui pust l'instruire et l'amuser: Qu'il Taudroil donc faire tous les efforts possibles pour surmonter les dirSculLés qui se trouvent à la composition de la grammaire, et que cella ne seroit pas impossible ai quelqu'un de Mess" les Académiciens vouloitbien se charger de faire le plan, et de le porter* l'Académie m'i tout se décideroit i la pluralité des voix; Que cela seroit mesme d'autant plus aysé que nous avions des] A le travail de M. l'abbé de Dangeau, qui a fort médité sur cet art, qui y a fait des réflexions très judicieuses qu'il a communiquccs 6 la Compagnie, et qui si ses autres occupations ne luy permettenl pas de se charger du travail entier, ne refusera pas de luy faire part de ce qu'il a encore, et qu'il n'a pas imprimé. Enfin il y a eu un troisiome avis, on a dit qu'il vaudroit mieux entreprendre l'examen des meilleurs auteurs de nostre langue pour en marquer les beautés et les défauts, que tout ce qu'il y a de plus considérable dans la grammaire, dans la rhétorique et dans la politique entreroit dans ce travail qui rcmpliroit en quelque sorte nos premiers engagements, et que par là le public verroit de temps en temps quelque ouvrage qui satisferoit sa curiosité et rempliroit son attente. Ces trois avis ont partagé la Compagnie et l'heure ayant sonné avant qu'on ayt pu prendre une dernière résolution, on a remis A une autre assemblée qui sera convoquée à cetclTet d (te^., II. 15-71!;. — I,i- 13 juillet le débat recommence : ■■ Les trois avis qui avoïenl partagé la Compagnie dans l'assemblée du onxe de may ontesté repris et débattus avec beaucoup de zèle. et enfin d'une commune voix on s'est range A celtuy cy qui semble tes réunir tous en quelque sorte ; on a résolu que l'on entreprendroil l'examen des auteurs ■ IReff.. II, 79).