‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 175 sur 202 · A l'Hfj:iS10K DU STYLE ET I.Ë SKNS DES MOIS M · texte numérisé non relu

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si communes dans le lan^^e religieux : une âme qui se fond en l'amour de Dieu, être tièdes dès le matin (Im., 50, 9. Cf. Rosset, o. c, 227 j ; elles n'agréent pas au père Bouhours. Il se refuse à sentir le charme de ces mots. Si on lui eût dit qu'ils étaient en rapport avec les sensations indélinissables qu'ils traduisent, ce Jésuite, plus familier avec Vaugelas qu'avec la Bible, n'aurait pas compris.

Une des premières précautions à prendre, dit à son tour Renaud, c'est d'éviter comme un écueil la fréquente répétition de ces mots généraux, " chose, ceci, cela, qui sont les grands azyles de l'ignorance des Termes propres, ou les éfets de la précipitation ù parler " {Man. de parler, 73). Le précepte paraît banal, mais peut-être faut-il chercher dans ces exigences la cause qui empêchera désormais les écrivains de se contenter des verbes généraux dont l'époque de Corneille s'accommodait sans difficulté : étoil, avoil, faisait, etc. ' Or c'est là un grand changement dans la langue.

II arrive aussi que l'expression reste vague, parce quelle est incomplète. J/e'dme désigne sans doute une ville, tout aus-si bien que Paris, mais la ville n'étant pas connue, son nom ne suilit pas, il faut dire la Ville de Médine (S^-Evremoniana, 243).

Un mot ambigu ne vaut pas mieux qu'unquolibet.Ondoit éviter de dire ; Ces charités luy coûtaient beaucoup (Bouh., Rem., 233), Considérez en chaque chose quelle doit en être la fin [[mit., 10) ; I.' amour ne souffre point d'être retenu par les choses basses (Ib., 22. Cf. Rosset, o. c, 207), Coûte, fin, souffre, -sont à double-sens, Bouhours ne fait pas grâce ii des phrases célèbres : Quand le Fils de C Homme viendra dans sa ijloire (Sait., 280), le lecteur pourrait comprendre ; y entrera ; .Si vous voulez être élevés dans le ciel, humiliez-vous dans le monde [Imil.,2H\ ;cf. Hosset, o. c, 210 elThoyn., Disc., 62) ; on pourrait confondre avec élevés au ciel. Il faut changer la préposition ou tourner autrement"',

speciUqiie en ce lieu, est cctiiy do (p'andcur, pour dii'c, un grand (/«(ac/ieinent(lticlie».. Prtie dt t'ribotirji , 82).

I.e terme, cnpifulsr, n'est pas un terme percniptuirc, il a des espèce*, on du moins dCK degrcE, rendre ta Ptace, est juste, propre et precîi i/b., 186).

1. Qicvrenu no veut pas de : nu misère, mon mal aura m guerûoa '.Ms, Niiiil, 6k, dans Uoisfi.]. Il ne Lolère même pan partout le verbe lenlîr : I.'aise que je reiieni hii déplaît [Ib., 146). Cr. Je soulTrc tous lee mau\ que fai ftîl» devant Truie Itac II, :>ii, Anilr., V. 31B); cette siilcÉre résignation qu'elle a eue aux ordi'CH de Uîeu {Hosfl.. Or. 'un. d-Henr. d'Angl.. éd. Rëbell., iB";, etc.

ï. Comparez : • Mes paroles ne doivent pu cire considéréas par leiens humain ". Cela ne s'entend pas (Bouh., /mil., 32; cf. Itosnet, o. c, îlOi, h Hor» de fOiM. toute cnnsolation est fausse (Kxtra te niilla consolatio valet] «. Ola est mal exprimé (Id., Ib., i9 ; cf. Ross., o. c, SIO).» I.a grftcc élève son ime dani une pins grande liberlé de coeur •. JarKon [Id.. /fc., il). - Ktrc éclairé dam le bien ■■. Mal !ld., //>., 2'. " Kve

5211 lllilTOtRI:: DK 1,4 LANCCE FIIANÇAISR

Tout mot doit pouvoir être pris à la lettre : ÏAvez les yeuj: au ciel pour }i voir Dieu, efil mauvais, puisqu'on ne (^otV |mint Dieu (Bouli., Imit., 8); le premier jour de la semaine commence à luire p.sI encore m»l dit, car « le jour luii, mais le premier jour de la semaine ne luit point. Par le jour, on entend l'aube du jour et la lumière (|m commence k paroîstre. Par le premier jour, on entend une durt-e de temps composée d'un certain nombre d'heures » (Id., .S'uiV.,88-9"i.On ne peut pas ordonner ; Soyez ravis île joie. •< on n'exhorte ffu^i^s personne à estre ravi dejoye... On ne doit point commander ces mouvemens subits qui ne sont pas tout à fait en nostre puissance » (Id-, /A., 193).

Quelquefois les observations sont si subtiles qu'elle ne se comprennent pas au premier abord. Ainsi il est interdit d'écHre : ,Ve vous fiez pas trop à la disposition présente, parce qu'elle se changera bient'U en une autre. L'idée est que l'âme passe d'une disposition k une autre, mais une disposition ne se change point en une autre (Bouh., Imit., 33: cf. Koss., o. c, 221). La moindre impropriété cho<|ue no.s hypercri tiques, lîcrirc ; // // en atfui sont plus tentés au commencement de leur conversion, d'autres à la fin. c'est pécher contre la justesse, puisque à la fin signifie à la fin de leur conversion, et qu'à la lin de leur conversion « ils sont acquis à la vie pure » (Id., //>., ")). Hendez-nous tels que nous avancions sans cesse dans cette vie qui doit durer éternellement est presque une liér<^sie, « il n'v a pas de pniff ivs dans la vie éternelle » (Id., //*., ^t2: cf. Hosset, «.'r.,219,.

Il ne suffit même pas (ju'uue phrase rende l'idée, ou éveille l'image qu'on veut éveiller, l'exactitude exige qu'elle n'en puisse éveiller aucune autre. Quand l'auteur de Vlmilatirm traduit : vous auivz bientôt vaincu cet ennemi du dehors, il s'exprime de façon défectueuse ; vu de l'Ame, le corps est un ennemi du dehors, mais c<inime il fait pnrtii- de l'homme, on considère d'habitude la chair comme un ennemi du dedans. •• Ilfalioit tourner autrement » (Bouh., Imit., 2S:cf. Hosset. o.c, 219).

L'impitoyable censeur des Jansénistes était lui-même guetté par ses ennemis. Comme il avait écrit : La science des devises est courte, on l'en raille : « Il est vray que c'est une asse?. courte science ; mais ce n'est pas la le sens de l'.Auteur, qui l'estime au contraire la plus belle .science et la plus éteudui- qui soit parmy les hommes h

iji. pRËr.isii» UL* sTïi.b; rt lk sens des mots S3t

{Sent, de C.leanle, 88-9). Bar!)iei- d'Aucour juge que BoiiKours a employé à contre-sens le fa.a\, journalier Ao^a fi cette phrase : la révolution journalière du premier mobile, attendu que le mot ne signifie pas un mouvement réglé, mais une chose inconstante et déréglée {/A., 89-yOi. Ailleurs Bouhours s'exprimait d'une façon plus ohscure encore : n J^e-raniineray, disait-îl, plusieurs neijligences qui luy ont échuppi; ». Andry, examinant ce passage de la Suite des /iemarque.t, s'en éguie : " Quand je lus cet endroit, je crus d'abord que c'éloit des négligences où jétois tombé, et je fus tout surpris de voir après que c'étoil des négligences que je n'avois pas remarquées dans les Auteurs que j'avois lus . . Cet exemple est un des plus équivoques que j'uye encore vus » [Suite, 85-8tt). Dire que le sens supplée au défaut des paroles, rappelle Renaud, est une très mauvaise excuse, car c'est d'après la parole que l'on doit déterminer le sons, et on doit avoir soin d'éviter les constructions louches, celles qui semblent regarder d'un côté, quoique le sens du discours fasse voir qu'elles regardent d'un autre (A/an. déparier, 61).

(!o>sÉi,iiiE.\CK8 DR i;e8 dot.trinks. Lr TRAVAIL sÉsiANTiyiii;. — Chacun comprend où un pareil souci d'exactitude devait porter le.s grammairiens. Il est impossible d'atteindre k cette précision rigoureuse sans un lexique fait. 11 ne s'agissait pas seulement de déterminer le caractère des mots, de dire s'ils étaient bas ou nobles, pédants ou élégjinis, il s'agissait d'en établir le sens, de le délimiter, d'étudier comme on dit aujouivihui, l'extension et la compréhension de chaque vocable, les ligui'es qui le modifient, les exj>ressions dans lesquelles il entre, de le confronter avec ses voisins et ses concurrents, de fa(.'on à préparer aux écrivains un matériel d'un emploi .sûr, et pour ainsi dire infaillible.

Les distinctions qu'on trouvera par la suite sont extrêmement variées. Quelquefois les dilîérences qu'on fait entre deux exprès sioiis sont gros.siêre.s et sautent aux yeux : aller en campat/ne, c'est aller en voyage, aller A la campagne, c'est aller aux champs (\. de B., Itefl.. 191). Mais souvent il y a fallu de rex|>érience, de l'usage, et même de la subtilité.

Peut-on autoriser le passage d'un mot au sens iiguré? Doit-on tolénu- que La Bruyère parle de gens initiez dans dex mystères, aloi's qu'il ne s'agit point de choses religieuses {Sent, sur les Car., 275), Induire en lentalion autorise-t-il induire à un sentiment (fb., i 12 ) ? Kt dans le même ordre d'idées un mot qui est bon en parlant des choses i'est-il aussi en parlant des personnes? Parce qu'on dit compo-iitinii d'une eau, d'un parfum, il n'en résulte pas qu'un

'Mi HISTOIRE Dl:: LA LAM.UE KHANÇAtSE

puisse dire composition il'un savant homme, bien que le verl>e composer un savant homme soit reçu (Bouh., Suit., 40), Peut-on dire faire acquisition d'un homme comme d'une chose? ' Inversement l'adjectif inflexible a-t-il un sens propre, est-il correct d'wppeler un fer infleAblel '•

Il y u des termes qui « sont en usa^c sur le chapitre des hommes, et qui n'y sont point surceluy des femmes >• (Bouh.. Suite, 101). Une dame reprochait avec raison à Monsieur de la Patelinière de lui avoir écrit : de toutes les faveurs dont vous m'avez comblé. « Celle favon de parler pourroit, disait-elle, me faire rougir devant des gens qui ne me connoîtroient pas assez, pour ne me point soup>,'onner d'avoir comblé de faveurs Monsieur de la Paleliniere ». Il faut employer tfraces (de Callières, Bon et mauv. us.. 201 ; v. Schenck, o. c. 72). De même courtisan a un sens favorable, au masculin, mais défavorable, au féminin, et Balzac a eu raison de se moquer d'un prédicaleur qui, croyant louer l'impératrice Livie, rap|>elait : cette habile coiir((aane (Bouhours, Z)., 31; cf. Suite, 101)-'.

lin mol qui convient avec une personne, ne convient point avec une autre, même s'il ne s'agît pas de termes marquant des rangs et des titres, comme ceu)[ dont nous avons déjà parlé. Un Académicien établissait la distinction suivante : reconnaissance est une action par laquelle on fait du bien à quelqu'un pour reconnaître le service qu'on en a reyu. Mais si l'on n'est pas en état de faire » son tour quelque chose pour son bienfaiteur, c'est gralitutle qu'il faut employer '.

Kniin il y a des dilîérences de degrés; ce ne furent pus les plus simples à marquer ; résilier, suivant quelques-uns, était plus fort

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