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LA LAS6UE DES AHTS ET LA LANGUE DE COUR

provios, ni de regains, si vous voulez être entendu : ces termes pour eux ne sont pas françois » (I, 295), Ce qu'il redoute, c'est moins le pédantisme des spécialistes que celui des hommes qui font mine de l'être : « Avec cinq ou six termes de l'art, et rien de plus, l'on se donne pour connoisseur en musique, en tableaux, en bâtiments, et en bonne chère : l'on croît avoir plus de plaisir qu'un autre à entendre, à voir et à manger ; l'on impose à ses semblables, et l'on se trompe soi-même » (I, 331). La difliculté était de marquer la limite. En certaines matières, par exemple en matière de guerre, les mots de métier devenaient rapidement vulgaires ', tandis qu'ailleurs, le lexique presque entier de l'art demeurait étranger aux profanes.

Le langage technique et lss lexiques de la fin du siècle. — Il s'engagea h ce propos un grand débat à l'Académie. En 1680, Richelet avait exclu un grand nombre de termes des arls ' : catégorie, concomilance , crédibilité, dogmatiquement, énergie, individu, ineptie, pléthore, suavité, concupiscible, inextinguible, intrinsèque, irascible, I4nitif, occulte, sensiiif. L'Académie fait plus, elle écarte STstématiquement de .son Dictionnaire les mots d'arts et de sciences qui entrent rarement dans le discours (Préface) ^. Les réservait-elle pour un recueil spécial ? C'est fort douteux. Et il est probable que l'idée du Dictionnaire des arts et des sciences de Thomas Corneille, qui fait suite au sien, ne vint que plus tard, inspirée par la concurrence

I. Rcgnard amuse son public en brouillant les termes militaires et maritimes : ■ Le combat commença par les tambours ; à l'instant nous fîmes avancer nos vivandiei-s : les ennemis, voyant cela, dt^tachèrent cinq escadrons de leurs meillcuii voiliers. Oh ! c'était là où nous les attendions ; car auRBÎtât on lâcliB toutes les galères pour enfoncer leur demi-lune... Après cela, la mou«quelerie, pif, par. Ah ! je suis mort... les brOlols... les canons... les trompettes, qui étaient chargées A cartouches ; pan, bediin... don... ■ les... Je ne saurais vous dire le reste; car la fumée du canon menipècha de lo voir m [FiUes err., I, il). Cf. t ..J'enconnois qui ne citent que fiai/ion, Demi-lune, Contrticarpe, et Chemiit-enuvert; qui font des descentes dans le Fosaé, qui vonld l'Assaut, et tout cela, comme vous jugez bien, sur un bon fauleUil, dans une ruelle, et fort à leur aise ■ (Vaumorièrc, Ar( de plaire, 363). ■ Nos Dames peuvent •avoir ce que c'est que meffre à U voile, cnloter, moûiUer, et le mot de irunieufre... Je ne trouverois pas mauvais, que mon Epouse parUt d'un vaisseau ilémâU, mais je ne lui conseillerois pas de dire qu'il seroil detagràé ; Qu'elle in'averlîsse qu'on a vu ce biliment à la hauteur de Brest, J'y consens, mais qu'elle ne m'aille pas étaler les mots de Sad-Oûetl, et ces auti-os noms de Venta, qui étourdissent tes gens • (/il., SS-i).

:. 11 ne faut pas Croire que les mots d'arts soient absents tout & fait de son Dictionnaire. Un assez grand nombre de traités spéciaux avaient été dépouillés . Ils sont ènumërës dans la Table alphabétique des abréviations .

3. Voici quelques exemples de mots d'arts qui innt dans Purelière, et que l'Académie recette dans le Dictionnaire de Thomas Corneille : caecal, eambiite, ctptulaire, contant, corporifier, dicaml, déficit, diiopilatif, dispeniaire, éthopie, euolnfion, txcenlrieîlé, fiUratioa, granulation, lutraire, hygromitre, inleriection, phUbotomie.

Quant aux sens techniques que peuvent avoir les mots usuels, elle ne suit aucune règle, tantAt elle les enregistre, tantôt elle les écarte.

de P'uretière. En tout cas, le Dictionnaire officiel les excluait de parti pris du corps de la langue d'usage.

Furetière ne pouvait pas manquer de soutenir l'opinion inverse. Les mots des arts et des sciences, c'était son domaine propre, la raison d'être ou au moins le prétexte de son travail. Eux seuls justifiaient lauteur de l'ai^cusation de concurrence déloyale portée contre lui. D'autre part, pour expliquer que son dictionnaire spécial contînt les mots ordinaires, il lui était indispensable de démontrer qu'aucune démarcation ne sépare les catégories des mots, que les mots vulgaires sont fréquemment employés avec un sens technique, et que les mots techniques font partie intégrante de 1» langue vulgaire. Une fois ces principes posés, il était à peu près inévitable qu*au cours de la polémique, il prît violemment parti contre le mot général et vague, contre le mot usé et vulgaire. I^ vraie raison de la répugnance que les mots des arts inspirent à l'Académie, est, suivant lui, l'ignorance où sont ses confrères de toute cette portion de la langue, et il entasse, pour la mettre en lumière, anecdotes sur anecdotes. L'authenticité de la plupart d'entre elles n'est rien moins que certaine '. « Le Dictionnaire..., dit-il, souffre de l'ignorance de ceux qui sont jaloux de voir employer des mots qu'ils ne connoissent pas et qui les condamnent avec un grand éclat de risée dés qu'ils en doutent le moins du monde... J'ai tâché

1. •■ 11 amve bien snuveiil que Ica choses ic dUculcnl d'une manière bien ridicule, comme il arriva au mot de réfraction, qui est i la veriU! un terme d'optique, que les bourfteois el fsiaeurs de bouts-rimiSs ne sont pas obligea de sçavoir. Quand j'en eu* donné la définition ordinaire, qui C9t l'action d'un rayon de lumière rompu et brisé quand il paSBc par des milieux de dilTerente densité, comme sont l'air, Ici verres des lunoLlcR, etc., tous les autres confrères qui ne scaroient ce que c'est, me la contestèrent pendant plusieurs adances. L'un dit que la rerraction éloil un synonime de refleciion, parce qu'il rallaJt que laa rayons de lumière IVisBcnt rompus pour se reOèchir; d'autres dirent que c'étoiL un terme d'an tlime tique, où l'on parlott souvent de fraction, que c'en étoitune subdivision, ou une fraction de fraction; un autre qjoùla qu'on le pouvoit dire de toutes les secondes ruptui-es, et que c'étoîl t'élat d'une chose brisi^e par deux fois; un autre dit que ce mot pouvoit venir de re/*ni claire, et que l'action d'un corps opaque qui refléchissoil la lumière, était en quelque façon rebelle el contraire A son action naturelle, mais il fut ailDë avant que de pouvoir soutenir son opinion. Enfin, il fut conclu qu'on mcttroit i la marm du mot, a E.\iji:EnnK, el après plusieurs enquêtes ma déllnilioa fut confirmée. On peut Juger de la beauté des autres conférences par ces échanlillnns n [Furet., Factumi, 1, 31K).

■ M' Mezeray SB charfreoil do contullcrie mallre-garçon de Racirot. son Apoliquairc, cl le clerc de son Procureur, quand il y avoil quelques mois qui re^ardoicnt la Pharmacie ou la Pratique; el ces )[cns-li ont eu plus de part au Diclirmnairc que beau coup d'Académiciens dont les noms sont dans la Liste. Par exemple, quand il a èlé question de définir un éUt major d'armée. M' de I^vau a été député vers M' le Maréchal de Vivonno, pour sçavoir ce que c'étoit. On a député aussi M' te Marquis son frère, pour apprendi-e ce que c'étoit qu'une contpnif me d'Ordonnance, Je leur ai l'obli- Kalion d'avoir confirmé les définitions que j'en avois apportées, qui n'avoieot pas pA passer par mon seul sulA-a^re ■ (Id., Ib., 1, 184, 2~> pagin,).

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