CHAPITRE ni
Li PRÉCISION DO STTLE ET LE SENS DES MOTS
Le sentiment de la «EflURE. — Une des qualités essentielles du style, la plus précieuse peut-être après ta pureté, c'est la justesse, <{ui naît d'une exacte accommodation du mot h l'idée. L^ première façon d'y manquer, c'est d'employer des termes ou trop forts ou trop faibles, qui exagèrent l'idée ou qui l'affaiblissent, Andry, après Ouintilien, n'entend pas qu'on qualifie de parricide un malhonnête homme, ni de scélérat un homme qui aurait seulement quelques petites inti-ifcues de fi^alanterie (Suit., 361). Ni lui ni personne ne prétond piiuv cela nier soit l'existence, soit même l'utilité des deux libres, dont tous les traités de rhétorique enseignent la théorie : la litote et l'hyperbole, » On ne les doit pas toujours condamner, disait Sorel, comme des mensonges et des impostures. On est quelquefois obli^^é de s'en servir, alîn que mettant nos propo.silions dans l'exce/. cela fusse imaginer quelque cho.se de très grand ou de très petit, et que des Auditeurs opiniâtres et incrédules aillent au moins il la moitié du chemin où nous les voulons mener » iConn. des b. Liv., \^^l'2, .tlK). Mais il est dans le goût du temps de n'en user que fort rai-ement. Bnuhours voit dans les termes exagérés des ennemis de la vérité [Entrel., 1311; cf. Senl. de Cleanle, 103). El si Ménage le contredit, c'est surtout par esprit de chicane (0., I, 297). Les rhéteurs sont lii-des.suN d'accord avec les grammairiens, liary estime que, siti>t cpie l'hyperbole paraît ce qu'elle est, elle fait rire'. I^s philosophes, cela va sans dire, n'ont point à faire -appel à ces eftets de l'imaginiition "'. Mais il est plus curieux de voir un théoricien de « l'éloquence de lu chaire et du barreau » conseiller même aux avocats et aux prédicuteurs de se contenter de la vérité
est bien inÉnB)[ét! : inui» |iiiiir peu qu'elle
■i l'IiilosophiTS A ce !<tilc cmpoullv et hyperbolique, la R même den tcetn qui troiivenl A redire qu'ils sun^cent t "IH. GibcrL, De la ririt. i'ioq., 71;.
5IK IllSTUIRE DE LA LAKGUE FRAK^ISE
toute simple, t]uî persuade, tandis que, [grossie, elle ne produit ({u'un eiTet passager '. De là à se moquer même des poètes qui entleiit la voix, il n'y avait qu'un pas, et Leven de Templery l'a franchi. n va jusqu'à reprendre les brocards de Malherbe contre les chiiTrcs arrondis, les cent et les mille -. Un rhéteur doit prendre la défense du Psalmiste et de ses images^. On ne fait de coucessions qu'aux traducteurs," esclaves en quelque façon de la pensée d'autruy II (Bouh., Z)., 257). Par application de ces doctrines, toutes les expressions qui paraissent hors de mesure sont signaK'cs et blâmées, quelques-unes pour être trop faibles ', le plus grand nombre parce qu'elles sont jugées excessives i Voir p. 360} ■'.
L'expression PRÉasE. — Le mot vague est aussi inconciliable avec un style exact. Voici des phrases, qui, suivant Boubours, ne s'entendent pas bien : Je suis assez puissant pour vous rendre ce que vous aurez fait pour moi {Im., 37); Plus vous serez prompt à exécuter cet ordre, plus vous deviendrez forl[lb., 35); La nature ne veut pas être pressée {Ib., 42); dépouillez-vous de toute propriété [Ih., 34); Les saints sont remplis de la vérité de Dieu Ib., 18); Xulle action bonne en elle-même ne voua embarrassera {Ib., 14); Le nom même de la nature que vous avez créée dans l'innocence se prend maintenant pour le vice et la langueur de ta nature corrompue Jb., 44. Voir Rosset, o. c, 211-3)'', Il en est de même des images suivantes,
I. ■ I/oii a assés dr peine i cniire oeltc vérité toute simple, comment dnnu ci-oiiiiKoii l'Hyperbole, .. je taiitiis plùtol ce» veriUs que de les uutrer par des II}-|iiTbi:i|t's. qui ëpouvenUul d'abord, et qu'on ne croit pa* un quart-dlieuM aprt's • IJreltcv., Eloq. de la Ch. el du Bar.. 397).
1. H fait pluvnir mir eaxceniet cent moutqaetadti. etc. Mititel milU iaurierii ilnnl ta téte«$l courerlt... il y auruit \à anser. de mousquetadec [Miur (cagiier une bataillo. mai* il y aurait ti-op de lauriers pour le victorieux, il n'en sauroit porter un si p-and nombre (L. de Templ., Ënlr, i Madoitte, 300).
3. J'ai Dii l'Impie élevé comme an cèdre du IJban, dît le I*salnuslc. - (Jui {mmiI jamais se Agui-er que cette hypci-bote empoisuiiiic ou faliiifiu la lërité 1.., Si ((uelqu'uu. dis-je, s'ima^inoit sentit' que ta vi-rîtc est [i di'-j^iséc et altiïrée. ne seriez-vnus le P. L«my) pas le premier i dire que c'est un homme de mauvais sens et île mauvais (çuùt'!<(B. Giberl. De ta eérit. Eloq.. Bt-5).
4. Andry critique ; le plus )(i-and chagrin des Itcprouvex. la malice dc« voleiii-M (Suite, 3«îl (Zhevpeau n'accepte pas faute pour désigner ■ un crime que le Siileil ne pût éclairer u {Œuv. meiil.. Î98).
b. Andry blâme l'auteur dex Remarque) noiiveltet, de s'être servi des mol» gaelà-peiu et ennemi public, parce qu'on avait criliqur- son sl,vle, d'user des tenues ifaceuMleur, calomnie, horriiiie détour, affliger, intention» criminettei, quand il ne s'agiit que de bat^atelles dettcammairc (Soile, 303-36^:. Chevreau repr<jche à Malherbe d'avoir écrit : comaxe tombe une fleur.,. Ainii fat ahata ce eltef d'aovre. . , ahatu est ici trop fort {Œur. mesl.. 3IÏ), etc.
0. et. Détachement cantidérable. Cet adjoclif, coniiderabte, cnt un tei'nie gênerai. ou commun, pour ne puint dire un puse-parlou(. ou une selle à loai rhevauj : un détachement est conii<ie raille eu beaucoup de manière», mais son adjectif précis i>u