LES IMAGES S
OU mal. Ce Inngage peut devenir une manière, sans rioute, U est dans son essence un élan spontané, une forme inconsciente de l'idéalisation.
L'analyse qui seule pourrait — et le pourrait-elle ? — conduire l'homme épris jusqu'à l'expression directe et exacte est impossible à sa passion, et si même l'âme parvenait à réfléchir pour s'observer, elle ne trouverait de ses observations aucune traduction sufiisante, tandis que la métaphore, la comparaison, jaillissent spontanément. C'est l'image empruntée ou créée, qui est ici le naturel ; l'expression abstraite sentirait l'effort et la froide recherche, elle serait plus exacte, et moins sincère. Malheureusement un misérable instinct d'imitation, la paresse d'esprit, la prétention, l'insincérité substituent aux formes passionnelles de langage des contrefaçons de toute fausseté. Chose pire encore, souvent l'esprit travaille, au lieu et place du cœur; de là un jargon fade ou prétentieux, banal ou alambiqué. Celui du roman du xvir* agaçait, on le comprend, les gens de goût.
Sévéhitë générale. — Mais, en réalité, le mal était guéri, que les sévérités redoublaient. A vrai dire, aucun de nos classiques n'a paru assez réservé aux censeurs. Molière a ëlé repris par Fénelon '. La Bruyère - , Boileau ^ ont subi des critiques moins retentissantes, mais très âpres. C'est qu'à cette époque les théoriciens, grammairiens ou critiques, sont hostiles non à l'abus des images, mais aux images mêmes. Sans doute ils ne prétendent pas exclure celles dont l'usage est consacré, mais ils les considèrent comme des moyens de fortune dont on s'est servi faute de mieux. Elles sont non pas une forme supérieure de l'expression, mais un pis aller, par lequel on
I. Tjrence dit en quatre mots, avec ta plus élégante simplicité, ce que celui-ci ne dit qu'avec une multitude de métaphores, qui approchent du ftalimatias. J'aime bien mieux sa prose que aea vers (Fénel.. Lttl. i l'AcRd., ch. vu].
:. Il avait poaisé 5« cie au de li de cent ans. Le naturel manque ici ; et la métaphore qui orne certains discours, est mal placée dans le stile historique {Seat. $. Ut Ctracl., «).
Cf. " Lorsqu'une langue a tous les mota nécessaires pour exprimer toutes les idées simples et distinctes, le secret de l'enrichir ne consiste plus que dans l'usage de la métaphore, qui, joignante propos les idées, sait tantàt les aggrandir et les fortifier, tantôt les diminuer et les affoiblir l'une par l'autre. M. de La Bruyère seroit un parfait modelle en cette partie de l'art, s'il en avoit toujours assez respecté les bornes, et si. pour vouloir être trop énergique, il ne sortoit pas quelquefois du naturel. Car voil4 par où rusais des métaphores est dangereux, Elles sont dans toutes les lanf^ues une source intarissable, mais source que l'imagination doit se contenter d'ouvrir, et où le jugement seul a droit de puiser. . [d'Olivet, Hiit. de rActd., éd. 1730. II, 3SS).
3. Dt reproche» hargneax lans ceiie l'iffiiger. Quelle epithete de htrgneox pour reproche» ? On dit bien un homme harifneax, un etpril htrgaeaz, et ane hameiir hargneuse : mais cela ne se dit point des paroles ny des reproche» '.Def. Po. Her.,
an HISTOIRE DE LA LAKGi;e FRANÇAISE
remplace des phrases simples qui manquent '. Ecoutons Bouhours : « elle [la langue françoisej ne s'en sert que quand elle ne peut s'en passer >i. « Nous ne sommes plus au temps du zenit de la vertu, du solstice de l'honneur, et de l'apogée de la gloire... les métaphores les plus agréables ne sont point au gré de nôtre langue, si elles ne sont fort modestes... elle n'ose employer celles qui sont un peu fortes, si elle ne les adoucit, par si j'ose dire , pour parler ainsi, etc. h [Entr., 51-52) "-. Et Sorel donne une théorie toute analogue : n En ce qui est des Métaphores, il y en a de si autorisées par l'usage qu'on ne les peut desaprouver, et que mesmes nôtre Langue ne s'en sçauroit passer, è cause de sa disette en quelques endroits, où elle n'a pas de mots particuliers pour exprimer tout ce qu'on désire : Où trouvera-t'on des paroles plus propres que de dire, qu'on s'embarque en une affaire, ou qu'une autre vient d'échouer, et que de certains Hommes prennent l'essor ? Ce sonttoutes façons de parler Métaphoriques qui ont cours depuis long-temps, et dont l'on sçait assez l'origine » {Conn. des b. livres, 1672, p. 317),
Quand on discutera sur la prééminence de la langue latine ou de la nôtre, un des ai^ments que les panégyristes du français feront valoir, c'est qu'il est « ennemi du fard et des fleurettes » ^. « Je me souviens, dit Le Laboureur, d'avoir veû en trois ou quatre divers endroits des ouvragesde Monsieur l'Evéque du Bellay, qu'un Amant gagnait païs dans les terres des bonnes grâces de sa Maîtresse. Je ne m'en prens pas à luy, mais à son temps qui étoit infecté de cette maladie, dont je puis dire que nous sommes parfaitement guéris aujourd'huy. On écrit comme l'on parle, et les personnes d'esprit ne recherchent dans le discours ny dans les écrits que les termes les plus propres et les tours les plus naturels >< {Avant, de la Lang. Franc., 180). Les métaphores des Anciens font parfois sourire, comme les vieux mots : « Les poètes et les Orateurs, dit Chevreau, écrivoient autrefois: un front d'airain, un cœur de fer. d'acier... Mais nous ne sommes plus aujourdhuy pour ce courage d'acier, ni pour cet acier de courage, pour cette fog de rocher, ni pour cette roche de
I, Les comparaisons, qui ne ^<onl point de mon Bujel, sont aus:ii mal trail^es que les méUphores (VuirSenf. de Citant., 1611, 3i, et Sent. >iir I» C«r.. 3il).
H. C'ett le porle-fiix ; e'etl U Intime- firdeaa : en un mot, c'est le cheval au grtad colier. Comme [a comparaison d'im homme à un cheval est asseï rude, il faloït user (le quelque adoucissemenl. C'eit U porte- faix; c'est le traUne-fardeaa, et tit m'etl permit d'nterdu mol, c'est U chenal au grand colier (Bary, Secr. de noitre l^ng., 45 j.
3. Jamais langue a t'elle csUS plus ennemie du fard et des fleurettes que l'est prc- Hentement la lan^cue Françoise 7 Elle ne les peut aoulTrir avec quelque addrcsse qu'on les luy présente, E.e moindre jeu de paroles la choque. Les équivoques afTectécsi luy sont insuppoi'tablcR :Chai'pent.. ifxcell, de In l^ng. Fr.. I. 376;.