‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 15 sur 202 · CHAPITRE m LES LEXICOGRAPHES ET LE LEXIQUE DE 1660 A · texte numérisé non relu

CHAPITRE m LES LEXICOGRAPHES ET LE LEXIQUE DE 1660 A

Avant Kichelet. — Dans le nombre des œuvres lexicoLo^iques publiées de 1660 à i680, il en est peu qui méritent une mention. Je citerai le petit livret de Montmeran sur les synonymes, qui a le mérite d'être aussi peu puriste que possible ^, mais ensuite et surtout le travail du P. Gaudin : Trésor des deux langues française et latine, présenté à M. Montausier, gouverneur du Dauphin. L'auteur, s'il garde quelques mots suspects d'être vieux, bas, dialectaux, techniques, etc. ~, est en général assez informé des exigences de l'usage ■*. Seulement il est très incomplet. Il donne decampement, décolorer, défroque, dissertation, discernement, district, épistolaire, grade, grisaille^ plénipotentiaire, et en revanche omet des mots acceptés par l'Académie : anecdote (qui est dans Balzac), barioler, bénéficiaire, bijoutier, bombarder, bondissant, bridon, caracoler, chafouin, clairière, clientèle, colossal, croupier, deblay, dessaisissement, difficaltueux, douanier, entresol, explicitement (signalé par M. Vaganay au xv* siècle), globule, etc.

Le Dictionnaire royal du P. Pomey est une œuvre considérable et sérieuse '', surtout telle qu'elle se présente en 1676, remaniée et augmentée d'un tiers. D'une i< fille de village toute crasseuse et grossière, l'auteur a voulu faire une fille de maison, également belle et bien mise ». Sans métaphore, ayant lu et coté tous tes maîtres de la langue, il a tâché de ne laisser passer aucune belle expression et en 3 recueilli ainsi deux ou trois mille, sans compter un millier de mots <c effectifs », qui ne sont, dit-il, ni dans la première édition, ni dans aucun dictionnaire antérieur.

1. Sj/noninte» el epilhtle» françoiiei. Paris. 1661, iii-13° ;Maz., 10116*).

2. Il (tarde : ehicheté. chiffrer, charlre, eicarpoltUe, oU:.

3. Il exclut: iMccAgnarder, arroi. ajourner, anmaille, besion, bigne, brode, eagnard, cahote, eantele, cheoir, cognefeilu, cosia, «'époaffer, erafter, exallalian, etc.

i. La 1" édition est de 1664, la seconde de 16T6. Lyon, Ant. Mnlin.

L'auteur est un Jésuite. Une liste de ses œuvres, théologiques ou scolaires, se trouve dans l'Extrait du Privilef^ du Roy de l'édition du Dictionaire , donnée en 1701 par Horace Molin. à Lyon.

La seule qui soit intéressante pour nous est un petitin-13° qui a pour titre: Les partieule» reformée», sorl* de stylistique franco-latine, où il y a beaucoup à jirlaner pour la connaissance de la syntaxe française du tempH.

an HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Mais il n'est pas assex difficile sur te chois des mots ' : il semble même désapprouver timidement les puristes :<> 11 n'appartient pas à toutes sortes de ^ens de s'ériger en juge sur les controverses des langues vivantes qui croissent et changent tous les jours. » Ce n'était pas Ifi un mi^en de se recommander aux Aristarques du temps, et sa curiosité ne valut au P. Pomey que le reproche d'entasser sans discernement et sans choix . C'était le pire qu'on pût lui faire à une époque où il s'agissait moins d'abondance que de goût -.

En 1677, fut imprimé au château de Duitlier et mis en vente à Genève, chez Jean Hermann Widerhold, un nouveau dictionnaire français-italien et italien-français. Il est anonyme. C'est, d'après l'Avis au Lecteur, l'œuvre de trois personnes. La préface est peu ambitieuse, et il semblerait, d'après elle, que le seul avantage du nouveau recueil fut de présenter un grand nombre de mots ^ ; en réalité, on se trouve en présence du premier dictionnaire de la langue épurée et classée. Un astérisque marque les mots » qui ne sont soufferts, que dans le stile bas ou burlesque, et l'ou a mis une croix au devant des mots surannez, qui ne se trouvent plus que dans les vieux Coutumiers, dans les vieux Romans et les vieux Poètes et devant ceux du Barreau et du stile des Notaires n. Bien entendu, on ne peut .se fier aux distinctions faites par la croix et rnstérisque • Qui eût vu dans la plupart des cas si un mot était plutôt bas que vieux ou vieux que bas? Si on tient compte des deux signes réunis, ils devaient constituer un précieux avertissement^.

Ce n'est pas ici le lieu de discuter la valeur des indications ainsi

I. [1 en donne lui-même la raison : » Pormy un si grand nombre de Phrasen el rie mois François, dont ce livre est remplj-, il ne se peut qu'il ne s'en trouve pluaicnirs qui ne seronl pas avofiei de loul le monde, cl qui passeront (la pour surannée, ou pour trop nouveaux. Sur quoy je n'ay que deux choses à répondre. La première que j'ay pris un soia tout particulier de ne rien apporter, que Je n'ayc lu dans nos pluf fameux Ecrivains... La seconde, que mon dessein n'ayant pHsest6de Taire un Dictionairc, pour enseigner la Langue Françoise, mais seulement pour enseigner à rendre en Latin le François, je n'ay pas dû me soucier que ce François fusl pur, et du bel usage, parce que tuul vieux et tout décriii qu'il puisse estre en ce temps, on peul «e trouver quelquefois en peine de scuvoir conimenl est-ce qu'il le faut tourner l'n Lalin, t (Avis au Lecleur.j

I. Il y a dans Pomey des mots qui manquent A Cotgrave. Monet, Oudin . Datiel. Richelcl, Furelière el à l'Académie, par exemple, conoenli'onneff entent. Il en contient beaucoup d'auti*es <[ui ne sont pas chez Hiclielel : caracoler, dUcernement. ditparafe, dUlricl, grinitU, etc.

3. On y trouve en elTeldes termcn tout à fait nouveaux, tels que rioKalé (Molière a créé rivaiilij, factotum (déjà dausOud.. 1642, 1660, Duei:, 1660, 1671). Livct dans son Lex. de Molière s'est beaucoup servi du dictionnaire de Duillier, où il a trouvé un certain nombre de mots qui apparaissent pour la première fois.

-i. Mots marqués d'un * pour la lettre A seulement ; abdicalion, abonner, K'accoinler dei gent de bien, accointances acciiiter, accoMt»bU. accoster, l'acco'ler de qaelqn'iin, t'accoter. acerlener. achopper, achoppement, addouber, adoabear de maucaiïe canne, adjoindre, adonc. adatateiir. ndntation. adiilaloîre, affectueax. affec'

LES LEXICOGRAPHES ET LE LEXIQUE DE 16A0 A 169i 27

données, ni leur justesse, en les comparant à celles du dictionnaire de Rîchelet ou de l'Académie . J'ai voulu faire voir seulement que désormais les dégo&ts des contemporains sont connus et commencent à faire loi. Le français classique va être distingué, même pour les étrangers, du français tout court.

Un autre témoignage de ce changement est le dictionnaire de Guy Miege ', L'œuvre est suivie d'une Collection of barbaroas french, c'est-ft-dire d'une liste de mots obsolètes, provinciaux, déformés, pris à Cotgrave, pour la satisfaction de ceux qui lisent les anciens auteurs. On comprend la raison qui a guidé Guy Miege, si on jette les yeux sur la préface extrêmement curieuse, où l'auteur explique pourquoi et comment il a fait son choix dans le vocabulaire français 3.

laentemtnl, affiner, Affiqael, Affluer, iffolé. tffrinlemenl, affrioler, affubler, affuhUmtnt, mgaeer par Utlret, agacer avec injures, agael. agaetler, ahan, ahaner, ahtari, aheurir, ahearter, de fil ea aiguille, aig niUonaement, ainçoin, aiitti comme, par ainsi, ajoalement, aiiance, aisément, alangori, atibi forain, alléchant, alleehemenl, allécher, atlergrand erre.jt vouiferay bien aller, «louer, altercat. allercation,aUerqaer, amadouer, amadoûeur, amadoûement, amarrage, amarri, ambage, jmbilionner, améliorer, amener, |^=^ ciLer), aménagemenl. aménager, arnignotemeal, amonC, monter amont, ancienneté, angoisse, anicroche, annihiler, annonrement, annoter, s'annonchtitoir, antan, anuiter, anJ:ielé, apeaa, il apert, aptrlemtnt, apiéeer, appareiller, apparent 'les plus — d'une ville), apparenté de quelqu'un, bien appareaté, il ne t'apparlenoit pat de faire reia, faire comme il appartient, appitisser, appeler, cela loyett bien appliqué, chargé d'xppoîntemeni '=:bian hatlu), bien apprit, mal appris, il est apprit (= accoulumc), tl apprêtera bien A rire, il est après d'ache- Btries lettres, apte, aptitude, acquiescer, à gai mienx mieux, ardre, coutu d'argenl, il a force argent, argenté {= qui a de Vargenl}, argoter {= qucrcHur), argolear, trgaeet, arguer, arguer, arrachement, arraiaonnemenf, arraper, mettre en arrest, taire en arrest. arrocher, arroy, art, ataisonner un discours de beaux mots, atnonaer, asperger, assener, assermenler, atsoler, aituce, atifer, atoncbé, aloacher, atour, ttourner, alrape. atraper [^ tromper, alteindre ou gagner), aire, atrempanee, atremper, t'ttraander, s val, avalage, avaler du vin Jeu cace, avaler la tette (= décoller), sabaia, aucune fois {-^ quelque fois), aucunement [= quelque peu), atieindre,alienjinl, d l'anenaRf, atertin, aviser (^ avertir, délibérer, s'apercevoir), aroir (^ richesse', tvoisinement, avoitiner, avoalre, avoulrie, donner un mois d'arril. il n'est pat au tremenl riche.

Dans toule celle lettre, il n'y a pas une seule -t . Mais on en trouve Billeurs : lamhruche (^ vigne), Joi'nlain (:= éloigné), macule, mainlefoii, je ne pais mais, mais que. mat venant, mal talent, mal Iraitemenl, maupiteux. mauvaistié, nuisance, pertuis, ptrluiter, se remembrer, rememoration. sauveté, serieuseté, signifiance, soaif, targe, lenaité. vitupère, vitupérer, vouloir (= volonté!.

1. A Nevs Dictionarg French and Eagtith. loilh Another Ënglieh and French, Atcordi%g to Ihe présent Use ofthe French. Lundoo, Thomas Basset, IGT9, »'.

i. Guy Miege vanl« le travail de correction fait pur rAcadêmie cL reproche â la dernière édition du dictionnaire de Co^ravc de n'en avoir pas tenu sufltsammenl compte: • Il fouriaille de mots qui seolcnl le rance et de phrases hors d'usaj^e. Ti-ès utile pour la lecture des vieux livres français, il ne peut servir ni pour lire les auteurs récents, ni à appreadi-e te langage de la cour: et c'est le but que je me suis proposé. Voici la méthode que j'ai suivie : il y a deux sortes de mots, les mots iisil^s et les mots non atités. Les premiers ae divisent en mots communs employés |>ar tous, en mots savants, et de haut choix, pour les èrudits et les personnes instruites, et en terme« techniques, spéciaux aux professionnels. C'est la partie la plus importante du langage et j'ai pris euin de ne pas en omettre et de noter ceux qui sont récents. Pour

Guy Miege paraît ea général avoir été bien renseigné ; son recueil est moinn riche en néologismes que ne le seront Furetière et l'Académie ', en revanche il en présente un certain nombre qui ne seront pas encore dans le Dictionnaire de Richelet ^. Cétait évidemment la partie délicate de son œuvre, car sur quoi s'appuyer pour décider qu'un mot nouveau avait des chances d'entrer dans l'usage? Sur les mots vieillis, l'auteur n'est pas toujours d'accord avec les dictionnaires qui suivront. Il est intéressant de comparer l'opinion des uns et des autres au sujet d'un certain nombre de mots ^. De cette comparaison il résulte que les tendances puHstes de Guy Miege étaient très accentuées. Au reste, comme les Anglais ne trouvaient pas son dictionnaire assez ample, il le compléta par l'addition, dont nous avons parlé, d'une Collection of Barbaroua Prench *, extrait de Cotgrave, qui, imprimé à la suite et en dehors de l'ouvrage, n'en altère pas la nature. Ce complément doit servir à ceux qui ont à interpréter des textes de toute nature, par

les termes techniques, surtout les termes juridiques, le livre en esl abondamment pourvu. Les mots non asUit sont ou des termes vieillis ou des IcrmeK de rabricatiun toute récente : j'ai omis volonUircment ces vieux mot* qui ne sont qu'une nioisisaure delà langue, saur ceux qui peuvent Mrc trouvés eliez les auteurs n^cents. Ceux-li ainsi que ceux des mots nouvellement frappas qui selon toute probabilité enlreix>nt dans l'usace, je les aï admis, maïs en tes marquant d'un si)[ne pour les distinguer des mots courants,.. J'ai enrichi ce dictionnaire de beaucoup de localiona et de proverbe», ce qui en rend la lecture non moins agréable qu'utile. Je dois beaucoup au Dictionnaire royal du P. Pomey, mais j'y ai apporté beaucoup de chanffemcnls, d'additions, de suppressions... V. l'Avis au Lecteur, dont j'ai traduit et résumé le texte anf^lais.

1. il n'a pas admis les mots suivants: tneeàote,b*rioler, hinéficixire. bijoatier, bridon, hrutquer, chafoain, clairière, clamtrer, comnuindite, cronpier, déblai, dépendammenl, dinerttlion, effervescence, enlreiol, ipiilolaire, état-major, explicilemenl,ff lobait, hittùriettti, tatiriitr, etc.

ï. Par exemple ; caracoler, décampement, décolorer, deiiaiiittement, dixcerne-

II est seul avec Duillier à donner incireoncti.

:i. La liste qui suit comprend tous les mots de la lettre A qui sont marqués d'une + dans le Dicl. de Guy Mieire. J'y joins l'opinion de Richelet (R.), de Furetière (F.) et de l'Académie (A): acariâtre [+ R., ♦ F.. *A,), accorl (* H., * F., *A.),iiccranan- /er(e R..*F.. *A.), a^a<(<r(*R..*F., * A.), »'«ff'oi«r(= se blesser, *R. +, *F. (vieux), 0 A.), affourager (e R-, * F., 0 A,], agacer (« R +, * F., * A.), agkaae (0 R.,* F., © A.),agrélir (0 R-. © F.. 0 A.),*,i)res(e ',0 R., * F..* A., (de peu d'usage), *'alangoiirir (0 R., F. donne ataagoari. S A.), alberge ;'* R.. *F.,* A.), aflerqner (© R., © F., © A.), alumelU (* R.. * F., * A.), ambagei (© R., * F.. * A.), ami^notsr (©R., * F., © A.), apathie (© H., *F., * A.), apologae (* R-,

F., * A.). aMrlance [0 R.. 0 F.. © A.), Je rappelle que • siftnifte se trouve dans : 0 signifie manque à.

■1, On jugera de la nature de la CoIIecItono/'Santiarouii f^rencA par la liste des mots compris dans une colonne de la lettre .K. qui en contient H. Ils sont tous dans Cotgrave : agalloche, agamber, agannir, agarl. agaiie, agaiter, agauin, agay, ai/emher, agenoailton. agesimoi, aggere, aggluè. agglaer, agglalinalif, agglalinement, agglutiner, aggrajfe. aggravante, aggravanter. s'aggraver, aggrensi, aggrttlement, aggresaer, aggripper. agiar, agiert, agiographe, agios, agiotare. agaafile, agnelelle. agneliere. ngitelin, agobillei, agonarque, agaranome.agoabillet, agoué, ngonre de lin, a^ousler, agoutler, agoallii. agrailir.

LES LEXlCOtiRAPHBS ET LE LEXlQliE DE I66U A Itt04 ><.l

exemple, des textes anciens. C'est le corps de Fouvra^ qui contient les mots d'usage.

Le premier i>iCTio.>rjAiRii; framjais. Bichelet. — Richelet ' avait déjà publié son Dictionnaire de rimes, lorsqu'il entreprit de donner un Dictionnaire français proprement dit -. Une lettre de Patru à Maucroix ^ nous apprend comment ce gros ouvrage put être achevé en quinze ou seize mois. Patru fut prié de crayonner des exemples dans ses propres plaidoyers, pendant que Richelet dépouillait d'AJblancourt. Cinq ou six auteurs vivants, « pour avoir le plaisir et l'honneur d'être cités eux-mêmes », fournirent des extraits. Rapin et Bouhours, en particulier, « s'y jetèrent à corps perdu ». Et on eut ainsi les exemples du bel usage qui font l'originalité de ce dictionnaire et ont assuré son succès. Patru en fit une révision. Itichelet eut vraisemblablement pour sa part la définition des mots et la mise en œuvre du tout, de sorte que, malgré les collaboralions, c'est bien à lui que reviennent les éloges, et sur lui que retombent les critiques que son livre a provoquées. Je n'insisterai pas ici sur les gaillardises qu'on lui a reprochées, et qui sont en assez grand nombre, surtout dans la première édition. It ne s'est pas refusé non plus d'avoir de l'esprit aux dépens des gens qu'il n'aimait point : abbés, moines, chanoines, témoin la définition du prédicateur. Les Normands, les Dauphinois ne lui agréaient pas mieux. EnGn certains confrères sont visés dans divers articles. Voyez plutôt au mot épicier. Mais ces malices, peut-être déplacées, tout en donnant au livre de Hichelet le caractère d'un i< livre satyrique », je n'irai pas jusqu'il dire « contraire aux bonnes mœurs », ne lui ôtent pas le mérite qu'il doit k des qualités très

En 1681, on le réimprima à Lyon, en 1693 à Genève, etc. Plus tard, le P. Fabre, de l'Oratoire, en fil une édition, qu'on dénonça comme suspecte d'hérésie, si bien qu'une lettre de cachet ordonna au P. Fabre de sortir de sa congrégation, et qu'une autre supprima le livre incriminé (1709)', Mais la destinée de l'ouvrage ne linit pas là.

1. NéenChampugiie, ACheminun-la-Ville, en IS31, mort le 2S novembre 160». Ont paru de lui, outre la Veriification franjoUe ou fArl de bien faire ei tourner tes verâ (Paris. Iflll, m-!2) : CommencemenU de la langue françoite, ou (Irammaire tirée de l'aiaffe et des bonx aaleurt ^Paris, 16e8. in-13) ; Coitaoittance det genres français [Paria, 1881, in-13]. Je ne cite que les ouvrages d'un cnmclore grammaLical.

3. Il parut A VélreagcT parce que, comme nous le verrons, l'Académie s'était fait donner par privilèi;e un monopole.

3. Elle a étâ publiée par M, Livet, dan» sa râimiiression de VHÎaloire de l'Académie de Pellisson etd'Olivel (II, M).

4. Voir Corr. admîn., IV, flis et Corr. de Boileaa el Hrosselte. 301.

30 HtSTOttlE DE LA LANGCE FRANÇAISE

Richelet a commis des oublis; toutefois le recueil contient l'essentiel ; les auteurs les meilleurs ont été dépouillés ', les définitions sont en général assez justes, accompagnées souvent de remarques utiles; l'ordre, à l'intérieur des articles, est le plus naturel, l'auteur commençant par les sens propres pour passer aux Qgurés ; enfm les exemples dont il a été parlé plus haut éclaircissent l'emploi des mots et offrent des modèles de style choisis en général avec beaucoup de discernement. Quelques notions grammaticales, ajoutées dans les cas difficiles, sur la forme ou la svntaxe des mots, complètent cet ensemble, dont un contemporain a pu dire qu'il <i est excellent » (Manière de parler, 543) ^.

Le même ouvrage ajoute qu » il n'en est pas de plus propre à la pureté et à l'exuctitude du français », Ce qui a valu à Richelet cette appréciation si flatteuse, c'est la rigueur qu'il a montrée dans l'examen des mots qu'il entendait recevoir. Evidemment sa méthode n'est pas inQexible. Il accepte des mots, les uns techniques, les autres vieux, les autres triviaux, que l'Académie et Furetière rejetteront -^ :

brode, ch&ufeur, chifler, contractuel (Patru, Plaid., 12), culotin, démeablement, dissecteur; dogmalitear, s' entrerépondre (Perr. d'Abl., Apopkl., 189); s'enlrepUider (Id., ib., 266).

Il en accepte aussi d'autres, qui sont nouveaux, et qui manquent pareillement à ses confrères:

-le bien-dire [Boss., Par. de Dieu, 2. H. D. T.); ' ca^otùmi^ (Snint-ETrein., Ib.) ; ' capricieusement [Oud., 16*0); * censurabie (Pasc, Proti., 3); GOmplai- Saament; t criliqaear (Colgr.) ; * cronologue (Perr. d'Abl., César, Préf, ; le mot est aussi dans l'A.) ; * dibrulaliser (Mad. de Rambouillet); * déchaînement (Bourd., Pas., 3', 1" p.] ; ' détsme (Pasc, Peni., 22) ; ■{• dépedantisw ;

t. La Table cile Arnaud, Balzac, Builau, Bois-robcH, Chapelain, Costar, Desinarais (t'auUiur des Visionnaires), du Rier, Giri, Godeau, Gainbcrville, Qonbaud, Haberl. La Chambre, Le Malice [PUidoiez), La Mote le Vaier, Malhei-be, Mainard, Molière, Pascal, Racan, Régnier, M°" de la Suze, Saint Amant, Saint Cïran, Sarasin, Scaron. Teophile, Vau|^las, Voiture. Ajoutez des gavants ; Bélon, Dalechamp [Sitloire des plaate>], Dcgar'i {Dictionnaire des mois de Médecine), FourDÎer (Hidrographie), PulvincI ( Ecuier François), Rondelet [Hisioire des poUsaus), Rohaul (Philiqae), Sansoa [Géographie), etc. — Les réFérences sont données, malheureuaenicnt tmp souvent de façon incomplète,

3. Furetière prétend qu'A l'Académie on était Jaloui, et qu'on essayait de s'opposer au débit du livre qu'on qualifiait de misérable {Fact. , I, 9). En tous cas on se rerusa i autoriser le libraire de l'Académie A imprimer une édition de Richelet, comme il en avnit fait nssen naïvement la demande (lieif., I, 3GS, note 1, 18 nov. 1700).

3. Les mots marqués d'un astérisque sont ceux dont on ne connaît pas d'exemple avant le xvn- siècle, les mots imprimés en grasses n'ont pas été sipialés avant Richelet.

LES LKXICOGRAPHBS ET LE LESIQL'K DE 1660 A 1694 31

■ dépottear*; • doeiUmeal (Oud., 10*3) ; ' drOlemMit ; • explirRtifimi, Guillebert, H. D. T.) ; flie et flac (Scarr., Jod. duel., V, 1).

Aussi ne faut-îl pas tirer de conclusions trop serrées des faits que je vais signaler. Toutefois il est certain que Richelet a fait un choix.

1" Il omet ou exclut tout à fait des mots donnés comme vieux ou bas par Furetière et l'Académie, ou au moins par l'un des deux :

arroy, afourner, beston, bigne. cadette, eagnard, caalele, charlre, chatcnner, cheoiriChicheté, chinfreneau, conlamelie, contunielieiix, deêlourber, eneharger, is') eipouffer, exultation.

Il omet OU exclut aussi des mots anciens, triviaux, patois, que ces deux recueils conservent sans observation :

t'accagnarder, augée, aamaille, blane-tigné, boute tout cuire, brouét, cas (adj.), cahuette, caillebotte, cavillation, chevalier d'industrie, ckichelè, cognefeatu, eonautairentent, cossu, degobiUis, delinquer, encharger, érafler, escarpolette,exultation, fiancer quelqu'un (daos le sens de te fiancer h quelqu'un).

2° Il rebute ou ignore des néologismes qui seront acceptés pailes mêmes lexiques :

a). Les uns sont sigoalés [lar le Dictionnaire général avant 1680 : • anecdote* (Biït., Mél. Aûf., I, 509); * barioler {voir H. D. T.) ; * bénéficiaire (Ib., 1609) ; bijoutier [qui aime les bijoux, Reti, Mém., III, lt3) ; " bombarder {Cotgr., 1611) ; ' bondiâsanl (Boss-, Or. fun. de Condé) ; * bridon tColgr., {6H);' brusquer [se dit tous les jours, d'après Bouh., Suif., 334) ;

■ caracoler Ipuà., 1642);* chafouin (Colgr., 1611); * ckaumine [Ib.);' clairière [La Font., Psyché, 2) ; * clientèle [Cotgr., 1611} ; ' cloîtrer (Coul. de Lus., 1623); 'coloMal [Cotgr., 1611) ; ' comifia/u/ile [Ordon., xii, 96, 1673);

■ croupier [Scarr,, Boni, cam., II, 1) ; ' déblai (Oud., 16+3) ; ' décampement ^Pe^r. d'Abl., Apapkl., 1664, 230); " défroque (Cotgr,, 1611); " dépendamment (Boss., Con. de Dieu, 4, 11); * dessaiti»seinent (Oiid., 1042); * difficuUueux [mot de la conTersation, dit Bouh., Suit., 294); ' discernement (Corn,, Cin., Il, 1); ' disparate {Oiaç., Lel., II, 468) ; 'dissertation [BbIi., Voir mon tome III, 318);* diitrict (Colgr., 16U) ; 'douanier (Ib.); * effervescence (Sév., Let., IX, 146); 'entresol [Oud., 1643] , * épistolaire [Balz., I, !i54); étal-major (Guitlet, Art milil., 1618); explicUement {Boucher, Tr. de la rel. chr., 1628) ; * grade (Colgr.. 16111 ;• grUaille (Monet, 1636); " grioeler [Chron. bord., 1620); • globule (Pasc., Pens., Hav.. XXV, 10} ; * historiette [d'après Bouh., Suit., 292, « fait depuis quelques années ■>) ; ' satiriser (Mol., Jmp. de Vers., se. 3}.

Les autres ne sont pas signalés avant Furetière (1690), qui en donne le premier exemple :

1. Le mot porle cette note : ■ Le mol de • déposteur ■ n'est pts bieu éUbli, et il ne se dit que parmi lea gens de guerre, maia comme il abre)ce el qu'il est commode, on espère qu'il s'établira. • D'autroe «oui précédés d'une croix.

33 irrSTOIBE DE LA LUfGL'E FRANÇAISE

* ckaeone, ' charmille, ' eharronnage, ' cloitonnage, ' concluant, ' ment,' contestable, 'continuateur, contre-ordre, ' controvertitle, ' convulêif, ' coulammenl, ' coupole, ' crédibilité, ' débâcle, dépareiller, ' dépotant, ' depostettion, ' desincorporer, ' detinfatuer, ' diffamant, ' duperie, ' fff'ereeteencr, ' ilattique, ' ilision, éraflare, 'excédent, 'exhumer, 'factice, ' factionair''. ' inaction, ' incontestablement, etc.

3° Enfin il néglige ou refuse d'accepter dans le beau langa^ dt^s mots qui étaient incontestablement en usa^e, mais qu'il jugeait ou trop techniques, ou trop latins, ou simplement trop rares, et qu'on trouve dans les dictionnaires de Furetière et de l'Académie :

ambulatoire, baldachin, balourde (également omis par Nicot et Monet| ; barlong, * baroque, ' baltologie, blastier (marchand de blé), boucanier, * clantlettinité (l'A. dit qu'il est du Palais], confabulation, dedicatoire, érafler, evsarpalette, exigu, factorerie, idéal, identité, idiome, idiotisme, ignée, iliaque, illuminatif, illusoire, immatériel, immiscer, impassible, implicite, inclus, incompréhentibilité, indigeste, inhumation, inscrire, inspecteur, instiller, intègre, intellect, intercaler.

Le caractère du lexique de Richelet se marque, il me semble, assez bien par ces différents traits. Il y a dans ce livre bon nombre d'omissions, involontaires sans doute, mais les auteurs en ont rejeté avec soin tout ce qui ne leur paraissait pas suffisamment conforme au bon usage. Ils ont moins voulu donner quelque chose de complet que donner quelque chose de choisi. L'esprit de l'œuvre n'est pas très différent de l'esprit académique, peut-être même est-il plus exclusif '.

Le Dictionnaire de Furetière. — Furetière était né en 1620, à Paris, il fut avocat, puis procureur fiscal de l'abbaye de Saint- Germain, devint abbé de Chalivoy et prieur de Pruines. En 1662, il entra à l'Académie. Tout le monde connaîtson Roman boiirgeoU. Sa grande tâche fut cependant son Dictionnaire, auquel il travailla plus de quarante ans, mais qu'il n'eut pas la joie de voir paraître, car il mourut en 1688, et l'ouvrage ne fut imprimé qu'en 4690 ■',

11 lui causa de terribles démêlés avec ses confrères, du jour où, en 1684, il eut obtenu un privilège lui permettant d'imprimer un Dictionaire universel contenant généralement tous les mots François, tant vieux que modernes, et les Termes de toutes les Sciences et des Arts. L' \c&démie se crut menacée dans la jouissance du monopole, qu'elle s'était fait donner le 28 juin I67i, portant défense à

l. On notf ra que l'i^dilinn d<: 169! a 6 Lé expurgée encore, el qu'on n'y retrouve plus un certain nombre de termeit cnnservcs par la première.

1. Il publia du moins son Eitai d'an Dictionaire universel contenant geatrutrment tous lesmols François lanlvieax que modernes, el lei Termes de toutes let Sciences el de> Arts, spécifiez dans la page suivante. Paris, tôRb, in-13*.

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