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foy, et DOS oreilles sont devenues si délicates qu'elles ne peuvent soufïrir cette dureté ». (Ms. Niort, 19-20, dans Boiss.) L'autorité de l'antiquité ne compte guère. « Dirions-nous bien âpres les Latins... une àme puAnte... après Plaute : Foetet anima uxoris (Ib., 47, Ib.) ? je ne croy pas, que celui la trouvât en France des admirateurs, qui écriroil, .. après Sophocle : Aveagle de l'esprit, des yeux et des oreilles » (Ib., iS, Ib.).
Ceux qui veulent bien prendre les images pour des » ornements », ne leur accordent pas pour cela une place beaucoup plus importante. Le P. Lamy, tout plein de raison raisonnante, dit bien que « l'homme étant fait pour la grandeur,... les Métaphores... qui sont des manières de parler extraordinaires et, généralement toutes les expressions qui ne sont pas communes, nous sont agréables n (Bhetor., 291). Mais il ajoute presqu'aussitôt que les faux ornements, la fécondité excessive déroutent le lecteur {Ib., 294), et si l'on veut peser les termes de la phrase même que je viens de citer, on voit qu'il ne donne au style imagé qu'un rôle accessoire et exceptionnel. En effet — ses adversaires le lui ont bien reproché — « l'Eloquence qui noua rempht d'idées et d'images sensibles,... qui parle à l'esprit par la voie de celte imagination ébranlée » ne lui agrée pas, c'est à ses yeux la « fausse Eloquence » (B. Gibert, De la vér. Eloq., 16).
Dans les Dialogues satyriques et moraux de Petit, il y a un débat à ce sujet :
Le puriste. — Outre que ces omemens luy sont absolument inutiles, parce qu'ils ne sont point naturels, ils luy font perdre beaucoup de sa grâce (à la Langue). Moins elle est parée, plus elle est belle. Il suffit qu'elle soit propre, et sa plus riche parure vient de sa naïveté.
Le poète burlesque. — Je suis persuadé du contraire, et que ses omemens luy donnent beaucoup d'éclat.
Le puriste. — Cet éclat éblouit, et par conséquent fait tort aux pensées. Ce qui est bien pensé se pense toujours naturellement ; mais ces omemens tiennent de l'artilice, et ils imposent souvent à l'esprit {p. 212).
L'ennemi des métaphores estun puriste, c'est vrai, mais leur défenseur est un burlesque.
Qualités que doivent avoir les images. — Les métaphores nouvelles, » pour estre bien receués, dit Sorel, doivent estre fort énergiques et fort significatives » (Conn. des b. liv., 1672, 317),
D,!„t,zed.yGOOg[e
SSe HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
On accepterait volontiers cette formule, et même la suivante : ■.< Toutes les Métaphores estant proprement des similitudes racourcies, elles doivent avoir beaucoup de ressemblance aux choses qu'on veut figurer » [Ib.]. Cela revient en somme à demander à l'image d'être juste et forte '. « Si on en fait, dit le P. Lamy, une vive image semblable à celle que nous avons dans l'esprit, sans doute que ceux qui la verront, auront les mêmes idées que nous, qu'ils concevront pour elles tes mêmes mouvemens... {Phetor., 88).
Mais certaines analyses montrent à quelle rigueur on prétendait en venir. Sorel, qu'il approuve ou qu'il fasse ses réserves, n'est pas le moins exigeant : i< On dira, observe-t-il, d'un Soldat qui s'est trouvé à un assaut. Qu'il a essuyé mille mousqaetadea. Cela est dit galamment pour montrer le mépris que les Gens de Guerre font du péril ; De dire qu'ils essuyent des mousqiietades, c'est comme si les ayant recewës, il ne faloit faire autre chose qu'essuyer ses habits, de mesme que quand on a jette dessus quelque ordure. On dit eaauyer les périls, et cela s'applique encore à toutes sortes de mal-heurs et d'incommoditez, tant l'on donne de vigueur aux mots depuis qu'ils ont commencé d'avoir cours. Dans les Entretiens d'Ariste il y a, .Vous sommes en danger d'essuyer l'Orage, car il y a quelque chose à essuyer et à seieher, après qu'on a esté exposé au vent et à la poussière, et eniîn k la pluye, comme cela arrive dans la tempeste et l'orage » [Sorel, Conn. des b. liv., 1672, 457-438). On voit par là à quels emplois le verbe essuyer convient, il faut qu'il soit tout proche de son sens propre. Si l'exemple ne suffit pas, en voici un plus significatif encore : « On dit, Envisager son ennemy, Envisager la mort. Envisager les périls. En cette dernière occasion, cette façon de parler ne paroist pas si bonne, pource qu'il le faut imaginer que la chose dont l'on parle ait un visage ; Nos ennemis ont un visage, et nous donnons aussi un visage à la mort, mais pour les périls et les autres choses, nous ne les concevons pas ainsi. Neantmoins le visage est la face, et l'on dit aussi la face des choses, mais c'est à sçavoir si on peut dire pourtant. Envisager les choses » {Ib., 454) '. Je ne
1. H rehti louvenl iur l'tnctame Ut vert qai ne ion( pxt bien tournez. Pour bien écrire, il Taloit di; dcuit choso« l'utic. ou iic puinl user du mot d'enclume, ou user du mot de forge. Il rehal souvent jor ienclane le» vert qitî ne tonl ptt biea forge: :Bary, .Seci'.de nattre Lattg., 47j.
2. Poni. et G. Mie^ ne duuncnl qu>nnta,ifrr quelqu'un ; Rich., fur., A. et A = acceptent : enuiM^er la murL. une alTaii'c. On trouve dans Duil. : l'Anfcletcrre envittge la FrNncc; L'[ng]iilteri<a è in pruspellira detla Francia. — LesBuîteaile ce mot, quand je les envisage. Me rniit voir un mari, des curants, un ménage (Mol.. I^C. 61. Ftm. Sac. V. l^-liij : allendci du iiinins que viiug ayer. confronté les dépennes pour envtuger voire départ ;!iiïvi);nc, VII, Ht) ; Ei, loin d'envitager ces périls évidents (La Font.. VII, i03. V. Ti; ; Vou« len HcL'iiseï :lcs Jésuile.i) de n'enrisa^er dans les personnes que la haine ou l'amour qu'on avoït pour leur compaf;nie (Racine, IV, ïB4, Iin»g.).
m'accommode poini, avoue itilleiirs Snrc], dur/rand fonJsde pansue, puurce que la Métaphore nous doit faire imaginer quelque chose de réel et de possible ; Comme qui diroit, J'ay un grand fonda d'amitié, on se représente que cette amitié est quelque chose dont on fait amas, car mesme il y peut avoir grand nombre d'amitié/., puisqu'on dit. Il m'a fait mille amiliez : Mais il n'y a pas plusieurs paresses dont on fasse fonds. La Paresse est une habitude, non point une chose qu'on puisse amasser pour en faire fonds et magazin » {Ib., iio-4i6. Voir plus haut, p. -^32). Dédire, Donner là dedans, pour signifier qu'on se range à quelque avis, c'est en parler comme si on donnoit dans quelque barricade, au lieu que cela se peut faire paisiblement et sans violence. Il y a pourtant des occasions où cela est dit fort proprement, à cause de l'impétuosité qu'on témoigne, et en d'autres temps nous nous accoutumons à l'usage » (//*■, ii6).
Sous des prétextes analogues, Bouhours trouve à redire aus expressions de M. de Sacy : Étendez mon cœur, afin qu'il voua aime davantage [Imit., 22 ; cf. 5i) ; la charité agrandit l'âme {Ib., 25 ; cf. Ross., 0. c, 226-7). Sont-elles si vagues, alors que l'expression grand cœur les éclaire et les précise ? Il cherche vingt querelles aux jansénistes, qui essaient de garder à leurs traductions le caractère concret de la langue originale. Il censure une vie assiégée de pièges el de filets [Entret., 142) ; arroser ses discours par de ferventes prières, parce qu'arroser donne l'idée d'humidité et de rafraischisscment, et que ferventes fait penser k de l'ardeur, des feux, des flftmes (D., 80-81); illuminer mes yeux aveugles : on n'a jamais dit des yeux aveugles {Imit., ViH, etc. Cf. Rosset, o. c, 227-8). lise demande si on peut dire une miette ou une goutte de grâce {Ib., Îi5, Id., 225) ; vous êtes le breuvage de mon âme {Ib., 58) ; se refroidir de ses saints désirs lEntr., 143) ; Fermez sur voua ta porte de votre cœur, qui est sans aucun doute du jargon {Imit., 8 ; cf. 24, 7, 39 ; D., 109; Rosset, o. c, 226). Les images comme les expressions, sont considérées comme si elles étaient des productions logiques.
Une des fautes les plus faciles à commettre consiste, nous l'avonti vu, à remplacer dans une expression un terme plus général par un particulier. Il en est de même naturellement, lorsque le style est imagé. Nicole avait écrit : « Outre les liens spirituelsqui les unissent entre eux, ils sont encore attachés par une infinité de petites cordes toutes humaines dont ils ne s'aperçoivent pas; et la fermeté de leur union ne dépend pas seulement de ces liens spirituels, mais aussi de ces autres cordes humaines qui la conservent. Il arrive de Ik, que lorsque ces petites cordes viennent à se rompre, par une inû-
ZTifi HISIXIIHI-: DK I.A LANCrh' KRANÇAISE
nité d« |>etits scandales, de petits mt-contenlements, de petites Dégligence.s, on vient ensuite à se diviser dans les choses même les plus importantes ». Nicole, pour la clartt^ de cette phrase particulière a voulu employer deux métaphores, l'une créée sur l'analt^ie de l'autre, afin d'exprimer la même idée d'union; on peut discuter et mettre en doute te succès de sa tentative, mais Bouhours ne s'en tient pas là ; c'est le procédé même qu'il condamne, parce que, ditil, " la métaphore ne doit jamais descendre du ^enre à l'espèce, et cordes ne doit pas remplacer lien» n. De même on peut bien dire les flammes d'amour, mais non les lisons, le falot, la mèche d'amour [Doutes, 112; cf. Rosset, o. c, 224) '.
L'image évoquée doit être en harmonie parfaite avec l'idée, estime Bouhours après Sorel. Entrez dans votre cœur pour vous y reposer comme sur un lit dans des sentiments de componction, est mal écrit, se reposer comme sur un Ut ne donnant pas l'idée d'un homme pénétré de douleur (Bouh,, Imit., 7 ; cf. Rosset, o. c, 220). » Quand on parle d'entrer dans le sens de quelqu'un, on se figure d'entrer dans quelque... Edifice, mais au contraire c'est le sens et la pensée de quelqu'un qui entrent en nous *.
En sommeil faut que les images ne soient ni rares, ni conmiunes, qu'elles satisfassent raison et imagination, mais ce n'est pas tout. << Les métaphores pour bien estre receuës ne doivent estre tirées nydes choses trop éloignées, ny des choses trop proches. Elles ne doivent pns estre tiréesdes choses trop éloignées, parce que comme elles peinent l'esprit, elles ne plaisent pas. Elles ne doivent pas estre
1. M.doBalzacne s'esL pas cont«nté de celle phrase étrang:ère : ;)arI*riietpt«rrM el ptFltr da fer, il a dil encore danti une lelLrc au P. du Creux, qui est la cinquième du Iroisièmc Livre de la première partie de nés Lettres choisies : > Ils écrivent da ftr al de* pttrrei comme tux-mimta It ctnfttmal. pour ne pas dirt de U hoOe et da fnmier, comme qnelqaet-ani le lear reprochent •... On m'opposera qu'écrire do fumUr et de la bout esl une manière de parler fui n'est, pas mauvaise, puisqu'^rrre de* douceur* ef da flturettet esl en usage. .. Il y a bien de la différence entre marquer une chose .... dans Vetpèce et dans le ^enre. et l'on descend rarement de l'un A l'autre. Hais il ne nous esl point encore arrivé de dire : Il a écrit dti rotet. de* lyi, dei jonquillet el dei ■n.rfmones (Chevr., Ms. Niort, 11, dans Boisa.).
a. Entrer a plusieurs significations fines : enlrer dans le sens de quelqu'un, en(r<r dans la pensée d'un auteur, enirer dans le monde, ,.. entrer dans une affaire, pour dire s'y eageiKr, ... il y entre un peu de cela ; en parlant d'un homme qui ne dil mot en corapaRnic, il n'enfre point dans la conversation (Rouhours, Enfr,.9î-93). — Rîch. confirme que re mot au OgUTé & plusieurs belles signiflcB lions ; * Pom.. Duîl., G. Miege. Pur.. A. A' qui donnent les uns ou les autres de ces emplois. — une aulre tragédie, où l'on en(roi( dans des intérêts tout nouveaux (Hacine, I, 393, TMb., ppéf.) ; M. de Ponlcharlrain est entré dans cette affaire avec beaucoup d'amitié (Sév., X, Ml); feutre avec une tendresse infinie dans iDus vos sentiments (Elad., X, 313); mon Bis a une qualitt' très-commode, c'est qu'il est fort aise de relire... ce qu'il a bvuvé beau : il le goAte. il y entre davantage... cela s'incorpore ^Ead., IX, 403); Que je vous suis obligé d'entrer ainsi dans mes interesls (du Verdier. Le FUtteur, ». II, se. !'; vous n'inire: pas assez dan* le dépit où Je dois être (Id., Ib., a. V, se. i).
tirées des choses trop proches, parce <]ue, comme elles soiil familières, elles semblent fades. Celuy, par exemple, qui appelleroit CasaeroiM, des soldais lasches, comme iît Themistocles, pourroit ne pas agréei', parce qu'à moîna de se ressouvenir que ce sont des poissons de mer qui ont une espèce de couteau au milieu de la teste, et qui n'ont point de cceur, cette façon de parler ne feroit point une agréable impression.... Qui diroit que le sein d'une cert&ine Dame seroil d'albâtre, ne diroit rien qui arrestat l'esprit, parce que c'est une loiiange qui est tirée d'une chose vulgaire » {Bary, Bhet. fr., 1676, 303). Toutes ces exigences se justifient en principe assez facilement. L'image n'ajoute rien au style quand elle n'évoque rien, ou qu'elle évoque mal, ou qu'elle évoque autre chose que ce qu'elle devrait évoquer.
Mais avec l'esprit du temps, on devait nécessairement pousser jusqu'b l'abus des idées excellentes. Nous en avons vu déjà plusieurs preuves. Quand on parcourt les ouvrages de polémique, les pamphlets et les critiques, on est effrayé des chicanes qu'occasionnent aux écrivains les hardiesses les plus timides. Maynard avait employé /lambeau dans: Ac grand flambeau qui t'embellit. Fera sa tombe de son lit, Chevreau remplace par astre : Un astre se couche, non un flambeau [Œuv. mexl., 296 et suiv.) ', Bary corrige la phrase : d'un lion sacrp qui ne devroit produire que du plaisir et de la vertu, l'on en fait une chaîne misérable qui ne produit que de la peine et du peclié; lesliens et les chaînes doivent être changés, ils n'engendrent pas; produire de la vertu ne vaut guère mieux, c'est une façon de parler inusitée (.S'ecr, de noslre Lang., 130), Desmarest raille Boileau sur ses vers : Mais la postérité d' Al fane et de Bayard, Quand ce n'est qu'une rosse, est vendue au hasard... Cela est admirable de faire de la postérité de quelques chevaux une rosse. Dor. : Dy moy, Damon, n'as-tu jamais monté sur la postérité d'un bon cheval? [Def, Po. Her., 40). La Bruyère est, à chaque page, pris à partie : Cette pépinière intarissable de Directeurs scandalise son critique : intarissable conv'ienimienj. h des sources qu'à des pépinières (Sent. s. /es Car., 176) ; des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimez est mal, on ne dit pas qu'il s'imprime deschoses, ce sont les choses qui s'impriment dans l'esprit {Ib. , 593). Ailleurs le même discute l'expression : une sécheresse de palmonique. « La comparaison n'est pas juste, il n'y a pas de gens qui
t. Ailleurs il ju^c que la cAaiie n'invite pm »a hoit {Ms. Ninrt, S'-68. dans Boiss,!, qu'on ne peul pas dire. meKre bas la cofèn (Ib., 87-84), abattre un bonhenr [Ib., l«3], fichtr ou affliger te repot ilb.. 5), la MltMdc rot tfftirei (Ib., iS).
S60 lllitTOIHii: DE LA lANGUE FHA\(;A1SE
crachent plus » i//)., ^87). El l' Apologiste répond : « Le crachement pi'oduit enlin une sécheresse inortelle n {Apol. de Lultr.. 212) '. La défense s'inspire des principes mêmes de l'attaque, et la discussion n'en est que plus curieuse. Elle révèle des deux côtés une hostilité absolue h toute locution qui évoquerait puissamment une idée, mais ne satisferait pas en même temps, à l'analyse. Je terminerai .sur cet exempte burlesque, on en trouvera d'autres dans oe qui suit. La moindre tentative pour animer les choses, était sévèrement guettée : un discours qui parle ou un réduit qui crie merveille alarmaient les gardiens de la langue (v. Mén., 0., Il, 388 ; cf. Def. Po. Her., 106). La vérité est qu'on n'aimait pas l'expression imagée, considérée comme souvent dangereuse, et presque toujours inutile '.
Images otiTEttES. — 11 arrive souvent, et c'est un des pires reproches qu'on puisse faire à un auteur, que ses figures sont outrées. Critique dangereuse entre toutes, puisqu'elle ne se fonde sur rien de précis, qu'il n'existe aucun étalon de la mesure à laquelle on prétend soumettre le style, et qu'au surplus la variété des genres et des styles obligerait à changer constamment cette mesure. Un auteur, parlant de la célèbre scène du cirque où Néron lit brûler les chrétiens, avait risqué les expressions : une torche qui crie, un flambeau qui se plaint. Ces simples mots, tout pleins de l'horreur du supplice, tout débordants de pitié humaine, choquent Chevreau (V. œuv. mesl., 296-297). Ailleurs La Bruyère osait montrer desouvrages qui marcAe/i( sur le ventre it d'autres. Métaphore outrée [Sent, sur les Car., 92-93). S'il dit : Pressez ces gens, enivrez de la faveur, tordez-les, ils dégoûtent l'orgueil, l'arrogance, la présomption. Métaphore outrée {Ib., 286-2S7). De même pour sa phrase célèbre : Des âmes paieries de boue et d'ordure « je permets cette expression à ceux qui croyent l'ame matérielle,.. Des âmes paitries de gloire, cela est noble, si l'on veut, mais ces métaphores passent trop le naturel » (Ib., 256).
Mots a figures effacées employas co.mhe des mots simples. — Pouvait-on, après qu'une figure s'était a3.iez effacée pour que le
1. Comme il tÊlMcaûlumianxRiiKUis,aaxiAcc»geineiis, aux cru, aux mattacre* : t'nn a rtiion de dire, qu'il eif inteatiblf, qu'il n'y n point d'objet. qaeUfue pilogahU qa'il loit, qni paitte humecter $et ifeuz. A quoy bon se servir de la dernière pbram;, puis qu'elle n'est ny belle, iiy nécessaire ; et qu'il u'y a des choses simpln qui expriment très-bien la dureté 1 Comme il etl accoûtamé aui; aataaft, aux taccxgement, aat cria, aux maMaerei; ionaraitondedire.qu'ileKtdariqu'iteil intentible; qu'il n'y a point d'objet, quelque piloyablt qa'il $oil, quipui**e lug tirer dea larmet. (Bary, Secp. de naître Laag., 130-131 .
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mot ait pris un sens équivalent à celui du mot ordinaire, se servir du mot figuré comme de l'autre, sans plus tenir compte de l'image ancienne? Fiamme, devenue par l'usage synonyme d'amour, allaitil pouvoir tenir sa place dans toutes les locutions, sans qu'on fit aucune attention à l'image primitive ? Corneille s'en était servi cent fois de la sorte, sans aucun scrupule. Mais Chevreau posa la question à propos d'un vers d'Othon : « C'est vôtre intérêt seul qui fait parler ma flamme. Agir, dit-il, eût été plus propre, parce que la flamme ne parle point, quoi qu'ici flamme signifie amour ; et que la plupart de nos Poètes, sans y prendre garde, n'écrivent presque jamais autrement » [OEuv. meslées, 300),
Ailleurs, il s'en prend à compas, que Malherbe trouvait bon et propre à tout : Bornes-vous... dans un juste compas (Ms. Niort, 12T, dans Boiss.). On pourrait citer d'autres critiques analogues, ainsi l'observation de Subligny sur ce vers : an sang sur qui ta Grèce aujourd'hay se repose ; se reposer sur un sang est une étrange figure, remarque- t-il, non sans raison {Folle Quer., p. i\ de la Préf.) '. Au premier abord, on est tout à fait enclin W donner raison aux censeurs. 11 faut prendre garde pourtant. Faire choir te front d'une ame nous paraît aussi mauvais qu'il Chevreau (Ms. Niort, 77. dans Boiss.); Je n'ai point pris foi sur ces méchantes langues, a beau être de Molière, c'est du galimatias (III, idf*,Éc.(les Fem., v. 4*2).
Mais tel n'est point le cas de toutes les expressions auxquelle.'i je fais ici allusion. Qu'on considère le mot sang : Il signifie fils, descendants, et s'étend it toute une famille, une race. Dans ces conditions. Racine dira tout naturellement ; Votre vie, Esther, est-elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? (III, 479, Esth., y. 208-209). C'est comme s'il disait au peu/j/c, à la race. Seulement il y a heur et malheur. Tantôt le développement continue, la métaphore s'efface de plus en plus, personne ne fait plus iittention au sens jadis figuré. .\u contraire si le développement s'arrête, si même, comme il arrive, on abandonne le sens métaphorique, les expressions ainsi créées parais.sent étranges et mal faites, incohérentes. On demande compte à l'auteur d'une vie qui est à un sang.
1. Compare! encore l'observalion suivanle du censeur de La Brjyère ; Regorger d'Aonnenn : cette etpression n'est pas moins flci^ante, parce que l'usacc donne auHi k l'ambition le nom de toif. Main regorger ite Irain ne peut tti'c un mot uaitû qu'api'fs que l'on aura mis en vogue celui-ci. élre Aiftmé Je e&rrane {Sentiin. t. let CsracC., 37H). L'Apologiile répond ; le verbe regorger s'applique aux choses qui ne sont pas susceptibles de cette faim ai de cette toif. . . Ce verbe n'est que pouinigniSer l'abondance... regorger, pris au figurt'. pi^ut s'appliquer A toulcx choses Apolog. de L* Bruy.. ISl-3].
Hitloirede la Lungaefrftnçaite.lV. se
D,!„t,zed.yGOOg[e
nB2 IIISTOlRR bE I.A LAfifiLE FRANÇAISE
Hien n'est plus injusto. L'iiiRtincL (jui pnrtu à donner à uu ntot Rguré tous les emplois du simple est un des instincts essentiels du langage. Par une action et une réaction réciproques, la figure s elTace DU fur et à mesure que le mot s'étend et le mot s'étead parce que la figure s'elFace. Il faut réserver nos sévérités pour les cas où l'usage du mot ne justifiait pas les libertés prises. On a souvent crié trop facilement k l'impropriétt^ Pyrrhus qui demande la main k .A.ndromaque et lui offre son bras paraît bizarre {Rac, II, 5^), Andr., v. 2!i3). II parle la langue de son temps, voilfi tout.
L'image vtt les écrivains. — Alors qu'ils multiplient, ainsi que nous venons de le voir, les précautions et les conseils, jamais les théoriciens ne font allusion à l'instinct si sûr qui a rempli les langues de tant d'expressions heureuses '. Il semble qu'ils ne croient qu'Jt la figure élRborée par le styliste, cherchée et ensuite examinée, retournée, pesée, contrôlée, toute artificielle. Ils sont, avec raison du reste, en défiance de celle-là. L'autre, qui fait presque tout le style, est oubliée.
Aussi les hommes qui avaient de l'imagination résistèrent-ils dans une certaine mesuiv. Chez un Bossuet, comme on l'a remarqué, le goût du temps ne parvint jamais à éteindre complètement le sens du réel, du concret, des choses vues, ou grandes ou familières. M. Lanson a cité de lui un lever de soleil digne de Chateaubriand {Art de la Prose, 107j. Même danslesOraisons/'uné/ires.ily a des images hardies et neuves : Si jamais l'Angleterre revient à soi, si ce levain précieux vient un jour à sanctifier cette mas.se, où il a été mêlé par ces royales mains [Or. fan. d'ffenr. de Fr., éd. Réb.,9f ; cf. sur Alger, p. 232-233 ; sur un jour d'hiver, p. 239). Mais pour que Bossuet se laisse aller à ce goût, il faut qu'il se trouve dans des conditions particulières, dans son diocèse d'abord, loin des mondains, ou qu'il se laisse entraîner par quelque texte biblique, plein de vie et de couleur. Ailleurs il s'étudie à sarcler son style, ii extirper ces plantes sauvages et puissantes. Ses adjectifs ne montrent plus rien. Ils
1 . Un homme de bon sens remarque pimrlanl que d'insUncl le peuple sait créer en ce itenre diver* modèlesiiiiniitablesA l'arl: - [l eitl itranfce qu'il n'y ait rien dans t'Eloqiiencc dont on te »er\e si mal que des Figures, puis qu'il n'y a rien de si aisé et de li nalurcl.,. on trouveroit dans son pi'oprc ronds, et suivanl simplement les mouvement de la nature, tous ces loura sublimen, vehi^mens el agr^blen, ausquets on a donni^ le nom de Figures. J'ay pris souvenl plaisir i entendre de* païsans s'entretenir avec des Figures de discourt si dilTerentea, si vives, si éloignées du vulgaire, que j'avois honle d'avoir si long-temps étudii! l'Eloquence, voyant en eii.\ une cerlahie Rhrloriqiie do nature, beaucoup plus pei-suasivc cl plus éloquente que toutes nos Rhéloriques arlillcUlles - [arclicv.. Eloq. de (a C'A. «I âa Btr., 104-105).
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deviennent abstraits, pompeux, il» veulent nous imposer une sensation, au lieu de la faire naître : i< Qu'il embellît cette magnifiqae et délicieuse maison, ou bien qu'il munît un camp au milieu du pays ennemi, et qu'il fortifiât une place ; qu'il marchât avec une armée parmi les périls, ou qu'il conduisît ses amis dans ces superbes allées, au bruit de tant de jets d'eau qui ne se taisaient ni jour ni nuit, c'était toujours le même homme " {Or. fun. de Coudé. Ib., 318-519).
Et combien pourrait-on citer d'occasions où , volontairement, d'autres s'abstiennent et se précautionnent. Boileau prend ses sûretés : « Il y a dans le grec, dit-il, que l'eau, en voyant Neptune, se ridait et semblait sourire de joie >< . Mais cela serait trop fort en notre langue [Hem. sur Long., éd. B. S. P., III, 4t5). Avait-il peur qu'un Desmarets lut reprochât semblable hardiesse, comme il lui avait reproché : au nom de nos baisers ' ?
La Bruyère, lui-même, écrit parfois des lignes si pâles qu'elles ne laissent plus paraître sa personnalité ; « Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau, qui répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis ; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit... si un loup avide paroît, il lâche son chien... l'aurore le trouve déjà en pleine campagne... quels soins! »(Ln Bruy., 1, 385, Du Souverain). On croirait entendre M""' Deshoulières, en prose.
En général, puisque la vision neuve, personnelle, est proscrite, puisqu'on rebute tout ce qui retlète l'impression d'une âme particulière, les meilleurs en arrivent à se contenter de l'image banalei usuelle, attendue, qui, après tout, n'est qu'une expression propre d'une autre sorte. Biblique ou classique, quelle que soit son origine, elle est sûre, celle-là, de se faire accepter, et même saluer au passage "', Sur ce vers banal : D'où pleuvent la flamme et le fer, Chevreau note : Il est excusable de s'être servi plus d'une fois de cette pensée, parce que l'on ne peut rien voir de plus grand ni de plus beau que cette pluye de tempestes, de fer et de feu (Ms. Niort, 38, dans Boiss. ; cf. la suite). Comme les mots approuvés, les bonnes métaphores sont celles qui ont pour elles l'usage. Au lieu de se
1. [| faut dcmanclcr • quel nom avoieni Ici baisers de l'horloger cl de l'Iiorlol^m • {Def. au Po. Her., lia).
3. Rnciire faiil-il dire que Bouhourt.dans sa haine de PorU Roy al, trouve i repi-endre dans : frail de vigne, que Tlioynnrd doit défendre [Dite, 80;.
$64 ilisTOiRi': l>k: la LA.sr.ce fham;aisi:
mai^iui^r au coia des ptersoimes, il est mieux quu les images soient frappées au coin de l'époque ; ce ne sont plus des médailles, ce sont des monnaies '.
Une DËACTiON s'annonck. — En réalité, cette austérité ne pouvait se soutenir qu'un temps. Déjà La Bruyère, it l'occasion si sévère pour Acis -, estimait qu'on abusait de la rigueur, sous prétexte de combattre des abus. Il l'a dit : « 11 faut éviter le stvle vain et puéril, de peur de ressembler à Dorilas et Handburg : l'on peut au contraire en une sorte d'écrit hasarder de certaines expressions, user de termes transposés et qui peignent vivement, et plaindre ceux qui ne sentent pas le plaisir qu'il y a à s'en servir ou à les entendre » (I, 14-9- 150, De.i oavr. de l'esprit). Il avait déjà proclamé ailleurs : >• Moïse, Homère. Platon, Virgile, Horace ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images » 'La Bruv., I, 116-117, Ib.).
Du reste son style ferait & lui seul connaître la doctrine de l'écrivain, si aucune déclaration n'avait manifesté son opinion. Il est plein de choses vues, et vues partout, au cercle, en ville, à la campagne même : « Us heurtent de front et de côté, comme des béliers : demande-t-on à des béliers qu'ils n'aient pas de cornes ? (I, 226. De la Snciêté) ; On fait sa brigue pour parvenir à un grand poste... les uns doivent entamer, les autres appuyer; l'amorce est déjë conduite, et la mine prêtée jouer : alors on s'éloigne de la cour (I, 313. De la Cour) : si elle a vu de sa fenêtre un bel attelage... et que
I. Aucun K<^i« ne donne plus celle impression que la haran^e politiqu<t. I,ps mots, Ivs l'pilliÈlcs, (IguriScs ou non. pompeuses cl d^oralivcs, mais abstrailes. pourraient être calaloguL-ti : grand alterne avec incomparable cl bienfaits avrc l'frluj, BiliH qu'il s'agit ilu rrii. On ferait en quelques heures une colleelinn do 'cent phrases analogues i cellcs-ei ; • (Juc s'il rient de reprendi-e les armes, re n'c^l que pour reslablir le repos pablU que ilsa csprili inquieli el jaloux de *a gloire oal Irniibld par de noirs artillces, par des desseins injojlei. et par des entreprises orfieuiei - [Har. île F. de CaUiiret i h rieeplîon, fév. tSSS).
'i. L'on voit des pens qui... vous dégoâtenL.. par l'impropriété des tci-mes donl ils «c servent, comme jlar l'allianee de certains mots qui ne se rencontrent ensemble que dans leur bouchu, et. k qui ils Tont signifler des chu«e* que leure premiers invenleiirs n'oul jamais eu intention de leur faire dire... Leur biiarre )ténie... tourne iascnsiblcment d un jargon qui leur est propre, et qui devient enfin leur idiome naturel ; il» accompannent un langafte si exlravafianl d'où geste afTecté et d'une prononciation qui est conlreraite. Tous sont contents d'eux-mêmes et de l'agrément de leur esprit, cl l'on ne peut pas dire qu'ils en soient entièrement dénués: mais on les piaini de ee peu i| u'ils en ont; et ce qui est pire, on en souffre.
Que dites-vous? Comment? Je n'y suis pas; vous plairoit-il de recommencer? J'.v suis encore moins . Je devine enlin : vous voulez, Acis. me dire qu'il fait froid ; que ne disiei-vous ; " Il fait rruid,> ? Vous voulez m'apprendrc qu'il pleut ou qu'il nei^e: dites : « Il pleut, il neige h. Vous me Iruuvei bon visage, et vous désirez de m'en féliciter : dite!) : " Je vnu<< trouve bon visage ». — Mais, i-é pondez- vu us, cela est bien uni et bien clair; et d'ailleurs qui ne pourroil [>as eu dire autant? — Qu'importe, .^cis:" {LaBruy.. 1. 2ie, De la Suci'^fé;.